Stade Roi Baudouin, 1999. "Van Damme ? Bien sûr que je le connais. Merveilleux acteur, Jean-Claude...". Il le pensait, l'athlète américain, et il n'était pas le seul, loin s'en faut, à avoir fait le mauvais lien il y a toutes ces années. Une fois, un candidat journaliste sportif a même décrit Ivo Van Damme lors d'un examen comme "un ancien coureur de 10 000 mètres qui organise sa propre réunion d'athlétisme ...". Le Mémorial a beau être mondialement connu et avoir été organisé pour la 45e fois en septembre dernier, le souvenir de l'athlète qui a décroché l'argent olympique à deux reprises semble s'estomper de plus en plus. Néanmoins, Ivo Van Damme était tout sauf une souris grise. Sa tête de Christ, sa grande taille (1,91 mètre), son éloquence et sa grande dose de cran lui donnaient l'apparence d'une star de cinéma, mais cela suscitait aussi la jalousie. Certainement parce que Van Damme n'a pas hésité à faire des déclarations audacieuses. "Ils disent que j'ai une haute opinion de moi-même et que j'ose dire beaucoup de choses. C'est vrai, mais avec le recul, cela s'est toujours avéré justifié", a déclaré un jour le Brabançon, sûr de lui. Il détestait être un outsider : "Croire en moi est un objectif principal dans ma vie. Au fond de moi, il y a un noyau fondamental de croyance en mes propres capacités". Certains ont qualifié ce Belge atypique d'arrogant, mais selon Wilfried Meert, organisateur du Mémorial et à l'époque journaliste sportif pour Het Laatste Nieuws, Van Damme n'a jamais vendu du spectacle. "Ivo était juste comme ça. Même si, instinctivement, il a peut-être compris que c'est ainsi qu'il devait se démarquer en Belgique, car à l'époque, l'athlétisme était encore un sport peu populaire."
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Stade Roi Baudouin, 1999. "Van Damme ? Bien sûr que je le connais. Merveilleux acteur, Jean-Claude...". Il le pensait, l'athlète américain, et il n'était pas le seul, loin s'en faut, à avoir fait le mauvais lien il y a toutes ces années. Une fois, un candidat journaliste sportif a même décrit Ivo Van Damme lors d'un examen comme "un ancien coureur de 10 000 mètres qui organise sa propre réunion d'athlétisme ...". Le Mémorial a beau être mondialement connu et avoir été organisé pour la 45e fois en septembre dernier, le souvenir de l'athlète qui a décroché l'argent olympique à deux reprises semble s'estomper de plus en plus. Néanmoins, Ivo Van Damme était tout sauf une souris grise. Sa tête de Christ, sa grande taille (1,91 mètre), son éloquence et sa grande dose de cran lui donnaient l'apparence d'une star de cinéma, mais cela suscitait aussi la jalousie. Certainement parce que Van Damme n'a pas hésité à faire des déclarations audacieuses. "Ils disent que j'ai une haute opinion de moi-même et que j'ose dire beaucoup de choses. C'est vrai, mais avec le recul, cela s'est toujours avéré justifié", a déclaré un jour le Brabançon, sûr de lui. Il détestait être un outsider : "Croire en moi est un objectif principal dans ma vie. Au fond de moi, il y a un noyau fondamental de croyance en mes propres capacités". Certains ont qualifié ce Belge atypique d'arrogant, mais selon Wilfried Meert, organisateur du Mémorial et à l'époque journaliste sportif pour Het Laatste Nieuws, Van Damme n'a jamais vendu du spectacle. "Ivo était juste comme ça. Même si, instinctivement, il a peut-être compris que c'est ainsi qu'il devait se démarquer en Belgique, car à l'époque, l'athlétisme était encore un sport peu populaire." Lorsque le charismatique Van Damme est décédé dans un accident de la route, ce n'est pas un hasard si on l'a appelé le James Dean de l'athlétisme, bien que le Brabançon n'ait