36,2 km/h. Voilà le pic de vitesse atteint par Victor Wegnez lors d'une séance de course dédiée aux sprints, début avril. Le hockeyeur de 25 ans fait partie des joueurs les plus explosifs du noyau des Red Lions. À titre de comparaison, Usain Bolt avait été flashé à du 44,72 km/h quand il avait établi son record du monde du 100 mètres en 2009 à Berlin.

Comme bon nombre d'athlètes de haut niveau, les hommes de Shane McLeod continuent de s'entraîner. Mais ils ont délaissé la vie de groupe et les sessions collectives sur le terrain. Pendant le confinement, ils ont d'abord eu droit à un programme physique individuel strict. Puis allégé. Depuis l'annonce du déplacement des Jeux Olympiques de Tokyo 2020 à l'été 2021, leur emploi du temps été adapté. " Par rapport à ce qu'on connaissait avant les mesures sanitaires, les efforts demandés ne sont pas difficiles. Mais c'est moins chouette d'être seul ", explique John-John Dohmen, l'un des piliers de l'équipe nationale, qui s'apprêtait à vivre ses quatrièmes JO.

"Staff, joueurs, dirigeants : c'était une évidence pour tout le monde de poursuivre avec Shane McLeod." Marc Coudron

À cela, il faut ajouter l'arrêt définitif de la Division d'Honneur belge et la suspension de la Pro League, cette compétition qui regroupe les neuf meilleures équipes nationales au monde. Le quotidien de nos champions du monde est donc perturbé. Mais les ambitions, elles, restent intactes. Qu'importe l'année, les Red Lions iront au Japon pour décrocher l'or. Mais d'ici là, quelles sont les autres conséquences de ce report historique pour l'une de nos plus grandes chances de médaille au pays du Soleil-Levant ?

Spirale positive

16 mars 2020. L'Orée communique la signature du Red Lion John-John Dohmen. Après treize saisons passées aux Waterloo Ducks et cinq trophées raflés, le Ittrois de 32 ans s'offre un nouveau challenge dans une entité moins bien cotée que le géant brabançon wallon et peu habituée à lutter pour les lauriers nationaux. Huit jours plus tard, Tokyo 2020 était reculé d'un an. " Jeux Olympiques ou pas, ça ne change rien, selon moi ", évalue le meilleur hockeyeur du monde 2016. " Je ne pourrai par contre pas m'investir autant que je l'aurais aimé avec les messieurs de l'Orée. Lors d'une année olympique, nous ne pouvons nous entraîner qu'un seul jour par semaine en club. C'est dommage, mais je ne voulais pas non plus aller en arrière et abandonner le projet. "

John-John Dohmen s'attendait à connaître un exercice 2020-2021 plus tranquille. Après son 400e match en noir-jaune-rouge (il en est à 395), le recordman de sélections aurait dû décider s'il poursuivait en Red Lion. Il va donc sans doute repousser l'échéance. Puis il se serait lancé à fond à Woluwé-Saint-Pierre comme joueur, mais aussi comme coach des dames, sa première expérience dans ce costume. Bouleversement de situation, les semaines deviendront très chargées à partir de septembre. D'un point de vue privé également. " Nous avons parlé avec ma femme, car ce style de vie n'est pas idéal. Mais c'est assez naturellement que nous avons convenu que je prolonge l'aventure. Ce serait trop con de louper des JO sur un coronavirus. "

Vincent Vanasch est l'autre international à avoir dévoilé son transfert avant le report des Jeux. Le triple meilleur gardien de la planète défendra les couleurs de Rot-Weiss Cologne, ténor du championnat d'Allemagne. Avec les trajets, sa vie de famille et les obligations de l'équipe nationale, le Bruxellois de 32 ans aurait pu revenir sur son choix. " Les Allemands sont très proactifs. Quelques jours avant le verdict pour Tokyo, ils avaient déjà repris contact avec moi pour savoir si j'étais toujours d'accord de venir ", raconte-t-il. " Ils m'ont dit qu'ils me voulaient vraiment. Je souhaitais y aller à 100%. Je suis triste et déçu de quitter les Waterloo Ducks là-dessus, mais personne n'y peut rien. "

