Les joueurs de l'AS Eupen seraient-ils en train d'attendre leur salaire? C'est la rumeur qui circulait ces derniers temps, mais elle n'a pas été confirmée. Au contraire: dirigeants comme joueurs affirment que le salaire du mois d'août a bel et bien été payé. Ce que nous ont, en revanche, confirmé d'anciens joueurs qui ont aujourd'hui quitté le club, c'est qu'il y a eu certains retards de paiement la saison dernière, mais qui ont été régularisés par la suite. Cela concernerait principalement les primes et ce serait dû, nous explique-t-on, au fait que l'on n'avait pas budgétisé autant de points au classement.

Pas de place pour des bénévoles en D1

Un autre fait interpelle: la démission, il y a un mois, du vice-président Ralph Lentz que l'on pressentait comme un sérieux candidat à la succession du président actuel, Dieter Steffens. La tentation de lier cette démission à la prise de pouvoir des investisseurs italiens, ou à une gestion qu'il n'approuverait pas, est grande. Mais l'intéressé dément.

"Antonio Imborgia et moi n'avons pas toujours été d'accord", reconnaît-il. "Nous avons eu des discussions, mais c'est de l'échange de points de vue que naissent les grandes idées. Je suis le premier à dire que, sans Imborgia, Eupen serait aujourd'hui en Promotion. Je dis bien en Promotion, pas en D3: on serait descendu deux années d'affilée, tellement on était empêtré dans des difficultés. La D2 n'est pas viable, je ne suis pas le seul à le dire, et grâce à Imborgia, on s'en est extrait par le haut. L'AS Eupen est désormais en D1 et c'est un autre monde. Je dois l'avouer: j'avais un peu sous-estimé l'ampleur de la tâche qui attend un dirigeant parmi l'élite. En D2, je pouvais encore me permettre de combiner mon métier d'avocat avec mes tâches de vice-président. En D1, il n'y a pas de place pour les bénévoles. L'AS Eupen a engagé du personnel, je laisse donc le soin à ces personnes de gérer le club comme des pros. C'est la seule raison de ma démission. J'ai été dirigeant du club pendant 24 ans, je m'étais fixé comme objectif de hisser l'AS Eupen le plus haut possible et je pense avoir réussi mon pari, puisqu'on est monté en D1, ce qui est tout à fait inespéré. Je m'en suis donc allé avec la conscience tranquille et la satisfaction du devoir accompli."

Ce qui est sûr, c'est que l'AS Eupen perd de plus en plus son identité régionale. Au niveau de la direction, où Imborgia est clairement le patron sportif, comme au niveau des joueurs. Beaucoup de gens, au Kehrweg, regrettent le départ du jeune attaquant Carlo Evertz, tout juste 20 ans et devenu trudonnaire. "Bon petit joueur, chouette gars, et surtout un gamin de la région, germanophone de surcroît. S'il y en a un qui devait rester, c'était lui, pour conserver un minimum d'ancrage local", entend-on dans les travées.

"C'est agréable de se sentir apprécié par les supporters, mais j'ai aussi besoin de jouer", répond l'avant. "Avant l'arrivée des investisseurs italiens, je jouais régulièrement. Puis, du jour au lendemain, je me suis retrouvé sur le banc. On m'avait promis que, malgré l'arrivée de nouveaux éléments, je recevrais encore ma chance mais celle-ci ne s'est jamais présentée. Lorsque l'AS Eupen est montée, j'ai fait la fête comme tout le monde mais un titre n'a pas la même saveur lorsqu'on a le sentiment de ne pas y avoir réellement participé. Quand Saint-Trond m'a proposé un contrat de cinq ans, je n'ai pas hésité. Je n'ai pas encore beaucoup joué non plus au Stayen, mais après être resté une saison entière sur la touche, je dois retrouver mes sensations et m'habituer à ma nouvelle équipe. Ce n'est qu'une question de temps. A l'entraînement, cela se passe bien. Et si Saint-Trond m'a fait signer pour cinq ans, j'en déduis que le club croit en moi."

Christian Brüls, autre joueur germanophone, aurait aussi pu rejoindre l'AS Eupen (où il avait déjà joué entre 2002 et 2008) lorsqu'il a quitté le MVV Maastricht, cet été. Mais il a préféré se lier à Westerlo, pour des raisons sportives. Il a d'ailleurs donné bien du fil à retordre à ses anciens partenaires lorsqu'il est venu jouer au Kehrweg lors de la deuxième journée.

