Les moments de la saison cycliste 2022: les boucles d’oreille d’Annemiek van Vleuten

Annemiek van Vleuten © GETTY
Fabien Chaliaud Journaliste

Quatre de nos journalistes ont choisi un moment qui les a particulièrement frappés cette année. Quatrième partie: le sensationnel final du Mondial sur route féminin.

«Je ne l’ai encore jamais fait, donc je pense en être capable.» Louis Delahaije a soufflé cette citation, erronément attribuée à Fifi Brindacier, à Annemiek van Vleuten avant la lutte pour le titre mondial sur route à Wollongong.

La Néerlandaise veut frapper un premier coup dans le contre-la-montre individuel, le premier jour des champ- ionnats du monde. Elle estime avoir plus de chances que sur le billard flamand douze mois plus tôt. La lauréate du Tour, du Giro et de la Vuelta déçoit: elle ne termine que septième, à une minute et demie d’Ellen van Dijk. «Dans le Yorkshire, je suis également arrivée avec un retard considérable sur la championne du monde et tout le monde sait ce qui s’est ensuite produit.» En 2019, Van Vleuten a remporté la course sur route à l’issue d’un impressionnant solo de 105 kilomètres.

Van Vleuten s’est cassé à peu près tous les os du corps, mais elle possède un mental en béton armé.

Le circuit citadin de Wollongong ne convient pas à Van Vleuten. Son entraîneur essaie donc de la motiver à essayer ce qu’elle n’a encore jamais fait: un solo de 124 kilomètres, puisque c’est la distance qui sépare le Mount Keira de la ligne d’arrivée.

Ce plan audacieux vole dans la corbeille quand elle se fracture le coude pendant le relais mixte. Tous ses efforts semblent réduits à néant. Pendant la Vuelta, elle s’est astreinte à des séances supplémentaires, à l’aube, pour s’acclimater à l’heure australienne. Pour rien? Sa déception est terrible, mais Annemiek tourne stoïquement la page. Elle ne se laisse pas influencer par des paramètres dont elle n’a pas le contrôle.

Au lieu de ressasser ce qui n’est plus possible, elle opte pour une autre voie: elle va aider Marianne Vos à conquérir le titre mondial. Elle ne sera pas chef de file, mais lieutenante de luxe.

Durant la course, elle ne songe absolument pas à la victoire. Jusqu’au moment où elle réalise que Vos n’est pas vraiment en jambes et qu’à l’entrée du dernier kilomètre, Van Vleuten rattrape le peloton de tête. Elle s’appuie alors sur son instinct et son expérience et fonce. Qui aurait imaginé pareil scénario?

Van Vleuten, la championne du monde la plus âgée de l’histoire, à 39 ans, enfile le maillot arc-en-ciel avec la même intelligence que son compatriote Joop Zoetemelk en 1985. Il avait alors 38 ans et est toujours le champion masculin le plus âgé.

Au terme de la course, elle montre ses boucles d’oreille. Son père, décédé depuis lors, lui a offert ces bijoux en forme de cube pour ses 18 ans. Elle les portait aux Jeux de Rio, quand elle a lourdement chuté, et elle en avait déduit qu’ils lui portaient malchance, mais sa mère l’a convaincue du contraire. À juste titre, comme on l’a vu dans le Yorkshire et pourtant, cette fois encore, la championne a hésité à les porter.

Les boucles d’oreille sont le symbole de la volonté qu’elle a héritée de ses parents, de leur détermination face aux coups du sort. Annemiek van Vleuten s’est cassé à peu près tous les os du corps, mais elle possède un mental en béton armé.

Van Vleuten a remporté le titre mondial après un solo très bref, sans être la meilleure, grâce à son sens tactique. Sa victoire ne pouvait être plus atypique.

Parce qu’elle ne s’y était jamais prise de cette façon, elle a pensé qu’elle en était capable.

Annemiek van Vleuten © GETTY

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