Speaking of the Devils | Sari Kees : « Le fait que peu de gens croient en eux peut motiver les Diables »

Sari Kees a connu une ascension supersonique au sein des Red Flames. (Photo by Tullio M. Puglia/Getty Images)
Aurelie Herman
Aurelie Herman Journaliste pour Sport/Foot Magazine

Quatre mois après le quart de finale historique des Red Flames à l’EURO 2022, c’est au tour des Diables rouges de porter haut les couleurs belges sur la scène internationale. À quelques heures d’un Mondial qui risque d’en dire beaucoup sur l’avenir de la sélection masculine, la parole est aux Flames, pour évoquer leurs Diables de référence. Aujourd’hui, Sari Kees, la révélation féminine de l’année 2022.

Avec les vieux en défense, ça ne va pas le faire pour les Diables au Qatar ! » C’est en substance la crainte qui anime toute la Belgique à l’aube d’une Coupe du monde qui sonne comme le chant du cygne pour la « Génération dorée ». Toby Alderweireld (33 ans) et surtout Jan Vertonghen (35 ans) semblent en effet loin de ce prime atteint au crépuscule des années 2010. Une situation qui est l’exact inverse de ce qui a lieu chez les Red Flames, où l’axe défensif semble promis à la paire Amber Tysiak (22 ans) – Sari Kees (21 ans) dans les années à venir. Et vu l’EURO sorti par la deuxième citée, on se dit que tout cela s’annonce plutôt bien pour la sélection féminine.

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Élue Joueuse du Match lors de la qualification un peu folle des Flames contre l’Italie le 18 juillet dernier, Kees est sans doute LA révélation belge de l’année, alors qu’elle était à la base censée être la doublure d’une Tysiak qui a enchaîné quelques galères sous le maillot national ces derniers mois. Jeune mais déjà capitaine d’un OHL leader de la Super League, la défenseuse pose un regard acéré sur le secteur le plus questionné des Diables rouges.

« OK, ils ne sont plus de première jeunesse, mais ils compensent avec leur expérience, ça aide, hein », affirme Sari. « Peut-être qu’il manque un peu de liant entre des joueurs sur la fin et des jeunes qui vivent leur premier grand tournoi, ceci dit. » On pense notamment à Zeno Debast, 19 ans, qui comme elle a connu une trajectoire supersonique ces derniers mois, pour passer des U23 d’Anderlecht à un billet validé pour le Qatar. « Quand je suis arrivée en sélection, c’était en septembre 2021 », se remémore la Louvaniste. « Je me disais : « Waw c’est tellement pro ». Ce n’était pas facile de débarquer dans cette équipe et d’être acceptée. Mais quelques mois plus tard, ça allait. Et ses premières minutes sous le maillot national, c’est ultra stressant. Je comprends ce que Debast peut ressentir. Tout le monde connaît les qualités de Dries Mertens ou Kevin De Bruyne, mais si tu es nouveau, tout le monde t’attend au tournant. Et si tu ne sors pas une grosse prestation, tu vas être jugé sur la première impression. Ça met pas mal de pression sur tes épaules. »

« Je dois apprendre à tacler plus, ça peut sauver bien des situations », explique Sari Kees, ici en action contre l’Islande à l’EURO. (Photo by Harriet Lander/Getty Images)

Un leadership à la Vertonghen

Coup de bol pour lui, Debast devrait d’abord rester dans l’ombre de ses glorieux aînés que sont Alderweireld et Vertonghen. Un recordman de caps avec les Diables (141 apparitions avant l’Égypte) qui est peut-être le joueur qui ressemble le plus à Kees. « Pour son calme, son leadership », complète-t-elle. Des qualités que la joueuse cultive depuis les catégories de jeunes. Et si Jan et Sari accusent une différence d’âge de quatorze ans, la comparaison s’impose grâce au rôle de capitaine qu’ils occupent parfois. « Même si mes qualités de meneuse doivent encore plus s’exprimer chez les Flames, où je suis entourée de joueuses plus âgées », précise l’héroïne de Belgique-Italie, considérée comme « une leadeuse née » par Zenia Mertens, sa coéquipière à OHL.

