Sergio Cabral a surpris. Récemment, lors d'une de ses nombreuses comparutions devant le tribunal, l'ancien gouverneur de l'état de Rio de Janeiro a reconnu avoir offert de l'argent à neuf membres du CIO pour obtenir les Jeux de Rio en 2016. Lamine Diack, l'ancien président de l'IAAF, la fédération d'athlétisme, disposait d'une enveloppe de deux millions de dollars (1,7 million d'euros) pour acheter ces personnes. Arthur Nuzman, le président démis du comité olympique brésilien, était au courant. "Nous allions verser un million et demi de dollars pour six voix mais il pouvait nous en obtenir neuf pour un demi-million de plus. Nous avons payé."

Parmi les neuf noms, deux sont célèbres : Sergueï Bubka, détenteur du record du monde du saut à la perche en plein air avec un bond à 6m14, et Aleksandr Popov, quadruple champion olympique. La légende russe de la natation a démenti les accusations, affirmant n'avoir même pas voté pour Rio. Bubka a relevé le passé louche de Cabral, qui purge une peine de prison de... 198 ans dans son pays.

On cite également Frankie Fredericks, le sprinter namibien qui a touché 300.000 dollars de Papa Massata Diack, le fils du président de l'IAAF, il y a deux ans. Fredericks, Nuzman et Lamine Diack ont déjà été suspendus du CIO. La commission éthique a même ouvert une enquête sur l'implication de Bubka et de Popov.

Bubka (55 ans) attire toute l'attention. Il est le numéro trois du monde de l'athlétisme, après Thomas Bach, président du CIO, et Sebastian Coe, président de l'IAAF. Il est membre du comité exécutif du CIO, vice-président de l'IAAF et président du comité olympique de son pays. Ambitieux, l'ancien sauteur a loupé la présidence du CIO en 2013 puis, deux ans plus tard, celle de l'IAAF.

Bubka est méconnu en dehors du sport, même si Le Monde a publié en septembre 2017 un article sur un versement suspect de 39.000 euros sur un compte lié à Valentin Balachnitshov, le trésorier de l'IAAF. La veille, Balachnitshov avait versé le même montant sur un des comptes de Papa Massata Diack, mais l'Athletics Integrity Unit (AIU) a classé l'affaire sans suite.

Si l'enquête révélait une quelconque culpabilité du champion olympique de Séoul 1988, le monde de l'athlétisme subirait une nouvelle onde de choc. Car Bubka est une légende. Il a franchi les six mètres à 45 reprises, il a été sacré champion du monde six fois, il a été parlementaire en Ukraine de 2002 à 2006, il est propriétaire d'une chaîne de boulangerie... Contrairement à Sergio Cabral, Bubka a beaucoup à perdre.

Par Evi Simeoni