Il ne chante pas la Brabançonne avant le match. Niels Thijssen reste fidèle à son pays natal et ne chante que le Wilhelmus, même s'il est devenu à moitié belge. Car, depuis 2011, Thijssen travaille et vit à Anvers, où sa fille Lilou a d'ailleurs vu le jour. Et c'est là qu'il nous a donné rendez-vous, dans un bar à café.

Il n'a rien du Néerlandais fort en gueule qui correspondrait au cliché. Originaire de Venlo, dans le Limbourg néerlandais, il est plutôt humble de nature.

Depuis sa naissance, il a cependant l'ADN du coach qui coule dans ses veines. " Lorsque, adolescent, je jouais chez les U14 du VHC Venlo, j'entraînais déjà les U8 chez les garçons, puis j'ai pris en charge les U16 chez les filles. Enclencher la dynamique de groupe, aider les gens à donner le meilleur, mettre une tactique au point, ériger des plans : ça m'a toujours fasciné. "

Thijssen a joué au hockey en D1 néerlandaise. Mais, comme il n'avait pas assez de talent pour se hisser parmi les meilleurs, il a décidé, à 26 ans, de se concentrer sur sa carrière de coach. Lorsque l'occasion de devenir adjoint de l'équipe féminine du Push Breda s'est présentée, il n'a pas hésité. À peine un an plus tard, en 2009, Thijssen devenait T1, après le départ de Raoul Ehren.

En 2010, il a suivi ce dernier à Den Bosch, où il est devenu champion des Pays-Bas et d'Europe sous sa direction. " J'ai beaucoup appris durant cette année où j'ai travaillé avec Ehren ( qui est, depuis peu, devenu lui-même l'assistant de Thijssen chez les Red Panthers, ndlr). "

Trois titres avec l'Antwerp

Pourtant, le doute s'est immiscé dans la tête de Thijssen durant cette première période : ne développerait-il pas son bureau de recrutement indépendant qu'il venait de créer ? Il a combiné les deux, après une proposition du Royal Antwerp HC : " J'ai eu l'occasion de devenir coach principal, tout en continuant à travailler. Mais, lorsque j'ai également pris en charge l'équipe nationale belge U14, puis les U16/18, le hockey m'a pris de plus en plus de temps. " Et la passion a pris le dessus, d'autant que le succès était au rendez-vous avec l'Antwerp qu'il a mené au titre en 2012, 2013 et 2015.

Depuis octobre 2015, le Néerlandais se concentre exclusivement sur le hockey. Il est alors devenu le sélectionneur de l'équipe nationale belge en remplacement de Pascal Kina, qui venait de louper sur le fil la qualification pour les J.O. de Rio avec les Red Panthers. Sélectionneur intérimaire dans un premier temps, car le 1er juin 2016, Ageeth Boomgaardt a repris le flambeau et Thijssen est devenu son assistant.

Lorsque la Néerlandaise a démissionné après dix mois seulement, Thijssen est revenu au premier plan. Peu de temps après, et de manière inattendue, il a hissé l'équipe en finale du Championnat d'Europe 2017, et en 2018, il s'est extrait de la phase de poule de la Coupe du Monde pour la première fois depuis 1978. Sous sa direction, les Red Panthers sont montées de la 13e à la 9e place du classement mondial.

Un revirement inattendu, dont Thijssen avait déjà jeté les bases durant sa première période de sélectionneur intérimaire. " Je me suis retrouvé face à un groupe démoralisé et divisé : elles n'étaient plus au point physiquement, manquaient de confiance, plaçaient leur ego avant l'intérêt collectif... Mon premier objectif fut de leur rendre le plaisir de jouer, de requinquer le groupe en attendant l'arrivée d'Ageeth Boomgaardt. "

Un beau cadeau de bienvenue

Il y est parvenu, mais cette renaissance s'est accompagnée d'un nouveau couac : le courant ne passait pas entre le groupe et la Néerlandaise, très directe et très à cheval sur la discipline. Selon la gardienne Aisling D'Hooghe, elle " érigeait les vedettes en leaders et considérait les autres comme de simples porteuses d'eau. Il y avait clairement une équipe A et une équipe B, ce que beaucoup de joueuses n'acceptaient pas. "

Thijssen ne veut pas réagir à cette affirmation. " Ageeth a elle-même décidé d'arrêter la collaboration, car ça ne collait pas entre elle et le groupe. Comme il ne restait plus que deux mois avant l'EURO, la fédération a décidé de me promouvoir. Une période très mouvementée : c'est aussi à cette époque qu'est née ma fille.

