Des leçons de Shevchenko au rôle du psychologue: qui est vraiment Roman Yaremchuk, le plus gros transfert entrant du FC Bruges et du championnat belge

FARO, PORTUGAL - JULY 15:Roman Yaremchuk of SL Benfica during the SL Benfica v OGC Nice - Trofeu do Algarve match at Estadio Algarve on July 15, 2022 in Faro, Portugal. (Photo by Carlos Rodrigues/Getty Images)
Steve Van Herpe
Steve Van Herpe Steve Van Herpe est rédacteur de Sport/Voetbalmagazine.

Après une saison au Portugal, l’attaquant ukrainien de 26 ans retrouve la Jupiler Pro League. Portrait de la nouvelle acquisition du FC Bruges qui devient le transfert entrant le plus cher de l’histoire du championnat belge.

En août 2017, un jeune homme timide de 21 ans pose ses valises à Gand. Son nom n’est alors pas connu du public belge. Il s’agit de Roman Yaremchuk. Grâce à un tuyau de l’agent de joueurs Christophe Henrotay, le jeune international ukrainien débarque à la Ghelamco Arena pour une somme d’environ 2 millions d’euros. Les négociations avec le Dynamo Kiev ont été éprouvantes, mais juste à la fin du mercato, les Buffalos parviennent à s’attacher les services de l’attaquant.

Sergey Serebrennikov, agent, mais aussi ancien joueur du Club et du Cercle Bruges, tient Yaremchuk en haute estime à l’époque : « Il fait partie des plus grands talents d’Ukraine », déclare-t-il dans notre magazine. « Lors d’un prêt à Oleksandria, il a pu se montrer et le Dynamo Kiev l’a alors rappelé en milieu de saison. Dans la capitale ukrainienne, il se retrouvait bloqué par des attaquants expérimentés comme Dieumerci Mbokani et Júnior Moraes. Gand est la bonne équipe pour lui, ils essaient de jouer au football. En Ukraine, la plupart des équipes évoluent de manière très défensive et les attaquants attendent les contres et comptent surtout sur leur vitesse pour faire la différence. À La Gantoise, Yaremchuk pourra jouer sur ces atouts, mais aussi compléter sa palette. Je le vois bien percer en équipe nationale à un moment, car la place de numéro 9 n’a pas de propriétaire attitré actuellement », poursuivait Serebrennikov.

Lors du dernier Euro, il avait atteint les quarts de finale avec l’Ukraine (défaite contre l’Angleterre) et marqué à deux reprises. (Photo by Robbie Jay Barratt – AMA/Getty Images)

Des paroles prophétiques, car Yaremchuk s’est illustré avec son pays lors de l’Euro 2021. L’Ukraine n’a été éliminée qu’en quart de finale par l’Angleterre et Yaremchuk a terminé le tournoi avec deux buts à son compteur, un contre les Pays-Bas et un contre la Macédoine du Nord. Son éclosion en équipe nationale s’explique sans doute en grande partie par la présence d’Andriy Shevchenko sur le banc. L’ex-attaquant de pointe croit fermement dans les qualités de Roman Yaremchuk et c’est lui qui l’a lancé en sélection en 2018. Shevchenko lui apprend à être plus calme devant le but. Il insiste sur le fait qu’un attaquant doit marquer et ne pas trop frapper le ballon. De plus, selon l’ancien sélectionneur national et star de l’AC Milan, il est toujours intéressant de tout savoir sur son adversaire direct. Des leçons que Yaremchuk a continué à garder dans un coin de sa tête.

« Merci Eva »

Il a fallu du temps pour transformer l’Ukrainien en redoutable attaquant de profondeur. Ses premiers mois à Gand ont été très difficiles. Yaremchuk était en méforme physique et son anglais médiocre compliquait ses discussions avec le groupe et son staff. Dans un premier temps, il s’entraînait avec les espoirs. Dans celui-ci se trouve d’ailleurs un certain Giorgi Chakvetadze, la pépite géorgienne de La Gantoise. Les capacités athlétiques de Yaremchuk sont améliorées grâce à un programme d’entraînement personnalisé. L’Ukrainien doit suivre un régime alimentaire stricte, réaliser de nombreux exercices de fitness et des séances d’entraînement supplémentaires.

Yves Vanderhaeghe est un entraîneur qui a pris le temps d’écouter les problèmes de confiance en lui qu’avait Roman Yaremchuk (Picture by Vincent Van Doornick / Isosport)

Le travail paie, car il va commencer à planter ses premières roses sous la direction d’Yves Vanderhaeghe, au début de l’année 2018. L’actuel entraîneur d’Ostende l’aligne au poste d’ailier gauche et lui donne beaucoup de confiance. Le jeune ukrainien a besoin de ce soutien parce qu’il a une mauvaise estime de lui-même. Il confie ce problème à Vanderhaeghe alors qu’il ne parvient pas à marquer lors des rencontres en déplacement. C’est pourquoi l’entraîneur introduit un système de rotation : Yaremchuk sera titulaire pour les matches à domicile, tandis que Mamadou Sylla sera dans le onze de base pour les duels en déplacement.