Une équipe compétitive ou une équipe locale: il faut choisir

La perte d'identité s'est encore accentuée avec les départs, en fin de mercato, de l'arrière gauche Gilles Colin (lui aussi barré à son poste) et du troisième gardien, le jeune Kevin Debaty. Lentz y voit une évolution inéluctable du football moderne: "La mondialisation est visible partout. Combien de Londoniens jouent-ils à Arsenal? Il faut faire un choix: aligner les meilleurs ou aligner les joueurs locaux. Je me souviens qu'il y a de nombreuses années, on avait disputé une saison en Promotion avec neuf Eupenois. On avait terminé dernier, avec 13 points. Depuis, je me suis fait une raison."

La Ville et la Communauté germanophone semblent aussi avoir fait leur choix en faveur de la compétitivité. Les pouvoirs publics ont tout intérêt à ce que l'AS Eupen reste en D1 sinon les lourds investissements consentis pour la mise en conformité du stade auraient été réalisés en pure perte. Au départ, on avait prévu un budget de trois millions, mais les coûts réels sont aujourd'hui estimés à près du double. Le club n'en paiera que 20%, le reste étant à charge des pouvoirs publics.

Une question a déjà dû traverser l'esprit des entraîneurs de jeunes: à quoi bon former des jeunes, s'il n'y a aucune perspective pour eux d'atteindre l'équipe Première? Ils doivent aussi s'accommoder de la présence "envahissante" d'une équipe Pro... Durant la période de préparation, le noyau A s'est régulièrement entraîné sur d'autres sites, à Spa par exemple, mais il a repris ses quartiers au Kehrweg et les jeunes doivent parfois patienter avant de pouvoir monter à leur tour sur la pelouse.

A 200 mètres de là, les footballeurs du FC Eupen, qui viennent de monter en P1, s'ébattent joyeusement, pour le simple plaisir, loin des préoccupations d'un club pro. Eux sont complètement amateurs. Dans cette petite ville des cantons de l'Est, deux clubs aux philosophies désormais totalement différentes se côtoient.

