C'est celui que tout le monde voulait. Celle que toute la planète basket attendait. Ce match 7, cette septième joute entre deux prétendants au titre. D'un côté, les Warriors de Golden State. De l'autre, les Cavaliers de Cleveland. Menés trois manches à une dans ces finales de play-offs, les Cavs réussissent l'exploit de revenir à 3-3. Du jamais vu.
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C'est celui que tout le monde voulait. Celle que toute la planète basket attendait. Ce match 7, cette septième joute entre deux prétendants au titre. D'un côté, les Warriors de Golden State. De l'autre, les Cavaliers de Cleveland. Menés trois manches à une dans ces finales de play-offs, les Cavs réussissent l'exploit de revenir à 3-3. Du jamais vu. Sur le parquet de l'Oracle Arena d'Oakland, dans l'antre de leur désormais ennemi juré, le cinq majeur emmené par LeBron James décide d'inscrire ce 19 juin 2016 dans les bouquins d'histoire. Il reste 53 secondes à jouer quand le score stagne à 89 partout. Kyrie Irving dribble Stephen Curry et rentre un trois points de folie. Abasourdis, les Warriors perdent la balle. King James file au dunk, Draymond Green fait faute. James ne marque qu'un seul de ses deux lancers-francs, suffisant pour tenir son adversaire à distance. Curry, puis MarreeseSpeights, manquent leurs tentatives. Le buzzer sonne comme un glas meurtrier pour une machine incapable de remonter le temps. Cleveland arrache son premier titre au mental, le premier pour la ville de l'Ohio depuis 1964 et le sacre des Browns en NFL. Un an plus tôt, les Cavs avaient été trop tendres, vaincus par Golden State, déjà. Dès demain, les deux squads se retrouvent à nouveau. Pour garnir les syllabus et abreuver les livres des records, encore. Pourtant, il y a trois ans, peu de signaux annoncent l'embrasement actuel. En 2010, LeBron met un terme à son idylle entamée sept ans auparavant à Cleveland sur une nouvelle désillusion, éliminé par les Celtics de Boston. Dans une conférence de presse surréaliste, il confesse son départ pour constituer une dream team de feu à Miami. The Decision a un retentissement énorme sur le continent nord-américain. Les Cavs retournent à leur anonymat initial et enchaînent même 26 défaites consécutives sur la saison qui suit. Leur bilan, le plus mauvais à l'Est, leur permet d'entrevoir un peu de lumière : l'actuel meneur Kyrie Irving est drafté en première position et l'ailier fort Tristan Thompson en quatrième. À l'autre bout du pays, une révolution de velours s'amorce en Californie. Stephen Curry signe à Oakland en 2009, Klay Thompson le suit deux printemps plus tard. Ensemble, ils relèvent une franchise qui n'a plus connu de finales depuis 75 et dont le nom reste intimement lié à l'aura du mythique mais (très) ancien Wilt Chamberlain. La greffe prend lentement des deux côtés. Avant que tout bascule à l'été 2014. King James fait un autre choix, sobrement intitulé The Decision 2.0 par Sports Illustrated. C'est le retour du roi. Avec deux bagues aux doigts, enfilées en 2012 et 2013, il promet un projet bien ficelé avec un objectif en filigrane : offrir le titre à son amour de jeunesse, enfin. Kevin Love, star des Timberwolves, est tout trouvé pour faire jaillir la flamme à nouveau. De l'autre côté, l'ancien sniper d'élite des Bulls ou des Spurs, Steve Kerr, prend les rênes des Warriors et promet un jeu léché sur base de sa spécialité : les trois points. Le duel entre le trio Love-James-Irving et le duo Thompson-Curry se dessine au fur et à mesure de l'exercice 2014/2015. Le premier monte en puissance, le second effectue la meilleure saison régulière de son histoire. Curry se dévoile aux yeux du monde entier