Le champion d'Europe 2019 préfère voir le côté positif des choses. Il va pouvoir se servir de son vécu chez nos voisins pour encore grandir comme keeper. Même en disposant d'un des plus beaux palmarès du hockey belge, Vanasch reste ambitieux. Après une cinquième place à Londres et l'argent à Rio, il vise Tokyo, mais aussi Paris 2024. " En fait, personnellement, ce report ne change pas beaucoup pour moi. Je ferai juste plus d'allers-retours vers Cologne. " Et Dohmen, son désormais ex-complice à Waterloo, d'enchaîner. " En Pro League en janvier, je me trouvais plus fort que lors de notre sacre en Coupe d'Europe en août dernier. J'étais donc dans une bonne période. C'est dommage que je sois coupé dans mon évolution. Mais ça fait également quinze ans que je n'arrête pas en équipe nationale ( excepté treize mois de pause après Rio, ndlr). Cette coupure fera finalement du bien. Je reviendrai plus frais en 2021. "

© BELGAIMAGE

Collectivement en revanche, l'impact sera plus marqué. Les Red Lions vont perdre un avantage certain. En se qualifiant dès août pour Tokyo 2020, les Belges avaient gagné un peu plus de deux mois de préparation sur leurs adversaires qui avaient dû attendre des barrages en octobre et novembre. Un atout énorme à ce niveau. " Aujourd'hui, je pense que nous étions au-dessus de nos concurrents directs pour l'or cet été ", lâche Vincent Vanasch. " Puis avec nos victoires à l'EURO et à la Coupe du monde, nous étions aussi dans une spirale de succès très positive. Désormais les Néerlandais et surtout les Allemands, qui n'étaient pas dans une dynamique favorable, peuvent revenir dans le coup. Mais la force des grandes équipes est de savoir se réinventer. Nous l'avons fait après avoir été champions du monde pour être champions d'Europe. Nous serons plus performants. Les vieux auront davantage de bouteille et les plus jeunes auront encore mûri. Si physiquement on tient, ça fera la différence. Et on tiendra. Car nous sommes très bien encadrés. Le staff sait quand il faut privilégier la quantité et la qualité pour qu'on arrive tous fit au même moment. "

Nous serons plus performants. Les vieux auront davantage de bouteille et les plus jeunes auront encore mûri. " Vincent Vanasch

Question de stabilité

Depuis qu'il a pris l'équipe en main, moins d'un an avant Rio 2016, le coach Shane McLeod n'a pas souvent modifié son effectif pour les compétitions majeures. Et Tanguy Cosyns est l'une des principales victimes de cette tendance. Buteur lors de la finale perdue au Brésil, le Bruxellois de 28 ans s'est ensuite blessé au genou en juin 2017. Depuis lors, il n'a disputé aucun grand tournoi et a donc assisté à la belle moisson de ses compatriotes comme spectateur. " Ce report est une opportunité pour moi. J'ai un an supplémentaire pour prouver que je peux être à Tokyo ", commente l'attaquant qui flambe cette saison avec Amsterdam, aux Pays-Bas. " Mais a contrario, il y a toujours cette petite pique qui me rappelle que je ne suis pas dans les petits papiers du coach. Celle qui te dit que tu es une longueur derrière tes camarades et te pousse à montrer tant et plus. C'est comme ça depuis que je suis revenu de mon opération. Je m'y suis fait. C'est le sport. "

Les chiffres sont là. Des seize Lions médaillés Rio, douze étaient encore là lors du titre continental en août dernier à Anvers. De ces mêmes seize, onze ont participé à tous les grands événements internationaux (EURO 2017, Coupe du monde 2018 et EURO 2019). Et le sorcier néo-zélandais n'a utilisé que 24 hockeyeurs différents pour ces quatre manifestations. Les principaux rivaux européens des Belges affichent plus de mouvements depuis l'été 2016. Aux Pays-Bas, le sélectionneur Max Caldas a convoqué 28 éléments et huit olympiens étaient à Anvers en 2019. En Allemagne, 31 ont été appelés, trois coaches se sont succédés et seulement cinq ont pris part aux quatre rendez-vous de référence. " Malgré tout, les cartes peuvent être redistribuées avec l'échéance qui a été retardée ", pense Cosyns. " Quand tu passes plus de temps avec le même jeu en mains, tu peux continuer de réfléchir à comment battre ton adversaire. Ou élaborer une autre stratégie en le remaniant un peu. J'ai l'intime sentiment que la liste de cet été n'aurait pas été identique à celle de 2021. La progression des uns, les choix de carrière des autres, les blessures : ce report bouscule certains plans. "