Daniel Devos

Les joueurs de l'AS Eupen seraient-ils en train d'attendre leur salaire? C'est la rumeur qui circulait ces derniers temps, mais elle n'a pas été confirmée. Au contraire: dirigeants comme joueurs affirment que le salaire du mois d'août a bel et bien été payé. Ce que nous ont, en revanche, confirmé d'anciens joueurs qui ont aujourd'hui quitté le club, c'est qu'il y a eu certains retards de paiement la saison dernière, mais qui ont été régularisés par la suite. Cela concernerait principalement les primes et ce serait dû, nous explique-t-on, au fait que l'on n'avait pas budgétisé autant de points au classement. Pas de place pour des bénévoles en D1 Un autre fait interpelle: la démission, il y a un mois, du vice-président Ralph Lentz que l'on pressentait comme un sérieux candidat à la succession du président actuel, Dieter Steffens. La tentation de lier cette démission à la prise de pouvoir des investisseurs italiens, ou à une gestion qu'il n'approuverait pas, est grande. Mais l'intéressé dément. "Antonio Imborgia et moi n'avons pas toujours été d'accord", reconnaît-il. "Nous avons eu des discussions, mais c'est de l'échange de points de vue que naissent les grandes idées. Je suis le premier à dire que, sans Imborgia, Eupen serait aujourd'hui en Promotion. Je dis bien en Promotion, pas en D3: on serait descendu deux années d'affilée, tellement on était empêtré dans des difficultés. La D2 n'est pas viable, je ne suis pas le seul à le dire, et grâce à Imborgia, on s'en est extrait par le haut. L'AS Eupen est désormais en D1 et c'est un autre monde. Je dois l'avouer: j'avais un peu sous-estimé l'ampleur de la tâche qui attend un dirigeant parmi l'élite. En D2, je pouvais encore me permettre de combiner mon métier d'avocat avec mes tâches de vice-président. En D1, il n'y a pas de place pour les bénévoles. L'AS Eupen a engagé du personnel, je laisse donc le soin à ces personnes de gérer le club comme des pros. C'est la seule raison de ma démission. J'ai été dirigeant du club pendant 24 ans, je m'étais fixé comme objectif de hisser l'AS Eupen le plus haut possible et je pense avoir réussi mon pari, puisqu'on est monté en D1, ce qui est tout à fait inespéré. Je m'en suis donc allé avec la conscience tranquille et la satisfaction du devoir accompli." Ce qui est sûr, c'est que l'AS Eupen perd de plus en plus son identité régionale. Au niveau de la direction, où Imborgia est clairement le patron sportif, comme au niveau des joueurs. Beaucoup de gens, au Kehrweg, regrettent le départ du jeune attaquant Carlo Evertz, tout juste 20 ans et devenu trudonnaire. "Bon petit joueur, chouette gars, et surtout un gamin de la région, germanophone de surcroît. S'il y en a un qui devait rester, c'était lui, pour conserver un minimum d'ancrage local", entend-on dans les travées. "C'est agréable de se sentir apprécié par les supporters, mais j'ai aussi besoin de jouer", répond l'avant. "Avant l'arrivée des investisseurs italiens, je jouais régulièrement. Puis, du jour au lendemain, je me suis retrouvé sur le banc. On m'avait promis que, malgré l'arrivée de nouveaux éléments, je recevrais encore ma chance mais celle-ci ne s'est jamais présentée. Lorsque l'AS Eupen est montée, j'ai fait la fête comme tout le monde mais un titre n'a pas la même saveur lorsqu'on a le sentiment de ne pas y avoir réellement participé. Quand Saint-Trond m'a proposé un contrat de cinq ans, je n'ai pas hésité. Je n'ai pas encore beaucoup joué non plus au Stayen, mais après être resté une saison entière sur la touche, je dois retrouver mes sensations et m'habituer à ma nouvelle équipe. Ce n'est qu'une question de temps. A l'entraînement, cela se passe bien. Et si Saint-Trond m'a fait signer pour cinq ans, j'en déduis que le club croit en moi." Christian Brüls, autre joueur germanophone, aurait aussi pu rejoindre l'AS Eupen (où il avait déjà joué entre 2002 et 2008) lorsqu'il a quitté le MVV Maastricht, cet été. Mais il a préféré se lier à Westerlo, pour des raisons sportives. Il a d'ailleurs donné bien du fil à retordre à ses anciens partenaires lorsqu'il est venu jouer au Kehrweg lors de la deuxième journée. Une équipe compétitive ou une équipe locale: il faut choisirLa perte d'identité s'est encore accentuée avec les départs, en fin de mercato, de l'arrière gauche Gilles Colin (lui aussi barré à son poste) et du troisième gardien, le jeune Kevin Debaty. Lentz y voit une évolution inéluctable du football moderne: "La mondialisation est visible partout. Combien de Londoniens jouent-ils à Arsenal? Il faut faire un choix: aligner les meilleurs ou aligner les joueurs locaux. Je me souviens qu'il y a de nombreuses années, on avait disputé une saison en Promotion avec neuf Eupenois. On avait terminé dernier, avec 13 points. Depuis, je me suis fait une raison." La Ville et la Communauté germanophone semblent aussi avoir fait leur choix en faveur de la compétitivité. Les pouvoirs publics ont tout intérêt à ce que l'AS Eupen reste en D1 sinon les lourds investissements consentis pour la mise en conformité du stade auraient été réalisés en pure perte. Au départ, on avait prévu un budget de trois millions, mais les coûts réels sont aujourd'hui estimés à près du double. Le club n'en paiera que 20%, le reste étant à charge des pouvoirs publics. Une question a déjà dû traverser l'esprit des entraîneurs de jeunes: à quoi bon former des jeunes, s'il n'y a aucune perspective pour eux d'atteindre l'équipe Première? Ils doivent aussi s'accommoder de la présence "envahissante" d'une équipe Pro... Durant la période de préparation, le noyau A s'est régulièrement entraîné sur d'autres sites, à Spa par exemple, mais il a repris ses quartiers au Kehrweg et les jeunes doivent parfois patienter avant de pouvoir monter à leur tour sur la pelouse. A 200 mètres de là, les footballeurs du FC Eupen, qui viennent de monter en P1, s'ébattent joyeusement, pour le simple plaisir, loin des préoccupations d'un club pro. Eux sont complètement amateurs. Dans cette petite ville des cantons de l'Est, deux clubs aux philosophies désormais totalement différentes se côtoient. Daniel Devos