Qu’attendre de Daan Heymans à Charleroi ?

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Buteur dès sa deuxième rencontre avec Charleroi, Daan Heymans se profile comme une option intéressante pour animer le nouveau secteur offensif carolo. Prêté pour un an et demi par Venise, l’ancien infiltreur de Beveren revient de loin.

C’est en regardant les trajectoires de certains joueurs qu’on se rend compte que le covid dure trop longtemps. Comme celle de Daan Heymans. Au début de la pandémie, personne ou presque ne le connaissait. Et pour cause, au moment de l’arrêt du championnat, il végétait en tribune dans une équipe de Waasland-Beveren en perdition. Entre-temps, notre homme a eu l’occasion de se révéler en Jupiler Pro League, de décrocher un transfert à Venise et de se relancer à Charleroi. Un parcours accéléré qui vient concurrencer Renaud Emond et son titre de phénix de Pro League, entre repêchage in extremis, vacances interrompues à Ibiza et mises au vert en bateau.

Il faut bien le dire, avant de se révéler au plus haut niveau, la carrière de Daan Heymans ne tient pas à grand-chose. Formé à Westerlo, le natif de Retie est transféré à Beveren en 2018. Abonné au banc de touche, il y côtoie tous les entraîneurs qui s’y succèdent à un rythme effréné, de Yannick Ferrera à Arnauld Mercier en passant par Adnan Custovic, sans qu’aucun ne lui fasse confiance. C’est finalement Dirk Geerard, l’entraîneur intérimaire après le licenciement de Custovic, qui le remarque et le convainc de rester au club la saison prochaine. Pourtant, l’avenir n’a jamais été aussi incertain. L’équipe finit bonne dernière du championnat et est condamnée à la D1B. Le coronavirus offre finalement une chance inespérée aux dirigeants en stoppant le championnat à la dernière journée, alors que Waasland pouvait encore mathématiquement se sauver. De longues semaines de procédure plus tard, le club est autorisé à entamer la saison 2020-2021 en D1A. Les conditions sont réunies pour que le 9 août 2020, Daan Heymans entame la saison comme titulaire d’une équipe de première division.

Le déclic

C’est parfois ceux dont on attend le moins qui vous surprennent le plus. Lors du premier match à Courtrai, le milieu offensif se paye un doublé, menant les siens à une victoire 1-3. Le relatif anonymat qui l’entoure encore lui va à ravir. Agir dans l’ombre, c’est justement ce qu’il recherche sur un terrain. Maîtrisant à la perfection l’art de se faire oublier, il suit les actions à distance pour jaillir de la deuxième ligne derrière l’hyperactif attaquant Joe Efford. Une science de la projection dans l’espace libre qui fait mal dans une équipe waaslandienne souvent organisée en bloc bas et qui attend de pouvoir bénéficier des largesses offertes par l’adversaire dans son repli défensif. Sur sa lancée, Heymans inscrit six buts lors de sept premières journées et s’installe en tête du classement provisoire des meilleurs buteurs. La seule éclaircie dans la grisaille de Beveren qui retourne en fond de classement avec six défaites.

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Forcément, son nom circule lors du mercato hivernal. Le Cercle de Bruges veut l’attirer pour en faire le successeur de Stef Peeters, malgré des profils pas forcément similaires. Le deal n’aboutit pas, la perspective de céder son meilleur joueur à un concurrent direct pour le maintien n’a pas dû jouer en la faveur du Cercle. Un club étranger vient même aux nouvelles : il s’agit de Venise, en Serie B italienne. Une destination pas tellement au goût du joueur : « J’avais toujours pensé que le championnat italien ne me conviendrait pas, je le trouvais trop tactique, trop défensif« . Heymans reste donc à Beveren mais ne peut empêcher l’inévitable culbute des siens vers la D1B.

Malgré une fin d’exercice qui tourne au fiasco, pour Heymans, le train passe une deuxième fois : Venise revient à la charge avec une nouvelle offre. En fin de contrat, le joueur de 22 ans ne tergiverse pas et accepte la proposition. Direction la deuxième division italienne, du moins c’est ce qu’il pense : « A l’époque, Venise était cinquième de Serie B. Seuls les deux premiers étaient promus mais les équipes classées entre la troisième et la huitième place s’affrontent dans des barrages pour le dernier ticket« . Arrive ensuite ce qui devait arriver : Venise élimine le Chievo Vérone et Lecce pour se hisser en finale contre l’AS Citadella. Une apothéose en aller-retour dont l’épilogue survient le 27 mai à Venise et que Daan Heymans ne veut manquer pour rien au monde: « Le championnat belge était terminé, j’étais en vacances à Ibiza. Je les ai un peu écourtées pour pouvoir aller à Venise le jour du match« . Sauf qu’à l’aéroport, tout ne se passe pas comme prévu : « A ma porte d’embarquement, il n’y avait plus personne. L’avion était là mais je ne pouvais plus embarquer. J’avais tout simplement raté l’avion. J’ai essayé de ne pas paniquer, j’ai téléphoné au club pour leur expliquer la situation, que ça serait compliqué pour moi d’être là. Ils m’ont dit de rester à l’aéroport, qu’ils allaient trouver une solution. Une heure plus tard, ils me rappellent, un jet privé était en route pour venir me récupérer. J’ai trouvé ça fort pour un joueur qui n’avait encore rien prouvé pour le club« . L’histoire est d’autant plus belle que Venise assure la montée sur son terrain après la victoire du match aller. L’aventure de Daan Heymans s’écrira donc en Serie A.

