La famille Diack

D'abord le père, Lamine Diack, figure politique sénégalaise - il fut député et maire de Dakar - et patron mondial de l'athlétisme de 1999 à 2015, dont les liens avec le Kremlin ont fini par causer la perte, à plus de 80 ans. De son propre aveu, il a directement négocié avec le président de la fédération russe d'athlétisme, Valentin Balakhnichev, pour retarder des sanctions contre des athlètes dopés aux passeports biologiques anormaux, en échange de financements russes. Il ne peut plus quitter la France depuis novembre 2015, la justice lui a confisqué son passeport.

Ensuite le fils, Papa Massata Diack, qui régnait sur les contrats marketing de l'IAAF. Pièce centrale du puzzle, il a laissé des traces, mails ou virements bancaires, accréditant son implication. Depuis le début de l'affaire, il ne quitte plus le Sénégal et échappe à la justice française, qui a délivré un mandat d'arrêt international. Lamine Diack et son fils sont aussi soupçonnés d'avoir détourné les fonds de sponsors de l'IAAF, tels que la banque d'Etat russe VTB, le sud-coréen Samsung, la société chinsoise Sinopec, Abu Dhabi Corporation ou la télévision chinoise CCTV.

Papa Massata Diack est aussi au coeur des soupçons de corruption dans l'attribution par les membres du Comité international olympique (CIO), dont Lamine Diack était membre, des JO de Rio 2016 et Tokyo 2020.

Les rouages

Gabriel Dollé: figure respectée de l'antidopage à l'IAAF de 1994 à son départ en 2014, le Français, 78 ans, s'est laissé convaincre par Lamine Diack de retarder les procédures de sanctions contre les athlètes russes. Parce que l'IAAF, en difficulté financière, n'aurait pu se permettre de faire fuir un sponsor russe important avec un scandale de dopage, a-t-il expliqué durant l'enquête. "J'ai fait le faux pas de ma vie", a-t-il concédé au juge d'instruction. Il a été mis en examen pour corruption passive, pour avoir reçu 50.000 euros de Papa Massata Diack en 2013 et 90.000 euros de Lamine Diack en 2014. Il a demandé un plaider-coupable.

Habib Cissé: l'ancien conseiller juridique de Lamine Diack a-t-il touché les 600.000 euros de la fédération russe d'athlétisme évoqués par une note retrouvée à son cabinet et laissant penser que plusieurs athlètes dopés ont dû payer pour continuer la compétition ? Lui-même réfute une telle somme. Et "il n'y a pas d'élément probant sur ce que j'aurais pu faire pour retarder la sanction d'athlètes suspectés de dopage", a-t-il affirmé lors d'une audition.

Les Russes

Valentin Balakhnichev: visé par un mandat d'arrêt international. Il cumulait les casquettes de président de la Fédération russe d'athlétisme (ARAF) et trésorier de l'IAAF. Lamine Diack explique avoir directement négocié avec ce proche du Kremlin le report de sanctions des athlètes dopés.

Les juges ont fait saisir l'un de ses comptes à Monaco, où se trouvaient plus de 550.000 euros et quelque 770.000 dollars, alimenté par des fonds des sociétés de Papa Massata Diack. Dans un mail en juillet 2014, alors que le scandale n'avait pas éclaté, il menaçait l'IAAF de tout révéler sur son "chantage cynique et cruel". Il n'a pas révélé ses secrets au juge van Ruymbeke, qui l'a interrogé en Russie.

Alexei Melnikov: d'après le témoignage de la marathonienne Lilya Shobukhova, l'entraîneur en chef des courses de fond à l'ARAF connaissait les dates des contrôles antidopage en Russie et pouvait planifier les prises de produits dopants en fonction de l'agenda. C'est lui qui aurait demandé à l'athlète de payer 450.000 euros début 2012 pour rester hors des sanctions. Il a aussi été mis en cause par la spécialiste du 800 m Yuliya Stepanova, première lanceuse d'alerte qui a contribué, avec son mari Vitaliy Stepanov, ancien employé de l'Agence antidopage russe (Rusada), à la révélation du scandale. Radié à vie de l'IAAF, Melnikov est visé par un mandat d'arrêt international.

Les athlètes: au-delà de Shobukhova, les documents retrouvés par les enquêteurs français accréditent l'hypothèse que d'autres spécialistes du fond et marcheurs russes ont dû passer à la caisse pour continuer la compétition malgré des passeports biologiques anormaux.