Nègre, le terme le plus négatif pour désigner un Noir. LeBron James (32 ans) n'y échappe pas non plus. Fin mai, on a peint ce mot sur la porte d'accès de sa villa à Los Angeles. Cela se passait juste avant les finales NBA, qu'il allait disputer pour la septième fois et il aurait pu se taire, compte tenu de ce timing, estimant que seul le basket comptait, mais il ne l'a pas fait. Le graffiti l'a aussi obligé à expliquer à ses deux fils, âgés de dix et douze ans, ce que représentait le terme " nègre ".
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Nègre, le terme le plus négatif pour désigner un Noir. LeBron James (32 ans) n'y échappe pas non plus. Fin mai, on a peint ce mot sur la porte d'accès de sa villa à Los Angeles. Cela se passait juste avant les finales NBA, qu'il allait disputer pour la septième fois et il aurait pu se taire, compte tenu de ce timing, estimant que seul le basket comptait, mais il ne l'a pas fait. Le graffiti l'a aussi obligé à expliquer à ses deux fils, âgés de dix et douze ans, ce que représentait le terme " nègre ". La super star des Cleveland Cavaliers en a d'ailleurs parlé en long et en large durant une conférence de presse. Il a même trouvé un bon côté à cette insulte : ça lui permettait de reparler du racisme et de la haine qui règnent toujours aux USA, des phénomènes qu'ils ne faut pas taire mais dénoncer publiquement. James a cité l'exemple d'Emmett Till, un adolescent noir assassiné en 1955. À la demande de sa mère, il était nu, dans un cercueil ouvert, pendant ses funérailles. " 62 ans plus tard, la situation s'est nettement améliorée mais être noir en Amérique reste dur. Peu importe qu'on gagne beaucoup d'argent, qu'on soit célèbre ou admiré. " Il voulait et devait répondre pour faire savoir à toutes les victimes de discrimination, moins connues que lui, qu'il était de leur côté. Le joueur a reçu des témoignages de soutien, essentiellement d'Ohio, son Etat natal. Jennifer Pennington, la fille de l'ancienne institutrice de James, a ainsi placardé des affiches sur le chemin menant à son autre villa, aux alentours de la ville d'Akron : " Héros ", " Modèle ", " Leader ", " Bon Samaritain ". " Mon coeur a saigné en découvrant le mot nigger. On ne peut appeler personne comme ça et certainement pas quelqu'un qui accomplit tant de choses merveilleuses pour la société ", a déclaré Pennington. Six mois plus tôt. Une semaine après l'élection de Donald Trump, James annonce qu'il va offrir 2,5 millions de dollars au National Museum of African American History pour une exposition sur Mohamed Ali. Celle-ci comporte des objets sportifs mais expose également le rôle joué par le boxeur, décédé en juin 2016, dans la lutte contre l'exploitation des Noirs. LeBron parle de son idole à USA Today : " Enfant, je ne connaissais que le champion. Petit à petit, j'ai appris comment Ali avait ouvert la porte aux sportifs noirs actuels. En expliquant les valeurs qu'il soutenait. Sans sa passion, je ne serais peut-être pas ici aujourd'hui. " Quand Lonnie, la veuve d'Ali, a remercié James pour sa donation en disant que son époux aurait été flatté, le quadruple MVP de NBA a twitté : " Il ne se passe pas de jour sans que je pense à ton mari ou que j'essaie de lui faire honneur. " Avec le hashtag #StriveForGreatness. The King ou The Chosen One - ses surnoms - a toujours tendu vers la Greatness. La grandeur. En sport comme dans la vie, comme Ali. Reconnaissant d'avoir pu échapper à la misère grâce à ses talents en basket car James, fils unique d'une mère adolescente, a grandi dans la triste Akron. C'est pour cela qu'il se dépeint souvent comme " just a kid from Akron ". Et pourquoi il juge son engagement social aussi important que ses prestations sportives. La star ne veut pas qu'on se souvienne d'elle seulement comme l'un des meilleurs basketteurs de tous les temps mais aussi comme la personne qui a donné un avenir à des milliers d'enfants. En 2010, le joueur a donc fondé la LeBron James Family Foundation (LJFF). Elle a offert des vélos, des ordinateurs portables et des fournitures scolaires aux jeunes mais LBJ a jugé l'effort trop restreint