Vovinam, au-delà du sport, un esprit de famille

27/07/18 à 16:45 - Mise à jour à 30/07/18 à 09:17

Source: Le Vif

C'est au coeur de la petite salle de l'Utopie rue l'Eclusier Cogge à Bruxelles que nous rencontrons Bao Tran, l'assistant du maître. La poignée de main franche, le sourire sincère et les yeux pétillants inspirent une bienveillance immédiate. Les championnats du monde se déroulent en Belgique ce week-end. Pour eux, c'est leur dernier entraînement.

Vovinam, au-delà du sport, un esprit de famille

Le vovinam est avant tout une grande famille © DR

Avant la découverte de ce sport martial vietnamien et de toute l'équipe, nous devons retirer nos baskets pour pénétrer dans la salle. Pieds nus, nos premiers ressentiments sont la bonne ambiance et l'esprit familial dominant.

Le maître se place devant, au centre. Les pratiquants cessent tout bavardage et s'alignent face à lui. Nghiem Lê. À ce signal, chacun répond en s'inclinant respectueusement. L'entraînement peut débuter. C'est le dernier avant le championnat du monde de ce week-end.

Entre les pompes, les sauts, les coups de jambe dans le vide.... L'échauffement semble intense et après quelques minutes, les kimonos bleus sont déjà trempés. Il faut dire que les 30 degrés régnant dans la salle n'aident pas à compenser l'effort physique.

C'est un entrainement libre aujourd'hui. Chacun répète les épreuves pour lesquelles il s'est inscrit. Pour les uns, il s'agit de répéter encore et encore des chorégraphies à deux : la synchronisation est primordiale. Pour d'autres, c'est la lutte qui sera mise en avant. Tous se répartissent en fonction de son ou ses épreuves. Le maitre, consciencieusement, vient corriger les positions des pratiquants. Chacun passera devant lui. Étonnement, c'est plutôt dans une atmosphère détendue que se déroule cet ultime entraînement. Peu de stress est ressenti, ou en tout cas il n'est pas perceptible.

Bao Tran donne les derniers conseils avant le championnat

Bao Tran donne les derniers conseils avant le championnat © DR

Vovinam, entre force et souplesse

Le nom complet est le Vovinam Viet Vo dao, ce qui signifie transcendant supérieur (Viet), art martial (force) et voie (dao). Cet art martial vietnamien est fondé en 1938 par le Maître Nguyen Loc. Il désirait propager la culture du Vovinam à travers le monde. Mais le régime communiste vietnamien interdit la pratique des arts martiaux dans les années 60. À cette époque, beaucoup de Vietnamiens, surnommés les Boat people, sont arrivés sur le territoire belge et dans d'autres pays d'Europe pour fuir le régime communiste. Ces expatriés ont permis de propager ce sport dans leur pays d'accueil.

Le Vovinam se distingue des autres arts martiaux par la diversité des disciplines qu'il contient. Contrairement au judo par exemple, qui ne s'intéresse qu'à la lutte.

La compétition de Vovinam en deux volets

Les compétitions comprennent différentes épreuves: la lutte d'un côté, la technique de l'autre. La lutte comprend deux combats d'une minute chacun avec 30 secondes de repos. Lors des combats, les points sont distribués selon différents critères: le coup de poing qui atteint le cou vaudra 1 point, avec le pied 2, si le participant arrive à placer un ciseau, il obtient 3 points.

L'épreuve Quyen va s'intéresser à la technique, la force, la souplesse et la rapidité. Les chorégraphies peuvent se faire seul ou en duo, voire en trio. "Les juges sont particulièrement exigeants sur la technique. Les résultats oscillent autour des 12/20. Quelqu'un de vraiment bon obtiendra un 16 sur 20", a constaté Bao Tran.

"Ce sont les membres du club qui présentent les participants. Mais ici, l'initiative vient plutôt des pratiquants. Le but n'est pas vraiment de gagner, mais de se dépasser soi-même, de tester ses capacités physiques et techniques, c'est un défi personnel", nous explique le maître. Les participants choisissent une épreuve minimum et 4 maximum.

Pour Bao Tran, le vovinam est avant tout un mode de vie

Bao Tran a commencé le Vovinam à l'âge de douze ans. Arrivé en Belgique, il désire renouer avec ses coutumes vietnamiennes. Il semble alors évident de se tourner vers ce sport originaire du Vietnam.

"Plus qu'un sport, il s'agit aussi d'un état d'esprit, des concepts qui remplissent la vie de tous les jours. C'est particulier, le maitre, c'est un deuxième parent, comme un second père.", avoue-t-il.

"En-dehors des entrainements de Vovinam, il y a toutes les activités organisées, on se retrouve tous comme une grande famille. C'est bien plus qu'un sport. C'est un mode de vie qu'on partage tous ensemble".

Bao Tran vérifie la position de chacun de ses élèves

Bao Tran vérifie la position de chacun de ses élèves © DR

Tout le monde est le bienvenu, homme, femme avec des forces préexistantes et qui les aideront pour réaliser certains exercices. Quelqu'un de souple aura plus facile pour acquérir de nouvelles techniques. Une personne forte trouvera à s'affirmer en lutte. Comme le Vovinam est varié, chacun peut valoriser son atout dans une des disciplines. "On peut débuter ce sport à l'âge de 6 ans. Au-delà de 40 ans, il y a certaines figures qui deviennent compliquées à réaliser, c'est le cas des ciseaux volants. La compétition au-delà de cet âge est d'ailleurs rare".