jamais mené une vie dissolue. Comme un maniaque, il s'est concentré sur son objectif : améliorer les records. Malheureusement, il n'arrivera pas à ses fins. Fin décembre 1976, l'horloge s'est arrêté de tourner bien trop tôt pour l'athlète obsédé par les chronos. L'histoire de la vie d'Ivo Van Damme commence presque 23 ans plus tôt, le 21 février 1954. Fils de gendarme, il a grandi à Etterbeek où en compagnie de son frère Dirk il disputait des courses à pied dans les blocs d'appartements. Ils ont commencé à jouer au football ensemble à Racing White, mais lorsque le Brabançon a vu des athlètes courir sur la piste du stade Fallon, il a compris que ce serait dans l'athlétisme qu'il trouverait sa voie. En mai 1971, le jeune Van Damme, âgé de 17 ans, qui a déménagé à Veltem-Beisem après le transfert de son père Kamiel, signe une carte de membre au Daring Club de Louvain. Mon Van den Eynde, l'entraîneur de Gaston Roelants et de Miel Puttemans, lui donne immédiatement un programme d'entraînement intensif de deux semaines, un baptême du feu classique pour tous les nouveaux venus, mais contrairement à beaucoup d'autres, Van Damme n'abandonne pas. Comme il existe une chance qu'il fasse partie de l'équipe de 4 x 800 mètres, il décide de se concentrer sur le double tour de piste. Deux ans plus tard, Van Damme a terminé quatrième et a établi un nouveau record national aux Championnats européens juniors à Duisbourg. Wilfried Meert a réalisé la première grande interview du jeune prodige. "Van den Eynde m'avait prévenu : "Wilfried, j'en tiens un nouveau. Van Damme, rappelez-vous ce nom, ça va être un gros coup." J'ai remarqué alors à quel point Ivo était ambitieux. Il a même parlé du record belge de Roger Moens et de la finale olympique. A seulement 19 ans... La collaboration avec Van den Eynde, qui était devenu un second père pour Van Damme, s'est avérée être un grand succès. Mon était la seule personne à tout savoir sur Ivo", raconte Meert. "Il pouvait lui parler d'athlétisme jusque tard dans la nuit. Ils étaient tous les deux obsédés par le sport." Malgré leurs bonnes relations personnelles, le professeur de Louvain ne ménage pas son protégé. Il le fait s'entraîner avec Roelants et Puttemans, deux athlètes de haut niveau sur lesquels la jeune promesse s'appuie pour son développement. "Nous commencions généralement par un échauffement de huit kilomètres", explique Puttemans. Parfois Ivo me disait : "Miel, cours aussi vite que tu peux, tu ne me lâcheras pas". "Bien sûr, je ne l'ai pas écouté et après 500 mètres, nous courions déjà au rythme de la course. Parfois, Ivo a dû lâcher prise, mais à la fin, il revenait toujours dans mon sillage avec son énorme volonté". Van Damme de manière très intensive sous la houlette de Van den Eynde, souvent très haut au niveau des pulsations cardiaques. Les histoires sont bien connues : il demande à son athlète de s'accroupir après chaque course disputée au tempo pour éviter que l'acide lactique ne soit évacué trop rapidement du corps. Une fois, il a aussi mis Van Damme dans une voiture fermée, avec moins d'oxygène, après un entraînement fractionné afin d'augmenter sa résistance. Une autre séance d'entraînement devenue légendaire est celle où le professeur a demandé à Puttemans et Van Damme de sprinter sur les collines du Meerdalbos à Heverlee pendant qu'il se cachait derrière les hêtres épais. Puttemans : "Nous devions continuer à aller dans la direction où il apparaissait de manière inattendue. Jusqu'à ce qu'il dise soudainement "stop", après quoi nous avons dû redescendre la colline en courant. Nous ne pouvions jamais doser nos efforts, car nous ne savions jamais combien de mètres nous allions