Les journalistes qui couvriront les Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi pourront-ils écrire librement? À quatre mois du lancement des festivités, le 7 février 2014, Reporters sans Frontières a publié lundi un rapport, Sotchi: le journalisme indépendant, un sport de combat, sur les conditions de la presse là où se dérouleront les compétitions.

"Le mouvement de contestation de 2011-2012 en Russie a permis de délier un peu les langues, il y a un peu moins d'autocensure" fait remarquer Christophe Deloire, directeur général de l'ONG. Mais il observe également des réponses de plus en plus répressives du Kremlin ces dernières années: re-pénalisation de la diffamation, utilisation de l'argument de "haute trahison" à l'encontre des journalistes, verrouillage sur des thèmes comme la religion ou la sexualité, sites sur liste noire... "Le champ de liberté des médias est rétréci", à Sotchi comme ailleurs déplore Christophe Deloire. Le milieu journalistique de la ville de 370 000 habitants s'inquiète d'ailleurs d'un précédent: la privation de liberté d'un de ses pairs, interpellé et assigné à résidence après qu'il a enquêté notamment sur la corruption dans la police.

Le poids de l'administration

Tant bien que mal, une partie de la presse locale indépendante s'est attelée à questionner le projet, notamment sur des aspects environnementaux, la corruption ou des constructions illégales. Elle aborde aujourd'hui les conséquences pratiques: embouteillages monstres causés par les travaux, coupures d'électricité ou d'eau, augmentation des prix... Par rapport à d'autres régions de Russie, "il y a en apparence peu de violations du droit d'informer à Sotchi", explique Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l'Est à RSF et auteur du rapport, "la presse est plutôt dynamique avec des médias privés et une blogosphère active".

En réalité, ce n'est pas aussi simple de pratiquer un journalisme indépendant à Sotchi, "la ville de Poutine", selon un rédacteur en chef d'opposition. D'un point de vue financier, les médias gratuits diffusés par les autorités concurrencent fortement la presse privée. Pour faire face, les journaux sont en partie dépendants d'aides à la presse, explique Johann Bihr: "Ils signent des 'accords de service d'information' grâce auxquels l'administration propose des contenus à diffuser et dispose d'un droit de regard sur les articles, les finances ou la comptabilité des journaux". Difficile, dans ce cas, de s'exprimer sur la corruption qui gangrène l'administration... "S'ajoutent à ça la pression douce de l'administration locale, qui demande de mentionner ou non des informations pour éviter des procès, et les procédures judiciaires contre les journalistes récalcitrants" précise-t-il.

Journalisme de fascination

Pendant la durée des Jeux, la presse locale n'est pas particulièrement bienvenue, surtout si elle est indépendante. 200 journalistes russes pourront couvrir l'événement, sur quelque 2800 accréditations. Pour les obtenir, rien de plus simple: un concours a été organisé, sur le thème "Ta star sportive". Ou sur le thème "Qui me louera le mieux" ironise Levan Broladze, ancien responsable local de l'Union des journalistes interrogé par RSF. Plusieurs journaux locaux ont refusé de participer à ce jeu du journalisme de fascination. "Ne pas être accrédité nous 'obligera' à couvrir (...) les à-côtés, dont des sujets plus gênants", assure Natalia Boïko, rédactrice en chef de Maks Media Group, qui doit sa relative indépendance à son directeur, Mikhaïl Mikchis, une personnalité locale.

Toutefois, la situation à Sotchi est loin d'être celle de la Chine, lors des Jeux Olympiques de 2008. "Personne n'empêchera les journalistes d'aller voir les gens en dehors de là où se déroulent les Jeux, comme c'était le cas à Pékin" espère Christophe Deloire. Ainsi, RSF appelle les journalistes envoyés sur place à regarder au-delà des pistes de ski: "Vladimir Poutine présente les Jeux Olympiques comme une vitrine. C'est l'occasion d'aller voir ce qu'il y a dans la boutique, l'arrière-boutique, les hangars...".

