Les sacrifices et les ambitions d'Abdi et Naert

"Reste avec moi, nous allons entrer dans l'histoire", crie Abdi Nageeye à son ami Bashir Abdi dans les derniers hectomètres du marathon de Sapporo. Nous avons revu les images à trois reprises: Nageeye s'est retourné seize fois, en gesticulant. Le summum de l'amitié entre deux hommes, tous deux nés en Somalie, qui ont tout sacrifié pour monter ensemble sur le podium olympique, après avoir partagé joies et malheurs. Car si Nageeye a aidé Abdi au Japon, le Belge a aidé le Néerlandais, accablé par les blessures ces derniers mois. Ils se sont préparés ensemble. Sur des douze derniers mois, Bashir Abdi en a passé dix en stage en Éthiopie ou à Font Romeu, loin de sa femme Nimo et de ses enfants Kadra (trois ans) et Ibrahim (un an). Il ne les a plus vus depuis le 20 juin, avant les Jeux, et les vidéo-conférences quotidiennes ne suffisent pas à compenser cette absence.
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"Reste avec moi, nous allons entrer dans l'histoire", crie Abdi Nageeye à son ami Bashir Abdi dans les derniers hectomètres du marathon de Sapporo. Nous avons revu les images à trois reprises: Nageeye s'est retourné seize fois, en gesticulant. Le summum de l'amitié entre deux hommes, tous deux nés en Somalie, qui ont tout sacrifié pour monter ensemble sur le podium olympique, après avoir partagé joies et malheurs. Car si Nageeye a aidé Abdi au Japon, le Belge a aidé le Néerlandais, accablé par les blessures ces derniers mois. Ils se sont préparés ensemble. Sur des douze derniers mois, Bashir Abdi en a passé dix en stage en Éthiopie ou à Font Romeu, loin de sa femme Nimo et de ses enfants Kadra (trois ans) et Ibrahim (un an). Il ne les a plus vus depuis le 20 juin, avant les Jeux, et les vidéo-conférences quotidiennes ne suffisent pas à compenser cette absence. Bashir a persévéré. En spartiate. Jusqu'à 220 kilomètres de course par semaine, conscient que c'était le meilleur moyen de réaliser son rêve et celui de sa mère Maryam, décédée d'un cancer: offrir une médaille olympique à la Belgique. Koen Naert, également jeune papa, est parti en stage au Kenya tout le mois de juin. Il a été récompensé de ses efforts par une excellente dixième place, même s'il espérait secrètement faire mieux. Il faut réaliser ces sacrifices immenses pour comprendre l'ampleur de la joie, en plus des images d'amitié entre Abdi et Nageeye et de l'admiration réciproque des deux Belges à l'arrivée: "Et? Troisième? Fantastique!". Au téléphone, Abdi a dit à son ami Mo Farah: " Faith, hard work and dedication". Puis, alors qu'il n'était même pas encore remis de ce marathon couru sous une chaleur éprouvante: " We come back for more!" Pour l'or, à Paris. Été 2020. Nafi Thiam renonce au Mémorial Van Damme, souffrant du dos et du tendon d'Achille. Elle s'astreint à une longue rééducation à la Grit Sports Clinic louvaniste, sous la direction du kinésithérapeute Maarten Thysen et de Johan Bellemans, le chef du service médical du COIB. Elle comble toutes les lacunes de son corps et le rééquilibre. Avant les Jeux, son entraîneur, Roger Lespagnard, affirme: "Nafi n'a jamais été aussi forte physiquement." Puis, une semaine avant l'heptathlon olympique, son dos se rappelle brutalement à son souvenir, pendant le stage à Mito, siège de la délégation belge. C'est tout juste si Thiam peut encore courir. Elle se rend immédiatement au village olympique pour y être traitée par Bellemans et Thysen. Ceux-ci connaissent bien son corps, désormais, et ont une bonne nouvelle: ils peuvent résoudre le problème à temps, moyennant une adaptation de ses séances d'ici la compétition. Ils restent sereins, pour apaiser l'athlète. Thysen adapte minutieusement l'alimentation et l'hydratation de Thiam pendant les deux journées de compétition avec la nutritionniste du sport, Stephanie Scheirlynck, tout en chapeautant sa stratégie de refroidissement, pour lutter contre la canicule et le taux