Le chantier anderlechtois de Brian Riemer

Brian Riemer avec Hannes Delcroix, titularisé comme back gauche lors des deux premières sorties sous la direction du Danois. Il devrait glisser dans l'axe contre l'Union, aux côtés de Jan Vertonghen. (Photo by JOHAN EYCKENS / BELGA MAG / Belga via AFP) (Photo by JOHAN EYCKENS/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Le Danois n’a passé que deux rencontres officielles sur le banc bruxellois et il est sans doute encore un peu tôt pour dresser un premier bilan. Néanmoins, voici ce qu’il essaie de changer et ce qu’il devra améliorer en exploitant la période du mercato de janvier.

S’il a longtemps espéré que son ancien défenseur central vedette, Morten Olsen, vienne s’asseoir sur son banc ou que Kasper Hjulmand ne préfère la capitale belge à l’appel des Danish Dynamites, Anderlecht n’a jamais été en mesure d’installer un seul Danois à la tête de son équipe première. Une anomalie pour un club qui a compté quelques joueurs de renom issu de ce pays dans son histoire, parmi lesquels Frank Arnesen, ancien éphémère directeur sportif et qui a désormais un successeur de sa nationalité en la personne de Jesper Fredberg. Ce dernier a fait jouer ses réseaux nationaux pour convaincre l’adjoint de Thomas Frank à Brentford d’accepter plus de responsabilités dans un costume de T1 au sein du club le plus titré de Belgique. Dértail cocasse, Brian Riemer fut aussi l’assistant du dernier coach à avoir remporté deux fois les lauriers nationaux à l’ombre de Saint-Guidon: Ariël Jacobs.

L’entraîneur de l’année en 2010, désormais directeur général du football du côté d’OHL, a été champion du Danemark en 2013, à la tête du FC Copenhague. C’est là qu’il a fait la connaissance de Riemer, promu dans son staff après avoir été en charge des U19 du club de la capitale pendant plus de deux saisons.

L’adjoint idéal

« Je dois avouer que je suis très surpris par sa nomination« , expliquait l’ancien guide du RSCA à divers médias qui l’avaient interrogé au sujet de Riemer. « A l’époque où je l’ai connu, il n’avait pas du tout l’âme à se mettre en avant et je n’imaginais pas qu’il prendrait aujourd’hui les rênes d’une équipe comme Anderlecht. Sa nomination à l’époque comme T2 à Copenhague relève… du hasard total. L’adjoint en place est parti du jour au lendemain à Wolverhampton rejoindre mon prédécesseur au club… et on a dû dans l’urgence trouver quelqu’un de disponible au sein du club. Riemer dirigeait les U19 et l’équipe réserve, il était disponible pour partir en stage avec nous… Après cette semaine, on était content et on l’a confirmé dans ses fonctions. Il était très attaché au club et était surtout un formateur », détaillait encore le Diegemois.

Le nouveau technicien d’Anderlecht restera d’ailleurs 9 ans au FC Copenhague avant d’aller épauler Thomas Frank à Brentford. « Si j’avais déjà décelé en Brian, à l’époque, l’étoffe d’un coach principal ? Euh… honnêtement, non ! Je me souviens qu’il s’inquiétait de ce qu’il allait devenir le jour où je ne serais plus en poste au club. Il ne débordait pas forcément d’ambition, il était très loyal et fidèle… En fait, c’était l’adjoint idéal », expliquait encore Ariël Jacobs à la RTBF. 

Ariel Jacobs lors de son titre de champion du Danemark en 2013 avec celui qui était alors son adjoint, Brian Riemer. (Photo by Lars Ronbog/FrontzoneSport via Getty Images)

« Je veux une équipe agressive, avec de l’énergie, de la vitesse et de la puissance. Je veux une équipe qui est impossible à briser, qui récupère vite le ballon, qui ne permet jamais à l’adversaire de prendre l’initiative.« , affirmait le quadragénaire danois à quelques heures d’être présenté dans son nouveau rôle à l’ombre de Saint-Guidon. « Nous ne devons pas avoir peur de commettre des erreurs, nous devons montrer que nous aimons jouer, que nous aimons divertir grâce à notre jeu et que nous sommes une équipe où les joueurs se battent les uns pour les autres, qui va récupérer vite le ballon. Cet opportunisme, cette liberté et cette confiance en soi, telle est l’équipe d’Anderlecht que je veux voir à l’œuvre« , poursuivait encore Brian Riemer.

Retour au 4-3-3

Mais ces belles paroles se traduisent-elles déjà sur le rectangle vert après deux sorties officielles, même si il est évidemment trop tôt pour juger une équipe malade avant la trêve mondiale et qui a surtout besoin de points avant de penser à assurer le spectacle devant ses partisans ?

