Cinq titres de champion, 356 rencontres, un Soulier d’or: voici l’héritage que laissera Ruud Vormer au FC Bruges

Ruud Vormer va quitter le FC Bruges après 8,5 années de bons et loyaux services. (Photo by Jeroen Meuwsen/Orange Pictures/BSR Agency/Getty Images)

Capitaine déchu en début de saison, Ruud Vormer va donc finalement quitter le Jan Breydel stadion après plus de 8 ans de bons et de loyaux services. Arrivé frustré de Feyenoord en septembre 2014, l’homme est devenu une icône dans la Venise du Nord. Mais quel héritage va-t-il laisser chez les Blauw en Zwart ?

On n’imaginait sans doute pas un jour voir Ruud Vormer porter un autre maillot en Belgique que celui avec les rayures bleues et noires du FC Bruges. Mais depuis ce mardi soir, c’est pourtant le cas. Après que le champion en titre ait annoncé son départ, Zulte Waregem a publié le tweet du Néerlandais dans ses nouvelles couleurs. Vormer a été loué à l’Essevee jusqu’à la fin de la saison, alors que son contrat dans la Venise du Nord arrivera à son terme au même moment. C’est une longue page de l’histoire brugeoise qui se referme avec le départ de celui qui arborait encore le brassard de capitaine lors du premier match de la saison, en Supercoupe de Belgique.

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Après ce dernier trophée acquis dans la douleur, il est tombé en disgrâce dans le club de son coeur, celui qui avait (re)lancé sa carrière après un passage sans grand succès du côté de Feyenoord. Absent la liste brugeoise pour cette campagne de Ligue des Champions, il n’a ensuite plus été repris non plus pour les compétitions nationales. C’était déjà le début de la fin pour un joueur important qui avait perdu de son impact petit à petit. Ecarté progressivement du onze de base par Philippe Clément la saison dernière, son successeur de quelques mois, Alfred Schreuder, l’avait ensuite imité dans ce choix après avoir tenté de relancer son compatriote au mois de janvier. Carl Hoefkens offrira bien une dernière chance au natif de Hoorn, mais se rendra aussi rapidement compte que le milieu de terrain batave n’avait plus trop d’essence dans le moteur, surtout dans une formation aussi ambitieuse que le Club Brugeois.

Au début de l’été, Zulte Waregem avait déjà tenté d’attirer Vormer avant qu’il retrouve un peu de crédit au début du court règne d’Hoefkens. A la fin du mercato, Danny Buijs, le coach de Malines, aurait bien voulu attirer son compatriote derrière les Casernes, mais les deux parties n’ont pas trouvé d’accord. Vormer n’est finalement pas parti non plus pour une destination exotique, là où le mercato se prolongeait plus tard dans le mois de septembre. Il est resté dans l’ombre dans le club de son coeur et après avoir lutté pendant tant d’années pour la conquête de titres dans notre Royaume, c’est désormais le combat pour maintien en D1A qui sera son nouveau quotidien. « J’ai vraiment hâte de rejouer au football », affirme-t-il dans la vidéo de sa présentation à l’Essevee. « Je risque de manquer le rythme de certains matchs, mais je veux tout donner pour Zulte Waregem afin qu’il se maintienne en D1A. »

Lancé par Louis van Gaal à l’AZ

Formé à l’AZ Alkmaar où il effectuera ses débuts professionnels en 2007 sous la direction de Louis van Gaal, le jeune milieu peine à s’imposer dans un effectif assez riche à l’époque, où l’on retrouve notamment Demy De Zeeuw, passé avec beaucoup moins de succès dans notre compétition du côté d’Anderlecht et nos compatriotes Mousa Dembélé et Sébastien Pocognoli. Après trois petites montées au jeu, il profite de la blessure de Simon Cziommer pour intégrer l’entrejeu des Kaaskoppen (ou têtes de fromage en français). Il sera titularisé pendant 13 rencontres consécutives avant de rentrer dans le rang et d’être laissé libre à la fin de la saison.

Il rebondira ensuite à Roda JC sous la conduite d’un Harm Van Veldhoven que les pelouses de Pro League ont bien connu à Lommel, au Germinal Ekeren ou au RWDM avant qu’il ne s’asseye ensuite sur les bancs, notamment, du Cercle Bruges, du Beerschot (encore GBA) ou de Westerlo. En quatre ans, Vormer s’affirme dans ce club et tape dans l’oeil de Feyenoord qui le transfère en 2012.