Débuts prometteurs

Pour un joueur qui n’avait jusque là connu que Westerlo, Lommel et Beveren, le dépaysement est total : « J’habitais à cinq minutes de notre centre d’entraînement à Mestre, sur le continent, juste en face de Venise qui est dans la lagune« . Le stade Pier Luigi Penzo se trouve lui sur l’île principale de Venise. Ce qui vaut au noyau un rituel curieux tous les quinze jours à la veille du match à domicile : « Toute l’équipe et le matériel sont acheminés par bateau de Mestre jusque l’île, où tout le monde dort à l’hôtel Indigo Sant’Elena, juste à côté à côté du stade et du port de plaisance qui le borde« . Un pèlerinage auquel s’adonnent aussi les supporters qui, à moins d’arriver par bateau, rejoignent le stade par quatre ponts surplombant un étroit canal face à la tribune latérale. Cet écrin fait à nouveau le bonheur des supporters visiteurs des clubs visiteurs de Serie A, après 24 ans d’absences parmi l’élite.

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Qui dit Serie A dit aussi nouvelles ambitions sportives. En plus de Daan Heymans, ce sont pas moins de 14 nouveaux transferts qui garnissent le noyau vénitien. Malgré tout, le Belge se montre lors des matchs amicaux de présaison et commence le championnat comme titulaire. Comme à Beveren, il veut se montrer dès les premières rencontres. Mais au lieu d’enfiler les buts, il se spécialise plutôt dans les cartes jaunes : avec quatre avertissements sur les quatre premiers matchs, il devance des spécialistes en la matière comme Arturo Vidal. Il faut dire l’habituel infiltreur est aligné en temps que milieu défensif et même parfois comme ailier droit. Ce sont déjà ses dernières titularisations en championnat. L’entraîneur Paolo Zanetti (aucun lien avec Javier) compte sur Thomas Henry et David Okereke, deux autres anciens de Pro League, sur le front de l’attaque. Malgré l’assist de l’égalisation contre Cagliari et un but en Coupe, Heymans s’assied sur le banc lors pour le restant de la première partie de saison. Le début de l’année 2022 tourne même au cauchemar : touché par le coronavirus, il voit des noms ronflants comme Nani ou Michaël Cuisance arriver pour durcir la concurrence.

Sortir la tête de l’eau

Grapiller du temps de jeu avec un prêt semble devenu inévitable. C’est alors qu’entre en scène Mehdi Bayat, à l’affût pour renforcer le secteur offensif carolo orphelin d’un Shamar Nicholson auteur de 13 buts et 5 assists en 18 matchs de championnat cette saison. Les deux clubs parviennent à se mettre d’accord sur un prêt d’un an et demi : « Au début, dans les discussions avec Venise, il était question d’un prêt de six mois, mais je leur ai dit que, le temps de m’adapter, la saison serait finie. Cela n’aurait pas eu d’intérêt. Donc on a trouvé un accord pour un an et demi. Charleroi dispose aussi d’une option d’achat, c’est motivant. Peut-être que cela débouchera sur un accord plus long si je deviens un joueur important et qu’on me fait confiance » déclare le principal intéressé à la Dernière Heure.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les débuts du joueur ont été idéaux. Dès le lendemain de son transfert, il monte au jeu pour les trente dernières minutes de la victoire 0-1 à Saint-Trond. Mieux, lors de la réception de Seraing une semaine plus tard, il profite d’une ouverture de Gholizadeh pour s’infiltrer et marquer sur sa première touche de balle pour sécuriser la victoire carolo (2-0). Pour un joueur qui avait peur de ne pas s’adapter tout de suite, c’est plutôt rassurant. Mais ce premier but ne doit pas faire oublier qu’Heymans n’est pas un attaquant et laissera la succession de Nicholson à Bayo, Badji et/ou Petkivicius. L’ancien joueur de Waasland évoluera un cran plus bas. Il s’est déjà réjoui de « jouer dans une équipe qui domine, après avoir évolué dans des formations qui évoluaient plus loin du but adverse« .

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Dans le schéma d’Edward Still, ses courses sans ballon de la deuxième ligne pourraient s’avérer précieuses pour créer du danger dans la défense adverse, déjà occupée à surveiller les mouvements de Bayo, Gholizadeh et Zaroury, animateurs successifs du Charleroi post-Nicholson. Le profil manquait à la panoplie de l’entraîneur trentenaire qui disposait dans le coeur du jeu de garçons comme Morioka, Zorgane ou Illaimaharitra, des profils plus occupés à élaborer des actions qu’à les conclure. Il faudra néanmoins lui laisser du temps : affaibli par le covid il y a un mois, le grand Daan n’a pas encore retrouvé sa forme physique optimale. Mais le championnat n’attend pas et le prochain match en déplacement au Club de Bruges arrive déjà à grand pas. A défaut de conquérir Venise, Daan Heymans se contenterait bien de la Venise du Nord.