Naomi Osaka a refusé de participer à la conférence de presse habituelle après sa victoire contre la Roumaine Patricia Maria Tig. Ce boycott des journalistes lui a valu une sanction de plus de 12 000 euros de la part de Roland-Garros. Qualifiée de capricieuse ou d'enfant gâtée d'un côté, comprise et soutenue de l'autre, la Japonaise a finalement décidé de quitter le tournoi parisien.

L'importance de la santé mentale dans la performance physique

La pratique sportive demande non seulement un investissement physique, mais aussi un investissement mental. C'est la raison pour laquelle Roland-Garros dispose d'une cellule psychologique. Cependant, d'après Philippe Godin, professeur en psychologie sportive à l'Université catholique de Louvain, ce n'est pas suffisant. C'est selon lui "une vaste foutaise", car "dans le domaine humain, c'est important qu'il y ait un contact, qu'on travaille sur le long terme". Autrement dit, c'est compliqué pour un athlète d'aller confier ses problèmes personnels à un professionnel de la santé qu'il ne connaît pas, n'a pas choisis et ne verra que temporairement le temps du tournoi. Cette initiative de la part de Roland-Garros est d'après le professeur de l'UCL une manière de parler vaguement du problème sans l'attaquer réellement. Le conflit avec Naomi Osaka nous montre que le sujet est loin d'être considéré comme primordial. Philippe Godin, qui a consacré trente-cinq ans de sa vie à la psychologie sportive, nous assure qu'il s'agit d'un thème récemment abordé. Lorsqu'il a commencé "personne ne comprenait rien". On lui demandait "ce que la psychologie venait faire dans le sport".

Malgré ces propos décourageants, il est passé de professeur d'éducation physique et sportive à professeur émérite en psychologie du sport. En effet pour lui la santé psychique est une composante très importante de la performance sportive.

Le mythe du demi-dieu doit cesser

Comme pour les personnalités publiques, nous avons tendance à oublier que les athlètes de haut niveau sont aussi des êtres humains vulnérables. C'est ce que nous explique Manuel Dupuis, psychologue sportif depuis maintenant vingt ans. Selon lui, "le sportif de haut niveau c'est un demi-dieu. C'est du moins l'image que l'on veut véhiculer, comme s'il n'était pas un véritable être humain". Cette image, qui nous vient du sportif de la Grèce antique et de la mythologie poursuit encore les athlètes d'aujourd'hui malgré une réalité tout autre. En effet, ce n'est pas la première fois qu'un athlète craque et nous montre sa vulnérabilité. La pression de la performance, des médias et des réseaux sociaux peut être une vraie source de stress, voire d'anxiété et de dépression. L'association américaine Athletes for Hope, qui fait un travail de sensibilisation de la santé mentale auprès des sportifs précise sur son site que "les données montrent que jusqu'à 35 % des athlètes professionnels souffrent d'une crise de santé mentale qui peut se manifester par le stress, des troubles de l'alimentation, l'épuisement professionnel, la dépression ou l'anxiété." Ce chiffre alarmant de 35 % en dit long sur une situation qui dure depuis longtemps. Par exemple, il y a quelques années la championne canadienne de tennis Rebecca Marino en a subi les conséquences. Cette dernière a dû faire une pause de cinq ans de 2013 à 2018 pour revenir chez elle au Canada auprès de sa famille suite à une dépression sévère. Parce que beaucoup ont ressenti des sentiments similaires, Naomi Osaka a pu trouver du soutien auprès de certains de ses confrères et consoeurs, dont Serena Williams. Lors d'une conférence de presse, la championne américaine a affirmé en réaction au retrait de son adversaire japonaise qu'elle aussi était "passée par là" et avait "vécu des situations similaires". Les cas d'athlètes dépressifs, anxieux, ou ayant des problèmes d'addiction sont de plus en plus médiatisés et souvent incompris. Pourtant, la pratique sportive et les problèmes de santé mentale sont en lien. Pour le psychologue Manuel Dupuis, l'anxiété et le sport ne sont pas si incompatibles que ça, selon lui "Il y a beaucoup de gens anxieux qui grâce au sport vont trouver un équilibre dans leur vie... mais ça reste fragile". De plus, il précise que les périodes d'arrêt sont celles pendant lesquelles les athlètes sont particulièrement vulnérables mentalement. Qu'il s'agisse d'un arrêt suite à une blessure ou à une fin de carrière, ces moments doivent être surveillés de près, car "les sportifs de haut niveau ont investi toute leur vie dans le sport", et cela s'arrête brusquement. Ce sont des périodes à haut risque de dépression ou de consommation de drogues ou d'alcool.

