Quelle est, toutes disciplines confondues, la meilleure équipe de tous les temps ? La plus offensive ? Ceux qui l'ont vue à l'oeuvre en live ou à la télévision n'en doutent pas une seconde : il s'agit de la Dream Team 1992, qui rassemblait l'élite du basket américain. " C'était comme si on avait réuni Elvis et les Beatles ", disait, à l'époque, le coach, Chuck Daly. Vingt-cinq ans plus tard, l'équipe trône toujours au sommet de l'histoire du sport, c'est un mythe. Elle a ouvert la porte à une nouvelle ère de la NBA, permettant aux stars américaines de devenir des idoles mondiales.
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Quelle est, toutes disciplines confondues, la meilleure équipe de tous les temps ? La plus offensive ? Ceux qui l'ont vue à l'oeuvre en live ou à la télévision n'en doutent pas une seconde : il s'agit de la Dream Team 1992, qui rassemblait l'élite du basket américain. " C'était comme si on avait réuni Elvis et les Beatles ", disait, à l'époque, le coach, Chuck Daly. Vingt-cinq ans plus tard, l'équipe trône toujours au sommet de l'histoire du sport, c'est un mythe. Elle a ouvert la porte à une nouvelle ère de la NBA, permettant aux stars américaines de devenir des idoles mondiales. Pourtant, juste avant, c'était le désert : les Etats-Unis avaient loupé le titre aux Jeux Panaméricains de 1987 (médaille d'argent chez eux) et de 1991 (médaille de bronze), ainsi qu'au championnat du monde de 1990 (médaille de bronze) et, surtout, aux Jeux olympiques de 1988 (médaille de bronze), où ils avaient été battus, pour la deuxième fois de l'histoire des Jeux seulement, par l'Union Soviétique. En 1972, déjà, c'étaient les Soviets qui leur avaient infligé une défaite légendaire. Les meilleurs joueurs des universités américaines ne faisaient plus le poids face aux étrangers. Partout dans le monde, le basket évoluait. En avril 1989, sur l'insistance du président George Bush, il fut donc décidé qu'aux Jeux de 1992, les Etats-Unis aligneraient des joueurs professionnels de NBA. Au lieu de faire appel à de simples soldats, les Américains mobilisaient des troupes d'élite dont le basket était un tsunami auquel aucune digue ne résistait. Pourtant, au départ, les vedettes de NBA n'étaient pas très chaudes à cette idée : une enquête avait démontré que seuls 58 % des joueurs étaient d'accord d'aller à Barcelone. Les propriétaires des franchises, craignant les blessures, n'étaient pas plus réceptifs. Et même les médias étaient sceptiques. " MJ, renonce aux Jeux olympiques ! ", avait ainsi ordonné le Chicago Sun Times en première page ! MJ, c'était Michael Jordan, le dieu vivant de la NBA, qui venait de remporter un deuxième titre consécutif avec les Bulls. En 1984, alors qu'il était toujours universitaire, il avait déjà décroché l'or olympique à LA et il n'avait pas trop envie de se fatiguer davantage après une saison chargée. Ce n'est que lorsqu'il reçut la garantie qu'il ne devrait pas trop jouer, qu'il aurait suffisamment de temps libre pour jouer au golf et, surtout, que son ennemi juré de Detroit, Isiah Thomas, ne serait pas sélectionné, que His Airness accepta la proposition. Détail amusant : Chuck Daly, le coach de la Dream Team, était aussi le coach de... Detroit. L'autre superstar de la NBA, Magic Johnson, avait par contre très envie de participer à l'aventure avec une telle équipe. À la fin de l'année 1991, il avait révélé qu'il était infecté par le virus HIV et qu'après une saison sans jouer, il voulait faire une dernière fois le show aux yeux du monde entier. Et c'est lui qui réussit à convaincre Larry Bird, autre figure de proue des années 80, d'accepter de faire partie de l'équipe malgré des problèmes de dos récurrents. Vu leur expérience, ils allaient devenir les capitaines d'un navire à bord duquel on retrouvait neuf autres stars de la galaxie NBA : Michael Jordan, son bras droit chez les