Cleveland Cavaliers vs Golden State Warriors. Ou LeBron James contre Stephen Curry. Les deux superstars de la NBA opposées l'une à l'autre pour l'apothéose d'une nouvelle saison de NBA relativement monotone. Même si, de toutes les stars actuelles, James est celle qui fait le plus penser à Michael Jordan et si Curry pourrait rivaliser avec MJ dans un concours de tirs à trois points, tous les amateurs de basket se remémorent encore avec nostalgie l'époque où His Airness planait dans les airs.
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Cleveland Cavaliers vs Golden State Warriors. Ou LeBron James contre Stephen Curry. Les deux superstars de la NBA opposées l'une à l'autre pour l'apothéose d'une nouvelle saison de NBA relativement monotone. Même si, de toutes les stars actuelles, James est celle qui fait le plus penser à Michael Jordan et si Curry pourrait rivaliser avec MJ dans un concours de tirs à trois points, tous les amateurs de basket se remémorent encore avec nostalgie l'époque où His Airness planait dans les airs. Jordan était un compétiteur hors pair, un shooting guard provocateur qui a transformé une équipe plutôt moyenne comme les Chicago Bulls en une équipe championne. Le petit joueur de base-ball de Caroline du Nord est entré au panthéon des légendes du basket.DivinLorsque Jordan a inscrit 63 points en play-offs contre les Boston Celtics après une blessure au pied qui l'avait tenu éloigné des terrains pendant une grande partie de sa deuxième saison, Larry Bird en personne s'est extasié : "Je ne pouvais pas en croire mes yeux. Ce n'était pas un basketteur que j'avais en face de moi, c'était Dieu, réincarné en Michael Jordan." Magic Johnson a ajouté ceci : "Michael ne joue pas dans la même catégorie que les autres. Il y a lui, puis quelques marches plus bas, les basketteurs normaux." Les deux icônes qui dominaient le basket américain au début de la carrière de Jordan ont été les premiers à l'encenser. Des déclarations qui prennent encore plus de sens au regard des statistiques impressionnantes de MJ. Le célèbre numéro 23 a été six fois champion avec les Chicago Bulls pendant les années 90, est toujours le meilleur marqueur de l'histoire de la NBA avec 30,1 points de moyenne, a été élu cinq fois Most Valuable Player du championnat et a remporté deux médailles d'or aux Jeux olympiques.Compétiteur hors pairCette histoire ressemble à celle d'un gamin hyper doué qui a brillé très jeune dans un sport qu'il dominera complètement plus tard. Un destin tout tracé. En réalité, il n'en est rien. Le petit Michael a toujours dû se battre. En particulier, pour recueillir l'estime de son père James. "Je m'en souviens comme si c'était hier : alors que j'avais 12 ans et que j'avais inscrit le lay-up décisif dans un match important, mon père n'a rien trouvé de mieux que de venir me dire, après le match, que mon frère Larry avait super bien défendu", a révélé Jordan. Sa soeur Deloris Jordan a son idée sur la question : "Je pense que Michael s'est battu durant toute sa carrière pour que son père soit enfin fier de lui. Ce manque de reconnaissance paternelle l'a tellement touché que c'en est devenu sa principale motivation. Tout ce qu'il faisait était destiné à attirer l'attention. Pour lui, chaque titre et chaque record était un message qu'il lui envoyait : -Regarde, papa, comme je suis devenu bon."Michael cherchait constamment à s'améliorer et à se présenter sous son meilleur jour. Y compris lors des duels acharnés face à son frère Larry, sur le petit terrain de basket du jardin familial. "Ces duels étaient âpres, on allait au bout de nous-mêmes", se souvient Michael. "Au point qu'ils débouchaient régulièrement sur des disputes. Sur le terrain, nous ne nous considérions pas comme des frères." A 15 ans, il a été jugé trop petit pour intégrer l'équipe de son école. Un nouvel affront pour le fier Michael. Une année plus tard, après qu'il ait pris quelques centimètres, on lui a heureusement trouvé une place. Mais la blessure n'était pas encore cicatrisée...Malgré son panier victorieux en finale NCAA, avec son université de North Carolina contre celle de Georgetown, Michael n'a pas été choisi en numéro 1 de la draft l'année suivante. Il a été précédé par Hakeem Olajuwon et Sam Bowie. C'est ainsi