Mon avantage, c'est que suite à la rupture avec Ageeth, le groupe était devenu plus solidaire. " Nous allons le faire ensemble ", tel était le slogan. Un beau 'cadeau', pour un nouveau coach. Pour le reste, j'ai simplifié la tactique et j'ai clarifié les choses. En deux mois, il ne faut pas espérer tout changer."

Une recette qui avait déjà porté ses fruits avant l'EURO 2017, lors de la World League à Bruxelles. " C'est là que nous avons battu, pour la première fois, une équipe du Top 5 mondial : la Nouvelle-Zélande. Les filles s'étaient débarrassées de cette pression de devoir s'imposer à tout prix, elles s'étaient libérées. C'est précisément parce qu'elles ne se sont pas focalisées sur le résultat, qu'elles ont gagné. Dans l'euphorie générale ! À tel point que nous avons enchaîné par trois défaites. Ce fut un tournant. À partir de là, nous nous sommes efforcées de devenir régulières. "

Victoire historique aux shoot-outs

Et les Red Panthers se sont améliorées, lors du Championnat d'Europe suivant, de la Coupe du monde et cette année en Pro League, une compétition par nations, disputée sur plusieurs mois. " Ce fut aussi une expérience enrichissante pour mon groupe. Nous avons voyagé d'un continent à l'autre, nous avons disputé des matches de haut niveau dans des conditions très différentes. Comme en Chine, où nous n'avons passé que 36 heures.

Pour éviter les effets néfastes du décalage horaire, nous avons décidé de ne pas nous adapter au fuseau horaire local et de ne débarquer que très tard dans le pays. Nous avons essayé de contourner le problème en portant des lunettes opaques et en déjeunant à cinq heures du matin. Après dix minutes, nous étions déjà menées 2-0. Mais les filles sont revenues dans le parcours, avant de s'imposer - pour la première fois de l'histoire - aux shoot-outs.

Après, nous avons de nouveau battu la Nouvelle-Zélande, puis l'Australie. Ce n'était donc plus un one-shot. Nous étions désormais capables de réaliser deux exploits d'affilée."

Pourtant, la résistance mentale et la concentration restent des points à travailler. " Nous devons apprendre à rester concentrées sur la tâche à accomplir, quelles que soient les circonstances. Nous devons aussi mieux appréhender les contretemps qui se produisent durant un match... Il arrive encore trop souvent que nous perdions le fil du match. Mais c'est surtout notre niveau de base qui doit s'améliorer : dans un mauvais jour, nous sommes plus vulnérables que d'autres grands pays, qui se montrent plus constants sur l'ensemble d'un match et surtout sur l'ensemble d'un tournoi. "

Un hockey énergique

Au niveau du jeu, les Panthers ont aussi subi une petite métamorphose : " Il y a deux ans, nous étions une équipe qui défendait bien, mais était trop statique. Aujourd'hui nous sommes plus dynamiques, nous jouons vers l'avant, de façon offensive, nous pratiquons un hockey énergique. Nos progrès sur le plan physique nous permettent de tenir plus longtemps. L'inconvénient, c'est que nous offrons plus d'espaces et nous sommes plus vulnérables. Nous devons encore trouver le bon équilibre. "

Les Red Panthers sont malgré tout plus avancées qu'il y a deux ans, lorsqu'elles avaient atteint la finale du Championnat d'Europe à la surprise générale. Elles le doivent, notamment, à l'expérience acquise par de jeunes joueuses comme Michelle Struijk (21 ans) et Sophie Limauge (21 ans), qui disputaient leur premier EURO en 2017 et qui comptent aujourd'hui de nombreux matches internationaux.