Bulls Scottie Pippen, le " petit Jordan " de Portland Clyde Drexler, le duo d'Utah Jazz Karl Malone et John Stockton, les tours Patrick Ewing et David Robinson, le marqueur Chris Mullin et le puissant Charles Barkley. Neuf joueurs qui, au cours de la saison précédente, avaient fait partie des All First et Second Team en NBA.Christian Laettner (21 ans), meilleur joueur du championnat universitaire, avait également été sélectionné, en signe de bonne volonté. Même si son rôle se limitait à porter les valises des stars... Ces grandes stars se réunissaient pour la première fois fin juin 1992 en Californie pour un stage et un match amical face aux meilleurs étudiants universitaires. Un choix de Daly qui avait compris qu'il devait former un groupe cohérent avec ses ouailles. Il laissa donc Michael Jordan sur le banc pendant pratiquement tout le match et n'intervint pas une seule fois, histoire de laisser les joueurs qui se croyaient au-dessus du lot et qui venaient de reprendre l'entraînement après une longue saison de NBA se noyer dans leur excès de confiance. Résultat final : 88-80 (d'autres sources font état de 62-54). Jordan était furieux - " Nous allons montrer à ces gars ce qu'est vraiment le basket de NBA " - et voulait qu'on organise une revanche le jour-même mais Daly préférait laisser ses joueurs en proie à leur frustration pendant quelques heures. Le lendemain, la Dream Team atomisait les étudiants (72-39). Les stars avaient compris qu'elles avaient intérêt à jouer en équipe car, face aux grandes puissances européennes, le show ne suffirait pas. L'alarme a parfaitement fonctionné. Par la suite, les Américains ne se déconcentrent pratiquement plus jamais. À tel point que, tout au long du tournoi olympique, Daly ne demande pas un seul temps mort. Même pas en finale, contre la Croatie, lorsque les Etats-Unis sont menés pour la première fois : 23-25 après 14 minutes. Pour motiver ses joueurs, Daly leur a montré les images de la finale olympique de 1972, perdue à la dernière seconde face à l'Union Soviétique. Cette fois, les choses ne vont pas aussi loin : Jordan & Co s'imposaient de 32 points (117-85), la plus petite marge de tous leurs matches officiels... La Dream Team a disputé 14 rencontres officielles : 6 lors du tournoi de qualification américain et 8 aux Jeux. Elle les a remportées avec une moyenne de, respectivement, 51,5 et 43,8 points d'écart. Son meilleur match n'a cependant jamais été diffusé à la télévision. Il est aujourd'hui appelé The Greatest Game No One Ever Saw car il se déroula sans spectateur et sans journaliste.Ce fut un match entre Team Michael Jordan et Team Magic Johnson, organisé au cours du stage précédant les Jeux, à Monaco. Jordan et Magic affirment que, ce jour-là, eux et leurs collègues disputèrent le meilleur match de tous les temps et prirent un plaisir fou sur le terrain. Douze joueurs qui ne voulaient absolument pas perdre. Imaginez la frustration de His Royal Airness lorsque son équipe fut menée 16-7 et que Magic commença à le charrier en disant " The Jordanaires are down ! " Il aurait mieux fait de se taire car, plus il se moquait de Jordan, mieux celui-ci jouait. Finalement, la vedette des Bulls mena son équipe à la victoire (40-36) et, au grand soulagement de Daly, personne ne se blessa. Pour se venger de Johnson, Jordan chanta alors dans le vestiaire et dans le bus Be like Mike - la chanson que l'on pouvait entendre dans un spot publicitaire de Gatorade qu'il venait d'enregistrer. Selon Jordan, Johnson fit la gueule pendant des jours, Magic nuançant en disant qu'il avait préféré laisser la victoire à MJ pour préserver la paix du vestiaire... Tous les joueurs des petits pays qui affrontaient les Etats-Unis étaient heureux d'avoir le droit de jouer contre les stars de NBA, même s'ils savaient qu'ils allaient se faire massacrer. Même la grande vedette du basket