que Jordan a atterri dans la peu flamboyante équipe des Chicago Bulls. C'était une nouvelle déception, mais MJ l'a surmontée comme les autres. Il a directement brillé, animé par cette incroyable volonté de toujours être le meilleur."Je me souviens d'un petit match d'entraînement où l'équipe de Jordan menait 8-0", raconte l'ancien assistant-coach Mark Pfeil. "L'équipe qui arrivait la première à 10 points était déclarée victorieuse, et le coach n'a rien trouvé de mieux que de changer Jordan d'équipe à ce moment précis. Le sang de Michael n'a fait qu'un tour : il était tellement fâché qu'il a d'emblée inscrit neuf points et a propulsé sa nouvelle équipe au commandement à 8-9, avant d'offrir le panier de la victoire à un coéquipier. C'est révélateur de l'état d'esprit de Michael : il veut toujours gagner."S'il n'y avait pas de défi à relever, Jordan s'en trouvait un lui-même. Et si un nouvel équipier débarquait, il le défiait en un-contre-un dès le premier entraînement. Pour lui faire comprendre qui était le meilleur, mais aussi pour repousser ses propres limites. Et lorsque, pendant un match, on lui a fait remarquer qu'il n'avait pas encore réussi à dunker par-dessus la tête de Dikembe Mutombo (le meilleur défenseur de la NBA à l'époque), il s'est exécuté dès l'attaque suivante. "Je vais vous donner un autre exemple de l'esprit de compétiteur de Michael", ajoute l'ancienne vedette des Utah Jazz Karl Malone en racontant une anecdote révélatrice. "Un jour, après un dunk par-dessus le petit John Stockton (1m85), un supporter lui a crié qu'il devrait se choisir un adversaire un peu plus grand. Jordan l'a pris au mot et a dunké par-dessus le géant Melvin Turpin (2m11). Puis, il s'est tourné vers le supporter en lui demandant du regard : -Et celui-là, était assez grand ?"Profil uniqueLa taille a joué un rôle important dans la domination de Jordan. Aujourd'hui, une taille de 1m98 est courante pour un shooting guard, mais avant l'arrivée de Jordan en NBA, un profil de ce type était relativement rare. A l'image de Lionel Messi, qui avait aussi été jugé trop petit pour le football de haut niveau mais qui a fait de sa taille un atout, grâce à son centre de gravité très bas, Jordan a tiré profit de sa morphologie. Avec son 1m98, il était trop rapide pour les joueurs de grande taille, mais trop grand pour les guards plus petits. Impossible de défendre sur lui. Aucun coach n'a trouvé la solution. Michael Jordan n'avait pas d'adversaire à sa mesure.Même si Jordan est le troisième meilleur marqueur de tous les temps avec 32.292 points, ce ne sont pas ses points, mais son incroyable polyvalence qui l'a rendu unique. A sa ration de points habituelle - ce qu'on attend habituellement d'un shooting guard - Jordan a ajouté une moyenne de six rebonds et cinq assists. Il a fait partie à neuf reprises du NBA All Defensive Team et a même reçu, une année, le trophée de meilleur défenseur du championnat. Une performance jamais égalée. Mais il y a plus. "Jordan n'abandonnait jamais", a expliqué le centre des Detroit Pistons James Edwards. "Pourtant, nous ne le ménagions pas sur le terrain. C'était parfois à la limite du tolérable, mais Michael n'était jamais déstabilisé. Il continuait à réaliser des actions, tant et plus, et il n'avait peur de personne."Jordan était mû par un amour immodéré du jeu. Personne n'adorait autant le basket que lui. Pour preuve : il a fait insérer une clause Love for the game dans son contrat. Cette clause l'autorisait à jouer des pick-up games sur des plaines de jeux et avec des amis, hors saison mais aussi pendant la saison. C'était du jamais vu, mais Jordan en a fait un point d'honneur. Il n'attachait pas trop d'importance à son salaire - durant toute sa carrière, Jordan a gagné plus d'argent en dehors des matches grâce à ses contrats publicitaires - mais rien ni personne ne pouvait l'empêcher de jouer au basket. Jordan était une sorte de romantique qui mettait la beauté du sport en exergue. Il trouvait même le beau jeu plus important que le résultat. "Je veux offrir du spectacle aux fans. Leur en donner pour leur argent. La créativité fera toujours partie de mon jeu."MJ et ses dobbermansSi, au début de sa carrière, MJ a encore dû reconnaître la suprématie des Celtics de Larry Bird, les Pistons