"C'est un cas comme on peut en avoir dans n'importe quel pays", devenu "une affaire mondiale" parce qu'il éclate en pleins Jeux de Pékin et que "la confiance à l'égard des athlètes russes est déjà écornée", résume auprès de l'AFP Fabien Ohl, sociologue du sport à l'Université de Lausanne. Statistiquement, la détection fin 2021 chez la jeune patineuse d'une substance interdite, la trimétazidine, n'est que l'un des quelque 2.700 contrôles positifs annuels recensés par le dernier rapport de l'Agence mondiale antidopage (AMA). Non seulement l'intérêt de cette molécule pour la performance sportive n'est mesuré par aucune étude scientifique, mais rien n'évoque pour l'heure un trafic, encore moins une tentative de dissimulation rappelant les pires heures du dopage russe.

"Il est grotesque de faire le parallèle avec un système d'Etat comme sous l'ère (Grigory) Rodchenkov", estime Fabien Ohl, allusion aux révélations depuis 2016 de l'ancien directeur du laboratoire antidopage de Moscou, réfugié aux Etats-Unis.

- Fureur russe -

Rodchenkov avait orchestré depuis 2011 une tricherie sophistiquée impliquant les services secrets russes, entre "cocktail de stéroïdes" administré aux athlètes et escamotage de leurs échantillons d'urine en pleins Jeux de Sotchi, pour les remplacer par de l'urine "propre" stockée au préalable. Ses aveux, ainsi que le trucage en 2019 des données informatiques du laboratoire de Moscou réclamées par l'AMA, ont valu à la Russie une exclusion jusqu'en décembre 2022 de toute compétition internationale, ses sportifs pouvant concourir sous pavillon neutre s'ils n'ont pas été convaincus de dopage.

Pourtant c'est bien l'Agence antidopage russe (Rusada), au coeur des soupçons pendant des années, qui a contrôlé Valieva le 25 décembre lors des Championnats de Russie à Saint-Pétersbourg, puis remis son échantillon au laboratoire de Stockholm accrédité par l'AMA. Et si le résultat positif de ce test n'a été notifié que six semaines plus tard à Rusada, tombant au lendemain de la victoire russe dans l'épreuve olympique de patinage par équipe, c'est parce qu'une "vague de cas de Covid-19" a ralenti le travail à Stockholm, expliquait l'agence vendredi.

Furieux, le président du comité olympique russe s'est interrogé sur ces délais anormalement longs - l'AMA impose à ses laboratoires un résultat sous 20 jours -, soupçonnant que "quelqu'un a retenu l'échantillon jusqu'à la fin de la compétition".

Kamila Valieva peut se prendre la tête en main. De quoi seront faits ses Jeux d'hiver dans les prochains jours ?
Kamila Valieva peut se prendre la tête en main. De quoi seront faits ses Jeux d'hiver dans les prochains jours ?

- Offensive américaine -

"La temporalité est dramatique pour tout le monde: l'athlète et ses coéquipiers", qui ne savent toujours pas s'ils recevront un jour leur médaille d'or, "Rusada qui a fait au moins en partie son travail, le CIO et l'AMA", relève Fabien Ohl. La commission de discipline de Rusada ayant levé mercredi la suspension de Valieva pour des raisons encore mystérieuses, le CIO et l'AMA ont saisi le Tribunal arbitral du sport, réactivant une vieille ligne de fracture entre instances internationales et sport russe.

"C'est un imbroglio juridique qui ne va pas redonner confiance mais à ce stade, rien n'a dysfonctionné dans les institutions. CIO et AMA ont ce sparadrap accroché au doigt, essaient de le secouer, mais tests et justice ont leur propre rythme", nuance Fabien Ohl. Cette situation complexe n'a pas empêché l'organisation Global Athlete, présidée par l'ancien directeur adjoint de l'AMA Rob Koehler, d'estimer que "les athlètes russes, dont Valieva, paient le prix des échecs de la bureaucratie sportive mondiale", qui aurait dû "bannir totalement la Russie et ses sportifs pour quatre ans".

Travis Tygart, le patron de l'Agence antidopage américaine, a de son côté fustigé auprès de l'AFP le retard "inexcusable" pris par les tests et une nouvelle fois déploré "la maigre sanction" infligée aux Russes, qui "n'a pas changé leurs habitudes". Il a par ailleurs estimé que la justice américaine pourrait intervenir dans l'affaire Valieva, en vertu de la "loi Rodchenkov" adoptée fin 2020 qui lui permet de poursuivre toute personne impliquée dans une affaire de dopage dans une compétition internationale. "C'est de la géopolitique, puisque Tygart a porté ce texte et repart en croisade. Mais ce serait totalement disproportionné", juge Fabien Ohl.