élevé d'humidité. Thiam ne panique pas à l'issue de la première journée, moins bonne que prévu, qu'elle achève en troisième position. Une quiétude autant due à son encadrement qu'au travail fourni à l'entraînement. Roger Lespagnard est tout aussi serein: "Demain, Nafi va sauter à 6m60 et lancer le javelot à 53, voire 55 mètres", déclare-t-il en interne. Le lendemain, la jeune femme subit un nouveau coup dur quand son entraîneur est testé faux positif au corona. Là, la bête de compétition qui est en elle émerge: elle remporte les concours du saut en longueur et du lancer du javelot. Avec un bond à 6m60 et un lancer de... 54m68. Lespagnard la connaît. Un 800 mètres contrôlé lui offre un deuxième titre olympique. " It's Nafi's world and we're just living in it", publie le compte Twitter olympique, avec une photo de Thiam, toute souriante. Le monde n'est pas aussi rose qu'on le dit puisque la championne olympique fond en larmes lors des interviews. Elle parle de deux années très difficiles, marquées par des blessures, une forte pression mentale et d'autres contrecoups, dont le décès de la mère de son ami Niels Pittomvils, un décathlonien qui a vu ses rêves olympiques s'envoler en juin suite à une déchirure du tendon d'Achille. Ces coups ont fait plier Thiam mais ne l'ont pas brisée. Grâce à sa force, et à celle de son entourage. L'importance d'un encadrement de qualité dans la préparation d'un sportif, pour l'aider à gérer la pression mentale et la douleur, est encore apparue dans le cas de Nina Derwael, à Tokyo comme pendant sa préparation. Une période perturbée par toutes sortes de blessures et l'affaire concernant le comportement excessif de ses coaches. Ce n'est pas un hasard si Olav Spahl, le chef de délégation, a déclaré au dernier jour des Jeux, dans son analyse: "The team was the queen. Nina a été fantastiquement soutenue." Notamment par une décision cruciale: celle de laisser Maeylisse Brassart, l'amie et la compagne de chambre de Nina, au village olympique jusqu'à la finale aux barres asymétriques. Elle a distrait et détendu Derwael, qui a reconnu avoir été au bord des larmes la veille de la compétition, à cause du stress. Il y a aussi eu l'Opération Silence de l'entourage de Matthias Casse, qui s'est gravement blessé à l'épaule début juillet et n'était pas certain de pouvoir combattre aux Jeux. Son manager, son médecin, son kiné, son sparring-partner et sa famille se sont tus, pour ne pas procurer un avantage à ses rivaux. Avec succès: le 27 juillet, tout le monde est tombé des nues en voyant le judoka monter sur le tatami du Nippon Budokan avec un énorme kinésiotape. Son épaule l'a peut-être privé de l'or tant convoité mais après trois semaines mentalement très pénibles, un Casse très ému et très déçu a pu parler avec fierté de son parcours, de la manière dont il avait puisé en lui assez de force pour conquérir le bronze, après son échec en demi-finales, notamment grâce à son équipe. Comme Bashir Abdi, il a parlé de Paris: "Là, je vise l'or!" Avant qu'on n'en arrive aux shoot-outs en finale du match de hockey entre la Belgique et l'Australie, on a appréhendé une image brève mais éloquente. Le gardien Vincent Vanasch s'est frappé le front de l'index, pour signaler l'importance mentale d'une phase aussi décisive. Il savait qu'il était quasi invincible, s'étant préparé comme nul autre à ce scénario. La veille de la finale, comme avant chaque match important, le Bruxellois a consacré des heures à regarder comment les Australiens bottaient leurs penalties-corners et leurs shoot-outs, en quête de leurs mouvements favoris. Un avantage considérable, a confié Vanasch avant le Mondial 2018, lors d'une interview à notre magazine. "à la longue, ils vont finir par comprendre que je sais et ils vont douter." Lors des shoot-outs, il s'abstient toujours de réagir aux feintes. Après chaque sauvetage, il hurle: "Yes" ou "Come on", pour souligner son invincibilité. "J'adore lire le désespoir dans les yeux de l'adversaire. C'est ce qu'il y a de plus beau. Quel kick!" Vanasch avait donc eu un kick au Mondial 2018, quand il avait offert le titre à la Belgique face aux Pays-Bas, malgré un shoot-out recommencé. Le scénario s'est répété à Tokyo, où le gardien s'est de nouveau érigé en héros des Red Lions. Et juste avant le shoot-out décisif, que les Australiens ont pu recommencer, il s'est tapé le front. Encore. 