Tandis que de nombreux Belges se préparent sereinement pour ce qui constituera le point d'orgue de leur carrière, Nina Derwael, elle, a été plutôt secouée. Trois fois en quarantaine à la fin de l'année 2020 et au milieu d'une polémique au sein de sa Fédération, sa préparation n'a pas été simple. Pourtant, la meilleure gymnaste belge de tous les temps le sait: il faudra briller à Tokyo pour poursuivre sa moisson de trophées.
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Tandis que de nombreux Belges se préparent sereinement pour ce qui constituera le point d'orgue de leur carrière, Nina Derwael, elle, a été plutôt secouée. Trois fois en quarantaine à la fin de l'année 2020 et au milieu d'une polémique au sein de sa Fédération, sa préparation n'a pas été simple. Pourtant, la meilleure gymnaste belge de tous les temps le sait: il faudra briller à Tokyo pour poursuivre sa moisson de trophées. Les succès de Nina Derwael ont commencé très tôt. À seulement quinze ans, la gymnaste remportait déjà trois médailles au Festival olympique de la jeunesse européenne, s'imposant comme le futur emblème de la gymnastique belge. Et la transition vers les compétitions professionnelles n'a pas semblé poser un problème majeur. Après une première participation aux Jeux Olympiques de Rio, où elle finit 19ème du concours général, elle remporte son premier grand concours aux championnats d'Europe 2017. Médaillée d'or aux barres asymétriques, son agrès de prédilection, elle finit également à la septième place du concours général. En 2018, elle confirme avec deux médailles aux championnats d'Europe (l'or aux barres asymétriques et l'argent à la poutre) ainsi qu'un titre mondial dans sa discipline préférée. Elle conservera ce titre l'année suivante à Stuttgart, tout en aidant l'équipe belge à se qualifier pour le concours par équipes à Tokyo. Ses exploits répétés laissent entrevoir de belles possibilités au Japon. Double sportive de l'année en 2018 et 2019, elle désire maintenant aller chercher le seul titre qui lui manque sur la scène internationale: celui de championne olympique. Mais sa route vers les JO s'est révélée plus difficile qu'elle ne l'espérait. À cause d'une polémique qui a fait grand bruit au sein de la Fédération flamande de gymnastique, son bateau a tangué, sans jamais couler. Cette polémique aurait pu coûter cher à Nina Derwael. Retour sur les faits. À la fin du mois de juillet 2020, d'anciennes gymnastes passées par le centre d'entraînement de Gand révélaient avoir été harcelées moralement et humiliées par leurs entraîneurs, le couple français Yves Kieffer et Marjorie Heuls. Selon les dires de ces anciennes athlètes ( Aagje Vanwalleghem, Gaëlle Mys, Laura Waem, Bérangère Fransolet et plusieurs autres), elles ont évolué dans un véritable régime de la peur qui les a durement touchées durant leur adolescence. Une commission d'enquête a rapidement été mise en place pour éclaircir cette histoire. Après avoir entendu les différentes parties prenantes, les deux coaches n'ont finalement pas été écartés. Le comportement inadéquat a cependant été confirmé par la commission et le couple s'est excusé publiquement. Ils se sont également engagés à respecter les recommandations faites par cette même commission. De son côté, Nina Derwael a toujours pris publiquement la défense de ses entraîneurs. "Les entraînements sont difficiles, on emploie parfois des mots durs. Il m'est arrivé de dire à Marjorie certaines choses dont je me suis dit après coup qu'elles n'étaient peut-être pas appropriées. Mais tant qu'on est sur la même ligne que son coach, il n'y a pas de problème", avait-elle déclaré lors d'une conférence de presse organisée après la révélation des faits. Il faut dire qu'un changement d'entraîneurs à seulement quelques mois de la plus grande échéance de sa carrière aurait été une catastrophe pour la Belge. Alors qu'elle est en forme et qu'elle brigue, malgré une petite blessure qui l'a privée des championnats d'Europe, le Graal à Tokyo, elle espérait pouvoir continuer sur sa lancée, sans devoir chambouler ses plans. Ce sera finalement bien le cas puisque Marjorie Heuls et Yves Kieffer garderont leur poste jusqu'à Tokyo. Malgré ces discussions, la double sportive belge de l'année a continué sa route pour aller chercher la médaille tant attendue. À 21 ans, un âge déjà avancé dans une carrière de gymnaste professionnelle, elle a dû digérer le report de 2020. Rapidement remobilisée, elle s'est remise au travail pour ne rien regretter un an plus tard. "Cela n'a pas été une année de perdue. Je suis devenue plus forte mentalement, j'ai appris à m'adapter à toutes les situations, à être plus flexible. Sur le plan technique, on a eu un an de plus pour travailler, pour perfectionner ma routine pour laquelle quelques options restent ouvertes. J'ai l'impression que je serai plus forte aux Jeux en 2021 que je ne l'aurais été en 2020", racontait Nina Derwael au Soir au début de l'année . Et ce sera bien nécessaire tant la concurrence sera rude cette année. En effet, la Fédération internationale de gymnastique a décidé, suite au report, d'autoriser les athlètes nées en 2005 à participer aux JO. Au départ, les plus jeunes devaient être nées en 2004, ayant alors seize ans. Ce changement de programme pourrait avoir de grosses conséquences tant de nombreuses gymnastes sont performantes dès leur plus jeune âge. "C'est un manque de respect pour des gymnastes dont on va casser le rêve", exprimait d'ailleurs Cécile Canqueteau-Landi, l'entraîneur de Simone Biles, au journal L'Équipe au moment de commenter la décision. Selon les entraîneurs de Nina Derwael, cette modification du règlement ne devrait pourtant pas avoir de grosses conséquences sur les chances de médailles de la Belge. Comme cela aurait été le cas durant l'été 2020, les principales rivales de Nina devraient se nommer Becky Downie et Sunisa Lee. Une solide opposition qu'il faudra dompter dans la capitale nipponne. Mais concurrence ou pas, Nina Derwael visera ni plus ni moins que la plus haute marche du podium. Aux barres asymétriques, elle fait figure de grande favorite et pourrait aussi tirer son épingle du jeu à la poutre et, dans une moindre mesure, au concours général. Ambitieuse, elle ne se met aucune barrière et vise les sommets. Après tout, à 21 ans, c'est peut-être le dernier train qui s'apprête à passer.