Portugal-Belgique: l’échec des Red Flames et la crainte d’éteindre la flamme

Portugal's goalkeeper Patricia Morais and Belgium's Janice Cayman pictured in action during a soccer game between Portugal and Belgium's national team the Red Flames in Portugal on Thursday 06 October 2022, the semi-final of the qualification games for the 2023 FIFA Women's World Cup. BELGA PHOTO SEVIL OKTEM (Photo by SEVIL OKTEM / BELGA MAG / Belga via AFP) (Photo by SEVIL OKTEM/BELGA MAG/AFP via Getty Images)
Aurelie Herman
Aurelie Herman Journaliste pour Sport/Foot Magazine

Battues au Portugal (2-1) au terme d’un match où elles n’ont jamais vraiment su retrouver le niveau de jeu qui peut être le leur, les Red Flames regarderont la Coupe du monde 2023 à la télévision.

Ives Serneels, en préambule de ce match de barrage face à la Seleção, affirmait que « le Portugal, c’est déjà une équipe difficile à manœuvrer, mais dans les prochaines années, ça sera pire, car c’est un pays qui va continuer à grandir ». Visiblement, le sélectionneur avait vu juste. Oui, le Portugal vaut bien plus que cette 27e place mondiale au classement Fifa. Oui, le Portugal mérite amplement sa victoire, acquise face à des Red Flames bien trop timorées pour prétendre à ce qui aurait pu être une nouvelle apothéose, ce mardi au stade Roi Baudouin face à l’Islande.

La gardienne Nicky Evrard sauvant une des quelques frappes portugaises. (Photo de SEVIL OKTEM/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Manquant de grinta, d’intransigeance dans les duels et défensivement (comment Joana Marchão peut-elle se retrouver aussi seule au moment de centrer pour Diana Silva sur l’ouverture du score à la demi-heure ?), voire de plan de jeu global, les Belges ont certes vu deux de leurs buts annulés : d’abord au retour des vestiaires suite à la faute d’une Elena Dhont bien peu inspirée sur la gardienne (47e) sur la tête d’Ella Van Kerkhoven sur coup de coin, puis sur une percée de Tessa Wullaert, lancée par une passe lumineuse de Julie Biesmans, mais signalée hors-jeu à juste titre (72e). Mais ni ces faits de jeu, ni le penalty plein de sang-froid signé TW9 juste avant la pause (41e) ne peuvent masquer la copie décevante rendue par les joueuses de Serneels. Une prestation où l’on n’a jamais vraiment retrouvé les ingrédients de l’EURO 2022: envie de tout donner l’une pour l’autre, défense de fer, exploitation des points faibles des adversaires. Et qui ne méritait donc pas plus que cette remise au placard précoce des rêves de Coupe du monde.

Un échec qui pourrait coûter cher

Car non, il n’y aura pas de Mondial 2023 pour des Belges encore auréolées de cet été fantastique sur les terrains anglais, la faute à un but sur corner (encore un…), issu d’un coup de casque de Fatima Pinto à la 89e minute. Et c’est malheureusement dommage à la fois pour les Flames, pour nous, mais aussi pour l’ensemble du football féminin belge, qui jusque-là se plaçait dans une courbe ascendante. Une courbe donc la trajectoire n’est désormais plus aussi nette, à l’image du parcours de la pauvre Amber Tysiak, passée de future taulière de la sélection à remplaçante puis anti-héroïne contre la France à l’EURO (entrée au jeu puis expulsée pour une faute de main en juillet), et au Portugal (nouvelle carte rouge pour une faute commise en tant que dernière joueuse sur une percée de ce poison de Silva). Un symbole du petit cauchemar que vivent nos internationales depuis hier soir…

« J’espère que la bonne vibe qu’on a créée va rester et que les supporters continueront de venir nous voir jouer. »