Tanguy Cosyns y croit dur comme fer, sinon il ne se donnerait pas autant. Mais il sait aussi pertinemment bien que la stabilité est l'un des crédo de Shane McLeod. D'autant qu'aux Jeux, on ne peut emmener que seize hommes (+ deux réservistes qui logent en dehors du village olympique) contre dix-huit lors d'un EURO ou d'une Coupe du monde. " Je crois que Shane connaît son onze de base pour 2021 ", confie Vincent Vanasch. " Un an de plus ne changera pas grand-chose dans la sélection définitive pour Tokyo ", étaye John-John Dohmen.

Certains jeunes du groupe auront donc du mal à valider un ticket pour le Japon. Stick d'Or espoir 2019, William Ghislain est apparu quatre fois sous le maillot belge. Il reste réaliste sur ses possibilités de participation même s'il estime qu'elles ont augmenté avec le report. " Je me donnais 10% de chance d'être à Tokyo 2020. Maintenant je dirais 30% pour 2021 ", souffle le talent de vingt ans. " On sait que Shane n'aime pas trop chambouler son équipe. Mais ça ne veut pas dire pas que je serai là pour décorer aux entraînements. Je vais me servir de cette année pour devenir plus fort et atteindre mon principal objectif qui est l'EURO 2021. Il se déroulera un mois après les Jeux. " Pour Tokyo, les cadets du noyau devraient être Antoine Kina (février 1996) et Arthur De Sloover (mai 1997). À Rio, c'était Arthur Van Doren, 21 ans et dix mois à l'époque.

Impact financier limité

Au niveau financier, le coronavirus puis le report des Jeux vont entraîner quelques pertes pour l'Association Royale Belge de Hockey. Mais rien d'insurmontable. " Selon moi, il y a très peu de probabilités que l'on joue encore la Pro League ", estime Marc Coudron, le président de l'ARBH. Si c'est le cas, nous n'aurons aucune rentrée d'argent pour les rencontres qui auraient dû se tenir à domicile en mai. Or, nous avons déjà dépensé pour tous les déplacements lointains des équipes nationales en janvier et février. Heureusement, les comptes de la fédération ne sont pas dépendants de la Pro League et nous avons un peu de sous de côté. Enfin l'enchaînement d'une deuxième année olympique avec les entraînements qu'elle exige ne va pas spécifiquement nous demander de coûts supplémentaires. "

Dernier point capital : l'organisation de la saison 2020-2021. Avec la Division d'Honneur, l'Euro Hockey League, la Coupe du monde indoor à Liège, la Pro League, les Jeux puis la Coupe d'Europe, on vivra une année très dense à partir de août. " L'ARBH veut vraiment que la Fédération Internationale de Hockey (FIH) tienne compte de l'importance des championnats domestiques dans la plupart des pays européens quand elle établit son calendrier ", insiste Coudron. " Ce n'est pas toujours évident de faire comprendre que le hockey sur notre continent est un hockey de club et pas uniquement d'équipe nationale comme en Asie. "

Marc Coudron ne pourra pas se représenter pour un nouveau mandat au printemps 2021. Il ne sera donc plus en place en cas de couronnement à Tokyo. " Président ou pas, ça ne change rien. Une médaille d'or au Japon sera l'accomplissement de tous. Et si c'est l'un des enjeux les plus médiatiques et spectaculaires, n'oublions pas les autres domaines sur lesquels nous avons beaucoup travaillé comme le hockey féminin, la communication, le fair-play, l'arbitrage ou encore la salle. "