"C'est un cas comme on peut en avoir dans n'importe quel pays", devenu "une affaire mondiale" parce qu'il éclate en pleins Jeux de Pékin et que "la confiance à l'égard des athlètes russes est déjà écornée", résume auprès de l'AFP Fabien Ohl, sociologue du sport à l'Université de Lausanne. Statistiquement, la détection fin 2021 chez la jeune patineuse d'une substance interdite, la trimétazidine, n'est que l'un des quelque 2.700 contrôles positifs annuels recensés par le dernier rapport de l'Agence mondiale antidopage (AMA). Non seulement l'intérêt de cette molécule pour la performance sportive n'est mesuré par aucune étude scientifique, mais rien n'évoque pour l'heure un trafic, encore moins une tentative de dissimulation rappelant les pires heures du dopage russe."Il est grotesque de faire le parallèle avec un système d'Etat comme sous l'ère (Grigory) Rodchenkov", estime Fabien Ohl, allusion aux révélations depuis 2016 de l'ancien directeur du laboratoire antidopage de Moscou, réfugié aux Etats-Unis.Rodchenkov avait orchestré depuis 2011 une tricherie sophistiquée impliquant les services secrets russes, entre "cocktail de stéroïdes" administré aux athlètes et escamotage de leurs échantillons d'urine en pleins Jeux de Sotchi, pour les remplacer par de l'urine "propre" stockée au préalable. Ses aveux, ainsi que le trucage en 2019 des données informatiques du laboratoire de Moscou réclamées par l'AMA, ont valu à la Russie une exclusion jusqu'en décembre 2022 de toute compétition internationale, ses sportifs pouvant concourir sous pavillon neutre s'ils n'ont pas été convaincus de dopage.Pourtant c'est bien l'Agence antidopage russe (Rusada), au coeur des soupçons pendant des années, qui a contrôlé Valieva le 25 décembre lors des Championnats de Russie à Saint-Pétersbourg, puis remis son échantillon au laboratoire de Stockholm accrédité par l'AMA. Et si le résultat positif de ce test n'a été notifié que six semaines plus tard à Rusada, tombant au lendemain de la victoire russe dans l'épreuve olympique de patinage par équipe, c'est parce qu'une "vague de cas de Covid-19" a ralenti le travail à Stockholm, expliquait l'agence vendredi.Furieux, le président du comité olympique russe s'est interrogé sur ces délais anormalement longs - l'AMA impose à ses laboratoires un résultat sous 20 jours -, soupçonnant que "quelqu'un a retenu l'échantillon jusqu'à la fin de la compétition"."La temporalité est dramatique pour tout le monde: l'athlète et ses coéquipiers", qui ne savent toujours pas s'ils recevront un jour leur médaille d'or, "Rusada qui a fait au moins en partie son travail, le CIO et l'AMA", relève Fabien Ohl. La commission de discipline de Rusada ayant levé mercredi la suspension de Valieva pour des raisons encore mystérieuses, le CIO et l'AMA ont saisi le Tribunal arbitral du sport, réactivant une vieille ligne de fracture entre instances internationales et sport russe."C'est un imbroglio juridique qui ne va pas redonner confiance mais à ce stade, rien n'a dysfonctionné dans les institutions. CIO et AMA ont ce sparadrap accroché au doigt, essaient de le secouer, mais tests et justice ont leur propre rythme", nuance Fabien Ohl. Cette situation complexe n'a pas empêché l'organisation Global Athlete, présidée par l'ancien directeur adjoint de l'AMA Rob Koehler, d'estimer que "les athlètes russes, dont Valieva, paient le prix des échecs de la bureaucratie sportive mondiale", qui aurait dû "bannir totalement la Russie et ses sportifs pour quatre ans".Travis Tygart, le patron de l'Agence antidopage américaine, a de son côté fustigé auprès de l'AFP le retard "inexcusable" pris par les tests et une nouvelle fois déploré "la maigre sanction" infligée aux Russes, qui "n'a pas changé leurs habitudes". Il a par ailleurs estimé que la justice américaine pourrait intervenir dans l'affaire Valieva, en vertu de la "loi Rodchenkov" adoptée fin 2020 qui lui permet de poursuivre toute personne impliquée dans une affaire de dopage dans une compétition internationale. "C'est de la géopolitique, puisque Tygart a porté ce texte et repart en croisade. Mais ce serait totalement disproportionné", juge Fabien Ohl.