123 Belges ont participé aux Jeux de Tokyo. C'est le nombre le plus élevé depuis Helsinki 1952. Ils nous ont rapporté sept médailles. C'est moins que les dix que certains avaient annoncées mais c'est le plus gros butin d'après-guerre, grâce aux médailles d'or de Nina Derwael, des Lions et de Nafi Thiam. Olav Spahl a rappelé le nombre de places de finalistes: 26, soit cinq de plus que ce qu'il espérait - c'était son unique objectif - et sept de plus qu'à Rio. Mieux même: ces 26 diplômes olympiques, parmi lesquels on dénombre sept quatrièmes places, sont de loin le meilleur résultat obtenu depuis la guerre, même si on leur attribue des points, selon le barème 10-8-6-5-4-3-2-1. La Belgique arrive à 125 points et est 25e au classement des nations, quatre places au-dessus du classement officiel des médailles. à titre de comparaison, voici le nombre (très bas) de diplômes olympiques et de points des dix dernières olympiades: Rio 2016 (19 - 89), Londres 2012 (15 - 61), Pékin 2008 (12 - 52), Athènes 2004 (15 - 66), Sydney 2000 (14 - 64), Atlanta 1996 (15 - 70), Barcelone 1992 (16 - 59), Séoul 1988 (11 - 42), Los Angeles 1984 (7 - 35) et Moscou 1980 (8 - 31). Avec une nuance: la Belgique a atteint la finale de trois nouvelles disciplines olympiques, les relais mixtes en athlétisme et en triathlon ainsi que le basket 3x3. Peut-on faire mieux? Oui, car ce sont les médailles qui comptent et là, la Belgique marque trop peu de points: si elle est 29e au classement général, elle n'est que 38e si on tient compte du classement par million d'habitants, et 57e d'après le PNB. Les principales carences pointent vers le sud du pays. La Wallonie est à la traîne, avec seulement deux finalistes individuelles, Thiam et Charline Van Snick. Le cyclisme, toutes disciplines confondues (BMX, piste, VTT, route) et la natation, les deux sports rapportant le plus de médailles après l'athlétisme, ne nous en ont valu qu'une seule, la médaille d'argent de Wout van Aert, plus deux places en finale: la sixième de Van Aert en contre-la-montre et la huitième de Fanny Lecluyse en natation. C'est honteux pour une nation cycliste, surtout par rapport aux Pays-Bas, qui ont gagné douze médailles dans ces disciplines, dont cinq d'or. Les sept médailles et les 26 finales prouvent que la Belgique n'est plus un désert sportif. Il s'agit maintenant de continuer à travailler sur cette base et de rehausser la barre pour passer du top 8 au top 5. En investissant encore plus dans le sport de haut niveau comme à la base, en Flandre et en Wallonie, en misant encore plus sur les sports d'équipes (les Red Lions, les Red Panthers, les volleyeurs des deux sexes, l'équipe de basket 3x3 et les Belgian Cats), en assurant un suivi professionnel aux jeunes talents, comme l'haltérophile Nina Sterckx, l'heptathlonienne Noor Vidts, la gymnaste Jutta Verkest, la nageuse Roos Vanotterdijk, qui n'était pas aux Jeux, le décathlonien Jente Hauttekeete...Pour que le momentum de Tokyo 2021 ne soit pas perdu à Paris 2024. Outre les intérêts financiers, le Premier ministre japonais Yoshihide Suga avait une bonne raison de maintenir les JO malgré la pandémie: il espérait un tsunami de médailles japonaises pour faire oublier à la population son scepticisme face aux Jeux. Suga poursuivait un objectif personnel: booster sa popularité, en berne, en prévision des élections présidentielles de son parti, le LDP, en septembre, et des élections parlementaires qui suivent en octobre. Suga et le CIO ont réussi leur pari: grâce aux mesures draconiennes, à