I'm a survivor
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I'm a survivor I'm not gon' give up I'm not gon' stop I'm gon' work harderI'm a survivor Fan de musique, Nafi Thiam écoute-t-elle le hit de Destiny's Child qui parle de survie et de persévérance, en août 2016 à Rio, au moment le plus important de sa carrière, alors qu'elle est en tête de l'heptathlon et qu'elle s'apprête à lancer le javelot ? Six semaines plus tôt, au championnat de Belgique, elle s'est occasionnée une petite déchirure au ligament du coude. Rio s'est éloigné et elle est rentrée en pleurs à la maison. Mais elle s'est rapidement reprise. "Celui qui ne doit pas franchir de barrières ni vaincre de démons sur la route ne peut pas parler de succès", dit-elle dans un tweet, citant le philosophe Debasish Mridha. Des traitements intensifs l'ont soulagée mais le 13 août, à l'Estadio Engenhão, son coude n'est pas rétabli. Afin d'épargner les ligaments, elle n'a pas effectué le moindre lancer à l'échauffement, misant tout sur le premier essai et sachant que ça ferait très mal. Elle est néanmoins très détendue au moment d'attendre son tour aux cotés de son amie et collègue Antoinette Nana-Djimou. La Française la motive : "Nafi, au besoin, casse-toi le bras, mords sur ta chique. Fais ce que tu dois faire pour devenir championne olympique. Ce sont tes Jeux!" A 21h17 Thiam s'élance. Criant et grimaçant de douleur, elle lance le javelot à 53,13 m, plus loin que jamais, malgré des ligaments déchirés et une douleur intense. " J'ai découvert combien j'étais forte dans la tête ", dit-elle. Plus tard, elle poste la photo de son lancer sur Instagram avec, en légende : " Pain is an info, not a limit. " Thiam semble alors déjà pratiquement certaine d'être championne olympique. Il reste certes un 800 m. à disputer mais là aussi, elle reste de glace. Quelques mois plus tôt, à Götzis, elle a bouclé pour la première fois le double tour de piste sans crainte de souffrir. Mentalement, c'était un moment crucial qui allait lui permettre de ne pas craquer sous la pression à Rio. A 21 ans, Nafissatou Thiam est sacrée championne olympique et laisse éclater sa joie. " Je n'arrive pas à y croire ", répétait-elle pendant son tour d'honneur. Le lendemain, lors de la cérémonie protocolaire, elle perd un combat : celui contre les larmes. Elle se remémore les années de sacrifices, les obstacles vaincus mais elle chante la Brabançonne. Et les larmes font vite place à un sourire lorsqu'elle prend un selfie avec Jessica Ennis-Hill (médaille d'argent) et Brianne Theisen (médaille de bronze) en compagnie d' Usain Bolt, qui vient de remporter son troisième titre olympique consécutif sur 100 m. Le roi de l'athlétisme et la nouvelle reine. Une reine qui, quelques années plus tôt, lors d'un Mémorial Van Damme, alors qu'elle n'était encore que princesse, avait obtenu le dossard de Bolt et l'avait fièrement affiché dans sa chambre, rêvant de faire la même carrière. Bien plus tôt que ce que tout le monde avait imaginé - y compris elle-même - elle décroche une première couronne à Rio. Et elle semble comprendre que beaucoup d'autres suivraient. Lorsque le Roi Philippe lui téléphone, elle raccroche en disant Au revoir, comme si d'autres rendez-vous étaient prévus. Destiny's child... Nafissatou est née 21 ans plus tôt, à Bruxelles. Elle est le troisième enfant de Bamba Thiam, un géant sénégalais arrivé en Belgique à l'âge de 19 ans pour suivre une formation en arts, et de Danièle Denisty (regardez l'anagramme), une prof de français et d'histoire belge. Alors que Nafi n'a pas encore pu prononcer le mot " papa ", Bamba et Danièle se séparent. Son père repart au Sénégal et sa mère s'établit à Rhisnes, près de Namur, avec ses quatre enfants : Nafi, Issa Mandela, Fama et Ibrahima. A la campagne, la vie est moins chère et moins agitée qu'à Bruxelles, mais pas plus facile pour autant. A l'école primaire, comme ils sont les premiers mulâtres du