brésilien, Oscar Schmidt, déclara avant les Jeux que son objectif était de récolter les autographes de tous les joueurs américains. Lors du tournoi de qualification olympique à Portland, on avait déjà assisté à des scènes hilarantes. Alors qu'il était en train de tenir Magic Johnson, un joueur cubain avait crié à un équipier sur le banc : " Maintenant ! Maintenant ! " L'autre joueur avait alors sorti un appareil photo de ses chaussettes et avait immortalisé la scène. Un Vénézuélien avait insisté pendant tout le match pour que Magic Johnson lui donne ses chaussures : " I need your shoes ! " À chaque fois, Johnson répondait : " Écoute, j'en ai besoin pour jouer... " À Barcelone, il n'en allait pas autrement : même avant la rencontre, des adversaires demandaient des autographes. " J'en ai même vu qui pleuraient de joie ", dit Magic. Par contre, la cote de popularité des stars de la NBA était moins forte auprès des autres athlètes. Ils étaient jaloux. " Ce sont les Jeux olympiques, pas le championnat de NBA ", lança l'Américain Mike Barrowman, vainqueur du 200 mètres brasse et dérangé par l'attention portée à la Dream Team. " On ne s'intéresse à nous qu'une fois tous les quatre ans alors qu'ils sont tous les jours dans le journal. " Le fait que les joueurs de NBA s'étaient isolés dans un hôtel luxueux ne plaisait pas à tout le monde non plus. Cela changea en partie lorsque Patrick Ewing, Karl Malone, Chris Mullin et Scottie Pippen visitèrent le village olympique, entourés d'athlètes leur demandant un autographe. " Ce n'étaient pas des vacances mais nous avons quand même bien profité de nos temps libres ", disait Clyde Drexler au sujet du séjour de la Dream Team à Barcelone. Chacun s'occupait à sa façon. Michael Jordan jouait au golf pendant des heures avec Drexler, Pippen, son équipier chez les Bulls, et même Daly. Le soir, il jouait au black jack ou au poker jusqu'aux petites heures avec Pippen, Barkley et Magic. Les mises n'étaient pas dérisoires. On affirme même que Jordan, joueur impénitent, aurait joué une nuit jusqu'à six heures du matin, aurait dormi une heure puis se serait préparé pour un match qui avait lieu l'après-midi. MJ & co passaient l'essentiel de leur temps à l'hôtel mais Charles Barkley se fichait éperdument des mesures de sécurité et de l'hystérie des fans. Quand il ne jouait pas au poker, il fréquentait les bars des Ramblas ou de la Plaza Real, sans garde du corps. " This is my security ", disait-il en montrant ses poings. Dans chacun de ses déplacements, Sir Charles était suivi par une horde de groupies et il aimait cela. Même si, une fois, il a bien failli se faire piétiner. Peu d'athlètes olympiques ont bénéficié d'une protection aussi rapprochée que les membres de la Dream Team. Horace Balmer, responsable de la sécurité de la NBA, avait entamé les discussions avec les autorités espagnoles plusieurs mois avant les Jeux. Lorsque Magic Johnson & Co débarquèrent à Barcelone et que des milliers de fans les attendaient au bord de la route ainsi qu'à l'entrée de leur hôtel, Balmer comprit que, malgré une escorte de motards et des hélicoptères, la sécurité était insuffisante. Il demanda donc qu'on la renforce mais, dans un premier temps, il se heurta à un refus. C'est pourquoi il demanda à Jordan, Barkley et Malone d'assister à une réunion avec la police. L'affaire fut rapidement réglée. Les mesures de sécurité étaient draconiennes : aucune voiture ne pouvait se garer entre les deux blocs de l'hôtel Ambassador, où les Américains logeaient. Des policiers en civil surveillaient constamment les couloirs de l'hôtel, des tireurs d'élite étaient postés sur les toits et des soldats armés montaient la garde au bord de la piscine tandis que les stars de la NBA s'amusaient avec des filles en bikini. Et lorsqu'ils quittaient l'hôtel, chaque joueur était flanqué d'au moins quatre gardes du corps armés. Les joueurs