Peter Vandenbempt, quatre ans après l’Opération Mains Propres : « Le football n’est plus au-dessus des lois ».

Peter Vandenbempt © BELGAIMAGE
Bart Aerts

En octobre 2018, le football belge a tremblé jusqu’à ses fondations. Les contrecoups sont encore perceptibles aujourd’hui. Mais l’opération « Mains propres » a-t-elle vraiment changé quelque chose dans le monde du football ? Nous avons interrogé quelques acteurs clés. Aujourd’hui : Peter Vandenbempt, commentateur et analyste de Sporza et Proximus TV.

«Quand j’ai interviewé Dejan Veljkovíc pour Pano, un magazine de la VRT (diffusé en décembre 2021, ndlr), j’ai rapidement compris qu’il allait être conspué par le monde du football. En confessant tout ce qu’il savait, il a cloué beaucoup de gens au pilori. Il n’a pas agi sous le coup du remords, mais parce que les preuves à son encontre étaient irréfutables et qu’il obtiendrait une réduction de peine s’il parlait. Beaucoup de gens lui en veulent de la manière dont il a présenté les choses: «Je suis une victime, j’ai été obligé de fonctionner dans ce système pervers sous peine de ne pas avoir de travail.» Ce qui est évidemment faux.

L’Opération Mains Propres est-elle ce qui pouvait arriver de mieux à notre football? En partie. Un des enquêteurs m’a raconté qu’on pouvait comparer la situation à celle du secteur du transport. Longtemps, tout a été permis, beaucoup de gens se pensant intouchables. Jusqu’à ce qu’on s’attaque à ces dysfonctionnements. Le secteur est désormais beaucoup mieux régulé. Ce sentiment régnait en football aussi. L’impression d’être au-dessus des lois. Nous faisons ce que nous voulons et on nous laisse tranquilles. Il suffisait d’inviter un politicien dans les loges, de temps en temps, et de lui servir du champagne. C’est fini, depuis l’Opération Mains Propres. Les clubs et les managers n’ont plus ce sentiment d’impunité.

J’ai été très déçu que l’Union fasse appelle à Mogi Bayat pour augmenter le prix du transfert de Casper Nielsen.» Peter Vandenbempt

Le milieu veut maintenant rétablir ses relations avec la politique. C’est nécessaire. Car le football a escroqué pendant des années son principal sponsor, le gouvernement. Le système de cotisations sociales, les subsides… Ça n’était pas encore suffisant pour certains clubs. S’ils veulent tenter de réparer les dégâts, ils ne peuvent plus se permettre le moindre faux-pas. Je pense donc que c’en est fini de l’argent noir et de toutes ces constructions, avec de fausses missions de scouting, même si je n’en ai pas la moindre preuve. Il ne faut en tout cas pas prendre à la légère la nouvelle loi anti-blanchiment, qui est désormais applicable aux clubs de football. C’est un élément très important, qui extirpe beaucoup de transactions de l’illégalité.

Ce qui n’a pas changé selon moi, c’est la jalousie qui règne entre les managers. Mogi Bayat s’implique encore dans de nombreux transferts. Les clubs continuent à faire appel aux agents pour régler des affaires. Cette mentalité-là n’a pas changé. J’ai été très déçu de voir un club comme l’Union faire appel à Bayat pour relever le prix du transfert de Casper Nielsen. Je ne crois pas que tout se déroule selon les règles de l’éthique entre managers, clubs et footballeurs.

Certains ont quand même été sanctionnés, d’une manière ou de l’autre. Mehdi Bayat a dû quitter la présidence de la Fédération quand il a été inculpé de faux en écritures et de corruption. Il n’est pas parti parce qu’il avait trop de travail à Charleroi, contrairement à ce qu’on raconte parfois. Reste à voir qui sera finalement condamné. Beaucoup de suspects insistent sur la présomption d’innocence, bien que le parquet affirme détenir des preuves irréfutables. Mais ça ne veut pas encore dire qu’il y aura condamnation.»

Lisez l’enquête complète dans le Sport/Foot Magazine de ce mois-ci.