devoir sprinter. C'était extrêmement difficile, mais cela a fini par payer." Les critiques affirment cependant que Van den Eynde pousse parfois ses athlètes trop loin dans leurs retranchements. Notamment, lorsqu'Ivo Van Damme a vu sa première saison chez les seniors en 1974 s'envoler en fumée à cause d'une fièvre glandulaire. Ce fait a donné de l'eau au moulin de ses détracteurs, la presse estimait que le jeune champion était "épuisé prématurément". Mais cela a aussi permis que tout devienne très calme autour d'Ivo Van Damme. "La presse n'écrit pas un mot sur moi. Je suis oublié et rayé de la carte", ricane-t-il dans son journal intime. En octobre 74, Van Damme, désireux de prendre sa revanche, a recommencé à courir prudemment. Il a seulement pu courir 400 mètres, mais cinq mois plus tard seulement, il remporte la médaille d'argent aux Championnats d'Europe en salle de Katowice, en Pologne. Un autre moment charnière de sa carrière se déroule ensuite lors d'une tournée en Afrique du Sud, où il a couru pour la première fois sans casquette blanche sur la tête. L'homme de Veltemen avait toujours porté lors des compétitions, suivant l'exemple de son idole Dave Wottle, le champion olympique du 800 mètres de 1972. "C'était une erreur", a-t-il déclaré dans les colonnes d'Het Nieuwsblad un an plus tard. "Quand on est jeune, on a besoin d'idoles desquelles s'inspirer, mais Roger Moens m'a fait comprendre qu'une imitation est humiliante. Je dois exprimer mon identité et ma personnalité." Van Damme change également de tactique : alors qu'auparavant, toujours comme Wottle, il restait en retrait avant de lancer son sprint final dans les derniers mètres, il prend désormais la tête dès le départ. Cette approche va très vite porter ses fruits. Le 15 août 1975 à Landen, le jeune athlète de 21 ans seulement améliore d'un dixième le record du 800 mètres de Roger Moens : 1.45.60, douze jours à peine après que ce dernier ait donné une fête pour le vingtième anniversaire de ce record... Après avoir amélioré son propre record à Zürich (1.45.30), l'homme de Veltem aborde l'hiver avec une grande confiance en lui. Lors des championnats d'Europe en salle disputés à Munich, Van Damme gagne rapidement sa première médaille d'or dans un championnat majeur. Il se rend ensuite en Afrique du Sud avec son bon ami et sauteur en hauteur Bruno Brokken pour participer à quelques courses. Mais avec les Jeux olympiques dans le viseur, il n'était pas question d'un voyage d'agrément. Brokken raconte : "Une société viticole flamande nous a invités pour une visite exclusive, mais bien qu'Ivo ait initialement accepté, il a annulé à la dernière minute. Il ne voulait pas dévier de son programme d'entraînement. Le sport est passé en premier". Une seule personne pouvait pourtant détourner Van Damme de ses objectifs. Lors d'un camp d'entraînement avec l'équipe belge à Lacanau, en France, une idylle s'est nouée avec la coureuse de 800 mètres Rita Thys. "Evidemment une athlète", sourit Brokken. "Ivo ne serait pas resté très longtemps avec une fille ordinaire qui n'aurait pas compris la signification du "sport de haut niveau". Ce coup de foudre donne aussi des ailes à Ivo Van Damme. Il améliore ses records de Belgique sur 800 et 1500 mètres et ose une prédiction audacieuse avant de s'envoler pour le Canada : "Celui qui veut me battre doit courir sous le record du monde". Avant de souligner que : "Montréal n'est pas mon objectif ultime, je ne veux pas être l'homme d'une olympiade. Un record du monde est plus important pour moi que l'or olympique, parce que vous êtes alors un pionnier." Une déclaration typique d'Ivo Van Damme, qui veut surtout se surpasser, avec le