lui ont ensuite appris que le meilleur basketteur de tous les temps ne pouvait pas rivaliser avec la force collective d'Isiah Thomas et Cie. Jordan s'est rendu compte que, pour remporter des titres, il fallait davantage qu'un one-man-show. Le coach Phil Jackson a, lui aussi, pris conscience que Jordan ne pouvait pas tout faire tout seul, et a demandé du renfort. Il voulait des hommes qui n'avaient pas froid aux yeux, et dont la première mission serait de protéger Jordan sur le parquet. C'est ainsi qu'on a vu débarquer Horace Grant et Scottie Pippen, que l'on a surnommés les Dobermans parce qu'ils étaient d'une fidélité à toute épreuve et qu'ils veillaient en toutes circonstances à ce que Jordan ne soit pas agressé. Lorsque Grant est parti, il a directement été remplacé par un certain Dennis Rodman, le biggest badass de la NBA.Jordan et Rodman ne se parlaient pratiquement pas, mais ils avaient un énorme respect l'un pour l'autre. Rodman rêvait depuis le début de sa carrière de pouvoir évoluer aux côtés de Jordan et Michael respectait le style de jeu no-nonsense de Rodman. Grâce à ces renforts, Jordan disposait enfin d'une équipe autour de lui susceptible de lui apporter des titres. "J'ai toujours voulu que mon équipe gagne, mais il fallait aussi que ce soit grâce à moi", a admis Jordan. Phil Jackson ne l'a jamais caché : "Jordan a nettement plus de talent que ses coéquipiers, mais il a besoin d'eux pour être champion". De fait : avec Pippen à ses côtés, Jordan a remporté six titres NBA.Grand lorsqu'il le fautCes six titres, les Bulls le doivent essentiellement à la faculté de Jordan à se surpasser dans les moments importants. Lorsque le match était serré, il suffisait de lui donner le ballon et il décidait de l'issue de la rencontre. Il l'a fait à 25 reprises. Rien que pour cela, on le considère encore aujourd'hui comme le joueur le plus décisif de tous les temps. MJ a aussi été élu six fois Most Valuable Player des NBA Finals, comme par hasard les six fois où Chicago a remporté le titre. "Il comprenait le jeu mieux que quiconque", affirme son ancien équipier Steve Kerr. "Il savait mieux que personne ce qu'il fallait faire pour émerger. Je ne me souviens pas d'un seul jour où Michael aurait connu un off-day à l'entraînement. Il se donnait à fond en toutes circonstances et entraînait l'équipe dans son sillage." A la fin de sa carrière, lorsqu'il a senti qu'il éprouvait des difficultés à relever le défi physique face à la jeune garde, il a engagé un personal coach pour s'astreindre à des entraînements individuels supplémentaires, tôt le matin, avant le premier entraînement collectif.En plus de cette volonté incroyable, le mot qui caractérise le mieux Michael Jordan est impact. Aucun athlète n'a eu plus d'impact que lui sur son sport. Dès sa première saison, il a fait exploser le nombre de spectateurs, pas seulement dans la salle des Bulls, mais partout où il se produisait. MJ a rendu le basket populaire chez les jeunes, en partie grâce à son attitude cool. Un bandeau autour du coude, un short extra-long - Jordan jouait toujours avec un short de l'université de North Carolina sous son short des Chicago Bulls - et une paire de chaussures spécialement confectionnées par Nike. Il a fait des émules : depuis l'arrivée de Jordan, chaque joueur de NBA a voulu porter un short extra-long et chaque amateur de basket s'est précipité dans les magasins pour acheter ces chaussures spéciales, pourtant non réglementaires. Grâce à Jordan, Nike a évité une faillite qui semblait imminente à la fin des années 80. Son style de jeu attractif a rendu le basket populaire auprès des millions de téléspectateurs et son profil unique a révolutionné la NBA. Depuis l'arrivée de Jordan, 1m98 est désormais la taille idéale pour un shooting guard. Et Jordan lui-même ? Il ne demandait qu'une chose : pouvoir jouer au basket. "Savez-vous quel est le meilleur moment d'un match ? Celui où le ballon est en route pour l'anneau. Personne ne sait s'il va perforer le cercle ou pas. Vos coéquipiers pensent que oui, les supporters adverses espèrent que non. C'est pour vivre ce genre de moment que l'on devient basketteur professionnel. Cette fraction de seconde est la plus belle chose que le basket puisse offrir."PAR KRISTOF VANDERHOEVEN