Pourtant, il ne faut pas croire qu'une nouvelle finale, à domicile cette fois, soit déjà garantie, insiste Thijssen. " Tous les pays ont progressé : l'Espagne, l'Irlande, l'Angleterre, l'Allemagne... Sans parler des Pays-Bas, quasiment imbattables.

Nous pouvons encore atteindre la finale, mais nous pouvons tout aussi bien jouer un très bon EURO et ne terminer que cinquièmes. À l'exception des Pays-Bas, ce seront tous des matches où nous partirons à 50/50 et où les détails feront la différence. C'est en nous concentrant sur notre tâche que nous parviendrons à faire pencher la balance du bon côté. "

United Girl Power

Se concentrer sur sa tâche, c'est le leitmotiv de Thijssen qui, comme la fédération, voit déjà plus loin que l'EURO ou les Jeux Olympiques de Tokyo. " Je pense qu'il faudra encore attendre quatre à huit ans avant que nous ne fassions partie des cinq meilleures nations mondiales. Mais, dans le sport de haut niveau, cinq ans ce n'est rien. Avec un projet similaire à celui du hockey masculin, mais qui a été commencé plus tard, il n'y a aucune raison de ne pas y parvenir. C'est pour cela que la campagne United Girl Power, que la fédération belge a lancée est si importante.

L'objectif : attirer, grâce à nos prestations, au girl power, à la solidarité et au plaisir affiché, de plus en plus de jeunes filles vers le hockey, afin qu'il devienne le sport le plus populaire en Belgique au niveau féminin.

Plus le vivier est grand, plus on pourra y puiser des talents. C'est de cette manière que, cette année, nous avons fait débuter une jeune joueuse très prometteuse de 18 ans : Ambre Ballenghien, issue du projet BE Gold. Si d'autres jeunes joueuses suivent sa trace, nous pourrons peut-être envisager une médaille à Paris 2024 ou Los Angeles 2028. Aujourd'hui, la participation aux J.O. de Tokyo n'est encore qu'un rêve. Alors, ne parlons pas de médaille. Mais rêver vous garde en vie. Et parfois, les rêves deviennent réalité. " ( il rit)

Sous la direction de Niels Thijssen, les Red Panthers sont montées de la 13e à la 9e place du classement mondial.

Niels Thijssen : " "Il y a deux ans, nous étions trop statiques. Aujourd'hui nous sommes plus dynamiques, nous jouons vers l'avant.", Belgaimage - dirk waem
Niels Thijssen : " "Il y a deux ans, nous étions trop statiques. Aujourd'hui nous sommes plus dynamiques, nous jouons vers l'avant." © Belgaimage - dirk waem

Fan de Jürgen Klopp

Récemment, Niels Thijssen a retweeté un petit film dans lequel le manager de Liverpool, Jürgen Klopp, expliquait sa philosophie. " Ce n'est pas un hasard ", dit Thijssen. " Je suis fan à la fois de son style de jeu et de son approche personnelle des joueurs. Klopp se plonge quasiment dans leur cerveau, veut évaluer leur capacité de réaction et d'anticipation. Attendez-vous à l'inattendu, dit-il. C'est aussi ce que j'essaie d'inculquer avec mes méthodes, dans lesquelles les joueuses se retrouvent subitement confrontées à un 'chaos'. Les situations varient sans cesse afin qu'elles doivent continuellement réfléchir. C'est très important, dans un sport aussi rapide que le hockey.

Comme Klopp, j'essaie aussi de coacher de manière humaine. Je demande à ce que mes joueuses ne m'appellent pas 'coach'. Je préfère Niels. Pourtant, je sais garder mes distances et prendre des décisions difficiles, lorsqu'il le faut. Je me montre alors très clair, le compétiteur qui est en moi prend toujours le dessus."

La manière avec laquelle Thijssen prépare les matches est aussi axée sur cette philosophie. " La clef, c'est de laisser mes joueuses évoluer librement. J'essaie donc, après les exposés tactiques, de les détendre. Avant la demi-finale de l'EURO 2017, j'ai par exemple écrit une lettre personnalisée aux 18 joueuses. Avec des messages différents, en fonction du caractère de chacun, et de leur rôle dans le groupe : ça peut aller d'une petite blague à une tape sur l'épaule, en passant par une mission relative au hockey.

L'idée la plus 'étrange' qui m'a traversé l'esprit, c'était juste avant le match de Pro League contre la Nouvelle-Zélande. Comme un barman, j'ai déposé du café sur la table pour mes joueuses, avec une bouilloire, des grains spéciaux et tout ce qui s'en suit. Mon message : " Pour un bon café, chaque détail compte. C'est aussi le cas pour un bon match. "

Le problème, c'est qu'aujourd'hui, mes joueuses sont tellement habituées à ça que je me sens presque obligé de trouver autre chose à chaque match. Un jour, lorsque j'ai avoué que je n'avais rien trouvé, elles s'en sont étonné. " Allez, coach, ce n'est pas possible ? ( il rit) "

Tokyo 2020: plus important que l'euro

Le Championnat d'Europe influencera la place au classement mondial. Et celle-ci déterminera les deux matches de qualification olympique, fin octobre. " Notre neuvième place actuelle nous permettra probablement de disputer ces matches à domicile ", explique Niels Thijssen. " Mais, pour cela, nous devrons atteindre les demi-finales à l'EURO et faire mieux que l'Angleterre. Si ce n'est pas le cas, nous reculerions probablement de trois places au classement et nous perdrions alors cet avantage du terrain si important. Bien sûr, cette qualification pour les Jeux Olympiques est dans tous les esprits, mais pour l'instant, nous ne devons pas trop nous en préoccuper. Nous devons d'abord nous concentrer sur l'EURO, et on verra ce qui arrivera. "

Programme de l'euro

Samedi 17 août 20h30: Belgique - Pays-Bas

Lundi 19 août 20h30: Belgique - Russie

Mercredi 21 août 20h30: Belgique - Espagne

Vendredi 23 août 18h00 et 20h30 : éventuelle demi-finale

Dimanche 25 août 20h30 : éventuelle finale

Il ne chante pas la Brabançonne avant le match. Niels Thijssen reste fidèle à son pays natal et ne chante que le Wilhelmus, même s'il est devenu à moitié belge. Car, depuis 2011, Thijssen travaille et vit à Anvers, où sa fille Lilou a d'ailleurs vu le jour. Et c'est là qu'il nous a donné rendez-vous, dans un bar à café. Il n'a rien du Néerlandais fort en gueule qui correspondrait au cliché. Originaire de Venlo, dans le Limbourg néerlandais, il est plutôt humble de nature. Depuis sa naissance, il a cependant l'ADN du coach qui coule dans ses veines. " Lorsque, adolescent, je jouais chez les U14 du VHC Venlo, j'entraînais déjà les U8 chez les garçons, puis j'ai pris en charge les U16 chez les filles. Enclencher la dynamique de groupe, aider les gens à donner le meilleur, mettre une tactique au point, ériger des plans : ça m'a toujours fasciné. " Thijssen a joué au hockey en D1 néerlandaise. Mais, comme il n'avait pas assez de talent pour se hisser parmi les meilleurs, il a décidé, à 26 ans, de se concentrer sur sa carrière de coach. Lorsque l'occasion de devenir adjoint de l'équipe féminine du Push Breda s'est présentée, il n'a pas hésité. À peine un an plus tard, en 2009, Thijssen devenait T1, après le départ de Raoul Ehren. En 2010, il a suivi ce dernier à Den Bosch, où il est devenu champion des Pays-Bas et d'Europe sous sa direction. " J'ai beaucoup appris durant cette année où j'ai travaillé avec Ehren ( qui est, depuis peu, devenu lui-même l'assistant de Thijssen chez les Red Panthers, ndlr). " Pourtant, le doute s'est immiscé dans la tête de Thijssen durant cette première période : ne développerait-il pas son bureau de recrutement indépendant qu'il venait de créer ? Il a combiné les deux, après une proposition du Royal Antwerp HC : " J'ai eu l'occasion de devenir coach principal, tout en continuant à travailler. Mais, lorsque j'ai également pris en charge l'équipe nationale belge U14, puis les U16/18, le hockey m'a pris de plus en plus de temps. " Et la passion a pris le dessus, d'autant que le succès était au rendez-vous avec l'Antwerp qu'il a mené au titre en 2012, 2013 et 2015. Depuis octobre 2015, le Néerlandais se concentre exclusivement sur le hockey. Il est alors devenu le sélectionneur de l'équipe nationale belge en remplacement de Pascal Kina, qui venait de louper sur le fil la qualification pour les J.O. de Rio avec les Red Panthers. Sélectionneur intérimaire dans un premier temps, car le 1er juin 2016, Ageeth Boomgaardt a repris le flambeau et Thijssen est devenu son assistant. Lorsque la Néerlandaise a démissionné après dix mois seulement, Thijssen est revenu au premier plan. Peu de temps après, et de manière inattendue, il a hissé l'équipe en finale du Championnat d'Europe 2017, et en 2018, il s'est extrait de la phase de poule de la Coupe du Monde pour la première fois depuis 1978. Sous sa direction, les Red Panthers sont montées de la 13e à la 9e place du classement mondial. Un revirement inattendu, dont Thijssen avait déjà jeté les bases durant sa première période de sélectionneur intérimaire. " Je me suis retrouvé face à un groupe démoralisé et divisé : elles n'étaient plus au point physiquement, manquaient de confiance, plaçaient leur ego avant l'intérêt collectif... Mon premier objectif fut de leur rendre le plaisir de jouer, de requinquer le groupe en attendant l'arrivée d'Ageeth Boomgaardt. " Il y est parvenu, mais cette renaissance s'est accompagnée d'un nouveau couac : le courant ne passait pas entre le groupe et la Néerlandaise, très directe et très à cheval sur la discipline. Selon la gardienne Aisling D'Hooghe, elle " érigeait les vedettes en leaders et considérait les autres comme de simples porteuses d'eau. Il y avait clairement une équipe A et une équipe B, ce que beaucoup de joueuses n'acceptaient pas. " Thijssen ne veut pas réagir à cette affirmation. " Ageeth a elle-même décidé d'arrêter la collaboration, car ça ne collait pas entre elle et le groupe. Comme il ne restait plus que deux mois avant l'EURO, la fédération a décidé de me promouvoir. Une période très mouvementée : c'est aussi à cette époque qu'est née ma fille. Mon avantage, c'est que suite à la rupture avec Ageeth, le groupe était devenu plus solidaire. " Nous allons le faire ensemble ", tel était le slogan. Un beau 'cadeau', pour un nouveau coach. Pour le reste, j'ai simplifié la tactique et j'ai clarifié les choses. En deux mois, il ne faut pas espérer tout changer." Une recette qui avait déjà porté ses fruits avant l'EURO 2017, lors de la World League à Bruxelles. " C'est là que nous avons battu, pour la première fois, une équipe du Top 5 mondial : la Nouvelle-Zélande. Les filles s'étaient débarrassées de cette pression de devoir s'imposer à tout prix, elles s'étaient libérées. C'est précisément parce qu'elles ne se sont pas focalisées sur le résultat, qu'elles ont gagné. Dans l'euphorie générale ! À tel point que nous avons enchaîné par trois défaites. Ce fut un tournant. À partir de là, nous nous sommes efforcées de devenir régulières. " Et les Red Panthers se sont améliorées, lors du Championnat d'Europe suivant, de la Coupe du monde et cette année en Pro League, une compétition par nations, disputée sur plusieurs mois. " Ce fut aussi une expérience enrichissante pour mon groupe. Nous avons voyagé d'un continent à l'autre, nous avons disputé des matches de haut niveau dans des conditions très différentes. Comme en Chine, où nous n'avons passé que 36 heures. Pour éviter les effets néfastes du décalage horaire, nous avons décidé de ne pas nous adapter au fuseau horaire local et de ne débarquer que très tard dans le pays. Nous avons essayé de contourner le problème en portant des lunettes opaques et en déjeunant à cinq heures du matin. Après dix minutes, nous étions déjà menées 2-0. Mais les filles sont revenues dans le parcours, avant de s'imposer - pour la première fois de l'histoire - aux shoot-outs. Après, nous avons de nouveau battu la Nouvelle-Zélande, puis l'Australie. Ce n'était donc plus un one-shot. Nous étions désormais capables de réaliser deux exploits d'affilée." Pourtant, la résistance mentale et la concentration restent des points à travailler. " Nous devons apprendre à rester concentrées sur la tâche à accomplir, quelles que soient les circonstances. Nous devons aussi mieux appréhender les contretemps qui se produisent durant un match... Il arrive encore trop souvent que nous perdions le fil du match. Mais c'est surtout notre niveau de base qui doit s'améliorer : dans un mauvais jour, nous sommes plus vulnérables que d'autres grands pays, qui se montrent plus constants sur l'ensemble d'un match et surtout sur l'ensemble d'un tournoi. " Au niveau du jeu, les Panthers ont aussi subi une petite métamorphose : " Il y a deux ans, nous étions une équipe qui défendait bien, mais était trop statique. Aujourd'hui nous sommes plus dynamiques, nous jouons vers l'avant, de façon offensive, nous pratiquons un hockey énergique. Nos progrès sur le plan physique nous permettent de tenir plus longtemps. L'inconvénient, c'est que nous offrons plus d'espaces et nous sommes plus vulnérables. Nous devons encore trouver le bon équilibre. " Les Red Panthers sont malgré tout plus avancées qu'il y a deux ans, lorsqu'elles avaient atteint la finale du Championnat d'Europe à la surprise générale. Elles le doivent, notamment, à l'expérience acquise par de jeunes joueuses comme Michelle Struijk (21 ans) et Sophie Limauge (21 ans), qui disputaient leur premier EURO en 2017 et qui comptent aujourd'hui de nombreux matches internationaux. Pourtant, il ne faut pas croire qu'une nouvelle finale, à domicile cette fois, soit déjà garantie, insiste Thijssen. " Tous les pays ont progressé : l'Espagne, l'Irlande, l'Angleterre, l'Allemagne... Sans parler des Pays-Bas, quasiment imbattables. Nous pouvons encore atteindre la finale, mais nous pouvons tout aussi bien jouer un très bon EURO et ne terminer que cinquièmes. À l'exception des Pays-Bas, ce seront tous des matches où nous partirons à 50/50 et où les détails feront la différence. C'est en nous concentrant sur notre tâche que nous parviendrons à faire pencher la balance du bon côté. " Se concentrer sur sa tâche, c'est le leitmotiv de Thijssen qui, comme la fédération, voit déjà plus loin que l'EURO ou les Jeux Olympiques de Tokyo. " Je pense qu'il faudra encore attendre quatre à huit ans avant que nous ne fassions partie des cinq meilleures nations mondiales. Mais, dans le sport de haut niveau, cinq ans ce n'est rien. Avec un projet similaire à celui du hockey masculin, mais qui a été commencé plus tard, il n'y a aucune raison de ne pas y parvenir. C'est pour cela que la campagne United Girl Power, que la fédération belge a lancée est si importante. L'objectif : attirer, grâce à nos prestations, au girl power, à la solidarité et au plaisir affiché, de plus en plus de jeunes filles vers le hockey, afin qu'il devienne le sport le plus populaire en Belgique au niveau féminin. Plus le vivier est grand, plus on pourra y puiser des talents. C'est de cette manière que, cette année, nous avons fait débuter une jeune joueuse très prometteuse de 18 ans : Ambre Ballenghien, issue du projet BE Gold. Si d'autres jeunes joueuses suivent sa trace, nous pourrons peut-être envisager une médaille à Paris 2024 ou Los Angeles 2028. Aujourd'hui, la participation aux J.O. de Tokyo n'est encore qu'un rêve. Alors, ne parlons pas de médaille. Mais rêver vous garde en vie. Et parfois, les rêves deviennent réalité. " ( il rit)