Départs, niveau et immobilisme: pourquoi Anderlecht doute de Neerpede

La modernité de Neerpede est remise en question
Guillaume Gautier
Guillaume Gautier Journaliste pour Sport/Foot Magazine

Au coeur de la crise de régime que traverse Anderlecht, le centre de formation est pointé du doigt et Jean Kindermans remis en question. Les Mauves ont-ils oublié de faire évoluer leur académie ?

Loin d’être des titulaires incontestables quelques mois plus tôt, quand Vincent Kompany n’installait en moyenne que deux enfants de Neerpede dans le onze mauve, de plus en plus de joyaux du centre de formation bruxellois sont invités à rejoindre l’équipe en début de saison, sous les ordres de Felice Mazzù. Par la force des choses, notamment à cause de la réalité financière d’un club qui vit toujours en déficit, des joueurs comme Mario Stroeykens ou Kristian Arnstad passent de la post-formation à un costume de titulaire en puissance. Les ambitions sportives, pourtant, restent identiques. Pas les résultats.

L’importance nouvelle du rôle accordé aux jeunes talents locaux est une volonté du club. Sans franchir un palier sportif dans leur carrière, de nombreuses promesses menacent à chaque négociation de quitter le navire mauve pour poursuivre leur voyage ailleurs. L’opportunité leur est alors donnée, non seulement de plonger dans le grand bain, mais aussi de devenir des moteurs majeurs du jeu bruxellois. Englué en milieu de tableau, dans une position qui coûtera d’abord sa place à Felice Mazzù puis son interim à Robin Veldman, Anderlecht doit bien constater qu’il existe un problème avec les talents de son vivier.

Le mois de janvier, marqué par les départs trop précoces de Julien Duranville (Dortmund) et Enock Agyei (Burnley), sans même parler de celui de la jeune promesse Konstantinos Karetsas (Genk) ou de la vente d’Anouar Ait El Hadj vers le Limbourg, permet de poser le diagnostic d’un mal profondément enraciné. Aujourd’hui, dans les couloirs de Neerpede, l’ambiance est à l’exode. « On a l’impression que c’est le sauve-qui-peut. Tout le monde veut partir, parce qu’on sent de l’instabilité à tous les niveaux. Et ça ne date pas d’hier. Le départ de Vincent, c’était seulement abattre l’arbre qui cachait la forêt », glisse un accompagnateur de jeunes talents.

DOUTES SUR NEERPEDE

Quand la maison tremble, toucher aux fondations n’est sans doute pas la plus judicieuse des idées. En remettant en question le poste de Jean Kindermans à la tête du centre de formation, Wouter Vandenhaute a fait l’expérience d’une turbulence qui augmente. L’homme fort de Neerpede a fait passer la jeunesse mauve dans une nouvelle dimension voici une quinzaine d’années quand, en compagnie de Peter Smeets, il a convaincu Philippe Collin de lancer le programme Purple Talents. Les accords avec les écoles bruxelloises et le maillage qui permet de rapatrier de nombreux talents vers la capitale rapportent au fil du temps un montant à neuf chiffres, fruit des ventes de Romelu Lukaku, Youri Tielemans, Leander Dendoncker ou encore Jérémy Doku pour n’en citer qu’une partie. Une bonne décennie plus tard, certains évènements font néanmoins l’effet d’un électrochoc sur un monument à ranimer.

En quittant le Sporting pour l’Ajax, si ce n’est pas la raison principale de son départ, le prodige local Rayane Bounida précise ainsi que l’impossibilité de combiner les cours et les entraînements au sein-même du club, comme cela se fait désormais dans la plupart des centres de pointe, a pesé dans la balance au moment de faire son choix. D’autres, parmi les talents les plus cotés de Neerpede, songent aujourd’hui à poser les crampons ailleurs en pointant du doigt l’accompagnement médical défaillant, l’absence d’interlocuteur clair ou le manque d’un projet proposé pour leur avenir. Si la problématique de la fuite des talents n’est pas exclusive au Sporting, comme le montrent les départs récents vers l’étranger de Noah Mbamba, Mika Godts ou Sekou Diawara depuis d’autres clubs de l’élite, l’importance que les Mauves ont décidé de donner à leur vivier local amplifie les ennuis.

C’est au moment de pointer les sources du problème que les avis divergent. Certains historiques évoquent un club qui s’est déraciné ces dernières années. « Il n’y a plus de mauves dans le club, finalement c’est un peu comme s’ils avaient vendu à un investisseur étranger », glisse ainsi un ancien de la maison. Pour d’autres, la modernisation nécessaire est par contre difficile à mener pour un Jean Kindermans qui se reposerait trop sur ses acquis et ses réussites passées. Les premiers ramènent les exemples de Lukaku, Tielemans, Doku et le bilan financier sur le devant de la scène, les autres rétorquent que le club a plus récemment perdu Bilal El Khannouss, laissé filer le Polonais Jakub Kiwior – jugé insuffisant par René Weiler après une préparation avec les pros – ou qu’il a fallu le passage éphémère d’Emilio Ferrera à la tête des U21 pour voir émerger Alexis Saelemaekers ou Sebastiaan Bornauw (tandis que l’actuel coach des U23 de Gand avait poussé Mike Trésor vers la sortie).

Difficile de démêler l’objectivité d’un panel de témoignages forcément partiaux, mais les querelles qui se multiplient suffisent à dépeindre la crise de croissance vécue par un centre qui vivrait en grande partie sur sa réputation, et la justesse de ses scouts au moment de dénicher les phénomènes en puissance aux quatre coins du Royaume. « Neerpede, c’est un grand centre de recrutement, mais pas un grand centre de formation », sentence un ancien pensionnaire des couloirs mauves. Les désaccords internes mangent une bonne partie de la clarté que réclament les jeunes talents, et ceux qui restent malgré tout ont souvent l’appétit précoce et gargantuesque en matière de garanties, aussi bien financières que sportives. Entre primes à la signature cossues, temps de jeu réclamé très tôt chez les pros et contrats courts pour ne pas se fermer les portes d’un départ rapide vers l’étranger, l’exercice d’équilibriste des bureaux bruxellois a des airs d’opération suicide. « Je ne suis pas sûr que garder des jeunes à tout prix était la meilleure chose à faire », analyse un ancien du club. « Aujourd’hui, c’est devenu trop facile de devenir professionnel à Anderlecht. Dès les U15, si tu fais quelques bons matches et que tu es sollicité, tu reçois vite un contrat. »

Découvrez l’intégralité de cet article consacré à la situation d’Anderlecht dans votre Sport/Foot Magazine du mois de février, ou en suivant ce lien.

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