village, les enfants sont surnommés " les noirs ", ce qui chagrine beaucoup Nafi : " Maman, je ne suis pas noire, je suis brune ! " Danièle doit éduquer quatre enfants avec son petit salaire de prof. Elle n'a pas d'argent pour s'acheter une voiture et se rend chaque jour à l'école en train, à Bruxelles. Avant cela, elle doit emmener ses enfants à la garderie et le soir, elle doit faire les courses à pied en tenant Issa Mandela, Fama, Nafi et Ibrahima par la main. Une vie dure mais Nafi refuse cependant de parler de jeunesse difficile. " Je n'ai jamais manqué de rien. " Avec sa soeur et ses deux frères, elle devient même rapidement autonome, apprenant à faire ses tartines pour faire gagner du temps à sa mère. Et tant pis si la maison familiale n'a rien de luxueux : ils passent tout de même la plupart du temps dehors avec le chien ou à vélo. Nafi est la plus espiègle. Le peu d'argent qui lui reste, Danièle le consacre à quelque chose d'important pour ses enfants : le sport. Plus jeune, elle a elle-même pratiqué l'athlétisme, jusqu'à ce que le seul club du quartier ferme ses portes, alors qu'elle n'avait que quinze ans. Mais ses parents ne s'intéressaient guère au sport. Quand Nafi a eu sept ans, elle l'inscrit au Sambre et Meuse Athlétique Club (SMAC) de Jambes. Nafi joue aussi au basket mais comme seule la victoire compte et qu'elle veut avant tout s'amuser, elle finit par opter pour l'athlétisme, où une victoire lui rapporte des pots de confiture : elle adore cela. Comme elle passe peu de temps devant la télévision, elle n'a pas d'idole. Alors qu'elle a onze ans, il faut que Danièle insiste pour qu'elle pose en photo avec Tia Hellebaut. " Nafi, Tia est une championne ! " Mais cette année-là, Nafi ne regarde même pas la finale olympique du saut en hauteur remportée par Hellebaut à Pékin. Elle ne verra ces images à de nombreuses reprises que plus tard, sur YouTube. Sa passion pour l'athlétisme ne fait qu'augmenter. Celle de Danièle aussi. Sur son vélomoteur, celle-ci emmène un par un Ibrahima et Nafi à la gare afin qu'ils puissent prendre le train pour Jambes. Comme elle n'a pas le temps de rentrer à la maison, elle assiste à l'entraînement depuis la tribune. Un jour, pour lutter contre l'engourdissement, elle demande à l'entraîneur si elle peut y participer. Aucun problème ! C'est ainsi qu'en 2002, à l'âge de 36 ans, Danièle entame une deuxième carrière qui, en 2007, 2008 et 2014, se traduit par deux titres européens et un titre mondial masters en pentathlon. Le talent naturel de sa fille, avec qui elle s'entraîne et participe aux meetings, n'est donc pas le fruit du hasard. Un jour, lors des championnats LBFA indoor, la mère et la fille se retrouvent même sur le podium du lancer du poids : Nafi première, maman troisième. " Elle a un talent exceptionnel ", dit Danièle. Le FC Hannut s'en aperçoit et, à onze ans, elle est transférée. Sa technique, son explosivité, sa vitesse et sa puissance étonnent ses entraîneurs, Marcel Spreutels et Jules Plumier. " Elle n'avait pas un gramme de graisse, ce n'était que du muscle, y compris dans la tête ", dit Plumier qui, à sa demande, lui permet de s'entraîner avec les adultes alors qu'elle n'a que 14 ans. Elle n'a plus rien à apprendre avec les filles de son âge. Comme le FC Hannut ne veut pas intervenir dans les frais de déplacement et investir dans l'encadrement de sa fille, Danièle se met à la recherche d'un nouveau coach. C'est ainsi qu'en novembre de 2008, Nafi débarque à la section athlétisme du FC Liège, où elle est prise en main par Roger Lespagnard (62 ans à l'époque), quatre fois champion de Belgique du décathlon et sélectionné à trois reprises pour les Jeux Olympiques (1968/72/76). Gros inconvénients : les déplacements depuis Rhisnes sont beaucoup plus longs. Nafi les effectue d'abord avec sa maman, qui a acheté une voiture entre-temps puis, à partir de la cinquième année secondaire à l'Athénée Royal de Namur, où elle est en