Non, un deuxième come-back est exclu. Michael Phelps (32 ans) insiste sur ce point. Après les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro, son compteur affichait 28 médailles, dont 23 en or. Aucun athlète n'a jamais fait mieux. De quoi goûter à une retraite sportive bien méritée. Et pourtant : partout où The Baltimore Bullet montre le bout du nez, la même question lui est posée. N'a-t-il quand même pas envie de...
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Non, un deuxième come-back est exclu. Michael Phelps (32 ans) insiste sur ce point. Après les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro, son compteur affichait 28 médailles, dont 23 en or. Aucun athlète n'a jamais fait mieux. De quoi goûter à une retraite sportive bien méritée. Et pourtant : partout où The Baltimore Bullet montre le bout du nez, la même question lui est posée. N'a-t-il quand même pas envie de... " C'est dur de l'avouer, pourtant je ne monterai plus jamais sur un podium avec une médaille autour du cou, en écoutant l'hymne national des Etats-Unis, que j'adore. Mais ce que je fais aujourd'hui - sauver des vies - est bien plus important qu'une sixième participation aux Jeux Olympiques pour ajouter quelques médailles supplémentaires à ma collection ", a récemment déclaré Phelps. Il se trouvait sur le bord d'une piscine, dans les environs de Chicago, où des dizaines d'enfants et leurs parents étaient pendus à ses lèvres à l'occasion d'un des nombreux meetings de Pool Safely, une organisation qui tente de réduire le nombre de décès par noyade aux Etats-Unis (il y en a plus de 3.600 chaque année). " Lorsqu'on entend que la noyade est la deuxième cause de décès chez les enfants de moins de 14 ans, il est impossible de ne rien faire ", dit-il. Son premier fils, Boomer Robert, n'avait qu'un an lorsqu'il a reçu sa première leçon de familiarisation à l'eau. La même, en vérité, que lui et ses deux soeurs avaient reçue de leur mère, Debbie. Mais Phelps le reconnaît : dans des familles très pauvres, les leçons de natation ne sont pas la première priorité. Depuis qu'il est devenu l'ambassadeur de la campagne en 2010, plus de 16.000 enfants ont appris à nager via la Michael Phelps Foundation - créée avec le bonus de 1 million de dollars qu'il a reçu après les Jeux de Pékin - et le nombre de décès par noyade chez les enfants de moins de cinq ans a baissé de 17%. " Mais il y en a encore 350 par an. Chaque décès est un de trop. " Boomer l'avait de nouveau privé d'une nuit de sommeil, et il était fatigué, mais il est malgré tout apparu très en forme lors d'un clinic à Chicago. Il a plongé dans la piscine, s'est amusé avec des jeunes Special Olympians et a toujours gardé le sourire, comme l'a constaté sa mère. " C'est incroyable de voir avec quelle énergie Michael s'investit dans certaines organisations. Cette facette de sa personnalité, il a lui-même dû la découvrir. " Même les journalistes qui l'ont suivi pendant des années ont progressivement découvert un autre homme. Il n'est plus le garçon renfermé et taiseux d'autrefois, mais est désormais plein d'assurance et parle sans tabou de ses dépressions et de ses tendances suicidaires devant des assemblées parfois impressionnantes. Comme en automne de l'an passé, lors d'une conférence sur la médecine à Chicago. " En 2004, après mes deuxièmes Jeux Olympiques, j'ai été pris pour la première fois d'un sentiment de désespoir ", dit-il. A Athènes, alors qu'il n'avait que 19 ans, il avait remporté six médailles d'or et deux médailles de bronze, mais il 'ne se voyait plus d'objectif'. Quelques mois plus tard, en novembre, il avait été arrêté en état d'ébriété au volant. Quatre ans plus tard, après ses huit médailles d'or à Pékin, une photo du nageur a fait le tour du monde : on le voyait, lors d'une petite fête à l'université de Caroline du Sud, en train de tirer sur une pipe de marijuana. " L'alcool et la drogue étaient ma manière d'échapper à la réalité, quelle qu'elle soit. Je tentais de m'échapper, sans savoir vers où j'allais. " En septembre 2012, lorsqu'il a encore remporté quatre médailles d'or et deux médailles d'argent à Londres avant de prendre congé du sport de compétition, il a encore plongé plus profondément. " Je voulais complètement me distancier de la natation. Pire : je n'avais plus envie de vivre. Je me suis enfermé cinq jours dans ma chambre. Avec, toujours, la même question qui revenait : ne serait-ce pas mieux pour tout le monde si j'étais mort ? " Il est lentement sorti du trou et a annoncé son come-back en avril 2014, avant d'être arrêté cinq mois plus tard pour excès de vitesse et être contrôlé positif pour la deuxième fois