C’est à Roda JC, sous les ordres d’Harm Van Veldhoven (à gauche), que Ruud Vormer va réellement faire son trou dans la compétition néerlandaise. (Photo by Laurens Lindhout/Soccrates/Getty Images)

Dans la ville portuaire, il ne parvient pas à s’affirmer, tant sous les ordres de Ronald Koeman que de son successeur Fred Rutten, autre entraîneur qui n’aura pas marqué de son empreinte son éphémère passage dans notre Royaume, du côté d’Anderlecht. Après l’avoir titularisé lors du deuxième match, ce dernier ne l’aligne plus ensuite. Le FC Bruges, qui veut renforcer son entrejeu avec du muscle et de la malice tente le coup le dernier jour du mercato d’été 2014.

L’ambition de ramener les lauriers nationaux à Bruges

C’est Michel Preud’homme qui insiste pour sa venue et il va rapidement en faire une pièce importante de son entrejeu à trois, grâce à sa polyvalence et sa faculté à évoluer dans des registres de milieu défensif ou relayeur. « Je connais l’entraîneur, il apporte un football solide et positif », déclare Ruud Vormer lors de sa présentation dans la Venise du Nord. « Je sais que nous n’avons pas gagné de titre depuis 10 ans, mais je suis venu ici pour aider à changer cela. » Une lacune qui ne tardera pas à être comblée.

Avant de ramener les Blauw en Zwart sur le trône de Belgique, le Néerlandais prouve sa valeur et impose ses qualités aussi bien offensives que défensives en prenant part à 45 rencontres lors de son premier exercice en Belgique. Il marque 8 fois, délivre 4 passes décisives et contribue à la première mise en bouche sur la voie du succès, avec le gain de la Coupe de Belgique. Il s’en faut de peu pour que la bande à MPH ne réussisse le doublé. Vainqueur de la phase classique, le FC Bruges est débordé par La Gantoise au cours des Playoffs 1 et passe de peu à côté du Graal.

Ce n’est que partie remise. S’il ne joue que 69% du temps de jeu possible la saison suivante à cause de divers pépins physiques, Vormer est élu « joueur de la saison au Club Brugeois » (7 buts et 6 assists) mais surtout, il ramène enfin les lauriers nationaux au Jan Breydel stadion. Et ce ne seront pas les derniers pour celui qui, en compagnie d’Hans Vanaken, sera l’un des symboles forts de cette période faste qui va arriver pour les Blauw en Zwart.

En 2016, Ruud Vormer atteint le but qu’il s’était fixé en enfilant la vareuse du Club. Ramener le titre de champion dans la Venise du Nord onze ans après le dernier. (Photo by Christof Koepsel/Getty Images)

Il devra attendre le coup d’envoi de la saison 2017-2018 pour enfiler le brassard de capitaine autour de son biceps après les départs de Timmy Simons (retraite) et de Preud’homme. C’est Ivan Leko qui est désormais le maître à bord sur le vaisseau bleu et noir et sous sa direction, Bruges remporte un nouveau titre de champion et une nouvelle Supercoupe, après celle conquise en 2016 sous MPH. Vormer réalise surtout la saison la plus aboutie de son épopée brugeoise en termes de chiffres, avec 13 buts et 19 assists lors des 40 rencontres qu’il disputera. Il contribuera aussi à ce qui sera, avec le succès sur le même score contre le FC Porto cette saison, au plus large succès hors de ses bases du FC Bruges en Ligue des Champions. Sur la pelouse de Monaco, il marque une fois et délivre une passe décisive.

