Pendant des années, les sportifs ont mis de côté l'aspect psychologique, obnubilés par leurs performances physiques et sportives. Mais pour être un athlète de haut niveau, il faut que la tête suive. Certains l'apprennent à leurs dépens, d'autres l'ont compris depuis assez longtemps. "La préparation psychologique est tout aussi importante que les autres variables que sont l'alimentation, les préparations physiques spécialisées, etc.", explique d'emblée le Professeur Philippe Godin, psychologue du sport et créateur du Service de psychologie du sport de l'UC Louvain. "Je compare souvent ça avec la chaîne stéréo. Vous avez un amplificateur, des baffles, un lecteur et si un des éléments est défectueux, le son sera mauvais. C'est la même chose en sport".
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Pendant des années, les sportifs ont mis de côté l'aspect psychologique, obnubilés par leurs performances physiques et sportives. Mais pour être un athlète de haut niveau, il faut que la tête suive. Certains l'apprennent à leurs dépens, d'autres l'ont compris depuis assez longtemps. "La préparation psychologique est tout aussi importante que les autres variables que sont l'alimentation, les préparations physiques spécialisées, etc.", explique d'emblée le Professeur Philippe Godin, psychologue du sport et créateur du Service de psychologie du sport de l'UC Louvain. "Je compare souvent ça avec la chaîne stéréo. Vous avez un amplificateur, des baffles, un lecteur et si un des éléments est défectueux, le son sera mauvais. C'est la même chose en sport". De plus en plus de sportifs ont compris l'importance de ce pan de leur préparation. Aux Jeux Olympiques de Rio, 66% d'entre eux disaient avoir réalisé une telle préparation contre 52% quatre ans auparavant. Signe que les athlètes ressentent cette lacune et s'en préoccupent. Mais le mal est bien plus profond. "Pour la majorité de la population, tout ce qui est psychologique est pour les fous, les malades. Mais ce n'est pas la réalité. La psychologie s'occupe de l'individu normal mis dans une situation anormale. Et faire du sport de haut niveau n'est pas normal", souligne Philippe Godin. La Belgique n'a pas échappé à cette vision et a mis beaucoup de temps à sauter dans le train de la psychologie du sport. Aveugle face à la nécessité d'une telle préparation, elle accuse aujourd'hui un sérieux retard sur d'autres nations. "Les pays scandinaves et l'Angleterre sont clairement en avance. Notre retard est grand et la tâche est immense pour le rattraper. Je travaille depuis quarante ans là-dessus et ça progresse, mais nous sommes encore à la préhistoire par rapport à ce qu'il faudrait faire", insiste le Professeur. Pourtant, le travail est nécessaire, que ce soit avant ou après une compétition. L'après est d'ailleurs souvent plus délicat au vu des émotions, positives ou négatives, dégagées par le résultat. D'aucuns penseront que, lorsque l'issue est positive, le travail n'est plus nécessaire. Mais les compétitions se suivent et il est important d'être prêt. "C'est également vrai pendant l'épreuve. Un joueur de tennis qui mène largement au score et finit par s'incliner, il n'a pas su gérer ses émotions positives dues à la victoires qui se profilait", souligne Philippe Godin. Une préparation psychologique ne s'entame pas à l'aube d'une grande compétition, bien au contraire. Pour y trouver un effet bénéfique, celle-ci doit commencer dès le plus jeune âge, au moment où le projet de sport de haut niveau voit le jour. "Pour pouvoir travailler correctement, le psychologue doit passer du temps avec l'athlète pour savoir ce qu'il fait, ce qu'il ne fait pas, à quoi il pense, quel est son environnement, etc. Ça ne se fait pas en un mois", confirme le Professeur. À quelques semaines du début des Jeux Olympiques, commencer une préparation psychologique devient presque inutile. "Une discussion peut apporter quelque chose", reconnaît tout de même Philippe Godin. "Mais ce n'est pas durable. Il faut que l'athlète apprenne à gérer certains outils, à contrôler ses pensées, à mettre en place un fonctionnement plus efficace". Ces outils, comme l'imagerie ( manière de se représenter mentalement des états sensoriels, ndlr) ou les techniques de respiration, ne s'apprennent donc pas en six mois. Les athlètes qui ont négligé cet aspect pourraient se retrouver bien démunis au moment d'affronter le plus grand défi de leur carrière sportive. Au contraire, les mieux préparés partiront sans doute avec une longueur d'avance non négligeable. D'éventuels bons résultats des athlètes belges aux Jeux Olympiques passeront inévitablement par cette étape de préparation psychologique. D'autant plus dans un évènement de cette envergure qui ne se déroule que tous les quatre ans. Cette année, l'attente prolongée n'a pas facilité les choses. "Le report peut avoir eu de sérieuses conséquences négatives, surtout chez les athlètes qui ont vu leurs chances de bien y figurer s'amenuiser. Le manque de perspectives pendant la crise doit avoir eu un impact également. L'athlète qui aura été le plus fort dans sa résistance à la frustration augmentera ses chances", pense le Professeur. L'absence de public étranger, et peut-être de public tout court, pourrait également changer la donne. Le vécu sera autre et certains athlètes peuvent être plus sensibles, positivement ou négativement, au fait de concourir à huis clos. "Je donnerai comme conseil à des athlètes d'utiliser l'imagerie et de prester, à travers cet outil, dans des stades vides, avec ou sans bruit artificiel", exprime le psychologue du sport. La pression d'une grande compétition comme celle-ci n'est pas vécue de la même manière chez tous les athlètes. "La pression est un fait objectif et ce qui compte, c'est l'interprétation subjective qu'en fait la personne à ce moment précis. Cela peut aussi varier dans le temps. Quelque chose qu'on apprécie maintenant peut ne plus nous convenir plus tard", explique Philippe Godin. Pour les jeunes athlètes qui découvriront les Jeux Olympiques à Tokyo, l'inconnue sera grande et il faudra d'autant plus savoir comment gérer ses émotions. Quelles que soient les conditions, les athlètes devront être préparés à affronter une situation particulière. Avec l'expérience de ces derniers mois déjà compliqués, ils pourront mieux appréhender le contexte. Une chose est sûre: s'ils veulent viser les sommets, ils devront être prêts physiquement et techniquement, mais aussi psychologiquement.