Les play-offs de NBA ont débuté. Ce n'est pas la super équipe des Golden State Warriors qui est en tête du championnat régulier mais les Houston Rockets de James Harden. Les Warriors ont disputé trois finales d'affilée et en ont gagné deux. Ils sont fatigués mentalement mais aussi accablés par les pépins physiques, à commencer par leur Fab Four : Stephen Curry (quatre entorses de la cheville et maintenant une blessure au genou), Kevin Durant (fracture d'une côte), Klay Thompson (fracture du pouce) et Draymond Green (bassin froissé).
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Les play-offs de NBA ont débuté. Ce n'est pas la super équipe des Golden State Warriors qui est en tête du championnat régulier mais les Houston Rockets de James Harden. Les Warriors ont disputé trois finales d'affilée et en ont gagné deux. Ils sont fatigués mentalement mais aussi accablés par les pépins physiques, à commencer par leur Fab Four : Stephen Curry (quatre entorses de la cheville et maintenant une blessure au genou), Kevin Durant (fracture d'une côte), Klay Thompson (fracture du pouce) et Draymond Green (bassin froissé). Ce n'est encore rien comparé aux blessures des autres vedettes de NBA. Kawhi Leonard (San Antonio) a loupé presque toute la saison à cause de quadriceps douloureux, DeMarcus Cousins (Nouvelle-Orléans) s'est rompu le tendon d'Achille, Kristaps Porzingis (New York) s'est déchiré un ligament croisé, Gordan Hayward (Boston) s'est occasionné une double fracture tibia-péroné dès la première journée et son coéquipier Kyrie Irving a raté les dernières semaines de la saison à cause d'une opération au genou... Nous pourrions remplir toute une page avec les blessures des joueurs de NBA, célèbres ou pas. Au total, ils ont raté 5.000 matches et leurs clubs ont dépensé 400 millions de dollars en salaires pour rien, soit 20 % de plus que la saison passée. C'est moins le nombre d'incidents qui a augmenté que leur impact, entraînant une plus longue inactivité. Jamais genoux et chevilles n'ont été aussi souvent touchés. S'agit-il d'un malheureux concours de circonstances ou y a-t-il autre chose ? On sait depuis longtemps que peu de compétitions sont aussi dures que la NBA. Cette saison, les 82 matches se sont déroulés en cinq mois et 25 jours, soit un tous les 2,1 jours. On entame maintenant les play-offs, avec au moins seize matches pour le futur champion. Fait étrange : lors de la confection du calendrier, la NBA a prêté attention au stress induit par les voyages pour favoriser le repos des joueurs, d'autant que la saison passée, certaines équipes avaient laissé une ou plusieurs vedettes sur le banc lors des national tv games (retransmis dans tous les USA), surtout en fin de saison, en prévision des play-offs. Une démarche qui avait ulcéré les supporters, dont certains avaient payé cher et effectué de longs déplacements pour voir jouer un LeBron James, surtout dans les villes où ses Cavaliers ne se produisent qu'une fois par saison. La nouvelle convention stipulait que le championnat régulier débutait dix jours plus tôt et que la pré-saison était réduite de huit à trois ou quatre matches de préparation, afin de mieux répartir les matches. Pour la première fois aussi, aucune équipe ne devait jouer quatre fois en cinq jours - ça avait été le cas à 70 reprises en 2014-2015 - et le nombre de back-to-back games (deux jours d'affilée) était passé de 16,3 à 14,4 par équipe, le nombre le moins élevé depuis l'introduction d'un calendrier de 82 duels en 1967-1968. Les déplacements en avion ont également été réduits. Les voyages de 3.200 kilomètres pour un match ont diminué de 67 %. Adam Silver, le patron de la NBA, avait toutefois posé une condition : désormais, il n'était plus permis de ménager " stratégiquement " les vedettes lors des in national tv games ni en déplacement. En cas d'infraction, les amendes pouvaient s'élever à 100.000 dollars. Le repos n'est pourtant pas un luxe pendant une saison qui comporte 82 matches. Même