L’année foot 2022 en images vue par la rédaction de Sport/Foot Magazine

Le regard de Jan, Jan Vertonghen © belgaimage

Le football reste une passion. Dans les pages suivantes, vous retrouverez un aperçu de ce que l’année footballistique écoulée a pu nous offrir. Ainsi qu’une rapide présentation de la rédaction de Sport/Foot Magazine. En 2023, cette équipe continuera à se plier en quatre pour vous servir chaque mois de la lecture sportive de qualité. Nos meilleurs voeux!

L’homme du match

Thibaut Courtois traverse le terrain en trombe, les bras écartés, criant sa joie après avoir remporté la finale de la Champions League contre Liverpool au Stade de France (0-1). Alors que Ferland Mendy hurle sa joie, trois autres coéquipiers sont allongés sur le sol, la tête dans l’herbe. Profondément impressionné après un match au cours duquel leur gardien a tenu le Real Madrid la tête hors de l’eau avec pas moins de neuf saves. Courtois sera applaudi dans les médias du monde entier, certains diront même qu’il est le meilleur gardien de but du monde. Un titre qui peut être discuté, mais c’est un fait: aucun exploit sportif belge n’a eu plus de résonance mondiale cette année. L’or olympique de Bart Swings, le titre mondial de Nafi Thiam, les victoires d’étapes au Tour de Wout van Aert et le succès à la Vuelta et le maillot arc-en-ciel de Remco Evenepoel sont aussi louables, mais être élu «homme du match» lors de la finale de la compétition de clubs du sport le plus important au monde est bien plus important en termes d’attention mondiale. Un exploit encore mieux mis en valeur par ce fantastique cliché.

Jonas Creteur, journaliste

L’homme du match, Thibaut Courtois
L’homme du match, Thibaut Courtois © getty

Le regard de Jan

Dimanche 23 octobre 2022. Pendant plusieurs minutes, Jan Vertonghen est dépité et regarde ses propres supporters dans les tribunes de Sclessin. Ils viennent de jeter des feux de Bengale sur le terrain et cassent les sièges de leur section. Tout pour arrêter le match, dans lequel les Mauve et Blanc sont alors menés 3-1. Le marasme est complet à Anderlecht. Tant de thèmes en une photo. La crise du RSCA, autrefois fier et souverain, la flambée de hooliganisme – vaste symptôme d’une société qui se durcit -, la génération dorée des Diables Rouges qui est en train de tirer sa révérence et dont plusieurs joueurs sont de retour au pays, … mais aussi et surtout l’aspect humain du football de haut niveau. Jan Vertonghen – un joueur pour lequel on a toujours eu un faible en raison de son humour, de son intelligence et de sa vision ouverte du monde – est dans le brouillard. Quelques semaines auparavant, le Diable rouge avait donné une interview émouvante dans laquelle il expliquait, presque en larmes, qu’il se sentait coupable envers sa famille de son transfert soudain de la chaude Lisbonne à la morne Anderlecht. Un choix égoïste, pensait-il. Alors, lorsque ce choix semble être le mauvais, on ne peut s’empêcher de ressentir de la sympathie. Après tout, le football professionnel, ce n’est pas que du bling-bling. Les doutes et les mauvais choix font aussi partie de leur existence. Ce ne sont que des humains, eux aussi.

Matthias Stockmans, journaliste

Justine s’effondre

Justine Vanhaevermaet s’effondre après le match contre la Suède lors de l’EURO l’été dernier. L’entraîneur adjoint Kris Van Der Haegen vient la consoler. L’équipe nationale féminine peut quitter l’Angleterre la tête haute. Les Red Flames ont atteint les quarts de finale, entrant ainsi dans l’histoire. Dans leur sillage, de nombreuses jeunes filles ont commencé à jouer au football ces dernières années. L’avenir est, espérons-le, assuré.

Lien Cauwenbergh, art director

Justine s’effondre, Justine Vanhaevermaet
Justine s’effondre, Justine Vanhaevermaet © belgaimage

Résistance

Le geste est fort. Les joueurs iraniens refusent de chanter l’hymne national avant leur premier match de Coupe du monde contre l’Angleterre. Ils montrent ainsi leur opposition à leur régime qui impose une violente répression à son peuple, en soulèvement depuis la mort de Mahsa Amini. La preuve que le football est politique, Monsieur Macron.