Un tabou enfin levé ?

La question qui se pose maintenant est celle du tabou et du dialogue : va-t-on enfin briser l'omerta qu'il y a autour de la santé mentale dans le sport ?

Philippe Godin est plutôt optimiste. Selon lui, "tout ce qui est en train de se produire pour le moment permet de dénoncer des abus, des dysfonctionnements". Plus pessimiste, Manuel Dupuis pense que ce n'est qu'un sujet d'actualité éphémère comme un autre. "Ca va faire la une des journaux puis ça va passer".

En effet cela fait déjà plusieurs années que les athlètes tirent la sonnette d'alarme concernant leur santé mentale et pourtant aujourd'hui Naomi Osaka, grande championne de tennis connue et reconnue se retrouve dans cette situation. Pendant que certains lui expriment du soutien, comme Serena Williams ou encore Novak Djokovic, d'autres estiment qu'il s'agit d'un caprice de star. Philippe Godin balaye l'argument du caprice et réplique que "c'est quand même prendre des risques (de la part de Naomi Osaka), c'est oser s'affirmer." Et en effet, quoi que l'on en dise, il s'agit d'un acte important de la part de cette jeune championne de vingt-trois ans que de quitter Roland-Garros pour préserver sa santé mentale dans une société obsédée par la performance.

Angèle Bilégué.