chrono comme seule juge ultime. Ses journaux intimes sont d'ailleurs remplis de chiffres. Chaque séance d'entraînement et chaque course, voire même tout son programme quotidien, est méticuleusement noté. Rita Thys l'explique dans les colonnes d'Humo : "Ivo avait toujours un stylo sur lui. Quand il s'est arrêté d'écrire, il a dit : "Mon stylo est vide, je vais en prendre un autre maintenant". Et à la ligne suivante : "J'écris maintenant avec un nouveau...". Depuis son lieu de stage, Van Damme envoyait souvent des cartes postales avec ses chronos à ses amis et connaissances. Notamment à Miel Putteman, afin de le rendre nerveux, mais aussi à Roger Moens. Quelques semaines avant les Jeux Olympiques, j'ai reçu une carte postale d'Ivo : "Je suis très bon, je pense que je peux courir sous les 1.44 (plus d'une seconde de mieux que son record belge, ndlr), mais est-ce que cela sera suffisant ? Le temps était une obsession pour Ivo", confirme Bruno Brokken. "Il savait exactement à combien de secondes il devait passer à tel endroit pour atteindre un certain temps d'arrivée, et il avait également étudié les temps intermédiaires des précédents records du monde et de tous ses concurrents. Il est même allé jusqu'à citer des chronos de 800 mètres lorsqu'il a tiré une carte portant le chiffre huit au cours d'une partie de cartes. Le jeu était terminé...". ( rires ) Les Jeux olympiques de Montréal de 1976 commencent par une grande émeute. Vingt-six pays africains se retirent parce que le CIO refuse d'exclure la Nouvelle-Zélande de la compétition. "Ils l'avaient exigé parce que l'équipe de rugby de Nouvelle-Zélande avait joué un certain nombre de matches dans l'État d'apartheid d'Afrique du Sud au début de l'année. Cette information n'a jamais été publiée dans les journaux", dit Brokken, "C'est qu'Ivo et moi étions également sur la liste noire de ces pays africains, car nous avions participé à des réunions en Afrique du Sud en 1976. Heureusement, le CIO n'a jamais accédé à cette demande. Nous n'avons jamais paniqué non plus, car nous n'étions informés que lorsque tout était décidé. Ivo a même regretté que des concurrents comme Mike Boit (800 mètres) et Filbert Bayi (recordman du monde du 1500 mètres) n'aient pas pu participer à l'Olympiade. Cela a nuit aux médailles qu'il aurait pu gagner." À Montréal, Ivo, connu pour être très sociable, s'est isolé de la sélection belge. "Ivo se promenait souvent, s'entraînait seul ou avec sa petite amie Rita Thys et était extrêmement concentré", se souvient Brokken. "Ce n'était pas facile, car le village olympique ressemblait à un asile. Nous étions six à dormir dans le salon et quatre autres athlètes, dont Ivo, dormaient dans des lits superposés dans la chambre". Néanmoins, Van Damme a remporté sa série sur le 800 mètres sans aucune difficulté et lorsqu'il a terminé deuxième en demi-finale derrière le grand favori cubain Alberto Juantorena, sa confiance en lui a encore augmenté. Paul Thys, coureur de trail revient sur la finale. "Avant cette dernière, Ivo m'a dit : "Je suis le meilleur, donc je vais gagner". Pas de bluff, il était vraiment convaincu. Cependant, peu de personnes dans la délégation belge s'attendaient à ce qu'il remporte une médaille. Van Damme a presque été à la hauteur de ses ambitions. Derrière Juantorena, qui a été en tête pendant presque toute la course, il a terminé deuxième, juste devant l'Américain Rick Wolhuter. Il a surtout décroché le meilleur temps belge de tous les temps : 1.43.86, soit 36 centièmes de plus que El Caballo (Le Cheval) Juantorena, qui détient un record du monde. Les deux prédictions faites par le coureurs de Veltem avant les Jeux se sont doncréalisées. "Je