Le badminton, c'est une histoire de famille chez les Tan. Née d'une mère belge et d'un père indonésien, la fratrie profite de cette double culture et s'intéresse rapidement au badminton. Yuhan, le grand frère, sera le premier à atteindre le haut niveau avant que Lianne, la cadette, suive la même trajectoire. Ambitieuse et passionnée, cette dernière s'est d'abord amusée dans les gymnases belges avant de se mettre à rêver de la plus belle des compétitions: les Jeux Olympiques.
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Le badminton, c'est une histoire de famille chez les Tan. Née d'une mère belge et d'un père indonésien, la fratrie profite de cette double culture et s'intéresse rapidement au badminton. Yuhan, le grand frère, sera le premier à atteindre le haut niveau avant que Lianne, la cadette, suive la même trajectoire. Ambitieuse et passionnée, cette dernière s'est d'abord amusée dans les gymnases belges avant de se mettre à rêver de la plus belle des compétitions: les Jeux Olympiques. Ce rêve prend forme dès 2008, quand son frère court après la qualification pour Pékin. Qualifié selon les critères internationaux, mais finalement non sélectionné par le COIB, il ne se rendra pas dans la capitale chinoise. Mais il a fait germer une ambition chez sa soeur, alors toujours en secondaire, qui se rend compte que l'objectif n'est pas inatteignable. Elle décide d'y consacrer les quatre années suivantes, qui la mèneront vers Londres. "Pendant quatre ans, je n'ai pas fait d'études pour mettre le focus sur mon sport. Jusqu'en 2012, c'était le seul objectif, c'était badminton-dodo-badminton", confirme l'hendécuple championne de Belgique. Et elle ne décevra pas. Du voyage, au même titre que son frère, elle s'incline finalement lors de la phase de poules, mais s'en sort avec les honneurs. Avec une victoire et une défaite contre la future médaillée de bronze, elle repart satisfaite de son aventure londonienne. "Tout l'événement était incroyable. C'était tout nouveau pour moi. D'habitude, on est avec une petite équipe composée de mon frère et d'un entraîneur sur les tournois, mais ici, c'était immense avec tout le Team Belgium", se souvient-elle. Une expérience qui ne lui donne qu'une envie: y regoûter quatre ans plus tard, à Rio. Le quotidien de Lianne Tan change radicalement après l'été 2012. Engagée dans des études de dentisterie aux Pays-Bas, elle voit son emploi du temps se charger et la possibilité de s'entraîner se restreindre. "J'étais à l'école toute la journée", explique la Belge. "En plus, j'étais toute seule, sans encadrement et sans mon frère avec qui je m'entraînais tout le temps. Je me suis dit que ce serait dur de se qualifier pour Rio dans ces conditions". Mais le talent et la volonté en ont décidé autrement. Qualifiée pour sa deuxième olympiade, elle partage une nouvelle fois cette expérience avec son frère. "C'était exceptionnel d'être avec lui là-bas. On sait tous les deux les efforts qu'on a dû faire pour en arriver là, donc c'est magnifique. Et pour nos parents, c'est une fierté. Ils sont d'ailleurs venus nous encourager les deux fois", précise Lianne. Son tournoi connaîtra la même issue qu'à Londres. Éliminée en phase de poules avec un bilan d'une victoire et deux défaites, elle ne regrette cependant rien. "En 2016, j'étais surtout là pour participer au vu de ma préparation limitée par mes études", rappelle-t-elle. "Donc c'était déjà incroyable de vivre cette expérience une deuxième fois, ce qui n'est pas donné à tout le monde". À Tokyo, les ambitions seront bien différentes. Forte d'un nouveau statut avec une 39e place mondiale, à une position de son meilleur classement, et avec un emploi du temps de nouveau tourné vers le badminton, elle espère un meilleur résultat. Car depuis 2018, la badiste a obtenu son diplôme et peut désormais se consacrer entièrement à son sport de prédilection. "Je suis revenue à Liège, j'ai un nouveau coach, deux partenaires d'entraînement qui sont présents tout le temps, un préparateur physique et un kiné. C'est un grand changement par rapport à ma période aux Pays-Bas où je n'avais pas d'encadrement. Ça m'a permis de beaucoup progresser", indique-t-elle. Victorieuse de tournois d'une plus grande envergure, mieux entraînée, plus expérimentée, la Belge a tout pour atteindre son rêve: un top 8 dans la capitale nippone. Elle le sent, sa progression est réelle. "Pendant mes études, je n'ai pas beaucoup avancé. Je pouvais garder le même niveau, mais pas l'améliorer. C'est un choix que j'ai fait et je ne le regrette pas. Mais je suis heureuse que le focus soit totalement tourné vers mon sport maintenant", savoure-t-elle. Pour progresser dans ce sport, il n'y a pas de secret, il faut s'entraîner, encore et encore. Très exigeant, le badminton demande une concentration et une implication de tous les instants. "Actuellement, je m'entraîne tous les jours durant trois heures et demie, sans oublier deux séances de préparation physique hebdomadaires. Ça fait entre 25 et trente heures par semaine, auxquelles il faut ajouter les déplacements à l'étranger, les tournois, etc. C'est très intense", indique Lianne Tan. Cette réalité constitue une des raisons pour lesquelles cette discipline n'est pas très répandue en Belgique. Les jeunes talents sont effrayés face à une telle charge de travail et abandonnent avant d'arriver au haut niveau. Surtout que la crainte de ne pas pouvoir vivre de ce sport est bien réelle, tant la médiatisation est faible. "J'aurais peut-être dû gagner l'or aux JO, ça aurait aidé", sourit la Belge. Cette pénurie de badistes de haut niveau empêche également les plus motivés de s'améliorer. "Le manque de concurrence chez nous ne facilite pas les choses, c'est sûr. Quand je vois les pays asiatiques, je suis parfois jalouse parce qu'ils ont six ou sept joueuses de simple de haut niveau qui s'entraînent tout le temps. Ici, je suis déjà contente d'avoir eu mon frère et maintenant deux autres garçons, mais leur jeu est quand même fort différent", confirme-t-elle. Mais avec l'abnégation et la volonté, Lianne Tan y est tout de même arrivée. Et à trente ans, elle a encore de belles années devant elle et des objectifs à accomplir. À commencer par cet été, sous le soleil japonais.