Par Bernard JEUNEJEAN

Car des trois grands types de critiques que subissent les arbitres, elle est de celles qui mettent explicitement en doute leur honnêteté, leur impartialité : les gueulantes de type "Vendu !", "T'as touché combien ?" (remember aussi "Barberan !" jadis) constituent les délits les plus graves aux yeux du pouvoir sanctionnant, garant de l'intégrité du jeu.

Alain Lommers risque beaucoup moins, lui qui a récemment opté, à l'issue de Mons-OHL pour la critique de type analytique. En fustigeant un "arbitre aux lacunes multiples qui a le niveau de la D2 où il ferait bien de continuer à faire ses gammes", le dirlo de l'Albert optait pour un constat d'incompétence en termes polis. N'empêche qu'arbitre de D2, c'est de la même veine qu'arbitre de mes deux, de mes fesses, du dimanche, de minimes, de cadets, de pacotille, de paroissiale. Sans omettre "T'as de la merde dans les yeux ?" ou "Va t'acheter des lunettes !"... Toutes gueulantes à l'aide desquelles nous décrétons parfois, du haut de notre expertise de supporter, que le siffleur n'y connaissait que dalle ou pas assez.

Reste un troisième type d'engueulade, le plus pulsionnel, via lequel l'enguirlandeur ne sait pas lui-même s'il râle de l'incompétence ou de la partialité du directeur de jeu. Surgissent ainsi les insultes liées à l'apparence physique (de "Nabot !" à "Gros lard !"), la vie de famille ("Fils de pute !", "Chez toi, c'est ta femme qui commande ?") ou l'activité sexuelle ("Couille molle !", sans oublier le célébrissime "Enculé !"). Rien que du délicat.

Moi qui ne suis pas arbitre, ce sont les récriminations de type Lommers qui me turlupinent. Si le siffleur honni en D1 doit continuer à faire ses gammes en D2, cela implique-t-il qu'il est plus aisé d'arbitrer plus bas,... ou qu'il est logique que les plus petits clubs se tapent les arbitres les moins efficaces ? Schématisons.

Si Lommers pense à la réponse A, cela signifierait qu'un Frank De Bleeckere dominerait la D2, régnerait en D3, s'assiérait en bord de touche en Promotion pour y siffler les doigts dans son nez, et arbitrerait depuis la buvette en Provinciales. Mouais. Mon expérience du foot d'en bas me fait douter. J'imagine Frank Number One, sous un faux nom et affublé d'une fausse barbe pour dissimuler son prestige, arbitrer dans ma campagne avec ses qualités intrinsèques : mon petit doigt me dit qu'il n'y échapperait pas aux récriminations...

Au fait, qui connaît la définition du niveau d'arbitrage ? J'aimerais un jour entendre de bons petits siffleurs promotionnaires décortiquer sereinement ce qui leur a manqué pour être grands siffleurs : connaissance supérieure des Lois, £il de lynx et qualités physiques d'exception pour mieux suivre un jeu plus rapide, meilleur déplacement en fonction des actions, davantage de psychologie, de résistance au stress ? Mystère. Mais j'ai grand peur d'entendre fréquemment le mot "piston"...

Et si Lommers pense à la réponse B, ça me navre à donf ! Car cela fait fi des tripes nécessaires pour arbitrer dans les tréfonds. Et fi des joueurs qui, parce que moins doués et shootant dans les guibolles au lieu du ballon, auraient droit à un moins bon arbitrage ! Ça ne serait pas de l'élitisme/business, du genre moins d'erreurs tolérables parce que plus de fric en jeu ? Si. Et ça rappelle la problématique des entraîneurs de la base : on répète que les plus compétents devraient entraîner les mômes, mais c'est pour les mômes qu'on manque le plus d'entraîneurs compétents...

Qu'importe, Jeunejean, les arbitres ne fonctionnent pas comme toi ! Pour preuve un récent sondage autrichien soumettant à 123 siffleurs un panel de 28 insultes "blessantes, injurieuses ou grossières", pouvant déboucher sur l'exclusion selon la Loi 12. Résultats : carton rouge brandi dans 56 % des cas, carton jaune dans 25 %, tolérance dans 19 % ! Seuls 11 siffleurs sondés ont 28 fois brandi le rouge ! Et surtout, gaffe au type d'insulte : 34 % voient rouge quand l'insulte porte sur leur apparence physique, 40 % quand est mise en cause leur capacité de jugement. Mais 74 % brandissent rouge quand on ricane de leur orientation sexuelle, et 81 % quand sont évoquées leurs parties génitales ! Cela ne vous fout pas les boules que nombre d'arbitres se vexent d'abord pour les leurs ?

