Aujourd'hui, Bruxelles compte plus de 210 clubs d'arts martiaux, selon un calcul récent de l'Université libre de Bruxelles (ULB). Tous ces clubs ont dû garder leurs portes closes pendant plus d'un an pour les membres âgés de plus de 13 ans. Et la réouverture de ces clubs sportifs durant l'été 2020 n'aura finalement été que trop brève...
...

Aujourd'hui, Bruxelles compte plus de 210 clubs d'arts martiaux, selon un calcul récent de l'Université libre de Bruxelles (ULB). Tous ces clubs ont dû garder leurs portes closes pendant plus d'un an pour les membres âgés de plus de 13 ans. Et la réouverture de ces clubs sportifs durant l'été 2020 n'aura finalement été que trop brève... "Je comprends très bien la nécessité de ces mesures sanitaires", déclare Ibrahim Emsallak, ancien boxeur et coordinateur de la Ligue flamande de boxe. "Mais pour les jeunes boxeurs issus de grandes villes comme Bruxelles, c'est un désastre. Ils vivent souvent dans de petits appartements, sans jardin et sans beaucoup d'espace pour se défouler. Quand ils ouvrent la porte de chez eux, la seule chose qu'ils voient, c'est l'asphalte d'une rue très fréquentée.Le club de boxe est bien plus qu'un lieu où ils pratiquent leur sport. Pour ces garçons, ce n'est pas seulement un exutoire, mais aussi la structure sociale la plus importante de leur vie. Parfois, le club est la seule chose qui les lie à la société. Dans un certain nombre de cas, cela peut être un moyen de les empêcher de dérailler."Et si plusieurs organismes ont tenté de mettre en place des initiatives en ligne pour compenser ce manque de pratique en salle, cela n'a pas suffi. "À la longue, tout le monde s'est lassé de ces alternatives. Et c'est compréhensible : l'essence même de ces sports, c'est le contact", explique Els Dom, coordinatrice de la plateforme Risicovechtsportplatform Vlaanderen. "Et nous n'avons toujours pas trouvé de solution pour répondre à ce besoin. Tout comme il est très difficile de répondre aux besoins sociaux des membres. Dans les grandes villes en particulier, les clubs jouent un rôle important dans ce domaine. Ils sont des lieux de rencontre. Je sais que des clubs comme la Brussels Boxing Academy ont fait de leur mieux pour offrir des alternatives à leurs membres, mais ce n'est certainement pas facile."Pour Ibrahim Emsallak, "la boxe sans contact, c'est comme nager sans piscine. Vous pouvez essayer de faire en sorte que les nageurs s'entraînent sur la terre ferme pendant un an, mais au bout d'un moment, vous les perdrez. Et ils risquent alors d'abandonner. Ou bien ils chercheront un étang où se baigner illégalement, sans la présence d'un maître-nageur".C'est exactement ce qui semble se passer aujourd'hui. Les clubs sportifs ont déjà perdu de nombreux membres durant la crise.Parallèlement, un certain nombre de jeunes pratiquants d'arts martiaux semblent rechercher un lieu où "se défouler". Surtout dans les grandes villes, les jeunes font leurs propres affaires. En témoignent par exemple les vidéos de Delbenito TV, une chaîne YouTube qui a diffusé ces derniers mois des matchs de boxe ou d'arts martiaux mixtes organisés dans les parcs ou sur les places de Bruxelles. Les lecteurs sensibles voudront peut-être rester à l'écart de la chaîne, bien qu'il soit remarquable que les matchs - si l'on fait abstraction des mesures sanitaires - soient dans l'ensemble assez disciplinés. Les matchs sont supervisés par un juge/arbitre et les combattants semblent respecter les règles du fair-play."On observe depuis longtemps déjà ce genre de combats de rue aux États-Unis", explique Emsallak. "Le fait de voir apparaître ce phénomène ici aussi a tout à voir avec la fermeture des clubs. Il est très difficile de l'arrêter. Il s'agit, tout comme la dépression, la violence intrafamiliale ou l'augmentation de la consommation d'alcool, d'un effet secondaire inévitable du covid."Un phénomène qui inquiète l'ancien boxeur. "Ce que j'ai vu sur YouTube semble plus civilisé que ce que l'on voit parfois aux États-Unis, mais il n'empêche : je ne peux que désapprouver ce genre de combat. Je le comprends, mais ça va à l'encontre de toutes les règles. Ce sont des combats sans entraîneurs ni arbitres expérimentés qui connaissent les règles et savent quand arrêter un match. On voit souvent des gars de différentes catégories de poids ou de différents niveaux s'affronter. Et il n'y a pas non plus de contrôle de l'équipement. Il s'agit, en d'autres termes, de la recette parfaite pour les problèmes. Il va y avoir des accidents. S'il n'y en a pas déjà eu."Le professeur Marc Theeboom, président du groupe de recherche Sport & Société (VUB), a suivi attentivement les combats sur YouTube. "Ce que nous pouvons voir semble en effet très discipliné. La question est : qu'est-ce qu'on ne voit pas ? Si ça se passe mal, ce ne sera évidemment pas mis sur YouTube". M. Theeboom reconnaît que le phénomène comporte des dangers. Mais il estime qu'une interdiction serait inutile. Au contraire. "Si le gouvernement prend des mesures pour l'interdire, le phénomène se déplacera des parcs et des places vers les sous-sols et les caves. Plutôt qu'une interdiction, je dirais que les autorités locales et les animateurs sportifs communautaires devraient soutenir cette démarche. Tant que ces combats ont lieu en surface, vous avez un moyen de vous assurer qu'ils restent bien responsables."