Emilien Hofman, journaliste

Résistance, Mahsa Amini
Résistance, Mahsa Amini © getty

Le Kereltje

KVK Courtrai – KAS Eupen, le 22 janvier 2022. Nous étions en plein pic de Covid et la rencontre se disputait à huis clos. Pas de public! Dans les salons, les téléspectateurs étaient réchauffés avec des enregistrements d’acclamations. Tout était donc résolu, ou du moins ça semblait être le cas! Ou pas? Des tribunes désespérément vides, des joueurs que l’on pouvait parfaitement entendre pendant le match et qui n’étaient pas noyés par le bruit de supporters. Pas de hamburger, de bière éventée, de larmes de bonheur ou de tristesse. Le grand rien. Ça semble si loin. À chaque fois, la solitude de cette image paraît aussi forte que lorsqu’elle a été captée. Une personne était pourtant là, le Kereltje, éternel sourire de Courtrai, solitaire dans les travées! Un stade vide, c’est si surréaliste qu’on semble l’avoir oublié. Des rues de Bruxelles en feu après un match de la Coupe du monde, des feux de Bengale sur le gazon, des bagarres entre soi-disant «supporters»… Était-ce donc ce qu’on attendait tant? Soyons tous un peu le Kereltje… Avec le sourire et l’amour du jeu… Car c’est et ce sera toujours ça: un jeu… dont un supporter est fier!

Koen Bauters, photographe

Le Kereltje, KVK Courtrai - KAS Eupen, le 22 janvier 2022
Le Kereltje, KVK Courtrai – KAS Eupen, le 22 janvier 2022 © koen bauters
Le Kereltje, KVK Courtrai - KAS Eupen, le 22 janvier 2022
Le Kereltje, KVK Courtrai – KAS Eupen, le 22 janvier 2022 © koen bauters

Mo dans le mal

Mohamed Salah regarde dans le vide au milieu du tumulte du Stade d’Olembé de Yaoundé. Son Égypte vient de s’incliner au terme des tirs aux buts face au Sénégal de son coéquipier d’alors, Sadio Mané, en finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Cinq ans après sa première finale, c’est un nouvel échec pour celui qui finira meilleur buteur de Premier League.Moins de deux mois plus tard, l’histoire repasse les plats: les Pharaons sont à nouveau battus aux tirs au but par le Sénégal lors des matches de barrages pour une place en Coupe du monde.

Jules Monnier, rédacteur final

Mo dans le mal, Sadio Mané
Mo dans le mal, Sadio Mané © belgaimage

En toc

Tout a été mis en œuvre pour faire de la Coupe du monde au Qatar une fête du football, afin que les gens détournent le regard de la controverse qui entoure le tournoi. C’est ainsi que l’on a obtenu ce genre d’image. À première vue, une bande de supporters argentins qui seraient déjà au Qatar pour mettre l’ambiance, neuf jours avant le début de la Coupe du monde. Ce n’est évidemment pas le cas. Qui se pointerait aussi longtemps à l’avance dans ce pays extrêmement cher, même à cette époque? En y regardant de plus près, on se rend compte qu’il s’agit en fait de travailleurs immigrés et d’Indiens qui ont été engagés pour jouer le rôle de supporter. Ceux censés représenter les fans des Diables criaient d’ailleurs que Kompany était toujours notre meilleur joueur. Ça illustre bien ce qu’a été cett Coupe du monde: un grand désordre factice.

Gert Segers, rédacteur web

En toc, Kompany
En toc, Kompany © GF

EURO 2022: it’s home!

Angleterre, 1921. Les huiles de la Fédération de football en sont sûres: il n’est pas convenable pour les femmes de jouer au football. De cette assertion aussi stupide que dramatique résultera une interdiction de la pratique du foot féminin dans le pays qui perdurera jusqu’en 1971. 51 ans plus tard, comme un pied de nez à l’Histoire, les Lionesses mettent fin à une absence de trophée de plus d’un demi-siècle pour la nation mère du football. Cela en battant l’Allemagne en finale de «leur» EURO 2022 dans un stade de Wembley en fusion, notamment lorsque Chloe Kelly inscrit le but de la victoire dans les prolongations. Ivre de joie, l’attaquante de Manchester City fait tomber le haut puis tournoyer son maillot, donnant à cette photo des airs de «Liberté guidant le peuple». Iconic.

Aurélie Herman, journaliste

EURO 2022: it’s home!, Chloe Kelly
EURO 2022: it’s home!, Chloe Kelly © getty

Et le titre s’envole

Jan Breydel, 11 mai 2022. Champions’ Play-offs. Casper Nielsen est inconsolable après le match entre l’Union Saint-Gilloise et le Club Bruges. D’une étreinte, Simon Mignolet tente de lui apporter un peu de baume au cœur. Au cours des quatre affrontements entre l’Union et le Club, le gardien des Diables a sorti toutes les tentatives bruxelloise et a ainsi offert le titre aux siens. On ignorait à l’époque que Nielsen et Mignolet seraient coéquipiers quelques mois plus tard. Pourtant, sur un superbe coup de coin, le Danois avait égalisé à la 89e minute. L’Union a célébré. La bataille pour le titre ne semblait pas encore perdue. Mais est alors intervenue cette image tant redoutée de l’arbitre l’index droit sur l’oreille. Hors-jeu, tel est le verdict. Du paradis à l’enfer en quelques minutes. Le VAR peut être cruel.