Un sport encore peu connu

La connaissance de ce sport se fait surtout par le bouche-à-oreille. Un membre de la famille le pratique, en parle autour de lui et, pour finir, d'autres en deviennent adeptes. Tout doucement, ce sport trace son chemin, lors de l'inauguration de la salle de l'utopie, le bourgmestre de Bruxelles Philippe Close a assisté à un cours de Vovinam. "Aujourd'hui, il est plus facile de toucher le public avec les médias, Internet, les vidéos ou les photos. On peut vraiment investir pour populariser ce sport en Belgique. Il y a environ 200-250 personnes qui y pratiquent ce sport. Par exemple, en comparaison avec la France, c'est plus populaire, ils sont des milliers", nous précise Hoan Tran, le communicateur de l'association de Vovinam en Belgique.

La popularisation de ce sport est ancrée dans la culture et est importante pour Bao Tran et ses adeptes. "Il y a eu une volonté du maître fondateur au Vietnam de propager cette culture à travers le monde. C'est donc une façon de continuer son travail, de lui rendre hommage".

Il y a un tiers des compétiteurs qui seront des femmes

Il y a un tiers des compétiteurs qui seront des femmes © DR

La Belgique, a-t-elle une chance de l'emporter?

Les Belges se distinguent particulièrement au niveau des épreuves techniques. Mais les moyens financiers et humains sont différents en fonction des pays. Il n'y a pas de quota limite de joueurs à présenter devant le championnat. Il y a donc un certain déséquilibre entre les nations, trouve Bao Tran. "Il y a 4 ans, lors de la précédente Coupe du monde en France, il y avait 170 Français compétiteurs contre 89 Belges "

Comment s'entraine-t-on pour une telle compétition?

"En réalité, chaque année, il y a des examens de passage de grade. Au plus on passe des examens, au plus on s'y prépare, au plus on s'aguerrit pour ce genre de compétitions. Il y a 7 à 8 épreuves pour les examens tandis que pour la Coupe, on présente en moyenne 2, 3 épreuves donc normalement on est préparé physiquement à ces championnats. Il faut savoir que le programme d'examen est connu très vite et donc on s'y prépare la moitié de l'année" , nous informe Bao Tran.

Les compétiteurs vont s'entraîner deux à trois fois par semaine et ils vont aussi courir pour gagner en endurance et en énergie pour résister tout au long de la journée. "Il y a à chaque épreuve, environ 60 personnes et à chaque fois, c'est un tiers de candidats qui s'en va. On passe deux trois fois, donc c'est important de pouvoir résister" précise-t-il.

Il n'y a pas d'argent à la clé en cas de victoire, il y a juste une médaille. Bao Tran trouve cela normal : "On fait vraiment ces compétitions par plaisir, pour se surpasser. C'est une fierté pour le club et le professeur. Même au niveau des organisateurs, ils ne sont pas rémunérés car cela fait partie de la culture liée au vovinam".

Pour Thitiên, c'est sa première compétition

Thitiën, 28 ans, le pas dynamique et légèrement sautillant, elle s'est passionnée pour l'art de vivre et la philosophie du vovinam. Mais au départ, elle ne s'est pas tout de suite orientée vers cet art martial. "J'avais visionné des vidéos et certaines figures comme les ciseaux volants m'ont fait peur. Je me suis alors dirigée vers le karaté mais je restais intéressée par le vovinam. Alors un jour, j'ai essayé un cours et maintenant ça fait deux ans que je m'entraîne".

"J'ai regardé les compétitions, j'ai aidé à mettre les tatamis mais jusqu'à maintenant je n'y ai jamais participé personnellement ". Audacieuse de nature, elle aime se rassurer en affrontant les choses de la vie seule. Elle décide alors de s'inscrire. Son objectif premier, c'est de se surpasser." Je ne veux rien lâcher, c'est déjà une fierté d'oser le faire".

Thitiên participera pour la première fois à une compétition

Thitiên participera pour la première fois à une compétition © E.Lukacsovics

Un peu stressée mais surtout excitée, elle participera à deux épreuves, une chorégraphie seule et un Quyen en duo, qui est un combat imaginaire avec ou sans arme. "C'est la deuxième épreuve qui est plus difficile, car on doit être synchronisé et si jamais je me plante, j'entraîne ma partenaire avec moi".

"Être fort pour être utile"

C'est l'adage et devise du vovinam qu'Ismaël retient. Sa signification? Être fort physiquement, mentalement et moralement. Une barbe de quelques jours et une attitude zen sont les caractéristiques de cet étudiant de 23 ans en sciences océanographiques. Ce qu'il aime dans ce sport, c'est avant tout l'agilité, la souplesse et la philosophie. Il n'est pas à sa première compétition, il avait déjà participé au Championnat il y a 4 ans.

Ismaël arrivera zen au championnat

Ismaël arrivera zen au championnat © DR

Pour ce championnat, il présentera une épreuve de lutte, une de self défense 2 contre 1, une chorégraphie et un Don Chan, partie technique avec des coups de pied et des ciseaux volants.

E. Lukacsovics

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