de sa vie. " Là, j'ai touché le fond. "' Il a téléphoné à Ray Lewis, l'ancien linebacker des Baltimore Ravens et l'un de ses meilleurs amis, qui lui a ouvert les yeux. " Je lui ai dit qu'il y avait une raison à tout, y compris à ce qui lui arrivait actuellement, mais qu'il était temps de se réveiller. " Cinq jours plus tard, Phelps s'est envolé avec Nicole Johnson, sa petite amie, et sa soeur Hilary pour l'Arizona, et s'est fait admettre à The Meadows, où les plus grandes vedettes - Paul Gascoigne et Ron Wood (alcool), Drew Barrymore et Whitney Houston (drogue) - ont entamé leur lutte contre leurs démons. Il y a séjourné 45 jours et a réussi, après de longues séances thérapeutiques, à se redresser petit à petit. Chaque matin, à six heures, il investissait la salle de musculation, puis effectuait des centaines de longueurs dans un petit basin. Il est devenu un autre homme, comme l'a constaté son entraîneur Bob Bowman. " Avant cela, il ne me téléphonait jamais. Mais alors, jamais. J'étais très sceptique au moment de lui rendre visite, mais je n'en ai pas cru mes yeux. En partant, je me suis dit : je ne serais pas étonné s'il revenait pour les Jeux de Rio. " La suite, on la connaît. Avec cinq médailles d'or et une d'argent, les Jeux de Rio, ses cinquièmes consécutifs, ont également débouché sur un succès. Après cela, il a définitivement pris congé. Ressuscité et décidé à partager ses expériences, en particulier les plus sombres. Car, a-t-il conclu dans son discours à Chicago : " Le message que je veux faire passer, c'est que j'ai trop longtemps attendu pour demander de l'aide, car je considérais cet appel comme un signe de faiblesse. " Et il a poursuivi : " Après quelques semaines de thérapie, je me suis dit : 'Pourquoi ne l'ai-je pas fait dix ans plus tôt ? ' En acceptant de l'aide, j'ai sauvé ma vie. Et plus j'en parle, plus je suis heureux. J'ai reçu des réactions d'enfants et d'adultes qui m'ont dit qu'ils avaient suivi une thérapie parce que j'avais parlé ouvertement de mes problèmes en public. Si je peux aider, ne serait-ce qu'un peu, à sauver la vie de quelqu'un, cela a plus de valeur que n'importe quelle médaille ", a raconté Phelps, qui collabore depuis cette année avec Talkspace, qui offre des thérapies en ligne et un accompagnement aux personnes défavorisées. Juste avant les Jeux de Rio, Phelps a épousé dans le plus grand secret son amour de jeunesse, Nicole Johnson, une ex-Miss Californie (2010) qui lui a donné deux enfants, Boomer Robert (2 ans) et Beckett Richard (6 mois). Le couple a emménagé dans une magnifique villa de Paradise Valley, à 20 minutes à peine en voiture du campus de l'Arizona State University, où Phelps officie comme assistant du coach principal, son ancien entraîneur Bob Bowman, et dirige régulièrement les entraînements de l'équipe de natation. Il se sent, affirme-t-il, plus en forme que jamais : 85 kilos - moins qu'à Rio - pour 1m93. " Je me sens aussi plus heureux lorsque je suis fit. Je dois me rendre tous les jours en salle de musculation. Ou faire du vélo. " Profiter de la vie, lorsqu'il n'est pas en route. Pour le National Children's Mental Health Awareness Day, où Allison Schmitt - huit médailles - a également parlé de sa dépression. C'est Phelps qui, alors qu'il dégustait un burrito, s'est pour la première fois rendu compte qu'elle avait les mêmes problèmes que lui. " Pour moi, Schmitty est comme une soeur. Elle a longtemps habité chez nous. " Grant Hackett, le champion olympique sur 1.500 mètres, a également donné une nouvelle orientation à sa vie à Paradise Valley. " C'est grâce à l'aide de Michael que je suis encore ici ", a expliqué l'Australien, l'an passé, au New York Times. Après qu'il eut été arrêté par la police pour trouble à l'ordre public dans la maison de ses parents et qu'il avait même déjà été signalé comme disparu, il a téléphoné à Phelps. Pour lui demander s'il pouvait venir aux Etats-Unis pour chercher de l'aide. C'est Phelps en personne qui l'a conduit en voiture vers une clinique de Malibu, en Californie : un périple de 600 kilomètres.Phelps a aussi passé des heures au téléphone avec Tiger Woods, qui a été arrêté en mai de l'an passé pour conduite sous influence de médicaments. Mais, loin des feux de la rampe, une rencontre avec un jeune garçon de 11 ans a fortement marqué le champion. " Un tout jeune nageur qui me parlait de ses angoisses et de ses tendances suicidaires. Lorsque je lui ai raconté ce que j'avais vécu en 2014, et à quel point j'étais tombé au fond du trou, il m'a répondu : 'J'ai plus en commun avec Michael Phelps que je n'avais jamais osé l'imaginer.' J'ai trouvé cela touchant. " Chris Tetaert