Bart Aerts, rédacteur en chef

Et le titre s’envole, Casper Nielsen - Simon Mignolet
Et le titre s’envole, Casper Nielsen – Simon Mignolet © belgaimage

Le come-back d’Eriksen

En toute honnêteté, je n’ai pas été directement témoin de ce moment. Mais l’image de Christian Eriksen applaudi avant le coup d’envoi par un Parkenstadion de Copenhague plein à craquer, l’endroit même où il a flirté avec la mort neuf mois plus tôt, est un moment que tout fan de football devrait chérir. Son but a été le point culminant de ce que je considère, personnellement, comme l’un des événements les plus marquants de l’année.

Alain Eliasy, journaliste

Le come-back d’Eriksen, Christian Eriksen
Le come-back d’Eriksen, Christian Eriksen © getty

Gianni FIFAntino

Une image à valeur quasi historique: Gianni Infantino réfléchit pendant l’une des conférences de presse de la dernière Coupe du monde. En fera-t-il de même maintenant que la vie a repris son cours habituel au Qatar? Pensera-t-il à tous les travailleurs qui attendent leur salaire depuis des mois et se retrouvent à nouveau en marge de la société? Le patron de la FIFA a multiplié les dérapages ces dernières semaines, montrant surtout que le sport s’emmêle de plus en plus les pinceaux dans la politique. Où est passé le temps où le non moins irréprochable Sepp Blatter profitait d’un tel tournoi pour parcourir le pays comme un apôtre de la paix, comme en Afrique du Sud, pour accentuer le facteur unificateur du football? Ou la période où Infantino à l’UEFA ressemblait plus à un amuseur qu’à un directeur? Mais le Suisse n’est pas passé maître dans l’art de l’autocritique. En mars 2023, il compte d’ailleurs bien se succéder à lui-même.

Jacques Sys, rédacteur en chef de 1994 à septembre 2022

Gianni FIFAntino, Gianni Infantino
Gianni FIFAntino, Gianni Infantino © belgaimage

Le moment exceptionnel de Chaker

Ce n’est pas l’image qui va le plus rester en mémoire de cette CAN. Lors du huitième de finale entre les Comores et le Cameroun, les premiers, privés de gardien en raison d’une épidémie de Covid, ont dû faire jouer un défenseur dans la cage. Sauf que celui-ci n’avait pas de maillot avec le numéro adéquat, ce qui l’a obligé à bricoler son numéro 3 avec du ruban adhésif. Chaker Alhadhur n’avait jamais occupé ce poste de sa vie. Ce qui ne l’a pas empêché de signer une série d’arrêts mémorables. Les Comoriens ne sont inclinés que 2-1 contre une équipe qui était encore présente à la Coupe du monde. Quinze jours plus tard, Alhadhur a mis aux enchères ce maillot improbable au profit d’associations caritatives. «J’ai eu la chance de vivre un moment exceptionnel et c’était important pour moi que cette expérience puisse profiter à des causes qui me tiennent à cœur.»

Fabien Chaliaud, rédacteur web

Le moment exceptionnel de Chaker, Chaker Alhadhur
Le moment exceptionnel de Chaker, Chaker Alhadhur © getty

Le sceptre du PSG

13 août 2022: Neymar et Kylian Mbappé se chamaillent pour savoir qui va tirer un penalty contre Montpellier. En mai, les propriétaires qataris du PSG ont réussi à garder leur prodige bleu-blanc-rouge à Paris, grâce à un salaire monstrueux, et ont fait du génie de 23 ans LE visage du club. Neymar, amené dans la capitale française par les Qataris en 2017, a donc été détrôné de facto. Mais le Brésilien n’a pas l’intention de se contenter de transmettre le sceptre. Avec quinze buts et douze passes décisives en vingt matches, il est sorti de cette saison plus chaud que jamais au PSG. Le message à Mbappé et au conseil d’administration est clair: le roi est toujours vivant!