au bout de quelques années. En 2015, son oeuvre s'est associée à l'université d'Akron. L'objectif : offrir pendant quatre ans une bourse de collège à 2.300 étudiants de haute école. Coût : 68 millions d'euros. En avril 2017, il a fièrement annoncé la construction à Akron d'une école IPromise pour 1.300 enfants défavorisés. D'un coût de 38 millions d'euros, elle doit être inaugurée en automne 2018. L'université d'Akron inclut désormais un I Promise Institute pour aider les boursiers à obtenir leur diplôme et éviter qu'ils décrochent en cours de route. " La continuité est la clef de tout ", dit James. Il ne se contente pas d'ouvrir son énorme portefeuille - il va gagner 73 millions d'euros cette année -, il joue aussi un rôle actif de mentor. Il leur écrit des lettres, téléphone aux parents, fait des commissions pour les familles, récompense les étudiants qui ont des bons résultats en leur offrant des billets pour les matches des Cleveland Cavaliers et organise chaque année une Family Reunion de sa fondation dans un parc d'attractions. Durant cette réunion, il tient toujours un discours devant les milliers de personnes rassemblées, avec le même charisme qu'Ali. Comme en août dernier : " Sans vous, je n'existe pas. Vous êtes ma source d'inspiration comme père, époux, ami, fils, modèle, super héros... J'essaie d'être aussi parfait que possible pour ne pas vous décevoir. Je refuse de vous décevoir. " Quand l'animateur l'a interrogé sur sa conscience sociale, King James a répondu : " Je dois utiliser tout mon pouvoir et ma voix pour changer les choses. Ce qu'on réalise dans une petite communauté a ensuite un impact sur toute la ville puis sur le pays. Si je ne saisis pas cette chance, comment puis-je montrer aux enfants qu'ils doivent le faire ? " En mai 2017, LeBron a reçu le J. Walter Kennedy Citizenship Award qui récompense le membre de NBA qui a fait preuve du plus grand engagement social. Deux mois plus tôt, le magazine Forbes l'avait classé onzième plus grand dirigeant du monde. Il était le seul sportif à figurer parmi les 50 premiers. Juste après Angela Merkel. Forbes a vanté son influence sur l'Ohio et a retrouvé une déclaration datant de 2014, quand, après quatre ans au Miami Heat, il est revenu à " son " Cleveland et a tenu un discours devant des milliers de supporters : " Ma vocation dépasse le basket-ball. J'ai le devoir de diriger des gens, à plusieurs points de vue, et je prends cette responsabilité très au sérieux. " Même si, après son beau classement dans Forbes, il s'est empressé de dire que les parents et les enseignants qui éduquent les enfants sont les vrais leaders. Même s'il reste modeste, LBJ est conscient de son impact, des mains comme de la voix. Il est un des sportifs les plus influents du monde. Il a 38,6 millions de suiveurs sur Twitter. Seul Cristiano Ronaldo fait mieux. Depuis des années, James est aussi le visage de la NBA, la compétition sportive la plus réputée du monde et aussi la plus colorée des USA avec 74 % de Noirs. Un championnat qui attire quand même les Américains blancs depuis que la NBA, notamment grâce à une autre icône Noire, Michael Jordan, est devenue un sport de Noirs pour des spectateurs blancs, dans le courant des années 90. Objet de marketing, His Royal Airness refusait de s'exprimer sur des thèmes politique ou sociaux, disant : " Les Républicains achètent aussi des Nike. " Jordan n'a pas pris position quand O.J. Simpson a été accusé de meurtre, une affaire qui a opposé Blancs et Noirs aux USA. Bien que James ait un plantureux contrat à vie avec Nike, il ne se laisse pas museler, surtout pas quand il s'agit de défendre les Afro-Américains. Fin 2014, il est monté sur le terrain revêtu d'un T-shirt avec une inscription : I can't breathe. L'Afro-Américain Eric Garner avait répété cette phrase à onze reprises alors qu'un agent de police l'étranglait. Un an et demi plus tard, en juin 2016, James a ouvert un show de la chaîne ESPN par un discours Black lives matter, avec ses collègues Carmelo Anthony, Chris Paul et Dwyane Wade. Revêtu d'un costume sombre, le visage et le langage corporel sévères, il a