L'escrime est souvent comparée à une discussion. Pour l'une comme pour l'autre, il est question d'engager l'échange. Sur la piste, la phrase d'armes correspond d'ailleurs à l'assaut, mais il existe toute une série de manières de "prendre la parole", par la parade puis la riposte, la contre-riposte ou encore l'arrêt. Ce mercredi, François échange avec Mathis. Le premier est assez actif dans la conversation, là où le second "écoute", attend... avant de placer sa saillie. Du local de l'Athénée de Fragnée où ils s'entraînent en compagnie de Noëlia, les trois ESI (pour Espoir Sportif International) du Cercle Charlemagne sont écolés par Jean- Philippe Demaret, leur maître d'armes. "On organise une séance par semaine", glisse cet ancien champion de Belgique. "Nos jeunes n'ont pas beaucoup de perspectives depuis l'annulation du championnat du monde aux États-Unis en avril 2020. Du coup, on travaille principalement pour se maintenir en forme." À vingt ans à peine, Noëlia, François et Mathis - les deux premiers possèdent plusieurs titres de champions de Belgique juniors - sont spécialistes de l'épée. En escrime, cette arme permet de toucher n'importe quelle partie du corps là où le fleuret et le sabre touchent respectivement le buste et ce qui se situe au-dessus de la ceinture. Né de la fusion entre la Lame Liégeoise et le Pommeau d'or en 2017, le Cercle Charlemagne se partage entre Liège et Ferrières et regroupe 120 licenciés, soit un peu moins d'un tiers du total provincial dans la discipline. "On enseigne exclusivement l'épée, que ce soit en loisir ou pour la compétition", place Jean-Philippe Demaret. "Je pense que les deux peuvent s'apporter mutuellement: le haut niveau attire les tireurs et un amateur chevronné bourré de tactique peut donner du fil à retordre à un jeune élite fougueux."
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L'escrime est souvent comparée à une discussion. Pour l'une comme pour l'autre, il est question d'engager l'échange. Sur la piste, la phrase d'armes correspond d'ailleurs à l'assaut, mais il existe toute une série de manières de "prendre la parole", par la parade puis la riposte, la contre-riposte ou encore l'arrêt. Ce mercredi, François échange avec Mathis. Le premier est assez actif dans la conversation, là où le second "écoute", attend... avant de placer sa saillie. Du local de l'Athénée de Fragnée où ils s'entraînent en compagnie de Noëlia, les trois ESI (pour Espoir Sportif International) du Cercle Charlemagne sont écolés par Jean- Philippe Demaret, leur maître d'armes. "On organise une séance par semaine", glisse cet ancien champion de Belgique. "Nos jeunes n'ont pas beaucoup de perspectives depuis l'annulation du championnat du monde aux États-Unis en avril 2020. Du coup, on travaille principalement pour se maintenir en forme." À vingt ans à peine, Noëlia, François et Mathis - les deux premiers possèdent plusieurs titres de champions de Belgique juniors - sont spécialistes de l'épée. En escrime, cette arme permet de toucher n'importe quelle partie du corps là où le fleuret et le sabre touchent respectivement le buste et ce qui se situe au-dessus de la ceinture. Né de la fusion entre la Lame Liégeoise et le Pommeau d'or en 2017, le Cercle Charlemagne se partage entre Liège et Ferrières et regroupe 120 licenciés, soit un peu moins d'un tiers du total provincial dans la discipline. "On enseigne exclusivement l'épée, que ce soit en loisir ou pour la compétition", place Jean-Philippe Demaret. "Je pense que les deux peuvent s'apporter mutuellement: le haut niveau attire les tireurs et un amateur chevronné bourré de tactique peut donner du fil à retordre à un jeune élite fougueux." Créé en 1893, le Cercle d'escrime de Huy peut se targuer d'être le deuxième plus vieux club du pays. Un des plus prestigieux aussi. Des années 30 et 40, quand les Hutois envoient un représentant aux Olympiades de Berlin puis de Londres, aux nineties, une époque où le Cercle empoche plusieurs dizaines de titres nationaux dans les catégories d'âge et en seniors, le succès a souvent été au rendez-vous. À entendre Thibault Colot, l'actuel président, l'année 2001 mérite également sa place dans le livre d'or ancestral du club. Le jeune homme de 17 ans qu'il était servait alors de sparring-partner aux quatre membres de l'équipe nationale belge, dont deux appartenaient au cercle de Huy: Pierre Halut et Cédric Gohy. La Fédération ne disposant pas encore de salle d'entraînement fixe, c'est à Huy que le quatuor s'est préparé pour différents tournois internationaux. "Les séances se déroulaient dans un bâtiment complètement vétuste: le