Sebastiaan Bornauw: « De Bruyne a aussi passé des paliers importants à Wolfsburg »

Sebastiaan Bornauw: "À Wolfsburg, j'ai ma copine, mon chien, mes amis de temps en temps, il ne m'en faut pas beaucoup plus pour être heureux." © GETTY

Sebastiaan Bornauw ne sait plus s’il doit encore s’autoriser à rêver de la Coupe du monde au Qatar, mais reste convaincu que la saison à venir peut être celle qui lui fera gravir un ultime échelon. Sacré défi quand on toise déjà le double mètre.

Entre deux coups de panache de Wout Van Aert, trois parties de Spikeball et une préparation estivale à la sauce Niko Kovac, Sebastiaan Bornauw a trouvé le temps de plier en deux ses 192 centimètres sur une chaise de bureau à première vue assez inconfortable. Il en profite pour revenir sur quatre années de Bundesliga étonnantes et un apprentissage compliqué de la vie en Diable. Parce qu’on peut avoir un physique de sprinteur – dixit Patrick Lefevere himself – mais préférer les efforts au long cours.

La reprise de la saison, c’est aussi la fin des vacances. Comme chaque année, celles des footballeurs ont fait jaser. Surtout celle de Karim Benzema à Miami. Dans une vidéo, le Français a résumé ses vacances à des sorties au volant de grosses voitures de sport et des aller-retour en jet privé. Tu comprends que la vidéo ait pu choquer?

SEBASTIAAN BORNAUW: Pour moi, chacun fait ce qu’il veut avec son argent. Si lui, ça le rend heureux de faire ça, qu’il le fasse. Moi, honnêtement, je ne suis pas éduqué comme ça. Je suis plutôt de l’école à se lever tôt et travailler dur. Mais la vie a donné à Karim un talent particulier qui lui permet de gagner très bien sa vie. Tant mieux pour lui quelque part. Moi, je ne pense pas que je voudrais de cette vie-là. Ça ne me fait pas rêver, mais chacun son truc. Personnellement, je place la famille au centre de tout. Je suis conscient du privilège que j’ai de très très bien gagner ma vie. C’est l’industrie qui veut ça. Et aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, le football est devenu un business comme un autre.

Pour moi, si Mazzù gagne le titre l’année prochaine, ce sera aussi le mérite de Vincent » Sebastiaan Bornauw

Qu’est-ce que tu as fait de tes vacances?

BORNAUW: J’ai coupé pendant quatre ou cinq semaines. Ma copine était tout juste graduée en droit donc j’ai attendu qu’elle finisse ses examens et ensuite on est parti fêter sa réussite ensemble au Vietnam. J’aime bien l’idée de découvrir de nouvelles cultures. Vous allez penser que ça change des vacances stéréotypées des footballeurs à Dubaï ou Miami, mais je vous rassure, je ne suis pas parti en sac-à-dos non plus. Moi aussi, j’aime bien fréquenter les beaux hôtels. Donc on s’est aussi fait plaisir (il rit).

Sebastiaan Bornauw face à Erling Haaland la saison dernière en Bundesliga.
Sebastiaan Bornauw face à Erling Haaland la saison dernière en Bundesliga.© GETTY

« Je rêve de l’Angleterre, tout le monde le sait »

L’air de rien, tu vas déjà attaquer ta quatrième saison de Bundesliga. Avec quelles ambitions?

BORNAUW: Je suis à Wolfsburg et j’y suis bien. La suite, on verra. Je rêve de l’Angleterre, tout le monde le sait. Mais il faut encore voir comment je vais évoluer dans les prochains mois. J’aime bien l’idée de me dire que je fonctionne par cycle de deux ans. On verra ensuite si je serai prêt. Mais peut-être que je ne le serai pas. Et que je prendrai mon envol dans une, deux ou trois années.

Tu ne t’estimes pas prêt aujourd’hui pour évoluer en Premier League?

