Lennox Lewis disait un jour : "La boxe est le seul sport où tu ne peux pas mentir. Si tu es affûté ça se voit. Si tu ne l'es pas, si tu as peur, ça se verra. Si tu as mangé du gâteau toute la semaine avant le combat, ça se verra." Ricky Hatton a passé ces trois dernières années loin des rings, à brûler sa vie dans les bars en ruminant ses idées suicidaires, et ça s'est vu. Ils étaient 20.000 fans venus assister au come-back de l'idole de Manchester. L'histoire était belle, mais elle s'est achevée sur le sol.

Hatton a pourtant fait plus qu'illusion, délesté de ses trente kilos de fish and chips. Le temps des premiers rounds, le public retrouve le "Hitman" de la grande époque : teigneux, bagarreur, l'anglais s'en va-t-en guerre avec ses "left hooks" de saloon. Le Hatton qu'on aime, celui qui prend des coups mais ne recule pas. Senchenko a beau sourire et lever les bras, c'est bien lui qui est acculé dans ce début de combat.

Mais au fil des rounds, l'illusion s'étiole, tandis qu'Hatton s'essouffle. Quel que soit leur niveau ou leur intensité, les séances de sparring ne remplacent pas un combat. Et après trois ans d'inactivité, Hatton montre les premiers signes de "ring rust". A la mi-combat, il baisse de rythme. Son jeu de jambes l'abandonne, les jabs de Senchenko trouvent enfin leur cible et ses contres sont de plus en plus nets. L'ukrainien a laissé passer l'orage, et prend progressivement le dessus.

Dans les derniers instants du 9e round, Ricky Hatton est ramené à la réalité par un crochet gauche au foie. Le souffle coupé, les jambes paralysées, l'anglais tente, tant bien que mal, de se relever. Mais son corps de lui obéit plus. Son rêve de come-back se brise, alors qu'il menait aux points sur les cartes des trois juges, tous plutôt généreux (77-76, 77-76 et 78-74).

La boxe est aussi belle qu'elle peut être cruelle. Malgré sa déception, la foule acclamait son champion. Le visage bouffie, marqué par les coups, Ricky Hatton contenait ses larmes et articulait avec peine ces quelques mots. "Je suis un champion, un combattant, et ça me rend malade de perdre. Je ne suis pas un raté... Je suis tellement désolé pour le public, je ne suis pas un gars qui abandonne. J'ai relevé le challenge, mais ça n'a pas marché pour moi."

Seul face à son échec, Hatton n'a pas pris longtemps pour annoncer son retrait des rings. "Il me fallait un dernier combat pour voir si j'étais toujours au niveau. Je n'y suis pas... Je dois être un homme et annoncer la fin de Ricky Hatton." Peut-être avait-il visé trop haut, ou s'était-t-il simplement trompé de combat. Beaucoup d'observateurs outre-Manche auraient préféré qu'il s'abstienne. La rédemption se trouve peut être ailleurs, au bord du ring, ou loin de la boxe. Le combat le plus dur commence maintenant.

Jean-Charles Bares, L'Express.fr

Lennox Lewis disait un jour : "La boxe est le seul sport où tu ne peux pas mentir. Si tu es affûté ça se voit. Si tu ne l'es pas, si tu as peur, ça se verra. Si tu as mangé du gâteau toute la semaine avant le combat, ça se verra." Ricky Hatton a passé ces trois dernières années loin des rings, à brûler sa vie dans les bars en ruminant ses idées suicidaires, et ça s'est vu. Ils étaient 20.000 fans venus assister au come-back de l'idole de Manchester. L'histoire était belle, mais elle s'est achevée sur le sol. Hatton a pourtant fait plus qu'illusion, délesté de ses trente kilos de fish and chips. Le temps des premiers rounds, le public retrouve le "Hitman" de la grande époque : teigneux, bagarreur, l'anglais s'en va-t-en guerre avec ses "left hooks" de saloon. Le Hatton qu'on aime, celui qui prend des coups mais ne recule pas. Senchenko a beau sourire et lever les bras, c'est bien lui qui est acculé dans ce début de combat. Mais au fil des rounds, l'illusion s'étiole, tandis qu'Hatton s'essouffle. Quel que soit leur niveau ou leur intensité, les séances de sparring ne remplacent pas un combat. Et après trois ans d'inactivité, Hatton montre les premiers signes de "ring rust". A la mi-combat, il baisse de rythme. Son jeu de jambes l'abandonne, les jabs de Senchenko trouvent enfin leur cible et ses contres sont de plus en plus nets. L'ukrainien a laissé passer l'orage, et prend progressivement le dessus. Dans les derniers instants du 9e round, Ricky Hatton est ramené à la réalité par un crochet gauche au foie. Le souffle coupé, les jambes paralysées, l'anglais tente, tant bien que mal, de se relever. Mais son corps de lui obéit plus. Son rêve de come-back se brise, alors qu'il menait aux points sur les cartes des trois juges, tous plutôt généreux (77-76, 77-76 et 78-74). La boxe est aussi belle qu'elle peut être cruelle. Malgré sa déception, la foule acclamait son champion. Le visage bouffie, marqué par les coups, Ricky Hatton contenait ses larmes et articulait avec peine ces quelques mots. "Je suis un champion, un combattant, et ça me rend malade de perdre. Je ne suis pas un raté... Je suis tellement désolé pour le public, je ne suis pas un gars qui abandonne. J'ai relevé le challenge, mais ça n'a pas marché pour moi." Seul face à son échec, Hatton n'a pas pris longtemps pour annoncer son retrait des rings. "Il me fallait un dernier combat pour voir si j'étais toujours au niveau. Je n'y suis pas... Je dois être un homme et annoncer la fin de Ricky Hatton." Peut-être avait-il visé trop haut, ou s'était-t-il simplement trompé de combat. Beaucoup d'observateurs outre-Manche auraient préféré qu'il s'abstienne. La rédemption se trouve peut être ailleurs, au bord du ring, ou loin de la boxe. Le combat le plus dur commence maintenant. Jean-Charles Bares, L'Express.fr