Quadrilatère, situé juste en face de la prison", expose Thibault Colot, presque mystérieux. "La salle tombait en ruines: l'eau trouait le toit à certains endroits, les murs partaient en lambeaux, on devait passer la serpillière avant de commencer à tirer tellement il y avait de la poussière au sol." Cette année-là, la Belgique s'est donc rendue aux championnats d'Europe avec une préparation bancale sous le capot. "Quand nos gars ont battu l'Ukraine en huitièmes de finale, on était déjà très contents. Mais dans la foulée, on a sorti l'Italie puis la Russie avant de perdre face à l'Allemagne. On venait d'atteindre une improbable finale après avoir passé des semaines d'entraînement dans une salle complètement vétuste, mais nos gars ont tiré la gueule sur le podium, tellement ils étaient déçus de leur deuxième place ( Il rit)." Dans la foulée, Pierre Halut et Cédric Gohy s'offriront un joli parcours personnel, qui rejaillit encore sur le Cercle hutois, qui se produit aujourd'hui dans une autre salle et est spécialisé dans la formation au fleuret de tireurs entre sept et 18 ans. Le Cercle compte une cinquantaine de membres. Un chiffre dans la moyenne générale des six clubs de la Province de Liège, à savoir les Cercles Charlemagne, Embourg, La Sauvenière, Huy, Eupen et Sabre Noir. Quatre d'entre eux sont implantés dans un périmètre de dix kilomètres autour du centre de la Cité Ardente. Un fourmillement séculaire - la preuve par Huy - qui s'explique notamment par la forte présence militaire autour de Liège aux XIXe et XXe siècles: l'escrime tire en effet son origine de l'utilisation militaire de l'arme blanche. À Embourg, c'est justement l'arrivée d'un militaire à la retraite en 1980 qui va booster un Cercle né quatre ans plus tôt. Le maître d'armes Norbert Schröder va dispenser ses leçons pendant plus de trente ans, le temps que le club s'offre quelques titres de champions provinciaux et nationaux en fleuret. À son départ en 2012, le nombre de maîtres d'armes a déjà commencé à baisser aux quatre coins du pays: fort actif dans la formation jusqu'alors, l'Institut Royal Militaire d'Eupen a fermé ses portes et l'armée ne forme plus de maîtres d'arme, mais des professeurs d'éducation physique. Le Cercle d'Embourg en subira les conséquences quelques années plus tard en perdant deux moniteurs d'importance. "Des problèmes financiers de la Fédération nous ont par ailleurs empêchés de bénéficier de l'apport du sélectionneur national comme nous l'avions conclu auparavant", ajoute Cédric Milicamp, le président embourien. "Suite à ces défections et face au constat que de moins en moins de gens étaient intéressés par le haut niveau, nous avons alors pris un tournant pour devenir un club d'escrime de loisir." Actuellement, Embourg dispose donc d'un seul moniteur diplômé, mais quatre membres sont en cours de formation pour encadrer avec lui la cinquantaine d'affiliés du club, l'un des rares de la province à enseigner les trois armes. "C'est dans notre esprit de pouvoir accueillir tout le monde", justifie Cédric Milicamp. "En plus de l'épée, on maintient donc notre section de fleuret, principalement pour les enfants et les ados, et une section de sabre pour les ados. Les bases sont plus ou moins les mêmes, notamment au niveau du déplacement. C'est au niveau technique et tactique que c'est un peu différent. En escrime, on n'est pas enfermé définitivement dans un carcan. Souvent, en grandissant, on a d'ailleurs envie de découvrir autre chose." C'est précisément ce qui a mené à la création en 2014 du petit dernier de la bande: l'EESN, pour École d'Escrime Sabre Noir. Le maître d'armes Renaud Poizat, longtemps actif à Embourg, a remarqué que la soif des Liégeois pour le sabre n'était pas suffisamment étanchée à son goût. En compagnie de César Delrée, il a donc créé un cercle à l'image qu'il se fait de l'escrime et l'a installé à Jupille. "À l'origine, le novice débutait sa pratique par le fleuret ou par l'épée", explique Juliette Poizat, la présidente. "N'étant pas une arme de pointe, le sabre ne pouvait pas servir d'arme d'apprentissage et il n'y avait donc aucune raison qu'un club de sabre voie le jour." Puis, dans les années 90, la pratique s'est ouverte à tous et aujourd'hui, la formation de Jupille organise même des initiations pour les enfants de cinq ans, les "mini-mousquetaires". "Nous sommes un petit club", reprend Juliette Poizat. "Nous avons trois moniteurs et une moyenne de cinquante-soixante membres. En Belgique, le sabre reste l'arme la moins représentée. Peut-être parce que sa pratique implique une grande connaissance des notions de priorités pour prendre