Le gros dessert tactique : le juste milieu du Standard et le système imparfait d’Anderlecht, voici le bilan après neuf journées de Jupiler Pro League

Guillaume Gautier
Guillaume Gautier Journaliste pour Sport/Foot Magazine

Le réveil de Sclessin, l’anomalie statistique des Zèbres, la sensation Genk, le milieu de terrain mauve et la surprise OHL sont au menu du premier quart du championnat.

Ronny Deila, des milieux et l’Enfer reprend feu

Difficile, en début de saison, d’imaginer qu’un onze presque identique à ceux alignés par Mbaye Leye ou Luka Elsner la saison dernière serait en mesure de bousculer Bruges pour engranger une quatrième victoire de rang. En plus d’une énergie collective portée disparue depuis longtemps en Principauté, Ronny Deila a trouvé une recette tactique capable de faire briller ses meilleurs éléments, offrant une nouvelle histoire liégeoise à un paquet de joueurs qui semblaient déjà en avoir écrit le dernier chapitre.

Après les tâtonnements initiaux et la fin de mercato agitée, le Norvégien s’est présenté face à Bruges avec un 3-6-1 dont le milieu de terrain en losange a donné des maux de tête aux hommes de Carl Hoefkens. Une façon pour l’homme fort des Rouches de profiter de l’abondance de talents axiaux de son noyau, par contre toujours orphelin d’un ailier capable de faire des différences individuelles conséquentes. C’est donc entre les lignes qu’on a vu briller Selim Amallah, William Balikwisha (l’une des révélations du début de saison) et surtout Philip Zinckernagel, auteur d’un doublé majestueux face au triple champion en titre.

Dans l’attente d’un buteur de référence, c’est dans la surcharge de bons pieds au cœur du jeu que Ronny Deila semble avoir trouvé la recette de son Standard. Parce que dans la zone du terrain où les différences sont les plus douloureuses pour l’adversaire, les Rouches semblent de mieux en mieux armés pour enchainer les coups de poignard.

Ronny Deila a trouvé une recette tactique capable de faire briller ses meilleurs éléments, offrant une nouvelle histoire liégeoise à un paquet de joueurs qui semblaient déjà en avoir écrit le dernier chapitre. (Photo by BRUNO FAHY/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Charleroi, les stats et le terrain

Au bout d’une défaite contre Westerlo, déjà la troisième en cinq sorties à domicile, Charleroi a une nouvelle fois piqué du nez. Les Zèbres ont vu leurs filets trembler sur chaque occasion campinoise, renforçant encore une impression de porosité défensive presque inédite dans le Pays Noir.

C’est presque une histoire ironique. Elle raconte que le coach qui parle le plus des chiffres à l’heure d’analyser les prestations de son équipe est pris dans une spirale d’anomalie statistique. En jetant un œil vers ses bases de données, Edward Still doit sans doute constater que Wyscout fait de ses Carolos la deuxième meilleure défense du championnat. En neuf sorties, les Zèbres n’ont concédé que 9,21 expected goals. Seul l’Union de Karel Geraerts fait mieux. Pourtant, dans le classement des buts véritablement encaissés, Hennuyers et Saint-Gillois sont tous deux dans la deuxième moitié du tableau.

Hervé Koffi, le dernier rempart carolo n’est pas aussi déterminant que la saison dernière. (Photo by JOHN THYS/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Pas aidé par la méforme d’Hervé Koffi – qui a, selon les stats avancées, encaissé 3,93 buts de plus que « prévu » – et par une défense pas aussi intransigeante que la saison dernière, Charleroi ne peut pas non plus compter sur un buteur miraculeux pour cacher cette mauvaise passe défensive sous un tapis de buts. Ne resterait-il donc qu’à laisser passer l’orage dans l’attente de jours meilleurs ?

Les symphonies de Wouter Vrancken

Si c’est l’Antwerp de Mark van Bommel qui domine le classement avec son impressionnant parcours sans-faute, la palme du spectacle et de l’impression visuelle revient sans conteste au Genk de Wouter Vrancken. Dans le Limbourg, l’ancien coach du Malinwa a trouvé ce qu’il manquait à sa formule magique derrière les Casernes : des défenseurs capables de dominer la profondeur et de corriger les espaces offerts par la prise de risques offensive du mouvement permanent.