avec une efficacité stratosphérique à longue distance.Les Warriors privilégient les petits gabarits, l'agilité et la rapidité plutôt que la présence physique dans la raquette. Une opposition de style avec les Cavs enlevée grâce à une fraîcheur quasi inattendue. LeBron évolue seul, ou presque, et doit mettre genou à terre (4-2). Curry devient MVP de la saison, des finales et la nouvelle coqueluche des fans de la balle orange, en compagnie de Klay Thompson. Les maillots de Golden State se retrouvent sur toutes les épaules et James a la rage. Il vient de tomber contre des joueurs encore inconnus quelques mois plus tôt, des artistes qui réinventent son jouet, sa discipline, un sport censé lui appartenir. Le championnat suivant démarre sur le même rythme. Golden State empile 24 succès consécutifs - soit le meilleur départ tous sports majeurs américains confondus - et termine la saison régulière avec 73 victoires, soit une de plus que le record des Bulls de Jordan en 1995/96. Cavs et Warriors n'ont pas d'équivalents. Du moins pas à l'heure actuelle. Il y a bien Russell Westbrook ou James Harden, mais ils représentent des forces isolées, des arbres en lutte dans des forêts détruites par les deux rouleaux compresseurs de la ligue. Kahwi Leonard peut potentiellement faire barrage mais assiste, blessé, au naufrage des Spurs, " sweepés " en finale de conférence Ouest par Golden State (4-0). Quand les Warriors joueront ce jeudi, ils ne se seront inclinés qu'une seule fois sur les 82 jours précédents. Avec douze victoire d'affilée en play-offs, soit aucune défaite, ils dépassent les Los Angeles Lakers de 1989 et 2001. Les hommes de Mike Brown font preuve d'une domination surhumaine. Mais elle n'est pas non plus sans partage. Cleveland débute également ses play-offs par un 10-0. Jamais deux franchises n'avaient réalisé pareille performance. À l'Est, contre les Celtics, les Cavs explosent leurs records de points inscrits (135) et d'écart avec leur adversaire (44), pour égaliser celui du nombre de victoires consécutives de la franchise (13). Les Celtics, qui remportent tout de même le match 3, enregistrent la pire défaite de leur histoire (86-130). L'écurie de Boston connaît justement un affrontement similaire avec les Lakers dans les 80's. Entre 80 et 88, respectivement menées par Magic Johnson et Larry Bird, elles s'adjugent huit titres sur neuf et se rencontrent quatre fois en finales. Mais, à l'époque, les Sixers ou les Rockets avaient leur mot à dire. Depuis trois saisons, les Warriors et les Cavs laissent à peine des miettes à leurs adversaires. " Il suffit de regarder les vainqueurs de cette ligue et vous voyez que les Celtics l'ont remporté dix-sept fois, les Lakers seize. Je pense qu'ils ont un long chemin qui les attend avant qu'on puisse les mettre dans cette catégorie ", tempère le patron de la NBA Adam Silver, au micro d'ESPN. Silver répond aux experts américains qui s'interrogent sur le niveau de jeu global des autres franchises, puisqu'aucune d'entre elles ne semble en mesure de rivaliser avec les deux mastodontes. Chaque match de Golden State ou Cleveland peut tourner à tout moment en punition infantile. Dans les 90's, Michael Jordan régnait lui aussi de manière incroyable, mais il éprouvait quand même des difficultés pour monter sur le trône chaque année. " Pourquoi ce serait mauvais pour le basket ? ", demande encore à ESPN Kobe Bryant, maître des Lakers et de la première décennie de 2000. " Ça n'a pas de sens. Tout ça parce que c'est programmé, ce serait une mauvaise chose ? Chaque jour, je sais que je vais me lever le matin. Je ne pense pas que ça soit une mauvaise chose. " Outre l'horloge interne de Black