BORNAUW: Peut-être que je pourrais l’être, mais il faut aussi trouver le club parfait. La vérité, c’est que je suis heureux à Wolfsburg. Ici, j’ai ma copine, mon chien, mes amis de temps en temps, il ne m’en faut pas beaucoup plus pour être heureux. Je suis un villageois à la base. Ça ne me dépayse pas de trop de vivre ici ou c’est vrai que sur papier, il n’y a pas grand-chose à faire. Après, j’habite entre Wolfsburg et Brunswick, qui est moins industriel, plus chaleureux. L’un dans l’autre, je m’y retrouve pas mal. De toute façon, pour moi, le bonheur est dans les petites choses.

Le Bayern qui se renforce avec Sadio Mané, Dortmund obligé de laisser filer Erling Haaland. Sur papier, on dirait que l’écart est parti pour continuer de se creuser inévitablement entre le Bayern et les autres?

BORNAUW: Ça va quand même fortement dépendre aussi du choix de Robert Lewandowski (le Polonais n’avait pas encore rallié le Barça au moment de l’interview, ndlr). Et puis, je trouve moi que Dortmund aussi a bien transféré. Avec des jeunes comme Adeyemi de Salzbourg, Schlotterbeck de Fribourg, Özcan de Cologne. Pour moi, l’écart n’est pas forcément parti pour se creuser, loin de là. Nous aussi d’ailleurs, on aura notre carte à jouer. On visera les places européennes, surtout, on voudra faire mieux que l’an dernier ou clairement, les objectifs n’ont pas été atteints.

Van Bommel? Autant le joueur était une crapule, autant l’homme est vraiment un bon gars. Et c’est un entraîneur honnête. » Sebastiaan Bornauw

« Wolfsburg est le club idéal pour passer des paliers importants »

Notamment en Ligue des Champions. Ce qui avait pourtant, on l’imagine, fortement pesé dans la balance au moment de faire ton choix. Au final, tu n’y auras connu que deux titularisations…

BORNAUW: À la fin de ma première saison à Cologne, j’aurais pu faire d’autres choix. Il y avait notamment un club italien qui me voulait, mais je ne voulais pas partir après une seule saison. Et je voulais franchir un palier en Allemagne. Donc quand Wolfsburg s’est présenté à trois matches de la fin de saison en 2020-2021, je n’ai pas hésité une seconde. D’autant qu’il y avait en effet la perspective de la Ligue des Champions. Malheureusement, on ne peut pas tout contrôler. Je me suis blessé au mauvais moment et je savais aussi que la concurrence serait plus grande qu’à Cologne. D’autant que le club venait de finir deuxième meilleure défense de Bundesliga sans moi. J’ai donc naturellement dû travailler dur pour gagner ma place. C’est ce que je voulais et ça m’a permis de grandir. J’ai évolué et je me sens aujourd’hui beaucoup plus fort. Plus calme au ballon, plus propre au duel, je n’ai d’ailleurs pris que trois cartons jaune cette saison, plus mature en fait. Mais ça ne me surprend pas. Avant moi, Kevin De Bruyne et Koen Casteels ont passé des paliers importants à Wolfsburg. C’est le club idéal pour ça.

Sebastiaan Bornauw:
Sebastiaan Bornauw: « Kovac veut faire de nous des bêtes physiques. »© GETTY

L’Antwerp a jeté son dévolu sur Mark Van Bommel à l’intersaison. Qu’est-ce qui fait que ça n’a pas marché pour lui à Wolfsburg et en quoi peut-il être l’homme de la situation à l’Antwerp?

BORNAUW: (Il rigole). Qu’est-ce que je peux vous dire sur Van Bommel? Quand il était joueur, ce n’était pas à proprement parler le gars que le grand public aimait bien. Mais c’était une de ses qualités d’arriver à se faire détester par ses adversaires. Clairement, les numéros 10 qui aimaient bien taquiner le ballon, ils n’aimaient pas jouer contre lui. Au début, à Wolfsburg, on faisait tourner des vidéos de ses highlights sur YouTube sur le groupe WhatsApp. Vous irez voir, c’est marrant et il y a quelques perles. Il y a des bons tacles glissés aussi. Ça nous faisait marrer. Mais en tant que coach, c’est vraiment un super mec. Autant le joueur était une crapule, autant l’homme est vraiment un bon gars (il rit). Et c’est un entraîneur honnête. Très proche de son groupe. Le bon mix entre le Néerlandais et l’Allemand finalement. Quelqu’un qui cherche à jouer au foot, mais qui aime bien la grinta aussi. Qui est très attaché au côté athlétique, sans ballon.