Latin-Sciences, elle se déplace en train, s'entraîne jusqu'à 20 heures et reprend deux trains jusqu'à Rhisnes, où elle arrive vers 22 heures. Elle a fait consciencieusement ses devoirs pendant le trajet et, aujourd'hui encore, c'est ce qui suscite le plus l'admiration de Lespagnard, qui la ramène à la gare des Guillemins. Au cours des premières années, il corrige la technique de course et de saut que Nafi a apprise avec sa mère mais qui, selon lui, est complètement erronée. Cette réforme dure 18 mois à raison de quatre entraînements par semaine mais sans forcer car, entre ses 15 et ses 16 ans, Thiam grandit de 10 cm. Elle mesure 1,84 m. et contrôle difficilement ses longues jambes en course, surtout au départ. A cause de sa taille, elle fait un complexe, d'autant qu'elle a un défaut de prononciation mais petit à petit, ses prestations sportives l'aident à se sentir mieux dans sa peau. Quarante-huit ans séparent Thiam de Lespagnard et ils ne sont pas toujours sur la même longueur d'onde. Nafi, têtue et déterminée, ne s'en laisse pas toujours conter. Un jour, alors qu'elle s'apprête à lancer maladroitement le javelot et que Roger l'enguirlande, elle se fâche : " Pourquoi tu me cries dessus ? " Depuis, le coach a baissé la voix et leurs conversations sont limitées. " Nous n'avons pas besoin de beaucoup parler pour nous comprendre, que ce soit à l'entraînement ou en compétition ", dit Lespagnard, qui insiste sur le fait qu'il est le coach de Thiam, pas son grand-père. Un entraîneur qui, comme son élève, est rarement satisfait. Alors qu'elle améliore sans cesse son record à la hauteur, elle se met à pleurer lorsqu'elle touchait à trois reprises la barre qu'elle place sans cesse plus haut. Ce perfectionnisme, elle le tient de sa mère, qui se donne également à fond à l'entraînement sous ses yeux. " Nafi, si tu veux arriver à quelque chose, tu dois travailler dur et souffrir. C'est comme ça que tu forceras le respect, pas en te prenant pour une vedette. " Dès lors, lorsque Danièle rentre à la maison avec son premier titre mondial masters en poche, les premiers mots que Nafi lui adresse sont : " C'est bien mais qu'est-ce qu'on mange ce soir ? " Au niveau international, Thiam gravit rapidement les échelons. En 2011, à moins de 17 ans, elle termine 4e de l'heptathlon aux championnats du monde scolaires, derrière deux Cubaines et Marjolein Lindemans, seule Belge à décrocher une médaille. Rivales sur la piste, les deux filles sont amies et le succès de Lindemans motive Thiam. Deux ans plus tard, à l'Euro juniors de Rieti, les rôles sont inversés : la Flamande décroche le bronze mais la Wallonne se pare d'or en battant le record national de... Tia Hellebaut, avec qui elle a posé en photo six ans plus tôt. A cinq mois de l'Euro, Thiam avait déjà laissé beaucoup de connaisseurs bouche bée en accumulant 4558 points à Gand, améliorant ainsi le record du monde du pentathlon détenu depuis 2002 par la championne olympique et triple championne du monde d'heptathlon Carolina Klüft. L'IAAF n'avait cependant pas reconnu le record car, en l'absence d'un médecin-contrôleur, Thiam n'avait passé le contrôle anti-dopage que le lendemain. Ce jour-là, à Gand, Danièle avait battu le record national des + de 45 ans. Il tient toujours. La comparaison avec Klüft avait donné à Thiam " l'envie de rêver ". D'autant qu'un mois plus tard, en mars 2013, elle avait pris part à son premier grand rendez-vous international senior : l'Euro indoor de Göteborg. Tia Hellebaut lui avait permis d'y rencontrer l'idole suédoise des épreuves multiples et Klüft lui avait tapé sur les fesses, comme le font les Suédois pour se souhaiter bonne chance. La Belge avait terminé sixième. Six mois plus tard, son titre de championne d'Europe juniors en poche, Thiam termine 14e de son premier championnat du monde en plein air, à Moscou. Nafi n'est encore qu'une jeune adulte qui ne s'entraîne que deux heures par jour et vit en kot à Liège, où