Par Bernard JEUNEJEANCar des trois grands types de critiques que subissent les arbitres, elle est de celles qui mettent explicitement en doute leur honnêteté, leur impartialité : les gueulantes de type "Vendu !", "T'as touché combien ?" (remember aussi "Barberan !" jadis) constituent les délits les plus graves aux yeux du pouvoir sanctionnant, garant de l'intégrité du jeu. Alain Lommers risque beaucoup moins, lui qui a récemment opté, à l'issue de Mons-OHL pour la critique de type analytique. En fustigeant un "arbitre aux lacunes multiples qui a le niveau de la D2 où il ferait bien de continuer à faire ses gammes", le dirlo de l'Albert optait pour un constat d'incompétence en termes polis. N'empêche qu'arbitre de D2, c'est de la même veine qu'arbitre de mes deux, de mes fesses, du dimanche, de minimes, de cadets, de pacotille, de paroissiale. Sans omettre "T'as de la merde dans les yeux ?" ou "Va t'acheter des lunettes !"... Toutes gueulantes à l'aide desquelles nous décrétons parfois, du haut de notre expertise de supporter, que le siffleur n'y connaissait que dalle ou pas assez. Reste un troisième type d'engueulade, le plus pulsionnel, via lequel l'enguirlandeur ne sait pas lui-même s'il râle de l'incompétence ou de la partialité du directeur de jeu. Surgissent ainsi les insultes liées à l'apparence physique (de "Nabot !" à "Gros lard !"), la vie de famille ("Fils de pute !", "Chez toi, c'est ta femme qui commande ?") ou l'activité sexuelle ("Couille molle !", sans oublier le célébrissime "Enculé !"). Rien que du délicat. Moi qui ne suis pas arbitre, ce sont les récriminations de type Lommers qui me turlupinent. Si le siffleur honni en D1 doit continuer à faire ses gammes en D2, cela implique-t-il qu'il est plus aisé d'arbitrer plus bas,... ou qu'il est logique que les plus petits clubs se tapent les arbitres les moins efficaces ? Schématisons. Si Lommers pense à la réponse A, cela signifierait qu'un Frank De Bleeckere dominerait la D2, régnerait en D3, s'assiérait en bord de touche en Promotion pour y siffler les doigts dans son nez, et arbitrerait depuis la buvette en Provinciales. Mouais. Mon expérience du foot d'en bas me fait douter. J'imagine Frank Number One, sous un faux nom et affublé d'une fausse barbe pour dissimuler son prestige, arbitrer dans ma campagne avec ses qualités intrinsèques : mon petit doigt me dit qu'il n'y échapperait pas aux récriminations... Au fait, qui connaît la définition du niveau d'arbitrage ? J'aimerais un jour entendre de bons petits siffleurs promotionnaires décortiquer sereinement ce qui leur a manqué pour être grands siffleurs : connaissance supérieure des Lois, £il de lynx et qualités physiques d'exception pour mieux suivre un jeu plus rapide, meilleur déplacement en fonction des actions, davantage de psychologie, de résistance au stress ? Mystère. Mais j'ai grand peur d'entendre fréquemment le mot "piston"... Et si Lommers pense à la réponse B, ça me navre à donf ! Car cela fait fi des tripes nécessaires pour arbitrer dans les tréfonds. Et fi des joueurs qui, parce que moins doués et shootant dans les guibolles au lieu du ballon, auraient droit à un moins bon arbitrage ! Ça ne serait pas de l'élitisme/business, du genre moins d'erreurs tolérables parce que plus de fric en jeu ? Si. Et ça rappelle la problématique des entraîneurs de la base : on répète que les plus compétents devraient entraîner les mômes, mais c'est pour les mômes qu'on manque le plus d'entraîneurs compétents... Qu'importe, Jeunejean, les arbitres ne fonctionnent pas comme toi ! Pour preuve un récent sondage autrichien soumettant à 123 siffleurs un panel de 28 insultes "blessantes, injurieuses ou grossières", pouvant déboucher sur l'exclusion selon la Loi 12. Résultats : carton rouge brandi dans 56 % des cas, carton jaune dans 25 %, tolérance dans 19 % ! Seuls 11 siffleurs sondés ont 28 fois brandi le rouge ! Et surtout, gaffe au type d'insulte : 34 % voient rouge quand l'insulte porte sur leur apparence physique, 40 % quand est mise en cause leur capacité de jugement. Mais 74 % brandissent rouge quand on ricane de leur orientation sexuelle, et 81 % quand sont évoquées leurs parties génitales ! Cela ne vous fout pas les boules que nombre d'arbitres se vexent d'abord pour les leurs ?