Les journalistes qui couvriront les Jeux Olympiques d'hiver de Sotchi pourront-ils écrire librement? À quatre mois du lancement des festivités, le 7 février 2014, Reporters sans Frontières a publié lundi un rapport, Sotchi: le journalisme indépendant, un sport de combat, sur les conditions de la presse là où se dérouleront les compétitions."Le mouvement de contestation de 2011-2012 en Russie a permis de délier un peu les langues, il y a un peu moins d'autocensure" fait remarquer Christophe Deloire, directeur général de l'ONG. Mais il observe également des réponses de plus en plus répressives du Kremlin ces dernières années: re-pénalisation de la diffamation, utilisation de l'argument de "haute trahison" à l'encontre des journalistes, verrouillage sur des thèmes comme la religion ou la sexualité, sites sur liste noire... "Le champ de liberté des médias est rétréci", à Sotchi comme ailleurs déplore Christophe Deloire. Le milieu journalistique de la ville de 370 000 habitants s'inquiète d'ailleurs d'un précédent: la privation de liberté d'un de ses pairs, interpellé et assigné à résidence après qu'il a enquêté notamment sur la corruption dans la police.Le poids de l'administrationTant bien que mal, une partie de la presse locale indépendante s'est attelée à questionner le projet, notamment sur des aspects environnementaux, la corruption ou des constructions illégales. Elle aborde aujourd'hui les conséquences pratiques: embouteillages monstres causés par les travaux, coupures d'électricité ou d'eau, augmentation des prix... Par rapport à d'autres régions de Russie, "il y a en apparence peu de violations du droit d'informer à Sotchi", explique Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l'Est à RSF et auteur du rapport, "la presse est plutôt dynamique avec des médias privés et une blogosphère active".En réalité, ce n'est pas aussi simple de pratiquer un journalisme indépendant à Sotchi, "la ville de Poutine", selon un rédacteur en chef d'opposition. D'un point de vue financier, les médias gratuits diffusés par les autorités concurrencent fortement la presse privée. Pour faire face, les journaux sont en partie dépendants d'aides à la presse, explique Johann Bihr: "Ils signent des 'accords de service d'information' grâce auxquels l'administration propose des contenus à diffuser et dispose d'un droit de regard sur les articles, les finances ou la comptabilité des journaux". Difficile, dans ce cas, de s'exprimer sur la corruption qui gangrène l'administration... "S'ajoutent à ça la pression douce de l'administration locale, qui demande de mentionner ou non des informations pour éviter des procès, et les procédures judiciaires contre les journalistes récalcitrants" précise-t-il.Journalisme de fascinationPendant la durée des Jeux, la presse locale n'est pas particulièrement bienvenue, surtout si elle est indépendante. 200 journalistes russes pourront couvrir l'événement, sur quelque 2800 accréditations. Pour les obtenir, rien de plus simple: un concours a été organisé, sur le thème "Ta star sportive". Ou sur le thème "Qui me louera le mieux" ironise Levan Broladze, ancien responsable local de l'Union des journalistes interrogé par RSF. Plusieurs journaux locaux ont refusé de participer à ce jeu du journalisme de fascination. "Ne pas être accrédité nous 'obligera' à couvrir (...) les à-côtés, dont des sujets plus gênants", assure Natalia Boïko, rédactrice en chef de Maks Media Group, qui doit sa relative indépendance à son directeur, Mikhaïl Mikchis, une personnalité locale.Toutefois, la situation à Sotchi est loin d'être celle de la Chine, lors des Jeux Olympiques de 2008. "Personne n'empêchera les journalistes d'aller voir les gens en dehors de là où se déroulent les Jeux, comme c'était le cas à Pékin" espère Christophe Deloire. Ainsi, RSF appelle les journalistes envoyés sur place à regarder au-delà des pistes de ski: "Vladimir Poutine présente les Jeux Olympiques comme une vitrine. C'est l'occasion d'aller voir ce qu'il y a dans la boutique, l'arrière-boutique, les hangars...".