2017-18: la saison de la consécration, des records personnels et d’une main polémique

Les nouveaux lauriers nationaux sont d’ailleurs marqués par une action polémique sur la pelouse du Standard. En taclant pour récupérer le cuir dans le rectangle liégeois, Ruud Vormer parvient, grâce à l’aide (in)volontaire de son bras, à s’emparer du précieux avant de le glisser à Jelle Vossen qui égalisera et permettra à ses couleurs de s’assurer du titre. « Il n’y a pas hands. Je ferme les yeux, je me lance dans un tacle et la balle vient contre mon bras. Je ne peux rien y faire. L’arbitre a raison de prendre cette décision. Le but est valable selon moi. Je n’ai pas fait de geste. Je ne fais vraiment rien sur cette phase. Je comprends très bien la frustration du Standard. Mais je ne peux vraiment rien y faire. Je ne fais pas de faute », se justifiera le Batave après la rencontre. La comparaison de son geste à la « main de Dieu » de Diego Maradona, lors d’un quart de finale contre l’Angleterre au Mondial 86, ne sera pas à son goût: « On me l’a dit mais il l’avait fait exprès, lui ! »

A l’époque, son premier bail brugeois arrive aussi à échéance et cette faculté à ête déterminant tout au long de la saison alors que son équipe n’avait pas spécialement brillé lors de ces Playoffs 1 n’a évidemment pas échappé au duo dirigeant Bart Verhaeghe et Vincent Mannaert. « On n’a pas signé la prolongation, hein », dira encore le Néerlandais juste après ce titre. « Nous allons nous mettre à table sous peu et voir ce qu’on peut faire. Je pense que je serai encore là la saison prochaine. Mais on verra ce qui se passe. » Ce sera finalement une prolongation de contrat jusqu’en 2021 qui attendra celui qui s’était vu aussi remettre le Soulier d’or au début de l’année civile.

Ruud Vormer refusera d’être comparé à Diego Maradona après cette main qu’il estime involontaire, mais qui aidera le FC Bruges à remporter le titre de champion de Belgique en 2018. (BELGA PHOTO BRUNO FAHY)

Ruud Vormer fait alors la pluie et le beau temps au Jan Breydel et continuera à être l’un des cadres sur lesquels s’appuiera Philippe Clement lors de son retour sur le banc du FC Bruges. Le Néerlandais est devenu plus précieux que jamais à la dernière passe et en compilera 25 en deux saisons, tout en s’illustrant aussi sur la plus prestigieuse des scènes continentales au cours de la campagne 2019-20. Il marquera et donnera un assist face à la Lazio, même si Flandriens ne parviendront pas à se hisser en 1/8e de finale.

Deux autres titres de champion et une Supercoupe marqueront cette fructueuse collaboration, même si celle-ci sera ternie lors de l’automne 2021 avec quelques frictions entre les deux hommes, nées avec le retour sur le banc du désormais capitaine emblématique de la maison Blauw en Zwart. Quelques mois plus tôt, Clément et Vormer semblaient pourtant sur la même longueur d’onde alors que le capitaine batave allait prolonger une nouvelle fois son engagement avec le Club Brugeois, jusqu’en 2023 cette fois.

Philippe Clément constate son déclin lors de l’automne 2021

Mais celui qui allait rejoindre l’AS Monaco en cours de saison dernière se rend évidemment bien compte que l’impact de son capitaine est bien moins important que quelques mois auparavant. Une situation difficile à gérer surtout que le joueur n’admet probablement pas non plus sa baisse de régime.

« Tant qu’il y a des résultats, cela ne fait que couver. Mais supposons qu’il ne joue pas et que le Club perde ? Tout ça va ressurgir, puis la presse va sauter dessus. Vous avez des journalistes qui sont pro-Vormer, comme à l’époque quand Pär Zetterberg avait aussi ses soutiens », estimait Hugo Broos, ancien entraîneur du FC Bruges, qui avait aussi dû gérer le cas d’une icône moins performante lors de son passage sur le banc d’Anderlecht. « Ce ne sera plus jamais tout à fait pareil entre ces deux-là », analysait une autre légende du Club, Franky Van der Elst, dans les colonnes d’Het Nieuwsblad à l’époque. « Ce qui reste maintenant, c’est une coopération professionnelle, où la cordialité a disparu. Vormer est très populaire. Si ça va un peu moins bien, les fans l’appellent. Pour Clément, c’est ennuyeux, mais j’ai le sentiment qu’il peut le supporter. Ils doivent continuer jusqu’à la fin de la saison. Après cela, tout dépend de qui est encore là et de qui ne l’est pas. »

Après avoir été longtemps sur la même longueur d’onde, Philippe Clement et Ruud Vormer ont vu leur relation de travail se détériorer. L’entraîneur avait constaté que son capitaine n’avait plus un moteur qui tournait au même rythme qu’avant. (Photo by Joris Verwijst/BSR Agency/Getty Images)

S’il n’a pas dû attendre aussi longtemps pour voir Clement s’en aller, le capitaine n’a pas retrouvé non plus son rang avec l’arrivée de son compatriote Alfred Schreuder sur le petit banc. Après avoir tenté de le relancer en position de numéro 6, l’ancien adjoint de Ronald Koeman et de Julian Nagelsmann en arrivera à la même conclusion que son prédécesseur.