elle a entamé un baccalauréat en ergothérapie. Elle doit désormais préparer ses repas et faire ses courses. Comme elle ne regarde pas les dates, son frigo est rempli d'aliments périmés. Elle n'a que trois menus, qu'elle alterne : des pâtes, de la saucisse avec de la compote et du pain. Ce n'est qu'après un an qu'une diététicienne lui fait remarquer que les Kellogg's au petit déjeuner, c'est vraiment trop sucré. Cette diététicienne, c'est un pas de plus vers le professionnalisme. Un an plus tôt, après son record du monde juniors, elle a signé un contrat avec Wafel Sports Management, l'agence de Helena Van der Plaetsen (la soeur de Thomas, le décathlonien) et Kim Vanderlinden. Les premiers contacts remontaient cependant déjà à 2011, après le Mondial scolaires. La mère de Vanderlinden participait en effet à des compétitions masters avec Danièle, la maman de Nafi. Grâce à ce partenariat avec les deux amies flamandes, Thiam ne doit plus gérer elle-même les demandes de plus en plus nombreuses des médias, sponsors et autres. Elle peut se concentrer sur ses entraînements et ses (nouvelles) études. Pour elle, l'ergothérapie n'était pas assez variée et elle a opté pour la géographie. Elle aime en effet la diversité et éprouve des difficultés à faire des choix. C'est aussi ce qui explique qu'elle apprécie tellement les sports multiples. En 2014, bien que ses études lui prennent beaucoup d'énergie et qu'elle profite un peu - sans alcool - de la vie estudiantine, elle continue à progresser : une huitième place à la hauteur aux championnats du monde indoor de Sopot, un record national de l'heptathlon à Götzis (6508 points) et une médaille de bronze à l'Euro en plein air de Zürich (6423 points) remporté par la Française Nana-Djimou qui à Rio, va la motiver. Nafi est la plus jeune athlète belge de l'histoire à remporter une médaille européenne et égale le record du monde à la hauteur dans un heptathlon (1,97 m), détenu par Hellebaut. Fin 2014, cet ensemble de performances lui vaut le titre de Sportive de l'Année. Malgré une préparation difficile en raison d'une maladie et des examens, elle y ajoute, début 2015, une médaille d'argent à l'Euro indoor. " Si Nafi peut être championne olympique à Tokyo en 2020, ce sera formidable mais je pense qu'elle sera déjà très compétitive en 2016 à Rio ", dit Roger Lespagnard. Dernière étape importante avant les Jeux : les championnats du monde 2015 à Pékin. Pour la première fois, Thiam ne répond pas à l'attente : elle ne termine " que " onzième avec 6.298 points, 200 de moins que son record de Belgique. Elle ne franchit notamment que 1,87 m. à la hauteur en raison d'une blessure au pied et de la pression. " Son regard était vide, elle était perdue ", dit Lespagnard. Pour la première fois, les médias la critiquent. Notamment parce qu'elle travaille trop peu sa technique et parce qu'elle est allée au festival de Dour juste avant de partir aux championnats du monde. On lui conseille même d'arrêter ses études. Ces critiques l'affectent énormément - " La seule erreur que j'aie commise ", disait-elle l'an dernier - et elle envisage effectivement d'arrêter ses études avant de se ressaisir et de suivre son plan de carrière. Elle trouve néanmoins un compromis avec Lespagnard : désormais, l'hiver, elle s'entraînera tout en étudiant et pas l'inverse. Cela lui permet de travailler sa puissance, les courses et la technique. Et cela paye puisque en 2016, à Götzis, malgré des prestations inégales, elle engrange 6491 points, à un souffle de son record personnel. On se dit qu'avec plus de régularité, elle peut rêver d'un beau résultat à Rio, et pourquoi pas d'une médaille. " Nafi peut terminer huitième mais aussi gagner ", affirme Lespagnard. Dans un premier temps, sa blessure au coude, contrarie ce plan mais à Rio, Thiam répond présente. Dès le premier jour de compétition, alors qu'elle doit se lever à 5 heures, elle est prête immédiatement, ce qui est rare. " Je