Mamba, Tristan Thompson préfère remettre les pendules à l'heure : " Je ne crois pas que ce soit ennuyeux ou quelque chose de ce genre. Je pense que les deux équipes sont focalisées sur un objectif plus important et qu'elles prennent l'adversité comme un obstacle à contourner ou à démolir. " C'est le mot. Les deux clans s'envoient des messages. Comme s'il s'agissait de rentrer dans l'esprit de l'autre, de lui faire peur, lui montrer toute l'étendue de sa force de frappe. Chaque coup a sa cible précise et chaque riposte est graduée. Ils la renient mais l'alimentent surtout. La rivalité s'installe entre deux noms prédestinés à s'entretuer. Les Warriors et les Cavaliers recroisent donc le fer au sommet de la NBA l'année passée. Lors du match 4, Draymond Green vient au block. James le met au sol, l'enjambe et s'essuie presque la semelle sur lui. Green se relève, colle James au rebond et les deux s'échangent des mots doux.Green finit par être suspendu pour la rencontre suivante. En janvier, les deux tourtereaux recommencent. Parti en contre-attaque, Green barre sévèrement la route à James, qui en rajoute et fait le mort. Green l'imite et provoque l'hilarité générale. Une scène qui en dit long. À l'instar de celle qui se déroule, encore, pendant les finales 2016. Le game 6 n'a plus que 4 minutes au compteur quand Baby Face Curry s'introduit dans la raquette de Cleveland. Son lay-up innocent rencontre un monstrueux contre de papa James, qui le chambre au passage. Dans la foulée, Curry fait faute sur lui, une de trop, et est expulsé. Les Cavs reviennent à un 3-3 historique. Le face-à-face Curry-James s'inscrit d'office parmi les plus fleuris du basket. Si ce n'est pas encore le plus important, c'est probablement le plus bankable. C'est l'esthète, le tueur chirurgical à la tête de gendre parfait contre l'athlète, la bête de muscles assoiffée de trophées. LeBron James semble avoir toujours eu besoin d'un ennemi pour se surpasser, comme il se nourrissait des exploits et de l'ego surdimensionné d'un Kobe Bryant tout juste retraité. Le jour de Noël, le duel qui l'oppose à Kevin Durant, MVP 2014 néo-Warrior, tourne presque à l'affaire personnelle. 36 points pour Durant, 31 pour James (voir encadré). Mais rien ne vaut son duel à distance avec Curry. En 2016, Steph Curry est élu MVP sur la saison régulière, The Chosen One est celui des finales. Les deux hommes sortent pourtant du même moule, nés à Akron, dans l'Ohio, à quatre ans d'intervalle. Double ironie du sort, Curry voit le jour en 88 alors que son père, Dell, évolue sous les couleurs des Cavs. 29 ans plus tard, il se classe parmi les meilleurs tireurs à trois points de l'histoire. Depuis 2013, il est celui qui en rentre le plus et détient le record sur un exercice (402 en 2015/2016). Seul Steve Nash, en 2007/2008, avait montré autant d'adresse au tir (50 % de réussite). En face, LeBron passe la barre des 2.000 points dès ses 20 ans et se place septième dans le top 10 des meilleurs marqueurs de l'histoire. Il vient par ailleurs de devenir le meilleur marqueur de l'histoire des playoffs devant Jordan. L'an prochain, il devrait dépasser ce dernier en termes de revenus annuels avec un contrat à hauteur de 33,2 millions de dollars. En clair, les deux rivaux sont des Martiens. Et même s'il refuse de parler de " rivalité ", LeBron James ne peut pas s'empêcher d'y songer. Pour le dernier halloween, il sert des cookies très spéciaux à ses invités. Des pierres tombales avec les inscriptions suivantes : " Klay Thompson, 2015-2016 " et " Stephen Curry, 2015-2016 ". Son commentaire, sur Instagram : " Le dessert était phénoménal ! ! ! " Une mise en bouche avant la " belle "... Par Nicolas Taiana