Comment tu expliques les nombreuses critiques dont il a fait l’objet en Allemagne? Et le peu de crédit qui a été le sien?

BORNAUW: C’est difficile à comprendre selon moi. Après quatre matches, on était en tête du championnat avec douze points sur douze, le meilleur départ de Wolfsburg depuis des années. Clairement, son bilan en Ligue des Champions ne l’a pas aidé. On est resté en contact après son départ. Et on a encore parlé un peu. Je le vois réussir à l’Antwerp, en tout cas je lui souhaite. À condition qu’il finisse derrière Anderlecht au final (il rit).

« Parfois, le foot, ce sont aussi des egos »

Tu nous tends la perche. Tu as été étonné du départ de Vincent Kompany en fin de saison dernière, trois ans seulement après son arrivée à l’été 2019?

BORNAUW: Oui, j’ai été surpris par son départ, mais qu’est-ce que vous voulez? C’est la décision du club. Parfois, le foot, ce sont aussi des egos. Il y a des choses qui se passent. Je suis sûr que les gens qui prennent les décisions le font pour le bien du club. Après, je ne connais pas les détails. Et peu importe finalement. Ce qu’on peut regretter, c’est qu’il n’ait pas gagné la Coupe. Il aurait mérité de partir avec un trophée. Après, je pense qu’il a aussi posé un choix très pertinent en partant à Burnley. Il espère monter dès sa première saison et découvrir la Premier League dans la foulée avec un effectif qu’il aura construit. C’est tout ce qu’on peut lui souhaiter. À Anderlecht, il a posé la première pierre de quelque chose. Il ne faudra pas l’oublier si d’aventure l’Anderlecht de Felice Mazzù devait jouer les premiers rôles cette saison. Pour moi, si Mazzù gagne le titre l’année prochaine, ce sera aussi le mérite de Vincent.

Niko Kovac, il me rappelle Vanhaezebrouck. Il veut faire de nous des bêtes physiques, ça m’a rappelé ma première prépa avec Hein à Anderlecht. » Sebastiaan Bornauw

Après Kompany et Van Bommel, entre autres, tu as découvert une autre pointure en la personne de Niko Kovac. Quelles sont les premières impressions que te laisse l’ancien entraîneur du Bayern et de Monaco?

BORNAUW: Déjà, c’est quelqu’un qui jouit d’un énorme respect en Allemagne. Parce que c’est un gros travailleur. Je peux vous dire qu’il nous en demande déjà beaucoup. Il veut faire de nous des bêtes physiques et ça se ressent très clairement (il rit). On a fait beaucoup de travail de fond pendant la préparation en Autriche. Ça m’a rappelé ma première prépa avec Hein (Vanhaezebrouck, ndlr) à Anderlecht. Celle-là non plus, je ne suis pas prêt de l’oublier. Ils sont un peu dans le même mood tous les deux. Ils peuvent nous faire courir dans les bois avant le petit déjeuner ou après le souper, sans que ça ne surprenne personne. Mais ce que j’aime bien avec Kovac, c’est que ça se termine quand même souvent avec ballon. Ce n’est pas de l’athlétisme, quoi. Même si après deux séances de près de trois heures par jour, tu ne peux faire qu’une chose, c’est dormir. C’était pareil avec Hein. Physiquement, ça fait mal, mais mentalement, après ça, tu te sens invincible. L’autre jour, j’ai croisé Patrick Lefevere, le directeur sportif de Quick-Step. Il m’a justement dit que j’avais un bon physique de sprinteur, que j’étais bien sec. Qui sait si grâce à Niko Kovac ou Hein Vanhaezebrouck, je ne pourrais pas un jour penser à une reconversion (il rit)?