Par Valentin Thiéry

Shane McLeod, BELGAIMAGE
Shane McLeod © BELGAIMAGE

McLeod reste à la barre

À la base, le contrat de Shane McLeod comme coach des Red Lions se terminait après Tokyo 2020. Vu la situation, la fédération et le technicien kiwi ont donc discuté et conclu assez logiquement qu'il serait à la tête l'effectif jusqu'à l'été 2021. Le Néerlandais Michel van den Heuvel, un assistant de McLeod qui devait le remplacer en décembre 2020, a décalé sa prise de fonction sans problème. " Staff, joueurs, dirigeants : c'était une évidence pour tout le monde de poursuivre avec Shane. Ça aurait été très triste et surprenant de finir là-dessus ", livre Marc Coudron, président de l'ARBH. " C'était vraiment la compétition que tous voulaient voir avec l'ensemble des mêmes éléments et le staff au complet. "

36,2 km/h. Voilà le pic de vitesse atteint par Victor Wegnez lors d'une séance de course dédiée aux sprints, début avril. Le hockeyeur de 25 ans fait partie des joueurs les plus explosifs du noyau des Red Lions. À titre de comparaison, Usain Bolt avait été flashé à du 44,72 km/h quand il avait établi son record du monde du 100 mètres en 2009 à Berlin. Comme bon nombre d'athlètes de haut niveau, les hommes de Shane McLeod continuent de s'entraîner. Mais ils ont délaissé la vie de groupe et les sessions collectives sur le terrain. Pendant le confinement, ils ont d'abord eu droit à un programme physique individuel strict. Puis allégé. Depuis l'annonce du déplacement des Jeux Olympiques de Tokyo 2020 à l'été 2021, leur emploi du temps été adapté. " Par rapport à ce qu'on connaissait avant les mesures sanitaires, les efforts demandés ne sont pas difficiles. Mais c'est moins chouette d'être seul ", explique John-John Dohmen, l'un des piliers de l'équipe nationale, qui s'apprêtait à vivre ses quatrièmes JO. À cela, il faut ajouter l'arrêt définitif de la Division d'Honneur belge et la suspension de la Pro League, cette compétition qui regroupe les neuf meilleures équipes nationales au monde. Le quotidien de nos champions du monde est donc perturbé. Mais les ambitions, elles, restent intactes. Qu'importe l'année, les Red Lions iront au Japon pour décrocher l'or. Mais d'ici là, quelles sont les autres conséquences de ce report historique pour l'une de nos plus grandes chances de médaille au pays du Soleil-Levant ? 16 mars 2020. L'Orée communique la signature du Red Lion John-John Dohmen. Après treize saisons passées aux Waterloo Ducks et cinq trophées raflés, le Ittrois de 32 ans s'offre un nouveau challenge dans une entité moins bien cotée que le géant brabançon wallon et peu habituée à lutter pour les lauriers nationaux. Huit jours plus tard, Tokyo 2020 était reculé d'un an. " Jeux Olympiques ou pas, ça ne change rien, selon moi ", évalue le meilleur hockeyeur du monde 2016. " Je ne pourrai par contre pas m'investir autant que je l'aurais aimé avec les messieurs de l'Orée. Lors d'une année olympique, nous ne pouvons nous entraîner qu'un seul jour par semaine en club. C'est dommage, mais je ne voulais pas non plus aller en arrière et abandonner le projet. " John-John Dohmen s'attendait à connaître un exercice 2020-2021 plus tranquille. Après son 400e match en noir-jaune-rouge (il en est à 395), le recordman de sélections aurait dû décider s'il poursuivait en Red Lion. Il va donc sans doute repousser l'échéance. Puis il se serait lancé à fond à Woluwé-Saint-Pierre comme joueur, mais aussi comme coach des dames, sa première expérience dans ce costume. Bouleversement de situation, les semaines deviendront très chargées à partir de septembre. D'un point de vue privé également. " Nous avons parlé avec ma femme, car ce style de vie n'est pas idéal. Mais c'est assez naturellement que nous avons convenu que je prolonge l'aventure. Ce serait trop con de louper des JO sur un coronavirus. " Vincent Vanasch est l'autre international à avoir dévoilé son transfert avant le report des Jeux. Le triple meilleur gardien de la planète défendra les couleurs de Rot-Weiss Cologne, ténor du