suis plus heureux avec mon record belge qu'avec ma médaille", a déclaré Van Damme après coup un peu déçu après coup. "Si j'avais suivi le rythme de Juantorena, il n'aurait jamais pu prendre cette avance et j'aurais peut-être pu gagner." Cette performance renforce la conviction du Brabançon qu'il peut également remporter une médaille sur le 1500 mètres, même si Van den Eynde et lui n'avaient décidé d'ajouter cette distance à leur liste que quelques semaines avant les Jeux. "Courir six courses en une semaine est très fatigant", reconnaît Van Damme, mais il reste extrêmement concentré. "Ivo n'avait que peu de contacts avec ses collègues athlètes, si bien qu'ils le taquinaient de temps en temps", explique Guy Van Diest, directeur technique de la Fédération d'athlétisme. Ses colocataires Karel Lismont et Willy Polleunis ont eu l'idée de mettre la médaille d'argent d'Ivo sur sa poitrine pendant qu'il se reposait. Plus tard, ils l'ont réveillé et l'ont charrié en disant qu'il avait couché avec sa médaille. Cela n'avait pas du tout amusé Ivo qui avait réagi de manière assez agressive, surtout lorsque Karel et Willy l'ont envoyé dans la mauvaise direction sur le chemin du physiothérapeute. Van Damme en a tiré ses conclusions et s'est rendu avec Van den Eynde, Puttemans et sa petite amie pour quelques jours à Mont Tremblant, au bord d'un lac où les rameurs séjournaient également. "Moi, nerveux ? Ce doit être une blague", a-t-il lancé en ricanant aux journalistes. "Les gens du village olympique ne font que se moquer de moi. Des athlètes qui se bousculent, je peux le supporter, mais trop, c'est trop". Van Damme est revenu à Montréal pour la série des 1500 mètres, dans laquelle il a terminé deuxième. La demi-finale, dans laquelle il a terminé troisième, était également une formalité. Dans une finale tactique, le Belge se retrouve coincé à l'entrée du dernier tour. Dans l'avant-dernière ligne droite, il entame une remontée qui l'amène en deuxième position à un mètre du grand favori John Walker , mais il n'arrive pas à combler l'écart. La différence entre le Néo-Zélandais et notre compatriote à l'arrivée ne sera que de dix centièmes. "Si Ivo ne se laisse pas prendre, il gagnera", a déclaré Van den Eynde après coup. Il avait pourtant demandé à son athlète de rester à l'arrière du groupe et de compter sur son sprint final. Contre l'avis d'Ivo Van Damme, qui a finalement suivi les conseils de son entraîneur. Il ne lui en voudra même pas par la suite. Il a même déclaré à la presse qu'il était satisfait de la médaille d'argent : "J'étais frais mais je manquais d'expérience. Ma performance et surtout mon chrono aux 800 mètres étaient bien meilleurs". Son ami Bruno Brokken a un avis différent. Ivo a été très clair avec moi : "J'aurais dû gagner l'or...". Lorsqu'on lui a demandé s'il allait désormais se concentrer sur le 1500 mètres, comme Van den Eynde le lui avait conseillé, Van Damme a répondu par la négative. "Je veux d'abord améliorer le record du monde sur le 800 mètres. Le 1500 mètres reste à la deuxième place pour l'instant, tout comme le 5000 mètres, bien qu'avec les années j'aimerais attaquer le record du monde de Puttemans (le légendaire 13.13, nvdr). Je veux aussi participer à deux autres éditions des Jeux olympiques". Un discours typique pour le toujours prévoyant Van Damme, qui demande à Rita Thys de l'épouser après les Jeux et l'hommage triomphal qu'il a reçu ensuite dans son fief Veltem. "Il avait tout dans la tête", raconte la Limbourgeoise. "Nous devions nous marier au printemps 1977 et déménager ensuite à Diest. Ivo voulait aussi deux filles - dont l'une devait s'appeler Margo - et il a demandé à ma mère si elle pouvait s'occuper d'elles lorsque nous serions aux Jeux de Moscou en 1980 ( !)