la parole dans la discussion." Juliette Poizat en est persuadée: l'escrime revient à la mode, "le fait même de jouer avec des épées revient à la mode." Et cet engouement juvénile est entre autres conforté par le port du masque. Non pas pour ses vertus antivirus, mais pour son apport psychologique. "Ça paraît anodin, mais pour des jeunes qui n'ont pas forcément confiance en eux, c'est important de pouvoir porter un masque lorsque l'on utilise une arme dans un cadre d'amusement. Cela permet de progresser sans craindre le regard des autres et surtout, on peut être qui on veut derrière un masque: il y a une notion d'anonymat qui n'existe pas dans d'autres arts martiaux. Beaucoup de parents nous confirment qu'ils voient la différence sur le comportement de leur enfant." Pour attirer de nouveaux membres, Sabre Noir pourrait également valoriser le parcours des Prossé, ces frères gantois tombés amoureux du club et qui ont décidé de s'affilier à Jupille pour poursuivre le développement de leur talent. Et quel talent! Maël est vice-champion de Belgique U20, son frère Nand champion de Belgique U17 alors que le petit dernier, Aert, se fait encore les dents. Une belle vitrine pour ce club porté sur la jeunesse. À la Sauvenière, au centre-ville de Liège, l'ardeur laisse plutôt place à l'expérience. "Nous sommes un cercle familial qui enseigne les trois armes", débute Robert Xhignesse, le trésorier. "L'escrime n'est pas une discipline hautement physique, la technique est prépondérante. C'est ce qui permet de le pratiquer à tout âge. Il y a quelques années, nous avons accueilli un homme de 55 ans... il est toujours là." À 83 balais, Robert Xhignesse pratique et enseigne toujours l'escrime deux fois par semaine en temps normal. La compétition, il l'a abandonnée il y a quelques années, après avoir notamment participé à des championnats du monde vétérans en Russie. "J'ai eu la chance de me classer plus ou moins bien, dans le top 10 sur soixante-septante participants au sabre et au fleuret", sourit l'intéressé. "Les concurrents venaient de Cuba, des États-Unis, d'Australie, de Russie... À l'époque, je misais déjà beaucoup sur ma technique ( Il rit)." Plébiscité par les tireurs ayant une certaine ancienneté, Sauvenière aimerait se rajeunir quelque peu pour assurer le futur de sa soixantaine de membres. Cela passera peut-être par les prochains Jeux Olympiques, "le meilleur outil de recrutement" lorsque l'escrime est diffusée en télévision. Si l'on découpe la carte de l'escrime liégeoise en zones géographiques, on en obtient grosso-modo quatre: Huy, le centre de Liège, Ferrières et Eupen. Idéal pour se répartir les candidats-escrimeurs et éviter de se tirer dans les pattes. Les Principautaires ne semblent de toute façon pas entretenir un esprit de concurrence. Récemment, lorsque des jeunes ont quitté Embourg pour rejoindre Huy et y poursuivre leur formation au plus haut niveau, "cela n'a pas entaché nos relations", assure le président embourien Cédric Milicamp. "On sait que l'on n'avait plus les moyens d'accéder à leurs demandes, c'était logique qu'ils puissent aller voir ailleurs." Par le passé, certaines entités ont déjà essayé de fusionner, mais ça n'a pas fonctionné. Probablement une question d'ego des maîtres d'armes, qui cherchent à enseigner leur philosophie et pas une autre, susurre-t-on en coulisses. "Et puis une salle pour accueillir 150 ou même cent tireurs, ça n'existe pas", ajoute Robert Xhignesse, de la Sauvenière. La cohabitation saine des six clubs de la province tient peut-être à l'existence d'un Comité provincial, qui rassemble six fois par an les représentants des formations liégeoises pour évoquer les cours d'initiation de l'Académie des sports de la Province ou l'organisation du championnat provincial, voire pour s'échanger des infos, des trucs et astuces, etc. "C'est unique en Belgique d'avoir un comité provincial aussi soudé", se réjouit le Hutois Thibault Colot. "Est-ce l'esprit principautaire qui fait effet? En tout cas, ça crée une certaine dynamique et une collaboration, sans affecter la spécificité de chaque club." Cadette des présidents de la province, Juliette Poizat se réjouit de voir le milieu des décideurs s'ouvrir à la jeunesse et à la féminité. L'année dernière, la responsable de Sabre Noir a fédéré des membres de cinq clubs autour de l'organisation d'une manche du circuit européen des +40 ans. Le Covid a éteint l'événement, mais pas la motivation de la jeune femme, qui entend démontrer "que l'escrime à Liège ne se limite pas à ses décisionnaires, mais aussi à ses jeunes qui ont envie de bouger." La discussion est lancée.