En Coupe de Belgique, les Mauves ont largement fait douter le Racing Genk avant de finalement craquer dans les prolongations. Face à Charleroi, en championnat, il aura fallu un but contre son camp d’Adem Zorgane pour que les Mauves empochent les trois points face à des Zèbres désormais guidés par leur ancien T1, Felice Mazzu. Le derby de la capitale de ce dimanche contre une Union Saint-Gilloise, toujours invaincue en cinq confrontations depuis son retour en D1A, sera déjà un premier test important. Les vice-champions de Belgique ont bien digéré la trêve mondiale en se qualifiant contre Ostende en Coupe, avant d’infliger une défaite plus sévère aux Côtiers lors de leur deuxième venue en quelques jours du côté du Parc Duden.

Une chose est sûre au Lotto Park, le 3-5-2 de l’ère Mazzu fait définitivement parti du passé. Robin Veldman, devenu l’assistant de Riemer depuis lors, en était déjà revenu à un 4-3-3 lorsqu’il avait repris le flambeau en octobre dernier. Le Danois s’est aussi rapidement appuyé sur deux briscards sur lesquels n’avaient pas vraiment pu compter ni Mazzu ni Veldman. Adrien Trebel avait été relancé par le premier cité avant de se blesser. Son absence a sans doute accéléré l’éclosion de maux bruxellois déjà perceptibles quand il figurait dans le onze de départ. Jan Vertonghen est revenu du Qatar gonflé à bloc. Arrivé en dernière minute de Benfica en vue d’assurer sa participation à la Coupe du monde, le joueur le plus sélectionné de l’histoire diabolique n’avait jamais justifié son statut sous le précédent coach, livrant des prestations parfois catastrophiques qui ne rassuraient pas spécialement en vue de l’échéance mondiale. Il a aussi été ralenti par certains pépins physiques et a semblé en garder sous le pied afin de ne pas manquer le voyage au Qatar. Au détriment du Sporting forcément.

Jan Vertonghen a retrouvé du rythme et de la confiance avec la Coupe du monde. Et c’est la défense d’Anderlecht qui en profite. (Photo by VIRGINIE LEFOUR/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Une défense plus solide qu’avant la Coupe du monde

Lors des deux derniers matches, aux côtés d’un Zeno Debast de nouveau épatant, Vertonghen est redevenu le patron défensif que l’on attendait dans la capitale. Ce week-end, c’est avec un Hannes Delcoix, repositionné dans l’axe suite à la blessure du jeune arrière belge qui se trouve dans la liste des 40 espoirs de moins de 21 ans que l’UEFA voit briller en 2023, que Super Jan devra confirmer ce renouveau et cette solidité retrouvée d’une défense bruxelloise qui n’a pas concédé de buts lors des deux rencontres de l’ère Riemer (si l’on ne prend en compte que les 90 minutes réglementaires à Genk). Les flancs devraient être tenus, à droite, par Amir Murillo (que l’on dit convoité par Botafogo, un club brésilien) et, à gauche, par Moussa N’Diaye, qui avait été titularisé à ce poste lors de l’interim de Veldman.

Dans l’entrejeu, Riemer s’est appuyé à deux reprises sur un trio composé de Kristian Arnstad, Yari Verschaeren et Trebel, le même qui aurait pu être aligné par Mazzu en septembre dernier lors de la défaite concédée à l’Union, si le Français ne s’était pas blessé lors du match précédent. Pendant l’interim du désormais adjoint de Brian Riemer, l’entrejeu avait connu différentes variantes: Lior Refaelov avait ainsi été aligné à côté d’Arnstad et Trebel contre Genk. A l’Antwerp, c’était le duo composé de Theo Leoni et Amadou Diawara qui évoluait derrière le stratège israélien. Et Majeed Ashimeru avait même occupé la place de Leoni lors de la réception d’Eupen.

Adrien Trebel a fait du bien au coeur du jeu bruxellois et le club envisagerait désormais de le prolonger mais à un tarif nettement moins élevé que celui attribué par Marc Coucke dans son précédent contrat. (Photo by JOHAN EYCKENS/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Sauf surprise, Riemer devrait reconduire une nouvelle fois son trio des deux premières sorties afin d’assurer une certaine continuité, même si un Verschaeren peine encore à s’imposer. En front de bandière, Francis Amuzu, redevenu aussi maladroit qu’avant et Fabio Silva, toujours en panne de buts dès qu’il ne peut pas tirer des pénalties, devraient être aussi reconduits. Le Portugais reste d’ailleurs sur 615 minutes sans but de plein jeu en championnat et le total grimpe même à 1035 minutes si l’on prend en compte toutes les compétitions disputées par le Sporting. Reste à voir qui de Refaelov, aligné sur le flanc droit à Genk, ou de Mario Stroeykens, qui avait commencé lors du déplacement dans le pays noir, complètera la division offensive pour la venue du voisin Saint-Gillois.