un taux de vaccination de 70 à 80% de tous les acteurs olympiques et à des tests quotidiens, on a évité une résurgence du virus. Sur les 650.000 tests quotidiens infligés aux participants plus les 42.000 aux aéroports, l'incidence des cas positifs n'a été, du 1er juillet au 7 août, que de 0,02% et 0,09%, soit 436 cas positifs au total. Le personnel de l'organisation représente 80% des cas. Une trentaine de sportifs sur 11.000 ont été contaminés. Ils ont été soumis à une terrible quarantaine dans une sombre chambre d'hôtel -une demi-prison, pour reprendre les termes du cycliste allemand Simon Geschke. Mais ce ne sont que des dommages collatéraux pour l'organisation et le CIO, qui s'attendaient à ces chiffres, qui ne relèvent donc pas du miracle, contrairement à ce que prétendent les détracteurs des Jeux. Le second voeu de Suga s'est réalisé aussi: le Japon a obtenu 58 médailles, dont 27 d'or, un record qui lui vaut une troisième place au classement des nations. Le judo, sport national, lui a rapporté neuf médailles en or, la lutte cinq. Les jeunes du skateboard en ont gagné trois et le base-ball, le sport le plus populaire au Japon, est champion olympique. Ces triomphes ont ressuscité la fierté nationale et fait la Une des journaux. Suga n'a pas manqué de féliciter chaque médaillé sur Twitter. Il a même fait entendre son coup de fil au judoka Naohisa Takato au monde entier. Bien qu'il y ait eu, jour après jour, de petites manifestations contre les Jeux, le scepticisme a fait place à l'admiration, comme le montre l'audimat: 60% des 126 millions de Japonais ont regardé les JO tous les jours. Des milliers de personnes se sont également massées le long des routes, hors des bulles des stades, pour encourager cyclistes, triathlètes, marcheurs et marathoniens. Chaque jour, les gens faisaient la file au stade national, attendant patiemment le moment de faire un selfie. Une enquête du quotidien japonais Asahi révèle que 56% des personnes interrogées trouvent positif que les Jeux se soient déroulés, envers et contre tout, contre seulement 32% de contestataires. Malheureusement pour Suga, sa popularité ne remonte pas, au contraire: seulement 28% des gens soutiennent son gouvernement. La raison? Une cinquième vague de contaminations à Tokyo et dans le reste du pays, une vague plus forte que les précédentes. On a dénombré 4.000 cas sur les sept derniers jours à Tokyo. C'est peu par rapport à d'autres pays (en Belgique, il y a eu 1.000 cas la semaine passée) mais le Japon procède à peu de tests: à peine 12.000 par jour contre 55.000 chez nous... Comme 22,3% des tests sont positifs (3,4% en Belgique), les contaminations réelles sont beaucoup plus nombreuses. Cependant, le nombre de décès est toujours limité: une dizaine la première semaine d'août, même si les hôpitaux commencent à être sous pression: jusqu'à la semaine dernière, entre 55 et 70% du nombre (limité) de lits en soins intensifs étaient occupés par des patients atteints du Covid dans la préfecture de Tokyo et les experts redoutent que ce taux d'occupation n'augmente fortement et que le nombre officiel de tests positifs ne double d'ici la fin du mois d'août. En pratique, il y a donc eu deux mondes parallèles ces dernières semaines. Bien que Thomas Bach ait déclaré que les Jeux n'étaient pas à l'origine de cette cinquième vague, certains experts évoquent un effet indirect. 