Steve van Herpe, rédacteur final

Le sceptre du PSG, Neymar et Kylian Mbappé
Le sceptre du PSG, Neymar et Kylian Mbappé © getty

La force de Vrancken

L’hiver dernier, pour une interview, j’ai rencontré Wouter Vrancken, alors encore entraîneur du KV Malines. Dans cette série d’interview, nous cherchons à découvrir la personne qui se cache derrière le joueur ou l’entraîneur et j’ai ainsi pu avoir un aperçu de qui était Wouter Vrancken. D’autres rencontres m’ont marquée, mais j’ai choisi celle-ci parce que cette conversation a pris de la valeur depuis son succès à Genk.Le coach y évoquait son insécurité, la façon dont celle-ci est devenue un atout et le fait qu’il ne tenait pas compte du statut des joueurs. Être formateur? Ce n’est pas un «must» pour lui. «Si je dois partir et que personne ne veut de moi, je ferai autre chose». Comme il l’a déjà fait pendant des années après sa carrière de joueur parce qu’il ne supportait plus «le monde plein d’hypocrisie» du football.Mais Vrancken est de retour. Et comment! Et sa force a été capturée en une image. Après être passé par les échelons inférieurs, Vrancken est revenu de manière inattendue au football professionnel et à sa manière: sans craindre de perdre son emploi et en étant simplement lui-même. Sa vulnérabilité n’est plus un écueil, mais une qualité.Le moteur de ce développement? Sa femme. Vous trouverez une interview de Karen Pittomvils dans ce numéro. La boucle est ainsi bouclée, près d’un an plus tard.

Mayke Wijnen, journaliste

La force de Vrancken, Wouter Vrancken
La force de Vrancken, Wouter Vrancken © belgaimage

Prince Charles

Ma photo favorite est celle de Charles De Ketelaere. Tout d’abord, parce qu’elle représente pour moi la collaboration parfaite entre l’art director, la photographe, la journaliste et la personne interrogée. Une photo est toujours le fruit d’une concertation entre toutes les parties: brainstorming, rendez-vous, suggestions, contenu de l’entretien, recherche du contexte… Ensuite, Charles De Ketelaere est le footballeur le plus franc et le plus sympathique. Peu de temps après ce shooting, il paraphait son contrat à l’AC Milan. Et même s’il était déjà Diable rouge à l’époque, et qu’il était encensé de toutes parts, il restait la simplicité et la convivialité même.

Inge Kinnet, photographe

Prince Charles, Charles De Ketelaere
Prince Charles, Charles De Ketelaere © inge kinnet

Attaquant racé

Certains prétendent que Pep Guardiola n’aime pas les attaquants racés. Le mariage entre le football précis du stratège catalan et le sens du but animal d’Erling Haaland a pourtant cassé les standards de la Premier League. Un décollage spectaculaire comme cette reprise contre Dortmund.

Guillaume Gautier, journaliste

Attaquant racé, Erling Haaland
Attaquant racé, Erling Haaland © getty

Mario et ses trois messages

Les footballeurs doivent-ils s’exprimer sur des questions politiques ou sociales? Peut-être pas. Doivent-ils s’en tenir à ce qu’ils savent faire et se contenter de jouer au football? Peut-être bien.Mais ce n’est certainement pas une mauvaise chose qu’il y ait progressivement une prise de conscience et que la liberté d’expression puisse et soit utilisée ici aussi.De nombreux clubs sont indignés par les décisions de la FIFA et cette Coupe du monde au Qatar, mais restent discrets.Mario Ferri n’en a cure et prend d’assaut le terrain avec son drapeau arc-en-ciel et deux messages qui lui tiennent à cœur: Save Ukraine et Respect for Iranian Women. Il n’en est pas à son coup d’essai, il est probablement l’envahisseur de terrain le plus performant de tous les temps.Cette fois, il n’y a pas eu de conséquences pour celui qu’on surnomme Il Falco, mais en 2014, on lui a donné trois jours pour quitter le Brésil après son happening.Une (petite) plume à mettre au chapeau du Qatar, finalement?

Mario et ses trois messages, Mario Ferri
Mario et ses trois messages, Mario Ferri © getty

Corinne Delreux, maquettiste

Résilience

23 août 2022, Kiev. Le Shaktar Donetsk et le Metalist 1925 donnent le coup d’envoi d’une nouvelle saison dans le championnat d’Ukraine. La précédente avait été interrompue brutalement six mois plus tôt par l’invasion russe. La menace se cache toujours au coin de la rue. D’où les sièges vides. Les fans ne sont pas autorisés à assister au match. Pourtant, le décor est blinquant. Les sièges jaunes et bleus sont ceux du stade national. Un lieu symbolique, où des missiles pourraient très bien atterrir, surtout la veille de la fête de l’indépendance. Mais un symbole fort nécessite un cadre qui l’est tout autant. Yaroslav Golyk, qui a vécu de près l’horreur de Marioupol, a rejoint le ronc central en uniforme militaire et a donné le coup d’envoi. Le match s’est soldé par un 0-0, mais la résilience était gagnante.

Kristof De Ryck, journaliste

Résilience, Yaroslav Golyk
Résilience, Yaroslav Golyk © Reuters