s'ils sont un peu mieux répartis, le rythme n'en reste pas moins mortel. La chaîne ESPN a même élaboré une formule spéciale pour signaler les high alert games, calculés par le MahScore. Sans tenir compte du classement ni des blessures, le système calcule les chances de défaite d'une équipe sur base de huit critères : parce qu'elle a eu moins de repos depuis le match précédent, parce qu'elle a joué plus de parties, parce que ses voyages ont été plus longs, couvrant plusieurs fuseaux horaires... Des matches qui sont apparemment faciles pour la grande équipe X contre la petite Y donnent donc lieu à des " surprises ". Beaucoup d'équipes incluent même ces revers dans les schedule losses et ménagent leurs principales vedettes, ayant de toute façon moins de chances de gagner. C'est un rêve pour les parieurs : ESPN a prédit le bon vainqueur à 41 reprises sur 53 high alert games jusqu'en avril, soit un score de 77 %. Les chiffres de la défaite prévue sont aussi étonnants : en moyenne 13,4 points, dont onze défaites sur plus de 21 points. Exemple d'une " surprise " prévue : la victoire à domicile des Denver Nuggets le 3 février contre les Golden State Warriors. Les champions menaient encore 67-77 pendant le troisième quart-temps mais ils ont été défaits 115-108. Or, les Warriors restaient sur 37 succès d'affilée quand ils avaient mené à l'entame du dernier quart-temps. L'explication ? Le scénario tant redouté en NBA : se rendre à Denver, à 1.600 mètres d'altitude, ce qui représente déjà un inconvénient, après avoir disputé la veille un match sur la côte ouest, à Sacramento. L'équipe a repris l'avion à l'issue du match, a perdu une heure à cause du changement de fuseau horaire et est arrivée à Denver à quatre heures du matin. Par-dessus le marché, l'avion a été pris dans des turbulences qui ont empêché les joueurs de dormir. Le coup d'envoi du match, le jour-même ? A 18 heures. A l'issue de la partie, le coach Steve Kerr a déclaré : " Nous étions vannés. " Plus encore que la charge purement physique des 82 matches, ce sont les longs voyages qui fatiguent les joueurs. En une saison, les formations de NBA doivent parcourir des distances hallucinantes : de 56.000 à 85.000 kilomètres, soit deux fois le tour de la planète. Les clubs situés près des grands lacs - Indiana, Chicago, Detroit, Cleveland, Toronto - ont moins de voyages en avion que les équipes de la Western Conference - on pense au Minnesota ou à la côte ouest, comme les LA Lakers ou le Golden State. Beaucoup d'équipes disposent d'un jet privé de luxe mais ces longs trajets sur plusieurs fuseaux horaires -il y a trois heures de différence entre LA et New York- ont un gros impact sur le sommeil ou plutôt son absence. " Parfois, on s'éveille dans un hôtel et on ne sait même plus dans quelle ville on se trouve. D'autres fois, on prend un avion en se demandant où on était juste avant ", a raconté Ron Adams, l'entraîneur-adjoint du Golden State. Les remarques de ce genre sont légion. Ces derniers mois, Steve Clifford et Tyronn Lue, les coaches de Charlotte et de Cleveland, ont dû déclarer forfait pour plusieurs matches suite à de sérieux problèmes de santé, induits par un manque chronique de sommeil. Beaucoup d'équipes consultent des spécialistes du sommeil et ont recours à des systèmes de monitoring perfectionnés, sans oublier les matelas et coussins personnalisés, mais ça revient à boucher les trous d'une digue qui menace de s'effondrer. Charles Czeisler, le gourou du sommeil de la Harvard Medical School, estime que le calendrier de la NBA est de la folie pure. " C'est comme si on passait une nuit blanche tous les dix jours. Comme si les joueurs étaient ivres. Ils perdent leur instinct du basket. " Pas seulement : une étude révèle que le nombre de fautes techniques et d'exclusions pour protestation augmente considérablement pendant les high alert games. Le manque de sommeil a un impact négatif sur les parties du cerveau qui contrôlent les émotions. Mais pourquoi