Andy Schleck a terminé le Tour 2009 à quatre minutes et onze secondes d'Alberto Contador. Soyons francs: c'est une éternité. L'Espagnol a fait la différence dans les contre-la-montre, où le Luxembourgeois a perdu trois minutes et sept secondes. S'il veut vraiment arracher le maillot jaune à Alberto Contador dimanche à Paris, il doit progresser contre le chrono. Saxo Bank l'a bien compris. Il a embauché l'ancien professionnel, Bobby Julich comme rider developmentcoach, ce qui doit constituer une fonction unique en cyclisme.

L'Américain, jadis troisième du Tour, a donc eu pour mission, avant le Tour, de faire progresser les coureurs. Dans le cas des frères Schleck, il s'agissait de travailler le contre-la-montre. Toutes les trois semaines, Julich s'est donc envolé pour le Luxembourg, afin que les Schleck enfourchent leur vélo de contre-la-montre. "D'abord pour les motiver et les assister", commente Julich. "Ce n'est pas aussi évident que ça en a l'air. Un observateur peut se dire qu'évidemment, les Schleck doivent rouler le plus possible contre le chrono, puisque c'est leur point faible, mais il faut voir les choses de leur point de vue. Soyons réalistes: ils resteront toujours limités. Ils perdront toujours du terrain dans cet exercice et je n'ai pas de baguette magique mais il y a une différence entre perdre du temps et décrocher, en perdant trop de temps. C'est là que j'interviens. Je dois travailler leurs points faibles sans leur faire oublier qu'ils sont des champions et qu'ils ne peuvent pas perdre leur talent en côte. Je dois trouver un équilibre pour qu'ils soient motivés à l'idée d'améliorer un point faible sans trop insister, pour ne pas les décourager. Ce travail serait bien plus délicat, voire impossible, si je n'étais pas proche des deux frères."

Au boulot

"Inconsciemment, j'avais déjà repris cette tâche quand je roulais", poursuit le Texan. "Je m'énervais quand Fränk galvaudait son classement à cause d'un contre-la-montre trop mou. D'accord, il faut avoir certaines dispositions physiques mais même quand ce n'est pas le cas, on n'a pas le droit de s'incliner. Je me souviens d'une édition du Critérium International. Fränk était très fort mais la course s'achevait par un contre-la-montre et je pressentais ce qui allait arriver. Le matin, je l'ai tiré du lit pour aller reconnaître le parcours. Je me souviens qu'à moitié endormi, il a tiré les tentures et m'a répondu: "But Bobby, it is raining outside!" Il doit encore frémir en se rappelant le savon que je lui ai passé! Fränk n'a pas reconnu le parcours et il a été stupéfait quand il a été dépassé par des coureurs qui n'étaient pas de grands spécialistes du chrono."

"Depuis, l'aîné a compris, je le remarque au sérieux avec lequel il prépare ses contre-la-montre. Andy a perdu beaucoup de terrain face à Contador, l'année passée. Mais il m'a donné de l'espoir quand il m'a pris à part, lors de la fête à Paris, une heure à peine après la cérémonie du podium. Il m'a regardé droit dans les yeux et m'a dit: "Bobby, l'année prochaine, je ferai mieux. Les contre-la-montre constituent la clef de ma progression. Je veux que tu m'aides". Entendre ça de ce joyeux luron qu'est Andy... J'ai su que nous allions bien travailler."

Une guerre

Julich cite en exemple Carlos Sastre et non Fabian Cancellara, la bête du contre-la-montre. "Je rappelle souvent aux frères le Tour 2008, quand Sastre a défendu son avance sur Cadel Evans dans l'ultime contre-la-montre. D'ailleurs, je considère plutôt qu'Evans a échoué. Soit. Les Schleck doivent en tirer une leçon: un coureur moyen contre le chrono doit être prêt à livrer la course de sa vie si les circonstances le requièrent. Il faut être concentré, faire attention au moindre détail. Sastre l'a fait en 2008, au point qu'Evans, le spécialiste, s'est cassé les dents sur lui."

"Initialement, nous voulions impliquer Cancellara dans l'apprentissage des Schleck mais nous avons vite abandonné cette idée. Fabian est parfaitement aérodynamique et il atteint un wattage impossible. On n'a sans doute qu'un spécialiste-né du contre-la-montre par génération. Adolescent, il adoptait déjà une position idéale, sans que ça lui coûte le moindre effort. Il ne comprend même pas pourquoi les autres ne roulent pas aussi bien que lui. Donc, il ne ferait pas un bon professeur. Il frustrerait les Schleck plus qu'autre chose tout en s'ennuyant."

Les efforts de Julich peuvent-ils conduire Andy Schleck au maillot jaune à Paris? Le prof se garde bien de tout optimisme excessif. "Il faut dire les choses comme elles sont. Si Contador réédite sa performance de l'année dernière, il sera invincible", reconnaissait Julich avant le Tour 2010. "Fränk et Andy l'ont bien suivi en montagne mais quand vous voyez que Contador bat un spécialiste tel que Cancellara en contre-la-montre... Il faut rester réaliste. Normalement, nous sommes impuissants face à un tel coureur. Ce sera un Tour fantastique. Tous les favoris sont en pleine forme au départ, prêts à en découdre, mais si Contador conserve son niveau, les autres rouleront pour la deuxième place."