« Ce qu’il me manque de Vertonghen, c’est entre autres ce coaching et cette expérience qui ne viendront qu’avec le temps. » Tout comme cette « facilité » avec le ballon que possède le natif de Sint-Niklaas, le genre de gars qui joue simple et n’a pas besoin de « s’encombrer de fioritures pour lancer une attaque ».

Ce n’était pas facile de débarquer chez les Red Flames et d’être acceptée. Tout était tellement pro…

Sari Kees

Leander Dendoncker, le grand oublié

Une sobriété qui est un peu la marque de fabrique de Kees depuis ses débuts… et qu’elle partage également avec Leander Dendoncker, qui devrait lui être le troisième larron titularisé avec les deux « ancêtres » dans le trio défensif de Roberto Martínez. « C’est vraiment un joueur sous-coté, car il a un super contrôle de balle et excelle quand il s’agit de renverser le jeu. En fait, c’est l’intelligence de jeu incarnée », s’enthousiasme Kees. « La vision tactique, c’est peut-être dans ce domaine que je dois le plus progresser », ajoute-t-elle, précisant qu’elle doit gagner en lucidité au moment de prendre la bonne décision balle au pied.

Impossible évidemment de ne pas évoquer Toby Alderweireld, sachant que le taulier de l’Antwerp sera vraisemblablement préposé à la base de lancement des Diables. Car si l’ancien de Tottenham et de l’Atlético a perdu de sa vitesse dans les duels, son jeu long, lui, reste d’une exquise qualité. On ne s’étonnera donc pas de retrouver l’international sur le podium des joueurs de champ les plus habiles dans cet exercice en Jupiler Pro League (7,8 longs ballons réussis par rencontre). « C’est typiquement une arme que je n’utilise pas suffisamment, alors que je sais aussi distribuer le ballon de cette façon, je dois pouvoir oser plus », indique Kees à ce propos.

Si tu es attaquante et que tu dois te coltiner Sari en un contre un, crois-moi, tu vas avoir peur.

Zenia Mertens, équipière de Sari Kees

Oser plus, voilà deux mots que Sari Kees emploiera à plusieurs reprises au cours de notre entretien. Oser jouer plus long, donc, mais aussi tacler plus, histoire de s’offrir ce petit kick d’adrénaline qui vous parcourt l’échine au moment de jouer le tout pour le tout, à en croire la défenseuse. « Ça sauve bien des situations en plus… » Une confiance en soi qui viendra elle aussi à mesure que la joueuse enchaînera les heures de jeu. Et lui permettra peut-être de se rendre aussi intransigeante que le binôme Alderweireld-Vertonghen, jadis, chez les Spurs. Au vu de la complémentarité avec Tysiak tant chez les jeunes Flames qu’en club à Louvain, on en salive déjà…

Un subtil mélange

Le leadership de Vertonghen, l’assurance dans les duels d’Alderweireld (« Si tu es attaquante et que tu dois te coltiner Sari en un contre un, crois-moi, tu vas avoir peur », dixit à ce propos Zenia Mertens), la sobriété de Dendoncker, Sari Kees partage en plus la polyvalence de ce dernier. À l’aise dans le couloir, « sa préférence va toutefois à l’axe », avoue la Limbourgeoise. Ce qui est sûr, c’est que la numéro 19 des Red Flames apparaît comme une sorte de mix entre les trois gardiens du château belge. « Mais je n’ai pas encore atteint leur niveau », tempère cette dernière. Le calme et la maturité, toujours…

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Un niveau dont on espère qu’il sera suffisamment haut pour viser un résultat significatif au Qatar. « Je ne pense pas qu’ils iront aussi loin qu’en Russie », débute Kees, qui explique avoir soigneusement préparé son planning pour osciller entre les matches et ses moments d’étude pour ses examens. « Mais je pense que le fait que peu de gens croient en eux peut les motiver. Ils y vont pour la gagne, en tout cas. Je ne crois pas que beaucoup de gens s’imaginaient que les Red Flames iraient jusqu’en quarts à l’EURO. Contre l’Italie, par exemple, ça s’est joué à peu de choses, et pourtant, c’est passé. Il y a tellement d’éléments qui entrent en jeu… Il y a le tirage, il faut être bon à l’instant T, être frais. »

Ou disposer d’une jambe bien placée pour détourner un tir qui prenait la bonne direction en toute fin de rencontre. En juillet, c’était celle de Sari Kees. Et en novembre ?