appelé les autres sportifs à user de leur influence dans la violence raciale croissante aux USA. Et de conclure : " Ce soir, nous allons rendre hommage à Mohamed Ali. En cessant de nous taire. " Plus tard, The King a insisté sur le fait que son discours n'était pas dirigé contre les Blancs. " Ce n'est pas une question de couleur. Je parle de vies. " L'été, quand le joueur noir de NFL Colin Kaepernick s'est agenouillé pendant l'hymne américain, pour protester contre cette violence, il a obtenu le soutien franc de James. " Je respecte tous ceux qui défendent leur opinion et leur foi de manière pacifique. " Il n'a toutefois pas suivi l'exemple de Kaepernick. Parce que : " Ma voix est plus importante que mon genou. " Sans préciser que, contrairement aux joueurs de NFL, les basketteurs de NBA sont contractuellement obligés de se tenir debout pendant l'hymne national. En novembre 2016, juste avant les élections présidentielles, James a encore fait parler de lui en affichant sa préférence pour Hillary Clinton dans un journal. D'après LeBron, qui était aussi proche de Barack Obama, amateur de basket, les USA avaient besoin d'un président qui réunisse le pays. " Les idées qui nous divisent ne constituent pas une solution. Nous devons nous unir. Hillary envoie ce message, pas Trump. " Malgré ce soutien à Clinton, Donald Trump a gagné l'Ohio, un swingstate crucial situé dans le centre pauvre de l'Amérique. Une victoire que James attribue au fait que beaucoup de gens ont trop peu d'éducation pour poser un bon choix électoral. Ce n'est pas sa seule sortie contre le nouveau président. En août dernier, une femme est morte à Charlottesville pendant une manifestation des white supremacists. Trump a déclaré que plusieurs clans étaient responsables de la violence. James a twitté : " La haine a toujours existé en Amérique mais Trump l'a remise à la mode. " Lors de l'assemblée de sa fondation, il a dit : " L'amour est la seule façon pour la société et l'homme d'être meilleurs. Il ne s'agit même pas de notre président mais de nous. Enfants et adultes, nous devons nous regarder dans le miroir et nous demander ce que nous pouvons faire pour changer les choses. Donc, applaudissez les gens du monde entier qui veulent être grand et aimer. " Un mois plus tard, James a réitéré cet appel devant un public de dirigeants du monde (Bill Clinton, Justin Trudeau, Emmanuel Macron...) et de CEO de multinationales au Global Business Forum, à l'occasion de l'assemblée générale des Nations unies à New York. Dans un message vidéo, il les a encouragés à créer l'unité. James a attiré encore plus d'attention tout récemment, en réagissant à un tweet de Donald Trump. Celui-ci a annoncé qu'il retirait l'invitation présidentielle lancée au Golden State, champion de NBA, sa vedette, Stephen Curry, ayant déclaré ne pas vouloir se rendre à la Maison-Blanche. La réaction du King a été retwittée 2,16 millions de fois, devenant le message le plus apprécié d'un sportif : " U bum (trou-du-cul, ndlr) Curry a dit qu'il ne viendrait pas. Ce n'est donc pas une invitation. Avant, se rendre à la MaisonBlanche était un grand honneur. Jusqu'à ce que tu y emménages. " LBJ s'est encore exprimé dans la discussion suivante, Trump ayant fermement condamné les joueurs qui s'agenouillent pendant l'hymne américain. " Le sport réunit les gens de toutes couleurs et de toutes races. Je ne permettrai à personne, quel que soit son pouvoir ou son influence, d'utiliser le sport pour nous diviser. C'est le peuple qui dirige ce pays, pas un individu. Et certainement pas lui. " Sans citer le nom de Trump. La vedette a été applaudie massivement. Quelqu'un a même paraphrasé la célèbre déclaration de Barack Obama lors de son investiture en 2008 : " On this day, at this defining moment, change has come to America... And LeBron truly became president. " Il était déjà The King mais il ne sera sans doute jamais président. Il n'atteindra même pas le statut de Mohamed Ali. Mais il mettra tout en oeuvre pour être grand et aimant. Pour que ses fils ne doivent jamais expliquer à leurs enfants ce que signifie le mot nègre. Par Jonas Creteur