Sebastiaan Bornauw:
Sebastiaan Bornauw: « Contre le Burkina Faso, après mon erreur, je fais un bon match et l’équipe garde le zéro. »© GETTY

« Le Mondial reste un objectif, mais je ne serais pas malade de ne pas en être »

Comment tu expliques qu’après un match déjà compliqué contre la Suisse avec les Diables (en novembre 2020) pour ta première titularisation, on t’a à nouveau senti peu à ton aise contre le Burkina Faso en mars?

BORNAUW: Contre la Suisse, je ne veux pas me trouver d’excuses, je n’ai pas été bon. Point. Le problème, c’est que cette première sélection, elle reste inconsciemment ou non dans un coin de ta tête. Donc quelque part, je crois que si je fais à nouveau une petite erreur en début de match contre le Burkina, c’est peut-être encore lié à ça. Le point positif, c’est que derrière, je fais un bon match et que l’équipe garde le zéro. J’ai donc réussi cette fois-ci a passer outre mon erreur. Il y a un ou deux ans, ça n’aurait pas été le cas et je me serais peut-être effondré. La, finalement, dans un contexte pas évident, j’ai prouvé que j’étais capable de me remettre à l’endroit.

Il y a donc, même dans un match amical, une pression supplémentaire à se produire en équipe nationale plutôt que dans un match à enjeu en Bundesliga?

BORNAUW: C’est surtout qu’en club, tu as six semaines de préparation. Tu connais tout le monde, le coach te connaît par coeur. Encore une fois, ce n’est pas une excuse, c’est un constat. Après le Burkina, j’ai parlé avec Roberto. Je suis quelqu’un d’assez introverti de nature. D’ordinaire, je n’aime pas trop parler après un match, mais là, on a discuté de cette phase du début de match. Lui était surtout content que j’aie pu faire le clic dans ma tête.

Reste que tu n’étais pas dans le groupe de Roberto Martínez début juin pour les quatre matches de Ligue des Nations. Tu penses qu’il te reste une chance d’intégrer la liste des 26 pour la Coupe du monde?

BORNAUW: Il y a toujours une chance. Mais il ne faut peut-être pas oublier que j’étais blessé en fin de saison et que c’est ce qui a justifié en partie le fait que je ne sois pas repris avec les Diables. Avant le match contre Stuttgart fin avril, je me suis occasionné un pneumothorax en heurtant violemment le poteau à l’entraînement. J’ai craché du sang, j’ai passé une nuit à l’hôpital, ça a été assez violent. Ce qui fait que j’ai loupé les deux matches suivants et seulement regoûté au terrain lors du dernier match contre le Bayern, mais de manière tout à fait symbolique parce que le coach voulait offrir une standing ovation à John Anthony Brooks qui nous quittait. À partir de là, j’ai été en contact avec le staff de l’équipe nationale et j’ai été assez transparent sur ma situation. Je n’étais pas à 100%.

Plus que la Coupe du Monde 2022, on a l’impression que les vrais rendez-vous de votre génération viendront après. Dès l’EURO 2024 déjà où il s’agira d’assurer la relève. Tu te sens prêt?

BORNAUW: Le Mondial reste un objectif, mais je ne serais pas malade de ne pas en être. Je suis réaliste. Vous avez raison, c’est surtout l’après Mondial que notre génération va devoir gérer. Certains vont peut-être quitter le noyau et il y aura des places à prendre. À moi d’être prêt à ce moment-là parce qu’à un moment ou un autre, il va y avoir un gros mouvement de génération. Et il va falloir accepter que la plus belle génération de l’histoire du football belge tourne progressivement la page. On va devoir assurer, on le sait. Certains disent que nos aînés n’ont rien gagné. Mais nous, on sait ce que ça représente d’avoir été à ce niveau-là pendant dix ans. D’avoir joué la gagne dans tous les tournois. C’est énorme de réussir à faire ça sur une si longue période.