Tessa Wullaert, capitaine des Red Flames

Si l’échec en barrages pour le Mondial 2019 avait déjà été cruellement ressenti par les joueuses (encore plus quand on se souvient de l’engouement énorme qu’avait suscité ce tournoi qui a changé bien des choses au niveau de la médiatisation), la déflagration de celui vécu ce jeudi sur la pelouse de Vizela est encore plus retentissante. Parce qu’ici, on sentait que tout était réuni pour espérer un « truc » face à une Islande il est vrai théoriquement plus forte, mais pas invincible : expérience internationale, bon flow, et peut-être même « déclic » dans les grands moments. On s’imaginait que ces Flames étaient capables d’un « énorme coup », de gratter ce ticket pour cette Coupe du monde sous le soleil australien et néo-zélandais, un été 2023 aussi dense que le fut celui qui vient de s’achever. Des matchs en télé, des Unes de presse et des fêtes à Louvain. Las, il n’en sera rien, et il faudra donc attendre 2027 pour que la Belgique foule éventuellement les prés mondiaux.

Tessa Wullaert n’a pas caché sa déception à la fin de la rencontre. (Photo by SEVIL OKTEM/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Cette déception, on croise les doigts, ne signifiera pas un trop gros coup d’arrêt dans la progression de la discipline dans le Royaume. « J’espère que la bonne vibe qu’on a créée va rester et que les supporters continueront de venir nous voir jouer », se disait d’ailleurs la capitaine Wullaert, forcément très déçue après la rencontre. Ce ne sera pas que l’affaire du public, mais aussi des médias, qui devront continuer à jouer le jeu après avoir bien senti l’intérêt dudit public pour le sport au féminin.

Oui, le foot féminin belge grandit. Le hic, c’est que nos voisines elles aussi grandissent. Et force est de constater qu’elles avancent plus vite que nous.

Côté terrain, si le nombre de joueuses a doublé en quelques années pour atteindre désormais les 48.000 licenciées, la Fédération comptait évidemment sur sa vitrine de choc dans sa mission de promotion du foot féminin. On ose penser que cette nouvelle vague ne peut s’arrêter en même temps que les Flames sur la route du Mondial 2023, que le mouvement est trop global que pour se casser net. Il n’empêche, dans notre pays en particulier, la défaite de Vizela porte un sacré coup dur à la cause. D’autant plus rageant que Den Dreef, le terrain de jeu de Janice Cayman and co, affichait encore complet le 2 septembre dernier pour la réception de la Norvège.

Du retard sur les voisins

Cette défaite rappelle une autre réalité cruelle : oui, le foot féminin belge grandit, s’améliore, en témoignent les deux qualifs d’affilée pour l’EURO, et offre de bien meilleures perspectives qu’il y a encore cinq ans à ses pratiquantes. Le hic, c’est que nos voisines elles aussi grandissent. Et force est de constater qu’elles avancent plus vite que nous. Si intrinsèquement, la différence entre les deux équipes n’était pas vraiment insurmontable hier soir, on a senti les Portugaises mieux en place, mieux préparées, peut-être, à cette échéance mondiale.

Ana Borges et Elena Dhont lors de la rencontre Portugal – Belgique. (Photo de SEVIL OKTEM/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Des Lusitaniennes qui peuvent, elles, compter sur des locomotives comme Benfica, qui a lancé sa section féminine en décembre 2017 et y a mis les moyens. Alors bien sûr, il est plus simple de développer une structure forte quand on dispose de beaucoup d’argent, mais il va falloir que les grandes écuries belges mettent elles aussi les euros sur la table pour développer leurs ailes dames à l’avenir. 300.000 euros de budget annuel pour le Standard, à titre d’exemple, voilà qui est bien trop peu pour espérer atteindre le top niveau, et encore moins rattraper notre retard sur les autres pays européens. Et le club liégeois est loin d’être le seul dans ce cas…

Des moyens issus de toutes les composantes du football belge pour continuer de professionnaliser le cadre de travail des joueuses, donc une équipe nationale plus costaude, mieux armée pour répondre aux défis toujours plus exigeants imposés par la concurrence continentale, donc plus de résultats et surtout d’attrait pour le public, notamment féminin, et donc une base de la pyramide plus large, un vivier plus conséquent dans lequel puiser, voici ce qu’il faut viser aujourd’hui. Ou plutôt demain, car là, tout de suite, on a juste envie de ruminer cette (très) belle occasion de goûter au grand bal planétaire. Mais demain, promis, on s’y remet.