Speaking of the Devils | Ives Serneels : « Roberto Martínez ne voit pas le temps passer en Belgique »

Pour Ives Serneels, Roberto Martínez a apporté son expérience tout en restant à l'écoute des autres. (Photo credit: LAURIE DIEFFEMBACQ/AFP via Getty Images)
Aurelie Herman
Aurelie Herman Journaliste pour Sport/Foot Magazine

Quatre mois après le quart de finale historique des Red Flames à l’EURO 2022, c’est au tour des Diables rouges de porter haut les couleurs belges sur la scène internationale. À quelques heures d’un Mondial qui risque d’en dire beaucoup sur l’avenir de la sélection masculine, la parole est à Ives Serneels, le coach des Flames, pour évoquer son confrère Roberto Martínez.

Tout va très vite en football, et pas uniquement lorsque Kylian Mbappé file droit au but. S’il y a bien quelqu’un qui connaît la musique, c’est Roberto Martínez. Encensé pendant plusieurs années, le Catalan est aujourd’hui de plus en plus contesté, et nombreux sont ceux parmi le public (mais pas uniquement, en témoigne la récente sortie de Kevin Mirallas à ce propos) qui souhaiteraient que le sélectionneur des Diables rouges plie bagages aussitôt le pied posé sur le tarmac de Zaventem.

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En place depuis août 2016, Martínez aurait tout simplement fait son temps à la tête d’une équipe dont l’étoile a pâli en même temps que la sienne. Dépassé, Roberto ? « Je ne peux évidemment pas parler en son nom, mais à mon avis, il n’a pas l’impression d’être en place depuis six ans et demi déjà », tempère Ives Serneels, le sélectionneur des Red Flames. Un coach qui sait ce que c’est de vivre une carrière au long cours au sein de la même équipe, lui qui cornaque le destin des Belges depuis 2011. « Vu la façon dont la Fédération travaille, en procédant à des évaluations régulières où on se dit les choses franchement, positives comme négatives, je pense qu’on peut toujours évoluer, acquérir de nouvelles idées. Ce renouveau permanent empêche une certaine lassitude de s’installer. »

Une routine qui ne touche pas non plus Ives Serneels, malgré les critiques émises à son encontre suite à l’élimination sans gloire en barrages pour le Mondial 2023 (défaite 2-1 au Portugal début octobre). Lequel revient sur sa relation avec Martínez, un sélectionneur doublé d’un directeur technique qui a changé pas mal de choses au sein du fonctionnement de la Fédé. « Quelque part, c’est normal en tant que directeur technique, mais c’est la première fois que quelqu’un nous suit de façon aussi globale, pense avec nous quand on parle des matches, des entraînements, de la tactique… Il participe à cette tendance datant d’il y a quelques années qui veut que l’aile féminine soit une entité à part entière, un des points stratégiques au sein de l’Union belge », explique l’ancien Lierrois, qui rencontre régulièrement son homologue masculin à Tubize. Des locaux où les Flames sont logées à la même enseigne que les Diables en termes d’infrastructures.

Roberto Martínez est très à l’écoute quand nous présentons une idée, ce qui est essentiel dans une relation interpersonnelle. Il respecte les idées d’autrui. 

Ives Serneels

Tous ensemble, tous ensemble, hé, hé !

Lorsqu’on lui demande ce que le patron diabolique a apporté au fonctionnement fédéral, la réponse fuse : ces réunions où tous les coaches des équipes masculines comme féminines se retrouvent. « Des moments qui brassent énormément d’idées vu la diversité des profils en présence, et qui apportent beaucoup à mon travail », se réjouit Ives Serneels. « Pendant ces rencontres, chacun explique comment il a préparé son match, comment il l’évalue. Ces instants hors compétition sont très importants pour un entraîneur. Personnellement, je suis toujours avide d’apprendre des autres. Et depuis l’arrivée de Roberto, je pense que tout le monde ici te dira qu’il ou elle a acquis quelque chose. Et il faut savoir que lui-même est très à l’écoute quand nous présentons une idée, ce qui est essentiel dans une relation interpersonnelle. Il respecte les idées d’autrui. »

Un respect qui s’accompagne d’une subtilité que l’on sait grande chez Martínez au moment de communiquer. Car en effet, entre des coaches expérimentés et de jeunes entraîneurs et entraîneuses, ceux qui s’occupent d’adolescents et ceux qui gèrent des adultes, il en faut de la malléabilité pour s’adapter à tous les publics. Outre cette façon de concilier les points de vue, Martínez a également instauré la vidéo à tous les étages de l’Union belge, y compris à celui du football féminin. Un « plus pour le groupe », de l’avis du staff et des joueuses elles-mêmes.

Ives Serneels donne ses instructions à Kassandra Missipo, lors de son entrée au jeu contre l’Italie, à l’EURO. (Photo by Laurence Griffiths/Getty Images)

Un apport multiple, donc, issu d’une personnalité dotée d’une forte expérience après ses passages sur le banc de Wigan et d’Everton. « C’est quelqu’un qui a su tirer les leçons de ses précédentes fonctions, pour s’améliorer professionnellement, mais aussi en tant qu’homme. Et qui a envie de transmettre cela, sans pour autant croire qu’il détient LA vérité. Et je me retrouve là-dedans. Je ne suis évidemment pas la même personne, mais moi aussi, je veux aussi donner le meilleur moi-même, ne serait-ce que par respect pour les personnes avec lesquelles je travaille. Je veux aussi transmettre mon expérience aux autres, même dans les moments plus compliqués. »

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Le spectre de la défense à trois

Une autre composante instaurée par Martínez reste cette défense à trois qui fait tant parler à l’aube du Mondial. Un trio défensif que l’on imaginerait bien chez les Red Flames également, qui possèdent quelques cartouches dans ce domaine avec les Louvanistes Sari Kees, Amber Tysiak et la taulière Julie Biesmans pour ne citer qu’elles. « Mon rêve, et il ne date pas d’aujourd’hui, c’est d’avoir une équipe qui sait jouer à trois, quatre voire cinq arrières, et qui sait s’adapter aux circonstances de la rencontre », débute Serneels à propos de cette flexibilité tactique, qui pourrait se développer au cours d’une année 2023 où les Flames n’auront quasi aucun match à enjeu, faute de disputer la Coupe du monde en Océanie. « Bien sûr qu’on a ça en tête, mais quelle était notre situation ces dernières années ? On avait chaque mois des échéances super importantes. Ce n’est pas la même dynamique qu’en club, où tu peux essayer des choses chaque jour. »

Une « prochaine étape dans l’évolution de l’équipe qui va prendre du temps », mais qui ne doit pas se faire au détriment de la clarté dont les joueuses ont besoin de leur propre aveu. « Or, c’est un peu opposé à cette idée de flexibilité. On doit faire attention à ce qu’elles ne soient pas dans le flou », ajoute Ives Serneels. Ce dernier pourrait-il puiser dans la méthode de travail de son confrère pour installer ce dispositif ? « Quand j’en ai l’occasion, j’assiste à des entraînements donnés par Roberto, mais je ne suis pas là pour la théorie ni l’évaluation d’après-match. Je pense que pour donner une réponse complète sur sa façon de travailler, il faudrait que je passe plus de temps avec les hommes. »

Ce qui risque d’être compliqué pour un coach qui va devoir remobiliser son équipe dès février prochain, pour préparer la prochaine échéance des Flames : l’EURO 2025. Avec une défense à trois, du coup ?

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