Naomi Osaka a refusé de participer à la conférence de presse habituelle après sa victoire contre la Roumaine Patricia Maria Tig. Ce boycott des journalistes lui a valu une sanction de plus de 12 000 euros de la part de Roland-Garros. Qualifiée de capricieuse ou d'enfant gâtée d'un côté, comprise et soutenue de l'autre, la Japonaise a finalement décidé de quitter le tournoi parisien. L'importance de la santé mentale dans la performance physiqueLa pratique sportive demande non seulement un investissement physique, mais aussi un investissement mental. C'est la raison pour laquelle Roland-Garros dispose d'une cellule psychologique. Cependant, d'après Philippe Godin, professeur en psychologie sportive à l'Université catholique de Louvain, ce n'est pas suffisant. C'est selon lui "une vaste foutaise", car "dans le domaine humain, c'est important qu'il y ait un contact, qu'on travaille sur le long terme". Autrement dit, c'est compliqué pour un athlète d'aller confier ses problèmes personnels à un professionnel de la santé qu'il ne connaît pas, n'a pas choisis et ne verra que temporairement le temps du tournoi. Cette initiative de la part de Roland-Garros est d'après le professeur de l'UCL une manière de parler vaguement du problème sans l'attaquer réellement. Le conflit avec Naomi Osaka nous montre que le sujet est loin d'être considéré comme primordial. Philippe Godin, qui a consacré trente-cinq ans de sa vie à la psychologie sportive, nous assure qu'il s'agit d'un thème récemment abordé. Lorsqu'il a commencé "personne ne comprenait rien". On lui demandait "ce que la psychologie venait faire dans le sport".Malgré ces propos décourageants, il est passé de professeur d'éducation physique et sportive à professeur émérite en psychologie du sport. En effet pour lui la santé psychique est une composante très importante de la performance sportive.Le mythe du demi-dieu doit cesserComme pour les personnalités publiques, nous avons tendance à oublier que les athlètes de haut niveau sont aussi des êtres humains vulnérables. C'est ce que nous explique Manuel Dupuis, psychologue sportif depuis maintenant vingt ans. Selon lui, "le sportif de haut niveau c'est un demi-dieu. C'est du moins l'image que l'on veut véhiculer, comme s'il n'était pas un véritable être humain". Cette image, qui nous vient du sportif de la Grèce antique et de la mythologie poursuit encore les athlètes d'aujourd'hui malgré une réalité tout autre. En effet, ce n'est pas la première fois qu'un athlète craque et nous montre sa vulnérabilité. La pression de la performance, des médias et des réseaux sociaux peut être une vraie source de stress, voire d'anxiété et de dépression. L'association américaine Athletes for Hope, qui fait un travail de sensibilisation de la santé mentale auprès des sportifs précise sur son site que "les données montrent que jusqu'à 35 % des athlètes professionnels souffrent d'une crise de santé mentale qui peut se manifester par le stress, des troubles de l'alimentation, l'épuisement professionnel, la dépression ou l'anxiété." Ce chiffre alarmant de 35 % en dit long sur une situation qui dure depuis longtemps. Par exemple, il y a quelques années la championne canadienne de tennis Rebecca Marino en a subi les conséquences. Cette dernière a dû faire une pause de cinq ans de 2013 à 2018 pour revenir chez elle au Canada auprès de sa famille suite à une dépression sévère. Parce que beaucoup ont ressenti des sentiments similaires, Naomi Osaka a pu trouver du soutien auprès de certains de ses confrères et consoeurs, dont Serena Williams. Lors d'une conférence de presse, la championne américaine a affirmé en réaction au retrait de son adversaire japonaise qu'elle aussi était "passée par là" et avait "vécu des situations similaires". Les cas d'athlètes dépressifs, anxieux, ou ayant des problèmes d'addiction sont de plus en plus médiatisés et souvent incompris. Pourtant, la pratique sportive et les problèmes de santé mentale sont en lien. Pour le psychologue Manuel Dupuis, l'anxiété et le sport ne sont pas si incompatibles que ça, selon lui "Il y a beaucoup de gens anxieux qui grâce au sport vont trouver un équilibre dans leur vie... mais ça reste fragile". De plus, il précise que les périodes d'arrêt sont celles pendant lesquelles les athlètes sont particulièrement vulnérables mentalement. Qu'il s'agisse d'un arrêt suite à une blessure ou à une fin de carrière, ces moments doivent être surveillés de près, car "les sportifs de haut niveau ont investi toute leur vie dans le sport", et cela s'arrête brusquement. Ce sont des périodes à haut risque de dépression ou de consommation de drogues ou d'alcool. Un tabou enfin levé ?La question qui se pose maintenant est celle du tabou et du dialogue : va-t-on enfin briser l'omerta qu'il y a autour de la santé mentale dans le sport ? Philippe Godin est plutôt optimiste. Selon lui, "tout ce qui est en train de se produire pour le moment permet de dénoncer des abus, des dysfonctionnements". Plus pessimiste, Manuel Dupuis pense que ce n'est qu'un sujet d'actualité éphémère comme un autre. "Ca va faire la une des journaux puis ça va passer".En effet cela fait déjà plusieurs années que les athlètes tirent la sonnette d'alarme concernant leur santé mentale et pourtant aujourd'hui Naomi Osaka, grande championne de tennis connue et reconnue se retrouve dans cette situation. Pendant que certains lui expriment du soutien, comme Serena Williams ou encore Novak Djokovic, d'autres estiment qu'il s'agit d'un caprice de star. Philippe Godin balaye l'argument du caprice et réplique que "c'est quand même prendre des risques (de la part de Naomi Osaka), c'est oser s'affirmer." Et en effet, quoi que l'on en dise, il s'agit d'un acte important de la part de cette jeune championne de vingt-trois ans que de quitter Roland-Garros pour préserver sa santé mentale dans une société obsédée par la performance.Angèle Bilégué.