...". Van Damme présente également son programme d'entraînement complet pour 1977 et discute avec Fons Brydenbach, Marc Nevens et Herman Mignon de la manière dont, avec leur concours, il pourra améliorer le record du monde du 800 mètres. Pour s'y préparer, Van Damme et Van den Eynde se rendent à Marseille à la fin décembre pour un stage de préparation de dix jours. Sans Rita Thys, car elle doit courir un cross-country à Dilsen. Le 29 décembre, le Brabançon rentre seul en Belgique car il veut être rentré à temps pour l'émission Superstars, dans laquelle il apparaît aux côtés de Björn Borg et Hennie Kuiper. Ivo s'est entraîné le matin puis est parti, bien qu'il soit revenu après une centaine de mètres. Il a baissé sa vitre et a dit à Mon Van Den Eynde : "Je ne referai plus jamais ça, aller aussi loin seul dans un stage", a déclaré son manager Marcel Mouton dans Belga Sport. Une bonne heure et demie plus tard, Van Damme, qui avait rasé son éternelle barbe pour faire une surprise pour sa fiancée, perd le contrôle de son Opel Kadett qui finit sa course dans le terre-plein central de l'autoroute du Soleil à Bollène. Il s'écrase contre douze arbres et entre en collision avec une voiture venant en sens inverse et transportant un bateau. La voiture est ensuite à nouveau catapulté dans le terre-plein central, où elle se retourne à nouveau. Le crâne de Van Damme a été écrasé. Selon le rapport de police, le médaillé olympique, qui portait sa ceinture de sécurité et qui, selon les témoins, ne roulait pas à plus de 100 kilomètres par heure, est mort sur le coup.Parce qu'aucune trace de dérapage n'a été retrouvée et que, selon la police, l'athlète a accéléré pendant sa manoeuvre, on spécule sur un suicide, également parce que Van Damme, selon certains coéquipiers comme Gaston Roelants, "n'était plus le même ces dernières semaines". Selon d'autres, cependant, il n'était absolument pas question d'une dépression. Des indices concrets n'ont pas été trouvés non plus, mais comme ses parents ont refusé une autopsie - " On ne veut pas qu'ils découpent Ivo, ça ne le ramènerait pas ", on n'a pas pu faire toute la lumière sur d'éventuelles autres causes (une attaque, un arrêt cardiaque, un endormissement...). Mon Van den Eynde est revenu du sud de la France deux jours plus tard et n'a appris la nouvelle qu'à ce moment-là. Comme un homme brisé, il a marché derrière le cercueil avec la famille Van Damme et Rita Thys, qui est porté par Lismont, Moens, Puttemans, Roelants et Thys entre autres. Des milliers de fans de sport dans et autour de l'église de Veltem-Beisem laissent couler leurs larmes sous la pluie. Huit mois plus tard, à l'initiative de l'asbl "De Vrienden van de Atletiek", fondée par des journalistes belges couvrant l'athlétisme dont Wilfried Meert, le premier Mémorial Van Damme voit le jour. 15 000 billets sont réservés. Les organisateurs pensaient que l'organisation serait un succès, mais au final ce sont trois fois plus de spectateurs qui se rendront le jour même. Une estimation faite par la police, car la plupart des spectateurs entrent dans le stade du Heysel avec un timbre. Ils y assistent à l'un des moments les plus émouvants de l'histoire du sport belge. Le champion olympique du 1500 mètres, John Walker, pour lequel Meert avait téléphoné dans toute l'Europe pour le faire venir à Bruxelles, gagne sa course et se voit remettre une médaille par le père d'Ivo Van Damme, Kamiel. Sans prévenir, le Néo-Zélandais est descendu du podium et a rendu la médaille : "Ceci est pour votre fils. Jamais le stade du Heysel n'a été aussi calme qu'à ce moment-là. "