La fin de Thalhammer et le Cercle qui tourne en rond

C'est fini pour Dominik Thalhammer à la tête du Cercle Bruges. (Photo by KURT DESPLENTER / BELGA MAG / Belga via AFP) (Photo by KURT DESPLENTER/BELGA MAG/AFP via Getty Images)
Guillaume Gautier
Guillaume Gautier Journaliste pour Sport/Foot Magazine

Les Brugeois ne finiront pas la saison avec le coach qui l’a débutée. Comme toujours depuis leur retour dans l’élite. Analyse d’une histoire qui se répète.

Pas sûr que depuis son banc de touche, où il a célébré avec soulagement les deux buts inscrits par Thierry Ambrose, Yves Vanderhaeghe aura eu le temps de penser à l’ironie de la situation. Prédécesseur de Dominik Thalhammer sur le banc du Cercle, l’ancien milieu défensif aura coaché l’autre club de la Venise du Nord durant 27 rencontres. Autant que l’Autrichien, mis à pied dans la foulée de ce partage contre Ostende. Comme son devancier, Thalhammer aura d’abord été à l’initiative d’un redressement spectaculaire, avant de se noyer dès les premières brasses de la nouvelle saison. Un destin presque inhérent à la réalité du Cercle sous pavillon monégasque, condamné à reconstruire son noyau chaque été au rythme des prêts venus du Rocher. Parfois, la sauce met alors du temps à s’épicer. Souvent un peu trop au goût des dirigeants. Depuis l’arrivée des propriétaires étrangers, aucun coach n’a terminé une saison qu’il avait entamée à l’ombre du stade Jan Breydel.

Pourtant, Dominik Thalhammer laissera un souvenir à part. Celui d’un style de jeu particulier, exécuté à merveille quand l’énergie collective était sublimée par la pointe de vitesse et les exploits en solitaire de Rabbi Matondo. La saison dernière, le Cercle s’est ainsi offert le scalp d’Anderlecht et du Club, tout en partageant l’enjeu contre Gand, Genk, l’Antwerp et le Standard. Le tout avec un plan de jeu rôdé, un pressing en zone hérité de la nouvelle école allemande et une agressivité au-dessus de la moyenne en perte de balle. Cette année encore, les chiffres des Brugeois en matière de pressing sont sans commune mesure en Belgique, grâce aux jambes fraiches et dynamiques d’un noyau qui affiche la plus jeune moyenne d’âge des joueurs alignés cette saison (23,1 ans, selon Wyscout).

Cette année encore, Anderlecht et sa volonté de ressortir depuis l’arrière sont tombés dans le panneau, pas aidés par le carton rouge précoce d’Abdulrazak Ishaq. Le problème, pour le Cercle, c’est que les Mauves ont été leurs seules victimes depuis le coup d’envoi du championnat. La faute, notamment, à une maladresse démesurée devant les filets adverses. En neuf sorties, les hommes de Thalhammer n’ont marqué que cinq fois. Pourtant, ils ont créé 12,35 expected goals, plus qu’une équipe d’OHL qui fait figure de bonne surprise du début de saison. Une somme d’occasions qui aurait dû leur permettre de compter quelques buts, et donc quelques points supplémentaires après neuf sorties.

Si la perte de Matondo a fait baisser la productivité offensive (de 1,63 à 1,37 xG par match), c’est aussi à l’autre bout du terrain que la chute a fait pencher la balance brugeoise du mauvais côté : de 1,22 expected goal concédé la saison dernière, le Cercle est passé à 1,77. Une double perte de vitesse qui a mis un terme prématuré à l’aventure belge du coach autrichien, également condamné par la chute de l’efficacité exceptionnelle de son équipe sur phases arrêtées la saison dernière (17 buts marqués, meilleure performance nationale à égalité avec le Club), masquant plus facilement le manque d’un véritable buteur de référence aux avant-postes.

Vertical, direct et puissant, le jeu de Thalhammer n’aura pas marqué les esthètes, mais aura posé des problèmes à la grande majorité des coaches de l’élite. Un football sans patience, sanctionné par des dirigeants qui semblent également avoir suivi cette philosophie de jeu. Le spectre d’une saison à trois sièges éjectables n’est pas un argument en faveur de ceux qui réclament du temps.

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