61% des Japonais ont confié à Asahi avoir été moins enclins à respecter les règles de l'état d'urgence, qui est en vigueur au moins jusqu'à la fin août. Les Jeux ont entraîné plus de déplacements, d'interactions sociales et d'attroupements de gens. Le CIO a beau avoir accordé à Suga un Olympic Order in Gold et avoir poussé un soupir de soulagement (en coulisses), puisque les milliards en droits TV sont acquis sans avoir perdu la face, des experts nippons retiennent leur souffle. Car les Paralympics doivent encore se dérouler, à partir du 24 août. Cette fois, les Jeux n'ont pas été " marvellous" (Rio), " happy and glorious" (Londres), " truly execptional" (Pékin) ni " unforgetable dream games" (Athènes). Dans son discours final, Thomas Bach a parlé de " Unprecedented Games of hope, solidarity and peace." "Le monde entier s'est réuni", pour la première fois depuis le début de la pandémie. On avait d'ailleurs ajouté "ensemble" au slogan olympique "plus vite, plus haut, plus fort", même s'il était impossible de séparer davantage les athlètes olympiques et leur public. Malgré ces tribunes vides et froides, de fait, on a livré de brillantes performances. On a été plus vite, plus haut, plus fort, des cinq médailles d'or en natation de Caeleb Dressel au record du monde de Karsten Warholm en 400 haies en passant par la trilogie presque réussie de la Néerlandaise Sifan Hassan. Toutefois, ces Jeux entreront dans l'histoire comme une olympiade durant laquelle beaucoup d'athlètes ont affiché leurs émotions, durant laquelle ils se sont montrés comme des humains plus encore que comme des sportifs, pas aussi parfaits ni forts mentalement qu'on pourrait le croire. Ce discours s'est lancé il y a quelque temps. Le forfait de Naomi Osaka à Roland-Garros en juin flottait encore dans l'air. La santé mentale s'est imposée à la Une quand Simone Biles, qualifiée de star de Tokyo 2020, a abandonné en qualifications, partiellement à cause de ses court-circuits mentaux pendant les exercices. Puis, quand Naomi Osaka, qui avait eu l'honneur d'allumer la flamme olympique, pour personnifier la diversité du Japon, a été éliminée trop vite, craquant sous le poids des attentes du Japon. Ou encore quand Novak Djokovic, apparemment toujours imperturbable, a cassé sa raquette de rage, après sa défaite. Les témoignages des rois du bassin, Caeleb Dressel et Adam Peaty, sont frappants aussi. L'Américain a même dit que le tournoi olympique avait été une "expérience terrifiante" par moments. L'Anglais, le meilleur spécialiste de tous les temps de la brasse, a parlé d'une pression "très, très fatigante" avant d'annoncer un break mental de quelques mois. L'émotion de Nafi Thiam n'a fait que souligner cet aspect par la suite. Ce n'est pas une surprise car tous ces athlètes, y compris ceux qui n'ont pas disputé de finale ni gagné de médaille, ont dû relever un défi gigantesque, suite au report des Jeux d'un an. Ils ont dû se préparer physiquement et mentalement dans des conditions difficiles, suite aux différents confinements. Même la nageuse américaine Katie Ledecky a dû s'entraîner pendant trois mois dans un bassin de 23 mètres, dans le jardin d'une grande villa. Tous les participants ont expliqué le courage et la résistance dont ils avaient dû faire preuve pour survivre à ces 18 mois d'enfer. Ça leur a valu des critiques de ceux qui estiment que la pression mentale fait partie du jeu. D'autres ont rappelé que les athlètes avaient créé eux-mêmes leurs comptes sur les réseaux sociaux, gaspillant ainsi leur énergie. Malgré tout, la santé mentale des sportifs de haut niveau semble toucher de plus en plus de monde. Simone Biles affirme avoir réalisé qu'elle était davantage que ses succès en gymnastique grâce aux nombreuses manifestations de soutien reçues. Déclarant sur Twitter: " Which I never truly believed before." Elle est fière d'être devenue un modèle de ce point de vue aussi. Ce n'est pas étonnant, car à l'issue d'une crise sanitaire très éprouvante pour tout le monde, les gens ont besoin de modèles qui affichent leur fragilité. De modèles qui n'hésitent pas non plus à s'insurger contre le racisme et l'inégalité, comme la Belgian Cat Emma Meesseman. Ces personnes et ces thèmes constituent l'héritage de ces Unprecedented Corona Games, comme les images symboliques de Bashir Abdi et d'Abdi Nageeye. Ou du sauteur en hauteur italien Gianmarco Tamberi et du Qatari Mutaz Essa Barshim qui ont partagé l'or olympique. Tout ça, c'est le sport. Tant pis pour ceux qui n'apprécient pas.