Plus de pressing et de verticalité mais pas encore de réalisme

Contre Charleroi, les Mauves s’étaient montrés peu inspirés offensivement, en ne tentant leur chance au but que 9 fois. Ils n’avaient pas obtenu de corners et avaient commis pratiquement deux fois moins de faute que leur hôte du jour. Seule la possession avait été légèrement à l’avantage des Bruxellois, plus à la peine dans les combinaisons et qui ont abusé de longs ballons. Le pressing a aussi été effectué avec moins d’intensité que lors du déplacement en Coupe de Belgique sur le terrain de Genk où les Mauves avaient été cherché le ballon assez haut. Le jeu tente aussi de devenir beaucoup plus vertical depuis l’arrivée du nouveau coach danois sur le banc. Les Bruxellois doivent désormais prendre l’initiative au maximum, harceler le porteur du ballon quand ils ne sont pas en sa possession et ne pas tergiverser dans leurs choix quand le cuir se trouve dans leurs pieds.

Le réalisme, tout comme la faculté à se procurer des occasions, fait en revanche encore défaut puisqu’il n’y a eu qu’un seul but en deux sorties et que celui-ci est venu d’un adversaire. « On doit s’améliorer dans ce domaine-là », reconnaît Brian Riemer. « Cela se travaille sur les terrains d’entraînements. Cela ira mieux avec le temps quand les joueurs auront pleinement compris les lignes de courses et les mouvements à faire. Ils y parviendront parce qu’on a assez de qualité dans le noyau. »

Les profils à acquérir lors du mercato d’hiver

S’il se dit officiellement content de son effectif, l’entraîneur d’Anderlecht est bien conscient qu’il faut plus de qualité s’il veut remonter la pente en 2023. « J’ai toujours dit qu’il y a les titulaires, les remplaçants et les supporters. Cela illustre tout ce que le football devrait être en fait. Ce ne sont pas que 11 titulaires, c’est toute une équipe », avait affirmé le Danois au crâne rasé après la victoire à Charleroi, où Benito Raman et Anouar Aït El Hadj avaient réussi leur montée au jeu.

Cela a été expliqué plus haut, Fabio Silva peine à marquer. Le joueur prêté par les Wolves n’est pas le genre d’attaquant à rester planqué dans le rectangle avant de conclure froidement un ballon qui arriverait dans ses parages. Il est pas non plus celui qui va peser physiquement sur la défense adverse. Sebastiano Esposito et Raman ont été alignés par le passé aux côtés de Silva mais n’ont jamais convaincu. Ils ne devraient d’ailleurs pas faire de vieux os à l’ombre de Saint-Guidon. C’est donc un avant athlétique, capable d’être un point d’appui pour aider le bloc équipe à remonter, qui sera recherché en priorité par Jesper Fredberg dans les prochaines semaines. Reste à espérer que la perle rare existe et soit à un prix raisonnable pour la bourse peu remplie du RSCA.

Fabio Silva peine à marquer de plein jeu seul en pointe. (Photo by VIRGINIE LEFOUR / BELGA MAG / Belga via AFP) (Photo by VIRGINIE LEFOUR/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Le poste de latéral gauche sera aussi un autre poste qui devra être renforcé. Avec le passage à trois défenseurs, Mazzu a souvent utilisé Francis Amuzu ou Julien Duranville, ailiers de formation, dans le rôle de piston gauche. Avec le bémol qu’ils défendaient rarement bien en perte de balle. Depuis le retour à une défense à quatre, c’est un véritable arrière latéral gauche qui est nécessaire. Et depuis le départ de Sergio Gomez pour Manchester City, le profil est devenu plus rare dans le noyau.

Dans les dernières heures du mercato, les Bruxellois avaient embrigadé le jeune Sénégalais Moussa N’Diaye, en provenance du Barça B. Invité de dernière minute au Mondial, où il n’a cependant pas joué, le joueur de 20 ans est prometteur mais semble encore un peu tendre pour occuper le poste avec régularité toute une saison. C’est sans doute pour cette raison que Brian Riemer avait décalé Hannes Delcroix dans le couloir lors des deux premières sorties. La blessure de Zeno Debast, couplée à celle de Lucas Liessens et à la disgrâce de Wesley Hoedt, force le nouveau patron d’Anderlecht à recentrer Delcroix aux côtés de Vertonghen. Et en cas de blessure, N’Diaye n’aurait pas de remplaçant spécifique, même si Noah Sadiki a parfois évolué à cette position. Pour autant que ce dernier ne soit pas contraint de définitivement s’établir de l’autre côté, surtout si les rumeurs d’un départ de Murillo venaient à se confimer au cours du mois de janvier.