Sara Björk Gunnarsdóttir : « Comme mère, je n’avais plus aucun avenir à l’Olympique Lyonnais »

TURIN, ITALY - OCTOBER 13: Sara Bjork Gunnarsdottir of Juventus poses for a photo during the Juventus UEFA Women's Champions League Portrait session at on October 13, 2022 in Turin, Italy. (Photo by Lorenzo Palizzolo - UEFA/UEFA via Getty Images)
Steve Van Herpe
Steve Van Herpe Steve Van Herpe est rédacteur de Sport/Voetbalmagazine.

Dans « The Players’ Tribune », l’internationale islandaise de 32 ans raconte comment l’Olympique lyonnais l’a lâchée lorsqu’il a appris qu’elle était enceinte.

« Je sais que cette histoire ne sera pas du goût de certaines personnes puissantes dans le milieu du football. Tu n’es pas censé parler de cette aspect du métier. Mais je dois dire la vérité », commence Sara Björk Gunnarsdóttir, internationale islandaise qui porte aujourd’hui les couleurs de la Juventus. Ceux qui ont suivi le parcours de nos Red Flames lors du dernier Euro ont eu l’occasion de la voir à l’oeuvre lors du premier match. Dans « The Players Tribune », une plateforme où les athlètes du monde entier peuvent raconter leur histoire avec leurs propres mots.

Lors de l’été 2020, la milieu de terrain avait quitté Wolfsburg pour rejoindre l’Olympique lyonnais, le club de référence dans le football féminin. Plusieurs grandes stars féminines y évoluent encore aujourd’hui comme Wendie Renard, Amandine Henry, Dzsenifer Marozsán, Catarina Macario, Sara Däbritz ou la première Ballon d’or Ada Hegerberg. « Tu ne peux pas aller plus haut », affirme Gunnarsdóttir.

Gunnarsdóttir sous les couleurs de Lyon contre son ancienne équipe de Wolfsburg. (Photo by Alejandro Rios/DeFodi Images via Getty Images)

En mars 2021, l’Islandaise est tombée enceinte. « Quand j’ai vu le test de grossesse, j’étais bien sûr très heureuse. Ce n’était pas prévu, mais je savais que j’étais avec le partenaire avec lequel je voulais fonder une famille et je n’ai pas pensé une seconde à ne pas avoir le bébé. Mais au fond de votre esprit, vous vous sentez toujours un peu coupable ou quelque chose comme ça. Comme si tu laissais tomber les gens », raconte Gunnarsdóttir.

Elle se demandait alors comment allaient-ils réagir les dirigeants de son club ? Après avoir consulté le médecin de l’OL, elle a d’abord décidé de ne rien dire à personne. Mais elle n’a bientôt plus pu cacher sa grossesse. « Alors je l’ai dit à tout le monde. Toute l’équipe était dans le vestiaire à ce moment-là. Le directeur, le staff technique, les physiothérapeutes, ils étaient tous là », explique celle qui est aussi la capitaine de la sélection islandaise.

Tout le monde semblait très heureux pour elle. Mais d’autres questions se sont aussi posées car elle était la première joueuse professionnelle de l’histoire de l’Olympique lyonnais à tomber enceinte. Elle voulait aussi réintégrer l’équipe après sa grossesse.

Il a été convenu avec le directeur général de l’Olympique Lyonnais, Vincent Ponsot, que Sara Björk Gunnarsdóttir passerait les prochains mois de sa grossesse en Islande. Elle pourrait ainsi être suivie médicalement dans sa langue maternelle et sa famille serait proche d’elle.

Le 27 octobre dernier, Sara Bjork Gunnarsdottir, qui défend aujourd’hui les couleurs de la Juventus, retrouvait Lyon en Ligue des champions. Elle semble bien seule au milieu de toutes ses anciennes partenaires. Sans doute comme c’était le cas à l’OL au moment de sa grossesse. (Photo by Jonathan Moscrop/Getty Images)

Elle n’a plus touché de salaire

Le 1er avril, la joueuse s’est envolée pour son pays natal, soulagée que tout le monde à l’OL ait répondu si positivement à sa grossesse. Mais c’est à partir de ce moment que le cauchemar a commencé. À la fin du mois, elle a découvert que son salaire n’avait pas été versé, mais seulement une petite somme provenant de la sécurité sociale. En mai, rebelote. Toujours pas de salaire.

L’OL n’a pas répondu à ses questions pendant un long moment. Ponsot l’a alors informé que ses salaires d’avril et de mai seraient payés, mais qu’elle ne recevrait plus rien après cela. Le directeur du club français a passé au crible la législation française pour s’assurer de la légalité de sa décision.

Cependant, depuis janvier 2021, il existe une réglementation de la FIFA qui concerne les congés de maternité des footballeuses professionnelles. Comme Lyon faisait la sourde oreille à cet élément juridique, Sara Björk Gunnarsdóttir a fait appel au syndicat des joueurs français et au syndicat international des joueurs, la FIFPro.

« Si Sara va à la FIFA avec ces éléments, elle n’aura plus aucun avenir à Lyon », a laissé savoir Vincent Ponsot. « J’étais sous le choc », confie l’internationale islandaise sur le site « The Players’ Tribune ». « Honnêtement, je me suis sentie blessée. Toute cette situation me rendait folle. Tout ce que je voulais, c’était profiter de ma grossesse tout en continuant à m’entraîner dur (course, natation et exercices de musculation, ndlr) pour me remettre sur pied après l’accouchement. Mais au lieu de cela, je me suis sentie confuse, stressée et trahie », avoue-t-elle.

Un avenir bouché à l’OL

L’Olympique Lyonnais lui a donné l’impression, même après son retour au début de l’année 2022, que le fait d’avoir eu un bébé était « une chose négative ».

Le directeur général Vincent Ponsot estimait toujours qu’il ne comprenait pas pourquoi la joueuse avait fait appel à la FIFPro mais que c’était son plein droit. Le président Jean-Micheal Aulas l’a complètement ignorée, elle et son fils en bas âge. Sonia Bompastor, l’entraîneuse de l’équipe, a déclaré sans prendre de pincettes qu’elle ne voyait plus d’avenir pour elle dans son équipe.

« Je me sentais tellement épuisée par tous ces combats. Il était clair que le résultat était le suivant : en tant que mère, je n’avais pas d’avenir à Lyon. Ils allaient me rendre la tâche impossible », explique-t-elle.

Sara Bjork Gunnarsdottir avec son fils Ragnar, âgé d’un an. (Photo by James Gill – Danehouse/Getty Images)

Victoire

En mai de l’année dernière, la FIFA a rendu son verdict dans ce dossier : l’Olympique lyonnais devra payer l’intégralité des arriérés de salaire de Sara Björk Gunnarsdóttir. Une somme d’environ 82 000 euros. Le club rhodanien a décidé de ne pas faire appel.

« Cette victoire allait bien au-delà de ma simple personne. C’était comme une garantie de sécurité financière pour tous les joueuses qui ont un enfant au cours de leur carrière », conclut la capitaine islandaise, soulagée.

La milieu de terrain de 32 ans ne joue désormais plus pour l’OL, mais pour la Juventus. Elle a d’ailleurs retrouvé son ancien club voici quelques semaines en Ligue des Champions. Son petit garçon Ragnar va bientôt fêter son premier anniversaire.

L’affichage de ce contenu a été bloqué pour respecter vos choix en matière de cookies. En cliquant sur « Voir le contenu », vous acceptez les cookies. Vous pouvez modifier vos choix à tout moment en cliquant sur « Paramètres des cookies » en bas du site.
Voir le contenu

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici