La cinquième manche décisive des Finals de WNBA vient de se terminer. Emma Meesseman tombe dans les bras d'une dame, alors que les flashes des photographes crépitent. Cette femme, c'est sa mère. Sa vraie mère, pas celle qui était apparue par erreur lors du match précédent sur la chaîne ESPN avec le sous-titre " Mom ".
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La cinquième manche décisive des Finals de WNBA vient de se terminer. Emma Meesseman tombe dans les bras d'une dame, alors que les flashes des photographes crépitent. Cette femme, c'est sa mère. Sa vraie mère, pas celle qui était apparue par erreur lors du match précédent sur la chaîne ESPN avec le sous-titre " Mom ". Sonja Tankrey avait promis à sa fille quelques mois plus tôt qu'elle serait à ses côtés si jamais elle atteignait les Finals. " Sa présence alors que je vis l'un des plus beaux moments de ma vie me touche beaucoup ", explique Meesseman à la presse américaine, plus joyeuse et plus exubérante que jamais. Elle n'embrasse pas seulement sa mère, mais aussi Ann Wauters, présente également, et sa coéquipière Kim Mestdagh. Lorsque le préposé au micro annonce qu'elle est élue MVP des Finals, la joueuse belge ne se tient plus. " Je n'ai jamais ressenti autant de joie, autant de stress, autant de trac ", révèlera-t-elle plus tard. À ce moment-là, Meesseman revoit le film de sa carrière. Elle songe surtout à ces trois coaches qui, au Racing puis aux Blue Cats Ypres, ont guidé ses premiers pas sur un parcours qui l'emmène aujourd'hui à ces titres individuel et collectif, acquis après avoir traversé des moments compliqués avec les Washington Mystics. Comme dans la cinquième manche décisive de ces Finals, lorsque son équipe est menée de onze unités. Meesseman prend alors les choses en mains, inscrit onze points dans le troisième quart-temps et permet aux Mystics de repasser devant le Connecticut Sun. La presse américaine est dithyrambique, usant de superlatifs tels que Emma Buckets, Play-off Emma en passant par The Belgian Unicorn (La Licorne belge, en VF). Des compliments qui reviennent quelques jours plus tard, lorsqu'elle atterrit en Belgique. Ses supporters de la première heure lui racontent les nuits blanches qu'ils ont passées pour suivre ses matches en direct pendant la nuit. La joueuse d'Ypres, plutôt humble de nature, n'est pas habituée à tant de compliments et tant d'émotions. Deux semaines plus tard, alors qu'elle ne réalise pas encore totalement la portée de son exploit, elle poste sur Instagram : " Je songe à ce qu'il s'est passé ces dernières semaines, à ce qui est en train de se passer actuellement et à ce qu'il va se passer à l'avenir. Je ne sais toujours pas pourquoi je suis si heureuse. #happiness. " Si Meesseman partage ce bonheur avec sa maman Sonja, ce n'est pas un hasard. Elle est la raison pour laquelle à cinq ans, Emma demande un ballon de basket pour la fête de Saint-Martin ( le 11 novembre, une tradition dans sa ville natale, ndlr). Bien qu'elle soit elle-même une ancienne joueuse de basket, Sonja n'a jamais poussé sa fille dans cette direction. Elle est même l'une des meilleures en Belgique : elle a commencé au Racing Ypres, puis a réalisé cinq doublés Coupe-championnat d'affilée avec le BBC Coxyde, a été élue Joueuse de l'Année en 1982-83, et a participé au Championnat d'Europe en 1980 et 1985, avant de terminer sa carrière à Ypres en 1992, alors qu'elle était enceinte d'Emma. Emma n'a donc jamais vu sa mère à l'oeuvre, à l'exception d'un mini come-back, lorsque Sonja est brièvement revenue pour remplacer une joueuse blessée dans un match crucial pour la promotion du BBC Dames Ypres. Les témoignages verbaux et les nombreuses vidéos de la carrière de Maman sont cependant suffisants pour transmettre à Emma le virus du basket. Elle s'affilie à cinq ans au Racing, où elle joue chez les poussins (de huit à dix ans) et sera entraînée par Ann Dumortier, une bonne amie de sa mère. Elles décident de faire jouer Emma, ainsi que la fille de Dumortier, Silke - qui reste l'une des meilleures amies de Meesseman - avec les garçons afin qu'elles s'endurcissent. Emma est déjà très grande pour son âge et s'affale parfois sur le terrain, mais elle compense ses difficultés de déplacement par un maniement de ballon exceptionnel, une bonne vision de jeu et une technique au-dessus de la moyenne. Pourtant, à cet âge-là, devenir joueuse de basket professionnelle n'est pas (encore) le grand rêve de Meesseman. Elle a beaucoup d'autres hobbies. Le tennis et le volley, par exemple. Passionnée par les sports de balle, la jeune fille aime aussi beaucoup lire, suit des cours de dessin et est également membre d'une troupe de scouts. En 2007, à quatorze ans, Emma participe même pendant trois semaines à un Jamboree en Angleterre, ce qui lui fait rater un premier Championnat d'Europe chez les jeunes. Ce n'est qu'à seize ans qu'elle fait ses adieux aux scouts, car la combinaison avec le basket et l'école devient trop compliquée. L'école est alors la priorité numéro 1. Elle étudie les sciences et les langues modernes au Lycée d'Ypres. Sa mère Sonja et son père Gil ne veulent pas entendre parler d'un Sports-Études. Les parents ne répondent pas davantage aux propositions de bourse dans des collèges américains, car les diplômes offerts aux États-Unis n'ouvrent pas beaucoup de portes. Kinésiste/ostéopathe, Gil veille à ce qu'Emma ne soit pas surchargée et limite son programme à trois entraînements au maximum par semaine, et un seul match par week-end, dans le but de réduire les risques de blessures. Il impose à sa fille des exercices d'étirements dans le garage, ce qui lui permet de se tenir droite et de ne pas connaître de problèmes de croissance. Un travail qui porte encore ses fruits aujourd'hui, car Meesseman, qui mesure désormais 1m92, se déplace avec une grande facilité. Elle est aussi très bien formée dans son premier club, avant de partir aux Blue Cats Ypres à treize ans. Elle y est façonnée par trois entraîneurs vers lesquels Meesseman tournera ses pensées au terme des Finals WNBA : Ann Dumortier, Ivan Decroix et Philip Mestdagh, l'actuel sélectionneur des Belgian Cats. Meesseman domine les compétitions de jeunes aux côtés de l'une des filles Decroix ( Marjolein, qui deviendra skieuse olympique par la suite) et de l'une des filles Mestdagh ( Hanne, la soeur de Kim, de trois ans son aînée). Les Blue Cats restent invaincues et remportent à la fois la Coupe des Flandres, la Coupe de Belgique et le titre national. À seize ans, à la fin de la saison 2008-09, Emma est déjà appelée en équipe Première. Et lors de la campagne suivante, elle fait intégralement partie du noyau des Blue Cats. Meesseman fait directement étalage de sa classe, notamment lors d'un match de coupe contre Tournai où elle inscrit quarante-quatre points. À la fin de la saison, en mai 2010, elle est élue Espoir de l'Année avec une confortable avance alors qu'elle a dix-sept ans à peine. Chez les Young Belgian Cats également, la Flandrienne ronronne de plaisir : après un premier Championnat d'Europe U16 à Katowice en 2008, elle atteint la finale de l'EURO U16 à Naples l'année suivante. Elle s'incline face à l'Espagne, mais cela n'empêche pas Meesseman d'être élue MVP du tournoi. Une consécration pour celle qui avait longtemps pensé qu'elle avait été sélectionnée uniquement pour sa taille. Ce prix lui fait également prendre conscience du fait qu'elle a un avenir comme basketteuse professionnelle. En Belgique, en tout cas. Car elle ne songe pas encore à l'étranger, et encore moins à la WNBA, dont Ann Wauters joue la finale avec San Antonio en 2008. En 2010, Meesseman partage une première fois le vestiaire des Belgian Cats avec l'icône du basket belge, à l'occasion de quelques matches de qualification pour le Championnat d'Europe. Emma, encore timide, n'ose rien demander à Wauters. Elle s'excuse même pour avoir réussi à la contrer lors d'un entraînement. Mais Wauters ne s'en formalise pas, au contraire : elle prend le jeune talent sous son aile. Meesseman applique les conseils de la légende à la lettre, car la saison suivante, en 2011 et alors qu'elle vient d'avoir dix-huit ans, elle est élue Joueuse de l'Année avec les Blue Cats. Un an plus tard, le succès devient collectif : elle mène son équipe vers la victoire en Coupe de Belgique et en championnat en 2011-2012 et est logiquement élue meilleure joueuse de la saison. Encore une fois. À cet âge précoce, Meesseman dépasse déjà sa mère Sonja. En effet, cette dernière n'avait récolté qu'un seul titre individuel au cours de sa carrière. Un premier objectif est donc été atteint pour la jeune Emma. À l'échelle internationale également, la pépite yproise commence à briller : avec les Young Belgian Cats, elle termine à la quatrième place du Championnat du Monde U17 en 2010, puis devient championne d'Europe U18 en Roumanie en 2011. Un sacre qui s'accompagne d'un nouveau trophée de MVP, et à la fin de l'année, du titre de FIBA's Europe Young Women's Player of the Year. Ces exploits n'échappent pas à la presse nationale. En 2012, Meesseman est invitée sur le plateau de De Laatste Show, un programme de la VRT. Elle y réfute toute comparaison avec Wauters : " Elle est un exemple pour moi, mais je ne veux pas devenir "la nouvelle Ann", je veux devenir la meilleure Emma. " En se bâtissant un aussi beau palmarès que Wauters, et même en l'améliorant. Son rêve ultime ? Participer aux Jeux Olympiques 2016 ou 2020 avec la génération dorée des Belgian Cats, . Pour mettre toutes les chances de son côté, elle n'hésite pas à s'exiler. Ce ne sont pas les propositions qui manquent : sa mère Sonja, qui officie comme " manager ", est inondée de coups de téléphone et de mails émanant de clubs étrangers, de la Russie aux États-Unis. La proposition du Spartak Moscou apparaît comme la plus concrète, mais à dix-neuf ans, Meesseman ne se sent pas encore prête à vivre seule aussi loin de chez elle. Elle accepte d'être prêtée pendant deux ans à Villeneuve-d'Ascq, dans le nord de la France. Un club doté d'un public fanatique, qui l'avait déjà applaudie auparavant, lorsqu'elle s'était produite dans la banlieue lilloise avec les Blue Cats. Autre avantage pour Meesseman : en signant en France, elle peut poursuivre ses études d'Éducation Physique et de Science du Mouvement à la VUB de Bruxelles. Certes, souvent à distance et en bénéficiant d'un statut adapté de sportive de haut niveau. Mais les premiers pas de la jeune Meesseman à Villeneuve-d'Ascq, une ville pourtant pas très éloignée d'Ypres, sont difficiles. Seule dans son appartement, elle pleure plus souvent qu'elle ne rit. Néanmoins, après une période d'adaptation compliquée, son talent prend le dessus, et elle est élue Espoir de l'Année dès sa première saison. Et cela ne passe pas inaperçu aux yeux des recruteurs de WNBA. Mike Thibault, le coach des Washington Mystics, est depuis longtemps tombé sous le charme de la joueuse belge. Il visionne plusieurs de ses matches et demande à quelques coaches européens qu'il connaît bien, si cela vaut la peine de prendre un risque avec elle. Leur réponse est unanime : oui ! Ce " risque ", c'est de la choisir pour la draft WNBA d'avril 2013. Thibault mise sur elle, Meesseman est choisie en dix-neuvième position au deuxième tour. Lorsque son nom est prononcé, vu le décalage horaire, la Flandrienne se trouve dans les bras de Morphée. Elle sait qu'elle a une chance d'être choisie, mais ne veut pas sacrifier ses heures de sommeil pour autant. Lorsqu'elle se lève le lendemain matin, elle reçoit un sms : " Félicitations pour les Mystics ! ". Elle ne sait même pas que cette équipe joue à Washington. Malgré tout, Meesseman est sur un petit nuage. Elle envoie un tweet : " La meilleure manière de réaliser ses rêves, c'est de se lever le matin ! " Pourtant, elle hésite pendant une semaine : se risquera-t-elle, après une seule saison en France, à franchir le pas alors qu'elle est la plus jeune joueuse de WNBA ? Partir dans le championnat professionnel américain est pour elle un saut dans l'inconnu : elle n'a encore jamais vu un match de WNBA. Lorsqu'elle regarde la photo de l'équipe sur internet, les joueuses lui apparaissent tellement grandes et tellement musclées... Finalement, Emma se décide, après un entretien téléphonique rassurant avec Mike Thibault, qui représente une figure paternelle pour la joueuse. Son frère Thijs et ses parents l'encouragent, en lui faisant comprendre qu'elle ne peut pas laisser passer une chance pareille, même si c'est au détriment de ses études. Lorsqu'elle part pour un stage d'entraînement des Mystics en mai, Meesseman reçoit l'autorisation de reporter certains examens, pour lesquels elle a très peu eu l'occasion d'étudier. Une raison supplémentaire de ne pas rater l'avion pour les USA. Dans ses bagages, elle n'emporte des vêtements que pour trois semaines, persuadée qu'elle sautera de la sélection définitive lorsque le noyau devra être réduit à onze joueuses. Un pressentiment encore renforcé par la vision de ses nouvelles partenaires d'entraînement. Celles-ci apparaissent effectivement tellement grandes et athlétiques ! " A l'aide ! Qu'est-ce que je fais ici ? " se demande Meesseman. Et c'est encore pire lorsqu'elle doit se présenter. " Euh, je m'appelle Emma, je viens de Belgique, j'ai dix-neuf ans, je joue en France et c'est mon tout premier jour aux États-Unis. " Mais elle est accueillie à bras ouverts : " Great ! Congratulations ! " La glace est brisée. Les craintes concernant le niveau de jeu trop élevé sont rapidement dissipées elles aussi, car Meesseman fait forte impression dès les premiers jours d'entraînement. " Si tu crois en toi, tu peux devenir l'une des vingt meilleurs joueuses de WNBA ", lui confie le coach Thibault, qui retient la joueuse belge dans sa sélection définitive. À la plus grande joie d'Emma, qui téléphone à la maison : " Commande les billets d'avion ! J'ai besoin de nouveaux vêtements ! " Les mois supplémentaires qu'elle s'apprête à passer dans la capitale américaine ne l'effraient pas. Et les conditions de son contrat de trois ans - seulement 30.000 euros, en tant que rookie - ne la font pas reculer non plus. Son aventure au pays de l'oncle Sam peut commencer. Cette aventure commence avec ses débuts officiels en WNBA, à Tulsa. Son père et sa mère l'observent depuis leur ordinateur, en râlant parce que la connexion est de temps en temps interrompue. Meesseman ne marque pas, mais elle joue neuf minutes, délivre trois assists et capte deux rebonds. Les Mystics s'imposent après prolongation, dans un match tendu. Dans les matches suivants, elle joue également mieux que prévu, avec une moyenne de quatre points en quatorze minutes. Mais davantage que pour ses prestations, la jeune Yproise de vingt ans intéresse la presse américaine pour ses problèmes d'ouïe. Elle serait à moitié sourde de naissance aux deux oreilles. Une association de malentendants lui demande même de devenir son ambassadrice. Pas de problème pour Meesseman, qui s'intègre très bien au sein des Mystics, alors qu'elle est pourtant la seule joueuse blanche. Elle devient la soeurette de l'équipe et est parfaitement accueillie par ses coéquipières plus expérimentées, comme Crystal Langhorne et Michelle Snow. Le coach Mike Thibault l'a délibérément placée entre elles dans le vestiaire. C'est avec un coffre rempli d'expérience WNBA que Meesseman retourne à Villeneuve-d'Ascq. Pour sa deuxième campagne en France, elle atteint les demi-finales des play-offs et la finale de la Coupe. Elle est l'un des piliers de l'équipe. Un statut qu'elle conserve lors de sa deuxième saison WNBA (2014), lorsqu'elle intègre le cinq de base des Mystics, et ensuite lors de sa nouvelle aventure russe, au Spartak Moscou. Une très jeune équipe dont Emma devient, à vingt-et-un ans, la leader " expérimentée ". Pourtant, la communication avec ses coéquipières, qui ne parlent pour la plupart que le russe, n'est pas facile. Elle doit même, parfois, utiliser le langage des signes. Lors de la campagne de WNBA suivante (2015), Meesseman franchit un nouveau palier : elle devient la seule joueuse européenne élue par les fans pour participer au All-Star Game. Sa carrière prend son envol, et à cause de la combinaison WNBA-championnat de Russie, elle se voit contrainte d'abandonner ses études, contre l'avis de ses parents. Dans sa tête, elle a l'idée de les reprendre au terme de sa carrière, comme kinésithérapeute, dans le sillage de son père Gil. Combiner sport et études aurait été d'autant plus difficile qu'en février 2016, soit à la mi-saison, Meesseman quitte le Spartak Moscou pour rejoindre l'UMMC Ekaterinbourg, le plus grand club de Russie (et d'Europe). Elle doit y remplacer la Française Sandrine Gruda, blessée. C'est un nouveau pas en avant : elle évolue parmi les meilleures joueuses européennes et américaines, toutes grassement payées (jusqu'à quinze fois plus qu'en WNBA) par le propriétaire du club, l'Ouzbek Iskander Makhmudov, classé à la 239e place des hommes les plus riches du monde par Forbes, et dont la a fortune est estimée à 6,8 milliards d'euros. Dans son portefeuille, figure notamment le sponsor principal d'Ekaterinbourg : Ural Mining and Metallurgical Company, dont le CEO, Andrei Kozitsyn, est aussi le président du club de basket. Avec Ekaterinbourg, qui dispose d'un budget de vingt millions d'euros, d'un jet privé et de chauffeurs privés pour toutes les joueuses, Meesseman participe pour la première fois à l'Euroleague, la Champions League du basket, où elle dispute notamment un quart de finale contre Galatasaray, l'équipe d'... Ann Wauters. Leur première confrontation voit Meesseman sortir victorieuse au meilleur des trois manches (2-1). Cela lui vaut un ticket pour le Final Four, qu'Ekaterinbourg remporte également. À peine deux mois après son arrivée, Meesseman peut remplir son armoire d'un trophée prestigieux : celui de l'Euroleague. Le même mois, elle remporte également le championnat de Russie, juste avant de reprendre l'avion pour Washington. Emma a resigné pour quatre saisons avec les Mystics, cette fois avec un salaire maximum de 100.000 euros. C'est certes moins que ce qu'elle gagne en Russie, même si son salaire exact n'est pas connu avec précision. L'argent n'a jamais été un élément décisif pour elle. Elle préfère remporter des trophées en équipe. Et, sur ce plan-là, elle est comblée avec Ekaterinbourg. Au cours des années suivantes, elle devient championne de Russie trois fois d'affilée, entre 2017 et 2019. Elle gagne encore l'Euroleague à deux reprises (dont une fois où elle est élue MVP du Final Four), toujours sous les yeux de sa mère Sonja et de son père Gil. Meesseman met cette expérience à profit pour aider l'équipe qui lui tient le plus à coeur : les Belgian Cats. En 2017, elle participe pour la première fois à un Championnat d'Europe Seniores, comme porte-drapeau de la génération dorée de 1993, coachée par Philip Mestdagh, son ancien entraîneur à Ypres. À Prague, elle vit un nouveau grand moment dans sa carrière, quand les Cats remportent la médaille de bronze en battant la Grèce dans la petite finale. Un exploit historique pour les Cats, qui confirment l'année suivante en se hissant à la quatrième place de la Coupe du Monde à Ténérife. Entre autres grâce à un panier on the buzzer en phase de poule face à l'Espagne. Panier signé Meesseman, évidemment. Si les Espagnoles sortent les Belges en demi-finale, leur impressionnant jeu collectif séduit les fans et les connaisseurs, dont l'éditoraliste de la FIBA Paul Nilsen qui écrit un article intitulé : " The day Belgium saved women's basketball. " Meesseman fait une croix sur la saison WNBA 2018 - et donc aussi sur 100.000 euros - afin de se préparer au mieux pour ce Mondial. L'expérience avec les Cats et la possibilité de passer enfin un peu de temps au pays avec sa famille, après cinq ans de basket ininterrompus, hiver comme été, ont plus de valeur à ses yeux. C'est sans regret que Meesseman assiste aux exploits des Washington Mystics, qui atteignent les Finals de WNBA où elles seront battues par Seattle. Le coach Mike Thibault sait ce qui lui a manqué : " Attendez, avec Emma l'an prochain, ce sera un autre scénario ! " Une prédiction qui s'avérera exacte, comme en attestent les événements de l'été 2019. Dotée d'une confiance au zénith la gentille Meesseman se transforme en un véritable leader, aux côtés de sa coéquipière Elena Delle Donne, élue quant à elle MVP de la saison régulière. Lorsque cette dernière se blesse pendant les play-offs, Emma Buckets prend le relais et marque plus que jamais (vingt-deux points de moyenne). Elle porte les Mystics à bout de bras, jusqu'à la cinquième manche décisive. Et c'est à juste titre qu'elle est élue meilleure joueuse des Finals. Elle est la première Européenne à recevoir cet honneur. Elle est même décrite comme The Meessing Piece, le chaînon manquant dont Washington avait besoin pour enfin conquérir le titre. Meesseman réalise donc le rêve qu'elle avait exprimé sept ans plus tôt, dans le programme télévisé De Laatste Show. Les comparaisons avec Ann Wauters n'ont plus de raison d'être. Elle n'est plus la nouvelle Ann, elle est bel et bien la meilleure Emma. Mais son plus grand rêve, participer aux Jeux Olympiques, elle doit encore le réaliser. Ce sera peut-être pour 2020. Le tournoi de qualification olympique sera organisé à Ostende du 6 au 9 février. Et Maman Sonja, Papa Gil et Frangin Thijs seront aux premières loges.