Entre-temps, La Gantoise fait appel à la psychologue Eva Maenhout. Cette dernière va travailler avec l’Ukrainien sur son manque de confiance en lui. Yaremchuk a été élevé dans un pensionnat de Kiev de ses dix à seize ans. Il vient d’un régime où il fallait travailler et se taire.

« En travaillant avec Eva, j’ai pris conscience de ce qui passait dans ma tête », racontait Roman Yaremchuk à Sport/Foot Magazine en 2019. « Une fois par semaine, après le match, nous nous rencontrions. Puis elle m’a demandé un jour : à quoi penses-tu avant le match, pendant celui-ci et quand tu marques un but … ? C’était comme si j’étais de retour sur les bancs de l’école, mais j’ai trouvé cela intéressant. J’ai appris à contrôler le stress, à me concentrer, à rester positif et à ne pas penser aux choses négatives tout le temps, même après un mauvais match. Ce travail a renforcé ma confiance et m’aide à être fort et calme devant le but. Je dois dire « merci Eva » », conclut le nouvel attaquant du FC Bruges.

La confiance de Jess Thorup

Avec l’arrivée de Jess Thorup en octobre 2018, Yaremchuk va franchir un palier. Le coach danois met en place un système 4-4-2, dans lequel Jonathan David évolue en soutien du duo d’attaquants composé de Laurent Depoitre et de l’Ukrainien. Ce trident fera merveille et permettra aux Buffalos d’obtenir de très bons résultats. L’opportunisme du meneur de jeu canadien se combine à la perfection à la puissance du Tournaisien et à la profondeur recherchée par l’Ukrainien.

Thorup est également un entraîneur qui communique beaucoup avec ses joueurs, ce qui est un facteur important pour Yaremchuk. « Jamais de ma vie je n’ai vu un entraîneur comme Jess », racontait l’Ukrainien dans notre magazine. « Il parle à chaque joueur individuellement après chaque match, y compris ceux qui n’ont pas joué. Ils vous demande comment vous vous sentez et comment va votre famille. C’est pour cela qu’il est respecté par nous tous », détaille Yaremchuk.

Roman Yaremchuk garde de bons souvenirs de sa collaboration avec Jess Thorup qui avait instauré un trident offensif où l’Ukrainien évoluait aux côtés de Laurent Depoitre avec Jonathan David en soutien. (Photo by Vincent Van Doornick/Isosport/MB Media/Getty Images)

Pendant ce temps, les statistiques de Yaremchuk ne cessent de s’améliorer, avec comme cerise sur le gâteau, ses 23 buts et 8 passes décisives lors de la saison 2020-21 (toutes compétitions confondues). C’est son dernier exercice à la Ghelamco Arena. Un exercice qui avait pourtant mal commencé avec le licenciement inattendu de Thorup, le mauvais choix de casting avec László Bölöni et la solution intérimaire de Wim De Decker en attendant le retour d’ Hein Vanhaezebrouck. Les nombreux changements d’entraîneur ont provoqué beaucoup de frustration dans le groupe des joueurs. Et l’Ukrainien est l’un des rares joueurs de l’équipe premières à exprimer ses sentiments au monde extérieur. Une preuve évidente qu’il est devenu plus sûr de lui-même. Au début du mois d’octobre 2020, il menace même son club de s’en aller, mais cela ne restera que des paroles.


Un attaquant à remettre en selle

Lors de l’été 2021, La Gantoise profite de la meilleure saison de Yaremchuk pour le transférer à Benfica en échange de 17 millions d’euros. À Lisbonne, où il évolue aux côtés du nouvel attaquant de Liverpool, Darwin Núñez, il ne parvient pas à s’imposer, notamment en raison d’une blessure à l’œil, d’une infection au coronavirus et d’un changement d’entraîneur. « Benfica est un grand club et la pression qui y règne ne doit pas être sous-estimée », affirmait l’attaquant devant les caméras de l’UEFA. Il tentait d’expliquer les raisons de sa saison irrégulière dans la capitale portugaise. « C’était mon choix de venir ici et je ne le regrette pas, mais j’attends beaucoup plus de moi-même« , rajoutait aussi Roman Yaremchuk.

Une déclaration typique d’un homme qui place toujours la barre très haut en termes d’objectifs personnels. C’est maintenant à lui de se montrer à la hauteur des grandes attentes du FC Bruges. Car sa pancarte où sera inscrit le chiffre de 16 millions d’euros risque de braquer tous les regards sur lui. « Le football est tellement imprévisible. Parfois vous êtes sur le cheval, parfois vous êtes en-dessous », avait un jour dit le nouveau fer de lance Blauw en Zwart. C’est désormais à Carl Hoefkens de remettre rapidement en selle son attaquant.

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