championnat d'Allemagne. Avec les trajets, sa vie de famille et les obligations de l'équipe nationale, le Bruxellois de 32 ans aurait pu revenir sur son choix. " Les Allemands sont très proactifs. Quelques jours avant le verdict pour Tokyo, ils avaient déjà repris contact avec moi pour savoir si j'étais toujours d'accord de venir ", raconte-t-il. " Ils m'ont dit qu'ils me voulaient vraiment. Je souhaitais y aller à 100%. Je suis triste et déçu de quitter les Waterloo Ducks là-dessus, mais personne n'y peut rien. " Le champion d'Europe 2019 préfère voir le côté positif des choses. Il va pouvoir se servir de son vécu chez nos voisins pour encore grandir comme keeper. Même en disposant d'un des plus beaux palmarès du hockey belge, Vanasch reste ambitieux. Après une cinquième place à Londres et l'argent à Rio, il vise Tokyo, mais aussi Paris 2024. " En fait, personnellement, ce report ne change pas beaucoup pour moi. Je ferai juste plus d'allers-retours vers Cologne. " Et Dohmen, son désormais ex-complice à Waterloo, d'enchaîner. " En Pro League en janvier, je me trouvais plus fort que lors de notre sacre en Coupe d'Europe en août dernier. J'étais donc dans une bonne période. C'est dommage que je sois coupé dans mon évolution. Mais ça fait également quinze ans que je n'arrête pas en équipe nationale ( excepté treize mois de pause après Rio, ndlr). Cette coupure fera finalement du bien. Je reviendrai plus frais en 2021. " Collectivement en revanche, l'impact sera plus marqué. Les Red Lions vont perdre un avantage certain. En se qualifiant dès août pour Tokyo 2020, les Belges avaient gagné un peu plus de deux mois de préparation sur leurs adversaires qui avaient dû attendre des barrages en octobre et novembre. Un atout énorme à ce niveau. " Aujourd'hui, je pense que nous étions au-dessus de nos concurrents directs pour l'or cet été ", lâche Vincent Vanasch. " Puis avec nos victoires à l'EURO et à la Coupe du monde, nous étions aussi dans une spirale de succès très positive. Désormais les Néerlandais et surtout les Allemands, qui n'étaient pas dans une dynamique favorable, peuvent revenir dans le coup. Mais la force des grandes équipes est de savoir se réinventer. Nous l'avons fait après avoir été champions du monde pour être champions d'Europe. Nous serons plus performants. Les vieux auront davantage de bouteille et les plus jeunes auront encore mûri. Si physiquement on tient, ça fera la différence. Et on tiendra. Car nous sommes très bien encadrés. Le staff sait quand il faut privilégier la quantité et la qualité pour qu'on arrive tous fit au même moment. " Depuis qu'il a pris l'équipe en main, moins d'un an avant Rio 2016, le coach Shane McLeod n'a pas souvent modifié son effectif pour les compétitions majeures. Et Tanguy Cosyns est l'une des principales victimes de cette tendance. Buteur lors de la finale perdue au Brésil, le Bruxellois de 28 ans s'est ensuite blessé au genou en juin 2017. Depuis lors, il n'a disputé aucun grand tournoi et a donc assisté à la belle moisson de ses compatriotes comme spectateur. " Ce report est une opportunité pour moi. J'ai un an supplémentaire pour prouver que je peux être à Tokyo ", commente l'attaquant qui flambe cette saison avec Amsterdam, aux Pays-Bas. " Mais a contrario, il y a toujours cette petite pique qui me rappelle que je ne suis pas dans les petits papiers du coach. Celle qui te dit que tu es une longueur derrière tes camarades et te pousse à montrer tant et plus. C'est comme ça depuis que je suis revenu de mon opération. Je m'y suis fait. C'est le sport. " Les chiffres sont là. Des seize Lions médaillés Rio, douze étaient encore là lors du titre continental en août dernier à Anvers. De ces mêmes seize, onze ont participé à tous les grands événements internationaux (EURO 2017, Coupe du monde 2018 et EURO 2019). Et le sorcier néo-zélandais n'a utilisé que 24 hockeyeurs différents pour ces quatre manifestations. Les principaux rivaux européens des Belges affichent plus de mouvements depuis l'été 2016. Aux Pays-Bas, le