Le long feuilleton du transfert de Casper Nielsen en Flandre-Occidentale offrira sans doute un dernier espoir à l’ancien incontournable du onze blauw en zwart. L’arrivée du Danois, ainsi que celle onéreuse de Raphael Onyedika, scelleront le sort de Vormer au Club. Désormais dépassé, il n’avait même plus sa place dans le noyau.

Aussi déterminant qu’Hans Vanaken

Une fin en demi-teinte pour un homme qui aura soulevé cinq trophées de champion de Belgique, quatre Supercoupes et une Coupe nationale. Le capitaine, sacré Soulier d’or 2017 et élu deux fois joueur brugeois de la saison, aura porté les couleurs bleue et noire à 356 reprises, marqué 63 fois et délivré 95 passes décisives. Il aura donc été impliqué dans une réalisation de son équipe dans 44,3% des duels auxquels il aura pris part. C’est presque aussi bien qu’un Hans Vanaken qui a placé son pied dans un but dans 45,3% des rencontres qu’il a disputées depuis son arrivée à Bruges. C’est dire l’impact qu’aura eu Vormer dans l’entrejeu des triple champions de Belgique en titre.

Vormer n’arrive cependant même pas dans le top 10 des joueurs ayant disputé le plus de matches sous les couleurs brugeoises. Le dixième, Sven Vermant, en a ainsi disputé 411 alors que le record est détenu par Franky Van der Elst, avec 616 apparitions sous la tunique bleue et noire. Ce dernier est aussi celui qui est resté le plus longtemps capitaine depuis les années 80 (8 saisons), mais Vormer arrive en deuxième position avec cinq années, en compagnie de Jan Ceulemans. Timmy Simons a aussi porté le brassard le même nombre d’années, mais réparties sur deux périodes.

Hans Vanaken et Ruud Vormer sont les symboles de ce FC Bruges qui s’est installé au sommet de la hiérarchie belge de notre football. (Photo by Joris Verwijst/BSR Agency/Getty Images)

« Le transfert de Ruud a été une grande réussite pour toutes les parties. Ruud a conquis une place dans la liste des légendes du club et sera lié aux Blauw en Zwart pour toujours. Nous lui souhaitons beaucoup de succès dans la suite de sa carrière et nous le remercions chaleureusement pour tout ce qu’il a fait pour le Club », écrira Vincent Mannaert, le CEO du FC Bruges dans le communiqué annonçant le départ de Vormer. « Le Club de Bruges restera à jamais mon Club. J’y ai vécu 8,5 années merveilleuses et réussies et je ne peux que regarder cette période avec gratitude. Je tiens à remercier sincèrement tout le monde au Club et tous les supporters et je vous reverrai certainement à l’avenir ! », dira pour sa part l’icône déchue qui ne se sera pas plainte de ces adieux en demi-teinte et tiendra même à souhaiter bonne chance à Carl Hoefkens lorsque celui-ci sera démis de ses fonctions de T1 au cours de la dernière trêve des confiseurs.

A la fin du mois de janvier, le 29 pour être précis, Ruud Vormer retrouvera déjà les couleurs de son coeur, qui viendront le saluer pour un déplacement au Gaverbeek. Le contexte sportif fragile de son nouveau club ne fera pas de ses retrouvailles un moment de fête. Il espère sans doute que l’Essevee puisse se maintenir parmi l’élite afin de revenir au Jan Breydel stadion l’an prochain et d’y recevoir la standing ovation du peuple Blauw en Zwart. Pour autant bien évidemment qu’il y soit encore dans quelques mois. Car l’avenir à moyen terme d’un joueur qui fêtera ses 35 printemps le 11 mai prochain reste évidemment entouré de nombreux points d’interrogation.