Au Japon, de plus en plus de voix s'élèvent contre les Jeux Olympiques. De la joueuse de tennis Naomi Osaka et du golfeur Hideki Matsuyama aux politiciens de l'opposition et du Parti Libéral Démocratique (LDP) du Premier ministre Yoshihide Suga, en passant par les multinationales et de nombreux acteurs des milieux médicaux et médiatiques, y compris hors des frontières nipponnes.
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Au Japon, de plus en plus de voix s'élèvent contre les Jeux Olympiques. De la joueuse de tennis Naomi Osaka et du golfeur Hideki Matsuyama aux politiciens de l'opposition et du Parti Libéral Démocratique (LDP) du Premier ministre Yoshihide Suga, en passant par les multinationales et de nombreux acteurs des milieux médicaux et médiatiques, y compris hors des frontières nipponnes. Pourtant, le CIO et le comité japonais soutiennent que les Jeux auront bien lieu et que ni les athlètes ni la population japonaise ne doivent craindre de nouvelle vague virale, grâce aux mesures adoptées. Le CIO ne cédera pas d'un pouce, car il veut percevoir des milliards d'euros en droits TV. Les politiciens japonais sont moins convaincus, mais ils ont cédé leur souveraineté en signant le contrat host city. Celui-ci stipule en effet que seul le CIO est habilité à annuler les Jeux, "en cas de guerre, de révolution ou si la sécurité des athlètes est mise en danger". Sans que le CIO doive alors verser un dollar d'indemnités. Ce n'est pas un hasard si Suga a déjà déclaré: "C'est le CIO qui décide." À une nuance près: le gouvernement japonais peut le faire aussi, mais il s'expose alors au versement de milliards pour rupture de contrat. Suga et ses partenaires sont donc face à un dilemme de taille: en septembre, le LDP organise l'élection de son président et un mois plus tard, les Japonais se rendent aux urnes pour élire un nouveau parlement. Si les Jeux se déroulent sans gros problèmes médicaux grâce aux mesures drastiques prises, ils peuvent constituer un boost avant les élections. Or, pour le moment, la cote de popularité de Suga est au plus bas. Les Nippons sont notamment mécontents de la lenteur de la campagne de vaccination. Actuellement, seulement 6% de la population est complètement vaccinée. Mais le scepticisme de la population pourrait s'atténuer si les Jeux n'augmentent pas les contaminations et, surtout, si les sportifs japonais font le plein de médailles - comme on s'y attend. La presse modérerait alors ses critiques et mettrait l'accent sur les succès sportifs. C'est là le scénario idéal pour le premier Suga. Il pourrait sans doute être réélu président du LDP, lequel pourrait aussi conserver sa majorité absolue, avec Komeito, son partenaire gouvernemental. Une cure d'opposition est exclue: le LDP est trop puissant. L'autre scénario? Le débarquement de 90.000 athlètes, coaches, journalistes et officiels pourrait déclencher une nouvelle vague de contaminations au Japon - ce que redoutent certains virologues - et importer des variants "olympiques" du virus. Les soins de santé, qui sont déjà sous pression, s'effondreraient. L'état d'urgence qui vaut actuellement serait durci et prolongé, avec un impact terrible sur l'économie. Ça coûterait encore beaucoup plus cher que l'annulation des Jeux. La majeure partie de la population redoute ce scénario et soutiendrait donc Yoshihide Suga, d'après les politologues, s'il annulait les Jeux. Pour l'heure, on s'attend à ce qu'il continue à soutenir la tenue des Jeux. À moins que Yuriko Koike, la très influente gouverneure de Tokyo, ne décide de concrétiser ses ambitions au poste de Première ministre dès maintenant, lors des élections du parlement de Tokyo, le 4 juillet. Elle pourrait fomenter un coup avec le soutien de l'opposition et de membres dissidents du gouvernement afin de dissoudre le parlement et d'avancer les élections. Avec pour objectif annexe... la tenue des Jeux...