sélectionneur Max Caldas a convoqué 28 éléments et huit olympiens étaient à Anvers en 2019. En Allemagne, 31 ont été appelés, trois coaches se sont succédés et seulement cinq ont pris part aux quatre rendez-vous de référence. " Malgré tout, les cartes peuvent être redistribuées avec l'échéance qui a été retardée ", pense Cosyns. " Quand tu passes plus de temps avec le même jeu en mains, tu peux continuer de réfléchir à comment battre ton adversaire. Ou élaborer une autre stratégie en le remaniant un peu. J'ai l'intime sentiment que la liste de cet été n'aurait pas été identique à celle de 2021. La progression des uns, les choix de carrière des autres, les blessures : ce report bouscule certains plans. " Tanguy Cosyns y croit dur comme fer, sinon il ne se donnerait pas autant. Mais il sait aussi pertinemment bien que la stabilité est l'un des crédo de Shane McLeod. D'autant qu'aux Jeux, on ne peut emmener que seize hommes (+ deux réservistes qui logent en dehors du village olympique) contre dix-huit lors d'un EURO ou d'une Coupe du monde. " Je crois que Shane connaît son onze de base pour 2021 ", confie Vincent Vanasch. " Un an de plus ne changera pas grand-chose dans la sélection définitive pour Tokyo ", étaye John-John Dohmen. Certains jeunes du groupe auront donc du mal à valider un ticket pour le Japon. Stick d'Or espoir 2019, William Ghislain est apparu quatre fois sous le maillot belge. Il reste réaliste sur ses possibilités de participation même s'il estime qu'elles ont augmenté avec le report. " Je me donnais 10% de chance d'être à Tokyo 2020. Maintenant je dirais 30% pour 2021 ", souffle le talent de vingt ans. " On sait que Shane n'aime pas trop chambouler son équipe. Mais ça ne veut pas dire pas que je serai là pour décorer aux entraînements. Je vais me servir de cette année pour devenir plus fort et atteindre mon principal objectif qui est l'EURO 2021. Il se déroulera un mois après les Jeux. " Pour Tokyo, les cadets du noyau devraient être Antoine Kina (février 1996) et Arthur De Sloover (mai 1997). À Rio, c'était Arthur Van Doren, 21 ans et dix mois à l'époque. Au niveau financier, le coronavirus puis le report des Jeux vont entraîner quelques pertes pour l'Association Royale Belge de Hockey. Mais rien d'insurmontable. " Selon moi, il y a très peu de probabilités que l'on joue encore la Pro League ", estime Marc Coudron, le président de l'ARBH. Si c'est le cas, nous n'aurons aucune rentrée d'argent pour les rencontres qui auraient dû se tenir à domicile en mai. Or, nous avons déjà dépensé pour tous les déplacements lointains des équipes nationales en janvier et février. Heureusement, les comptes de la fédération ne sont pas dépendants de la Pro League et nous avons un peu de sous de côté. Enfin l'enchaînement d'une deuxième année olympique avec les entraînements qu'elle exige ne va pas spécifiquement nous demander de coûts supplémentaires. " Dernier point capital : l'organisation de la saison 2020-2021. Avec la Division d'Honneur, l'Euro Hockey League, la Coupe du monde indoor à Liège, la Pro League, les Jeux puis la Coupe d'Europe, on vivra une année très dense à partir de août. " L'ARBH veut vraiment que la Fédération Internationale de Hockey (FIH) tienne compte de l'importance des championnats domestiques dans la plupart des pays européens quand elle établit son calendrier ", insiste Coudron. " Ce n'est pas toujours évident de faire comprendre que le hockey sur notre continent est un hockey de club et pas uniquement d'équipe nationale comme en Asie. " Marc Coudron ne pourra pas se représenter pour un nouveau mandat au printemps 2021. Il ne sera donc plus en place en cas de couronnement à Tokyo. " Président ou pas, ça ne change rien. Une médaille d'or au Japon sera l'accomplissement de tous. Et si c'est l'un des enjeux les plus médiatiques et spectaculaires, n'oublions pas les autres domaines sur lesquels nous avons beaucoup travaillé comme le hockey féminin, la communication, le fair-play, l'arbitrage ou encore la salle. "Par Valentin Thiéry