et tout l'entourage de la Dream Team étaient si proches de leurs anges gardiens que, pendant les Jeux, ils organisèrent même un match de basket arbitré par Barkley et Drexler. La sécurité leur permettait aussi de gagner du temps. Lorsqu'ils se rendaient à la salle de Badalone, deux bus étaient affrétés. L'un d'entre eux permettait de faire diversion tandis que la police espagnole libérait une bande de circulation pour l'autre. Une fois, cependant, les choses se passèrent mal : le chauffeur se trompa de sortie et son bus fut rapidement encerclé de nombreux fans qui le secouaient. À l'intérieur, les joueurs avaient la trouille. Ils en rirent plus tard lorsqu'ils virent que, le jour de la finale, le bus des Croates était bloqué dans la circulation tandis qu'eux avaient une bande libre. Le match n'avait pas encore commencé qu'ils avaient déjà pris un ascendant psychologique. Les conférences de presse de la Dream Team étaient toujours très suivies. L'une d'entre elle donna lieu à un des moments les plus drôles des Jeux. Un journaliste angolais, très nerveux, avait noté sur un papier une question qu'il adressait à Charles Barkley : " Que pensez-vous de l'Angola ? " La réponse du joueur fut légendaire : " Je ne sais rien de l'Angola, sauf que ce pays va avoir un problème. " Et de fait : les Américains l'emportèrent 116-48, signant notamment un 46-1. Pourtant, Barkley s'énerva contre les Angolais, qu'il trouvait trop agressifs. Si bien qu'avec ses 125 kilos, il donna un coup de coude à Herlander Coimbra, un étudiant en économie qui pesait 40 kilos de moins que lui. L'arbitre siffla une faute technique mais cela ne suffit pas à calmer Barkley : " Si cet Angolais continue à m'énerver, je l'étale ", grommela-t-il à la mi-temps. Magic et Jordan, craignant pour l'image de la Dream Team, le remirent à sa place. Après le match, Barkley était toujours fâché. " Il m'a cherché et il a trouvé mon coude ", disait-il. Mais cette fois, il rigolait. " On aurait dit que ce type n'avait plus mangé depuis plusieurs semaines. J'ai cru qu'il allait sortir une lance. " Coimbra, grand fan de Barkley, posa encore pour la photo avec son idole et devint un héros en Angola. Un quart de siècle s'est écoulé mais on parle encore du coup de coude. La Dream Team était un monstre sur le plan sportif mais c'était tout aussi vrai sur le plan commercial. Le plus gros problème, c'était Michael Jordan. La superstar avait de nombreux sponsors individuels et ses intérêts n'étaient pas toujours compatibles avec ceux des parraineurs du comité olympique américain. C'est ainsi qu'une grande discussion éclata lorsqu'on apprit à Jordan que, pour la cérémonie protocolaire, il devrait revêtir, comme tous les athlètes américains, un training Stars and Stripes de Reebok. La firme concurrente de Nike, sponsor de MJ, avait beaucoup investi dans les Jeux, versant 4 millions de dollars pour que son logo figure sur les équipements des athlètes américains. Mais l'USOC se montra inflexible : tout athlète refusant de porter l'équipement officiel serait écarté du podium. Un compromis fut donc trouvé : Barkley, Jordan et Magic Johnson pourraient mettre un drapeau américain sur leur épaule droite, histoire de cacher le logo de Reebok... Dans la presse américaine, Jordan se fit allumer : " Nike n'est pas la déesse de la victoire mais celle de la cupidité. " Phil Knight, le légendaire patron de Nike, estima, au contraire, que la loyauté de His Airness était remarquable. Pour le remercier d'avoir permis de vendre des millions de chaussures, il fit ériger un bâtiment à son nom sur le campus Nike et lui offrit le poste de directeur du département basket. Car la Dream Team, c'était aussi un big business. Si vous voulez revoir tous les matches de la Dream Team, rendez-vous sur le site ou sur l'application The Olympic Channel entre le 28 août et le 4 septembre. PAR JONAS CRETEUR