me sentais super bien ", dit-elle. Résultat : une médaille d'or avec 6810 points (300 de plus que son record précédent) et un selfie avec Usain Bolt que l'IAAF a encore qualifié récemment de The best selfie ever. La gloire éternelle et beaucoup d'attention car les médias internationaux et les sponsors commencent à s'intéresser de près au diamant belge que l'IAAF élit Rising Star of the Year. En raison de toutes ces obligations, Thiam et Lespagnard décident que l'année 2017 sera plus légère, avec moins d'entraînement - notamment parce que son coude a encore besoin de cinq mois de repos - et surtout moins de pression. Cela n'empêche pas la nouvelle star de l'athlétisme d'être sacrée championne d'Europe en salle à Berlin. Avant le 800 mètres, elle est même en course pour le record du monde mais, sans préparation spécifique, elle cale dans la dernière épreuve. Deux mois plus tard, à Götzis, elle franchit tout de même un cap magique : avec 7013 points, elle est la première athlète depuis Carolina Klüft en 2007 à réaliser plus de 7000 points. Seules quatre femmes dans l'histoire de l'athlétisme y sont arrivées. Alors qu'elle n'a plus tenu un javelot en mains depuis huit mois, elle le lance à 59,32 m, six mètres de plus qu'à Rio. A sa grande surprise et à celle de son coach car, peu avant l'Hypo-Meeting, elle a encore passé une semaine à étudier des roches à Luxembourg. Lespagnard s'est même excusé auprès de la presse : " Je pensais que Nafi ne serait capable de faire cela que dans deux ou trois ans. " Pas question, cependant, d'évoquer le record du monde de Jackie Joyner-Kersee (7291 points). " Peut-être à Tokyo, en 2020. " Nafi y croit, en tout cas : " Je peux encore progresser dans plusieurs épreuves. " Après son résultat à Götzis, Nafi Thiam est encore plus attendue aux championnats du monde 2017 de Londres. " Il y a des chances que la meilleure athlète du monde soit une femme ", tweete le champion olympique du décathlon, Ashton Eaton. " Thiam peut marcher sur les traces d'Usain Bolt ", affirme le président de l'IAAF, Sebastian Coe. Pendant son concert à Bruxelles, Bono, le chanteur de U2, projette des images de Thiam en même temps que celles de grandes femmes du monde : la scientifique Marie Curie, la politicienne Hillary Clinton et l'auteur Virginia Woolf. Thiam ne s'emballe pourtant pas. " Ce que les gens pensent de moi ne change rien. Sur la piste, mon statut ne vaut rien. " A Londres, elle décroche son premier titre mondial. Son score est moins bon qu'à Götzis (6784 points) mais les conditions atmosphériques ne sont pas idéales. Thiam est pourtant satisfaite de sa constance. " Je me suis prouvée que je ne devais pas toujours battre mon record pour obtenir un bon résultat. " Elle avoue toutefois avoir ressenti davantage de pression. " Il n'y en a jamais eu autant et ce n'est vraiment pas chouette. Certains pensent qu'on rapporte une médaille comme un souvenir de vacances mais ce n'est pas si facile. J'essaye de me dire que ça fait partie du jeu. Si les gens ne sont pas contents parce que je ne décroche pas de médaille alors que j'ai tout fait pour - et ça arrivera - tant pis ! " Fin 2017, elle est la première Belge à décrocher le titre de World Athlete of the Year, décerné par l'IAAF. Un trophée prestigieux qu'elle reçoit à Monaco. Après avoir participé avec brio à l'heptathlon et avoir satisfait à toutes les obligations médiatiques, elle reconnaît qu'elle n'aimait pas trop les projecteurs et qu'elle ne va pas changer son comportement. " Je fais du sport pour le plaisir et pour repousser mes limites. " C'est ce qu'elle fait à nouveau en mai 2018 lorsqu'elle devient la première heptathlonienne à franchir 2,01 m. à la hauteur. On évoque à nouveau un record du monde mais son deuxième jour est " moins bon " et elle cale à 6806 points. Ce qui est logique car c'est jeudi et vendredi, à l'Euro de Berlin, qu'elle devra être au maximum de ses possibilités. Par Jonas Creteur