assiste-on à une telle augmentation des blessures durant cette campagne ? Car après tout, la saison compte 82 matches depuis 40 ans, avec toutes les conséquences négatives que ça peut entraîner. Bizarrement, beaucoup de coaches pointent du doigt le raccourcissement de la pré-saison, une mesure qu'ils ont applaudie jusqu'à ce que le tsunami de blessures les prive de leurs vedettes. Les entraîneurs estiment que les joueurs ne peuvent plus se préparer convenablement et qu'ils étaient en moins bonne condition en début de saison. La précipitation entraîne plus de blessures, certainement en début de saison. En plus, le Golden State s'est rendu en Chine, ce qui a perturbé encore un peu plus sa préparation. D'un autre côté, de plus en plus de joueurs suivent un programme individuel rigoureux en été, en plus des pick-up games, des matches entre copains de NBA. Mais évidemment, ils n'ont pas l'intensité d'un match de NBA ni d'un stage. Selon d'autres, ces programmes individuels, qui concernent déjà les jeunes des collèges et des hautes écoles, sont précisément la cause de l'augmentation des blessures : après une saison déjà chargée, les joueurs se ménagent trop peu de repos, voulant imiter LeBron James, qui ne manque pas d'afficher ses séances spartiates sur les réseaux sociaux. Or, tout le monde n'a pas un corps en acier. Il y a encore le rythme de plus en plus élevé des matches. Cette saison, 19 des 30 équipes ont été en possession du ballon à plus de cent reprises en match, contre trois il y a dix ans. C'est particulièrement dur pour les joueurs grands et lourds, surtout s'ils accumulent beaucoup de minutes de jeu. Dans les semaines précédant sa déchirure du ligament croisé, Kristaps Porzingis (2m21) s'était plaint de sa fatigue dans la presse. Ce n'est pas non plus un hasard si DeMarcus Cousins (2m11) s'est déchiré le tendon d'Achille : il avait disputé en moyenne 39,8 minutes lors des dix matches précédents, un record personnel. Son tendon a cédé lors du quatrième match en sept jours, en fin de partie. Analystes et joueurs ne se bornent pas à chercher les causes des blessures. Ils sont en quête de solutions. Kobe Bryant, qui a raccroché en 2016, à 37 ans, complètement usé, estime qu'il faut revoir à la baisse le temps de jeu, pour passer de 48 à 40 minutes, comme en Europe. LeBron James n'est pas d'accord : " Nous pourrions jouer 50 minutes. Ce qui pose problème, c'est le nombre de matches avec les obligations et les déplacements inhérents. " Adam Silver a déclaré que les 82 matches de championnat régulier n'étaient pas sacro-saints et que ce nombre pouvait être revu, " à long terme ". C'est que la NBA est tenue jusqu'en 2023 par son contrat TV, qui vaut 21 milliard d'euros (2,3 milliards par saison). Or, il stipule qu'une saison fait 82 journées, soit 1.230 matches. Il faut aussi que les propriétaires des clubs marquent leur accord. Or, moins de matches, c'est aussi moins de dollars, en droits TV, en billets, en merchandising... Durant la saison 2016-2017, chaque match a rapporté en moyenne 1,7 million d'euros. Diminuer la saison de dix matches réduirait donc les rentrées de 17 millions, voire beaucoup plus pour les représentants des big markets comme les LA Lakers et les New York Knicks. D'autres font remarquer que le championnat régulier de football américain, qui ne compte que seize journées, génère deux fois plus de droits TV que la NBA. Ce qui est rare est plus cher. Réduire la saison de NBA à 72 matches - certains plaident pour 44 seulement - améliorerait la qualité de nombreuses joutes. " Pour le moment, certains matches ne valent pas le déplacement ", opine Kobe Bryant. On dit que les chaînes TV et les Facebook de ce monde seraient prêts à payer plus à l'avenir pour de meilleurs matches. Alors, les propriétaires des clubs y réfléchiront aussi à deux fois. Surtout si leurs coûteuses vedettes, dont le salaire annuel peut se monter à 28 millions d'euros, continuent à tomber comme des mouches. Jonas Creteur