Rassuré par la qualité individuelle présente dans sa moitié de terrain, le nouveau mentor du Racing peut s’en donner à cœur joie dans le secteur offensif. Malgré les départs de Theo Bongonda, Junya Ito ou Kristian Thorstvedt, Genk régale les amateurs de jeu en triangle et de permutations incessantes aux abords de la surface adverse. Responsabilisé et libéré d’un positionnement fixe qui ne lui correspond pas, Mike Trésor carbure à un rythme statistique hors du commun, tandis que Bryan Heynen a déjà fait trembler les filets à cinq reprises, égalant en neuf journées à peine son record au bout d’une phase classique.

Mike Trésor carbure à un rythme statistique hors du commun, tandis que Bryan Heynen a déjà fait trembler les filets à cinq reprises, égalant en neuf journées à peine son record au bout d’une phase classique. (Photo by JOHAN EYCKENS/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Anderlecht et le 3-5-2 imparfait

La rupture de style était totale. Une bousculade annoncée des principes du jeu maison, érigés en religion par Vincent Kompany lors de son triennat mauve et blanc. Derrière lui, Felice Mazzù est arrivé avec son respect, mais aussi ses certitudes. Le 3-5-2 est devenu l’une de de celles-là, lui qui a offert tant de soirées de fête au Parc Duden. Pourtant, s’il sublime certains joueurs, le schéma peine à trouver son rythme de croisière au milieu du terrain. Là, personne ne semble en mesure d’assumer le rôle de numéro 6 solitaire, alors que les candidats pour s’installer derrière le duo offensif seraient probablement tous soulagés par la présence d’un double pivot dans leur dos.

Orphelins d’un Adrien Trebel qui apportait son énergie débordante et son habituel esprit de revanche, atouts précieux pour combler des brèches qu’il ouvrait parfois lui-même, les Mauves cherchent encore la bonne formule pour faire briller leur triangle. Peut-être la solution se trouve-t-elle dans une transformation en carré, vers un 3-4-2-1 qui permettrait à des joueurs comme Lior Refaelov ou Yari Verschaeren de faire la loi dans les intervalles, là où ils sont le plus à l’aise pour créer le danger, tout en devant regarder un peu moins souvent dans leur rétroviseur.

Des joueurs comme Lior Refaelov ou Yari Verschaeren aiment faire la loi dans les intervalles, là où ils sont le plus à l’aise pour créer le danger(Photo by JASPER JACOBS/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Où s’arrêtera OHL ?

C’est l’invité-surprise du début de saison. Très actif sur le marché des transferts pour reconstruire un noyau essentiellement basé sur des prêts, OHL est parti en trombe, bousculant les grands noms du championnat et engrangeant contre les plus modestes grâce à un jeu de reconversions rapides spectaculaire. Interprète de l’espace sous-estimé, le capitaine Mathieu Maertens fait briller un collectif où les dédoublements du jeune Louis Patris, les dribbles irréguliers mais tranchants de Musa Al-Tamari ou les kilomètres avalés par Casper De Norre font des merveilles.

L’histoire du onze de Marc Brys ressemblera-t-elle à celle vécue par l’Union ? Les statistiques avancées font plutôt penser à un destin proche de celui du Beerschot d’Hernan Losada. Parce que derrière, les Louvanistes occupent l’avant-dernière place en termes d’expected goals concédés. Le surrégime est aussi présent à l’autre bout du terrain, avec seize buts marqués pour 10,9 expected goals « seulement ». Plan de jeu très efficace ou anomalie statistique ? La réponse de cette énigme donnera de précieuses indications quant au classement final des pensionnaires de Den Dreef.

Interprète de l’espace sous-estimé, le capitaine Mathieu Maertens fait briller un collectif où les dédoublements du jeune Louis Patris, les dribbles irréguliers mais tranchants de Musa Al-Tamari ou les kilomètres avalés par Casper De Norre font des merveilles.. (Photo by Plumb Images/Getty Images)

On a aussi remarqué :

  • L’organisation défensive toujours minutieuse de Bernd Hollerbach à Saint-Trond.
  • Les combinaisons en losange qui rendent l’Antwerp dangereux en jouant l’essentiel des matches à un rythme lent.
  • Les éternels problèmes de La Gantoise pour transformer sa maîtrise en occasions de but.
  • L’audace du jeu installé par Jonas De Roeck à Westerlo, avec des changements de position incessants pour perturber l’adversaire.
  • Les grandes difficultés de Malines pour trouver un équilibre défensif, même en prenant moins de risques dans la partie adverse du terrain.

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