Speaking of the Devils | Hannah Eurlings : « Les gens ont la mémoire courte avec Eden Hazard »

Hannah Eurlings prend la défense d'Eden Hazard, le Diable qui lui ressemble le plus balle au pied. (Photo by DAVID CATRY/BELGA MAG/AFP via Getty Images) © (Photo by DAVID CATRY/BELGA MAG/AFP via Getty Images)
Aurelie Herman
Aurelie Herman Journaliste pour Sport/Foot Magazine

Quatre mois après le quart de finale historique des Red Flames à l’EURO 2022, c’est au tour des Diables rouges de porter haut les couleurs belges sur la scène internationale. À quelques heures d’un Mondial qui risque d’en dire beaucoup sur l’avenir de la sélection masculine, la parole est aux Flames, pour évoquer leurs Diables de référence. Aujourd’hui, Hannah Eurlings, la dribbleuse compulsive.

Un dribble chaloupé, des débuts internationaux avant même de pouvoir consommer (légalement) de l’alcool, des vannes un peu potaches : non, on ne parle pas d’Eden Hazard ici, mais bien d’Hannah Eurlings. À 19 ans, l’attaquante louvaniste fait irrésistiblement penser au capitaine des Diables rouges. Ça tombe bien, Edeninho est précisément le Diable préféré de la numéro 9 d’OHL, championne d’automne avec son club après avoir remporté sur le fil le choc de la onzième journée de Super League contre Anderlecht (2-3). « Au Mondial 2018, il était juste intouchable. C’était génial à regarder à chaque match », complète Hannah, ajoutant que vu sa forme actuelle, elle est prête à faire une infidélité à Hazard et à opter pour Kevin De Bruyne.

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Il est vrai qu’en Russie, le Brainois était au faîte de sa gloire. Et de son talent. Et de sa popularité. « Les gens ont la mémoire courte », le défend aussitôt Hannah Eurlings. « Les médias sont durs, mais il sait comment ça fonctionne et comment gérer ça. Donnons-lui du temps. La Coupe du monde arrive seulement. D’accord, il ne respire pas la confiance vu qu’au Real, il n’a quasi jamais eu l’occasion de s’exprimer. Or, pour un joueur d’instinct comme lui, c’est primordial. Mais pourquoi ne verrions-nous pas le meilleur Eden au Qatar ? En fait, c’est triste de voir un élément aussi créatif ne pas quitter le banc. »

Une créativité de tous les instants qui rend la filiation entre le numéro 10 diabolique et Eurlings presqu’évidente, tant, comme Hazard, la Louvaniste n’aime rien moins que de voir la foule se lever pour saluer des gri-gris sortis de ses pieds. « Mais je ne sais pas trop si mes coachs apprécient toujours quand je me lance là-dedans », se marre la joueuse. « Disons que j’essaye systématiquement de jouer vers l’avant, histoire que ça serve à quelque chose. J’aime être efficace, créer du danger tout en apportant un peu de fun au jeu. C’est pour ça que je suis sur le terrain. » Et pas uniquement en charriant ses équipières, donc.

Hannah Eurlings estime qu’elle doit se montrer plus décisive devant le but. Contre la Norvège, début septembre, elle n’avait pas trouvé la faille… (Photo by DAVID CATRY/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Eden Hazard, si loin, si proche

Car être estampillée « petite marrante du vestiaire », n’empêche pas Eurlings de viser le top et de se montrer très exigeante envers elle-même. Un côté qui ne ressort pas forcément chez Hazard, qui contrairement à la Red Flame, n’a jamais vraiment brillé par son assiduité aux entraînements. « Moi, je donne tout, lui semble être un peu différent. Mais j’ai du mal à vraiment le juger, car je ne le connais pas personnellement », précise toutefois l’internationale. Une attaquante qui se met à rire quand on lui rappelle que, comme Eden, défendre n’est pas forcément sa plus grande passion. « Aucun avant n’aime ça. Mais bon, ça fait partie du jeu, les transitions, défendre en bloc, tout ça… Et j’ai quand même progressé, hein (Rires). »