Jef Van Baelen

Andy Schleck a terminé le Tour 2009 à quatre minutes et onze secondes d'Alberto Contador. Soyons francs: c'est une éternité. L'Espagnol a fait la différence dans les contre-la-montre, où le Luxembourgeois a perdu trois minutes et sept secondes. S'il veut vraiment arracher le maillot jaune à Alberto Contador dimanche à Paris, il doit progresser contre le chrono. Saxo Bank l'a bien compris. Il a embauché l'ancien professionnel, Bobby Julich comme rider developmentcoach, ce qui doit constituer une fonction unique en cyclisme. L'Américain, jadis troisième du Tour, a donc eu pour mission, avant le Tour, de faire progresser les coureurs. Dans le cas des frères Schleck, il s'agissait de travailler le contre-la-montre. Toutes les trois semaines, Julich s'est donc envolé pour le Luxembourg, afin que les Schleck enfourchent leur vélo de contre-la-montre. "D'abord pour les motiver et les assister", commente Julich. "Ce n'est pas aussi évident que ça en a l'air. Un observateur peut se dire qu'évidemment, les Schleck doivent rouler le plus possible contre le chrono, puisque c'est leur point faible, mais il faut voir les choses de leur point de vue. Soyons réalistes: ils resteront toujours limités. Ils perdront toujours du terrain dans cet exercice et je n'ai pas de baguette magique mais il y a une différence entre perdre du temps et décrocher, en perdant trop de temps. C'est là que j'interviens. Je dois travailler leurs points faibles sans leur faire oublier qu'ils sont des champions et qu'ils ne peuvent pas perdre leur talent en côte. Je dois trouver un équilibre pour qu'ils soient motivés à l'idée d'améliorer un point faible sans trop insister, pour ne pas les décourager. Ce travail serait bien plus délicat, voire impossible, si je n'étais pas proche des deux frères." Au boulot "Inconsciemment, j'avais déjà repris cette tâche quand je roulais", poursuit le Texan. "Je m'énervais quand Fränk galvaudait son classement à cause d'un contre-la-montre trop mou. D'accord, il faut avoir certaines dispositions physiques mais même quand ce n'est pas le cas, on n'a pas le droit de s'incliner. Je me souviens d'une édition du Critérium International. Fränk était très fort mais la course s'achevait par un contre-la-montre et je pressentais ce qui allait arriver. Le matin, je l'ai tiré du lit pour aller reconnaître le parcours. Je me souviens qu'à moitié endormi, il a tiré les tentures et m'a répondu: "But Bobby, it is raining outside!" Il doit encore frémir en se rappelant le savon que je lui ai passé! Fränk n'a pas reconnu le parcours et il a été stupéfait quand il a été dépassé par des coureurs qui n'étaient pas de grands spécialistes du chrono." "Depuis, l'aîné a compris, je le remarque au sérieux avec lequel il prépare ses contre-la-montre. Andy a perdu beaucoup de terrain face à Contador, l'année passée. Mais il m'a donné de l'espoir quand il m'a pris à part, lors de la fête à Paris, une heure à peine après la cérémonie du podium. Il m'a regardé droit dans les yeux et m'a dit: "Bobby, l'année prochaine, je ferai mieux. Les contre-la-montre constituent la clef de ma progression. Je veux que tu m'aides". Entendre ça de ce joyeux luron qu'est Andy... J'ai su que nous allions bien travailler." Une guerre Julich cite en exemple Carlos Sastre et non Fabian Cancellara, la bête du contre-la-montre. "Je rappelle souvent aux frères le Tour 2008, quand Sastre a défendu son avance sur Cadel Evans dans l'ultime contre-la-montre. D'ailleurs, je considère plutôt qu'Evans a échoué. Soit. Les Schleck doivent en tirer une leçon: un coureur moyen contre le chrono doit être prêt à livrer la course de sa vie si les circonstances le requièrent. Il faut être concentré, faire attention au moindre détail. Sastre l'a fait en 2008, au point qu'Evans, le spécialiste, s'est cassé les dents sur lui." "Initialement, nous voulions impliquer Cancellara dans l'apprentissage des Schleck mais nous avons vite abandonné cette idée. Fabian est parfaitement aérodynamique et il atteint un wattage impossible. On n'a sans doute qu'un spécialiste-né du contre-la-montre par génération. Adolescent, il adoptait déjà une position idéale, sans que ça lui coûte le moindre effort. Il ne comprend même pas pourquoi les autres ne roulent pas aussi bien que lui. Donc, il ne ferait pas un bon professeur. Il frustrerait les Schleck plus qu'autre chose tout en s'ennuyant."Les efforts de Julich peuvent-ils conduire Andy Schleck au maillot jaune à Paris? Le prof se garde bien de tout optimisme excessif. "Il faut dire les choses comme elles sont. Si Contador réédite sa performance de l'année dernière, il sera invincible", reconnaissait Julich avant le Tour 2010. "Fränk et Andy l'ont bien suivi en montagne mais quand vous voyez que Contador bat un spécialiste tel que Cancellara en contre-la-montre... Il faut rester réaliste. Normalement, nous sommes impuissants face à un tel coureur. Ce sera un Tour fantastique. Tous les favoris sont en pleine forme au départ, prêts à en découdre, mais si Contador conserve son niveau, les autres rouleront pour la deuxième place."Jef Van Baelen