Une rangée de maisons dans la banlieue de Roulers. Yves Ngabu a un peu de retard mais sa maman nous accueille. Il va bientôt arriver. Au mur, une photo qui date d'il y a plus de 20 ans : on y voit un petit gamin bouclé en chemise. L'homme qui fait son apparition dans la pièce quelques minutes plus tard est méconnaissable. C'est une masse de 93 kilos pour 1,80 m, en survêtements de sport et avec une casquette vissée sur la tête. Chill ! " Les journées sont chargées ", dit-il. " Je veux absolument être prêt pour le combat et j'ai encore quelques kilos à perdre. Pour le moment, je ne mange pas de frites ni de crasses (il rit). "
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Une rangée de maisons dans la banlieue de Roulers. Yves Ngabu a un peu de retard mais sa maman nous accueille. Il va bientôt arriver. Au mur, une photo qui date d'il y a plus de 20 ans : on y voit un petit gamin bouclé en chemise. L'homme qui fait son apparition dans la pièce quelques minutes plus tard est méconnaissable. C'est une masse de 93 kilos pour 1,80 m, en survêtements de sport et avec une casquette vissée sur la tête. Chill ! " Les journées sont chargées ", dit-il. " Je veux absolument être prêt pour le combat et j'ai encore quelques kilos à perdre. Pour le moment, je ne mange pas de frites ni de crasses (il rit). "Il a retenu la leçon. En septembre 2014, à Gits, il devait affronter le Français Sylvain Luce, invaincu depuis un an. " Deux semaines plus tôt, j'étais parti en voyage. J'avais tout gagné et je me sentais invincible mais ce fut un calvaire. J'aurais pourtant dû m'en douter : on le surnommait El Loco. Il ne m'a pas laissé une seconde de répit : 8 rounds d'enfer... Après le combat, je suis bien resté couché dans le vestiaire pendant deux heures, complètement vidé. J'avais gagné aux points mais je ne veux plus jamais vivre cela. " Ce fut un tournant. Il y a un an et demi, il a abandonné son boulot de plafonneur et, en octobre, il est passé du Boxing Team Houtland - le club de la championne du monde Delfine Persoon - à l'Antwerp Boxing Academy de Renald De Vulder, qui a, entre autres, mené Sugar Jackson au titre mondial. " À l'arrière de la salle d'entraînement, on a aménagé un living et une chambre, ce qui me permet de me concentrer uniquement sur le sport. Je dors, je mange, je cours, je m'entraîne... C'est super-professionnel ! " Ses yeux brillent. Il se souvient sans problème de certains combats, comme celui face au Français Engin Karakaplan, il y a deux ans, à Zwevezele. " Ça devait être un combat difficile (il rit). Au premier tour, je l'ai mis hors du ring ! " Ce soir-là, deux de ses meilleurs amis étaient présents dans la tribune : le coureur cycliste professionnel Zico Waeytens (Veranda's Willems-Crelan) et le footballeur de Courtrai Kristof D'Haene. Celui-ci a joué dans les équipes d'âge de Harelbeke avec Waeytens, qui était à l'école à l'Institut Technique de Roulers avec Ngabu. Il y a un peu plus de dix ans, Ngabu a marqué pour le compte de Roulers face aux Espoirs du Club Bruges, où Kristof D'Haene tentait de décrocher un premier contrat pro. Depuis ce jour-là, ils sont inséparables. " Ils m'ont déjà accompagné plusieurs fois au club de boxe. " Yves Ngabu était pourtant prédestiné à devenir joueur de foot. Son père, Jean-Pierre Ngabu Mbemba, s'est entraîné avec l'équipe première d'Anderlecht (" À l'époque de Luis Oliveira, notamment "). Par la suite, il a joué à Deinze et Roulers. C'est là, dans le quartier de Krottegem, que Yves a chaussé ses premières godasses à crampons. " J'avais de bons pieds et je n'avais pas encore 16 ans que je jouais déjà en P1. J'étais très jeune et je ne m'amusais pas vraiment parmi tous ces joueurs plus âgés... Je ne prenais pas le foot très au sérieux, il m'arrivait de sortir et j'avais déjà goûté à la boxe. Après le premier entraînement, on m'avait dit que j'avais ça en moi. " Mais les primes de victoire à Roulers - 225 euros - étaient trop intéressantes pour tout abandonner. L'attaquant se faisait même remarquer par quelques clubs pros et, au printemps 2010, il passait à Sint-Eloois-Winkel Sport, un club ambitieux de Promotion. " J'y ai livré trois bonnes saisons mais la direction ne voulait pas trop que je boxe. À l'époque, je ne livrais que deux combats par an : un à la trêve et un en fin de saison. " Lui, il en voulait davantage. En 2013, après plus de 30 combats en amateurs et un parcours sans faute chez les pros - depuis l'été 2011 - il effectue un pas en arrière et va jouer au KSKV Zwevezele, en P4. Le président, Paul Degroote, est depuis des années le sponsor personnel de Delfine Persoon et un amateur de boxe. Il veut aider Yves à réaliser ses ambitions sur le ring. À la fin de sa première saison, l'attaquant fête deux titres : il est champion avec Zwevezele et décroche son premier championnat de Belgique de boxe. Il marque comme il respire et est sacré meilleur buteur de Zwevezele qui, après trois montées consécutives, manque de peu le titre en P1 -sous la direction de Henk Houwaart. Il dispute le tour final mais s'y incline lors de la dernière journée. Consolation : quatre jours après cette défaite contre Stekene, Ngabu bat le Hongrois Tamas Lodi et s'empare du titre vacant EBU en lourds-légers (90,72 kilos). " Lorsque j'étais toujours amateur, il m'est même arrivé de jouer un match de foot avec Roulers puis de livrer un combat de boxe au cours de la même soirée. On était venu me chercher à Oostnieuwkerke pour m'amener à la salle (il rit). C'était un peu dur, oui mais je l'ai fait sans me poser de questions. Quand on boxe, on apprend à être fort mentalement, à ne jamais abandonner. Cette fois, cependant, je ferai l'impasse sur le match contre Oostduinkerke, qui a lieu au lendemain de mon combat. " Ngabu compte 18 combats pros et est invaincu. Il s'est imposé à 13 reprises (72 %) avant la limite mais le Liégeois Geoffrey Battelo, qui l'affronte pour le titre européen et compte près de dix ans de plus que lui, n'est pas n'importe qui non plus : il a remporté 32 combats sur 37, dont 28 (76 %) par KO. " C'est un puncheur. " Pourtant, pour les insiders, le Flandrien - 31e mondial - est favori. Le scénario est écrit : Ngabu doit devenir champion d'Europe puis monter en D3 amateurs avec le KSKV Zwevezele et ses vedettes - Tim Smolders, Stijn Minne, Vincent Provoost et Hans Cornelis, entre autres. " Il y a de fortes chances que je mette un terme à ma carrière de footballeur à l'issue de cette saison. J'aimerais me consacrer uniquement à la boxe pendant un an. Dans ma catégorie, les meilleurs mondiaux ont environ 35 ans et je viens juste d'en avoir 29. Je suis donc dans une phase cruciale de ma carrière mais si je continue à combiner les deux, il me sera impossible d'aller m'entraîner à l'étranger pendant quelques semaines. Le football me permet d'être plus rapide et plus mobile que la plupart des autres boxeurs de ma catégorie de poids mais pour être honnête, je préfère la boxe. Mettre un adversaire KO, ça procure une sensation indescriptible. C'est plus jouissif qu'inscrire un but. Je me prépare pendant des mois pour un combat et, soudain, le mec est couché là devant moi... "