Ce côté enfantin qui ressort chez Eden comme chez Hannah, on le retrouve aussi dans cette façon qu’ont les deux internationaux d’aborder leurs rencontres sans avoir peur de qui que ce soit. « Qu’on joue contre l’Italie ou l’Arménie, je suis toujours dans le même état d’esprit, ça ne change rien pour moi, parce que j’affronte des adversaires qui ont deux jambes, comme moi. Et c’est pareil en club », confirme l’Anveroise. « Je sais ce que je sais faire et ce dont je ne suis pas capable. C’est là le plus important. Pour savoir commencer un match avec la bonne intensité, développer son propre jeu. »

L’an passé, à OHL, mon coach me donnait comme consigne de conserver le ballon, pour offrir le temps à l’équipe de remonter. C’est une de mes qualités : jouer avec les défenseurs dans mon dos. Un peu comme Lukaku.

Hannah Eurlings

Développer son propre jeu, pour des feux follets comme Eurlings et Hazard, cela signifie surtout caresser un maximum de ballons. Une appétence pour la gonfle qui a tendance à jouer des tours à la première nommée. Une joueuse vorace, à qui ses entraîneurs doivent parfois rappeler de ne pas redescendre trop bas sur le pré pour récupérer le cuir. « C’est pourquoi j’apprécie aussi d’être positionnée comme numéro 10 et pas uniquement comme avant-centre. Parce que dans ce rôle, j’ai plus de liberté et je peux créer plus. Mais ce que je préfère, c’est encore évoluer en tant que 9,5, où je peux être libre mais aussi tenter ma chance au but. »

Lukaku le killer, De Ketelaere le couteau-suisse

Sans être cantonnée à un rôle d’avant-centre pure chez les Red Flames, Hannah Eurlings apporte bel et bien sa force de frappe à l’attaque de la sélection féminine. Oserait-on la comparer à Romelu Lukaku ? « Oula, c’est dur, ça ! (Rires). Il est dix fois plus puissant et rapide que moi. Mais surtout, il a vraiment cet instinct de killer devant le but qui fait qu’il n’a pas besoin de beaucoup d’espace pour marquer. Or, c’est précisément ce que je dois encore travailler », dit la joueuse, avant de sortir la boîte à souvenirs.  « Je me rappelle de quelques matchs la saison passée, au cours desquels je jouais comment attaquante de pointe à OHL. Le coach me donnait comme consigne de conserver le ballon, pour offrir le temps à l’équipe de remonter. Je pense que ça, c’est une de mes qualités : jouer avec les défenseurs dans mon dos. Et Lukaku est aussi bon là-dedans. C’est vrai que d’une certaine façon, on se ressemble un peu. Dans notre façon de prendre la profondeur, également. Mais je dois être plus tueuse des deux pieds et améliorer mon jeu de tête. »

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Ambitieuse, Eurlings sait donc ce qu’il lui reste à faire pour filer à l’étranger, « histoire de se développer encore un peu plus, même si je suis bien à OHL pour le moment », dit-elle. Le grand saut, Charles De Ketelaere l’a effectué cet été, en quittant le Club Bruges pour l’AC Milan. CDK, soit un joueur dont on ne sait toujours pas vraiment quelle est la position idéale. Un peu comme Hannah, dont la polyvalence est un atout pour son développement, selon elle. « Ceci dit il est gaucher et moi droitière », nuance cette dernière. « Mais ça reste un joueur très agréable à regarder, qui lit très bien le jeu tout en travaillant énormément. Un super talent, vraiment. »

Un super talent qui pourrait bien briller dans le désert qatari cet automne. Et le reste des Diables avec ? Hannah Eurlings y va de son prono pour cette Coupe du monde à laquelle elle ne « saura pas résister malgré les conditions plus que contestables dans lesquelles elle se déroule » : « Ça sera intense, car il y a beaucoup de nations prestigieuses qui sont très ambitieuses. Je ne pense pas que les Diables fassent partie des grands favoris, mais la Belgique reste une super équipe. Si l’ambition est de gagner le tournoi, alors pourquoi pas, tout est possible. En 2018, on partait pour gagner et finalement… Si on n’avait pas perdu contre la France, c’était sans doute pour nous », balance-t-elle, comme un couteau en plein cœur. Et dire que la Louvaniste ne se trouve pas suffisamment killeuse

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