Le dynamiteur est devenu un sablier : comment Eden Hazard peut-il encore sauver la Belgique ?

Bien en-dessous du niveau du joueur qui nous avait ébloui dans le passé, Eden Hazard a été à la peine contre l'Egypte. Peut-il encore aider les Diables rouges à décrocher un résultat lors de cette Coupe du monde ? BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR (Photo by VIRGINIE LEFOUR / BELGA MAG / Belga via AFP) (Photo by VIRGINIE LEFOUR/BELGA MAG/AFP via Getty Images)
Guillaume Gautier
Guillaume Gautier Journaliste pour Sport/Foot Magazine

Loin de son niveau de 2018, Eden Hazard reste précieux pour les Diables, dans un registre différent : celui qui doit leur permettre d’exister face au pressing.

Les souvenirs sont comme les dribbles : des coups de poignard. Ceux qu’Eden Hazard avait l’habitude de planter dans les chevilles adverses s’attaquent maintenant aux cœurs belges. Les vidéos d’il y a quatre ans, témoignages impérissables d’un homme tellement audacieux qu’il s’était permis de choisir la musique qui fait danser le Brésil, forment aujourd’hui un contraste douloureux avec la réalité d’un numéro 10 incapable d’effacer un défenseur égyptien. Si le manque de rythme d’Hazard oblige à conserver l’usage du conditionnel, on dirait bien qu’Eden ne dribble plus. Ou presque. Sept petits dribbles réussis en 252 minuscules minutes accordées par Carlo Ancelotti cette saison. Aucun lors de ses deux dernières sorties diaboliques. De quoi affûter les dents de la concurrence, entre un Jérémy Doku alimenté à la dynamite lors de sa montée au jeu contre les Pharaons et un Leandro Trossard qui fait voler Brighton. Pour la première fois depuis ses premiers coups de reins internationaux, l’opinion belge semble prête à se passer de son magicien du siècle. Comme si ses tours éculés le rendaient irrémédiablement superflu.

L’unique certitude, c’est que l’Eden Hazard de 2018 n’existe plus. Évaporé à cause des années qui pèsent sur le bassin. De 5,56 dribbles réussis par match lors du Mondial russe, sa moyenne nationale est passée à 3,43 depuis le coup d’envoi de l’EURO 2021, et même à 1,59 si on ne prend en compte que ses apparitions diaboliques de l’année 2022. Forcément, quand les différences individuelles deviennent rares, les occasions d’agiter le marquoir s’amenuisent : entre le début de l’année 2020 et les premiers pas sur le sol qatari, le capitaine des Diables ne facture qu’un but et trois passes décisives en rouge en 17 apparitions. Ses 17 apparitions précédentes s’étaient soldées avec huit buts et huit assists. Le gouffre donne le vertige.

La fin du Hazard dominant des derniers mètres doit-elle pour autant signifier la fin de son règne belge ? Lors du dernier EURO, il avait quitté la pelouse blessé au bout de la rencontre face au Portugal sans avoir tenté le moindre tir au but, ni même offert une fenêtre de frappe à un coéquipier. Au marquoir, c’est son frère Thorgan qui lui vole la vedette. Pourtant, Eden est bien le héros discret de la victoire belge. En deuxième période surtout, alors que le siège portugais est plus irrespirable que jamais, chaque ballon qui atteint les pieds du capitaine le transforme en bouée. Contrôles orientés, fautes obtenues, ballons conservés sous pression : Hazard rejoue, en mode mineur, sa partition brésilienne de Kazan. Le crochet est plus emprunté, donc les respirations plus brèves, mais même quelques secondes d’inhalation restent un précieux outil de survie quand on a la tête sous l’eau. Eden est une bouteille d’oxygène. Un sablier. Une clé, surtout.

Le capitaine des Diables n’est plus l’homme qui permet à son équipe de forcer les portes de la surface adverse mais est devenu, sans doute plus que jamais, sa clé principale pour ouvrir celles de l’autre moitié de terrain. (Photo by Shaun Botterill – FIFA/FIFA via Getty Images)

Avec ou sans dribble, l’atout majeur d’Eden Hazard est là. Un centre de gravité toujours bas, des fesses assez puissantes pour tenir les jambes adverses à distance confortable du ballon, et une faculté à recevoir et conserver une passe de 25 mètres claquée entre les lignes qui le rend sans égal dans le paysage national. Posé devant un milieu de terrain qui a toujours les jambes qui tremblent quand l’adversaire vient presser avec hauteur et ambition, le numéro 10 décroche, conserve les ballons et parvient même parfois à se retourner pour faire avancer le jeu. Dans une équipe aux jambes qui vieillissent, pas toujours sécurisée quand elle vit sous pression, la passe de Jan Vertonghen vers Eden Hazard reste une valeur sûre. Le capitaine des Diables n’est plus l’homme qui permet à son équipe de forcer les portes de la surface adverse mais est devenu, sans doute plus que jamais, sa clé principale pour ouvrir celles de l’autre moitié de terrain. Contre la France en Ligue des Nations, quand les Belges ont malmené les Bleus en fin de première période, c’est un cran plus bas et sur les épaules du milieu français qu’Hazard est venu dominer le ballon, utilisant ensuite la vitesse des jambes de Yannick Carrasco pour oublier le déclin des siennes.

C’est finalement une inversion des pouvoirs que la Belgique pourrait vivre, en raison de la nouvelle réalité vécue par son homme-clé d’hier. Là où ils avaient confié la route vers les trente derniers mètres à Kevin De Bruyne et celle de l’occasion de but à Eden Hazard depuis un bail, c’est désormais KDB qui a la main sur la zone de vérité. Pour le servir dans de bonnes conditions, qui d’autre qu’Eden quand l’adversaire décide de mener la guerre jusqu’aux abords de la surface de Thibaut Courtois. Après tout, un capitaine avec les cuisses qui vieillissent ne peut-il pas être un excellent lieutenant ?

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