Qui est Jakub Kiwior, la nouvelle recrue d’Arsenal qui n’a jamais percé à Anderlecht ?

Contrairement à Albert Sambi Lokonga, Jakub Kiwior a rejoint Arsenal sans percer à Anderlecht. (Photo by Stuart MacFarlane/Arsenal FC via Getty Images)

Les étrangers passés par les équipes d’âge de Neerpede peinent souvent à évoluer avec l’équipe première. Illustration avec Jakub Kiwior, titulaire au coeur de la défense centrale polonaise et transféré à Arsenal, alors qu’il n’a pas réussi à marcher sur les traces de Marcin Wasilewski du côté de Saint-Guidon. A Neerpede, le Polonais a côtoyé Jérémy Doku ou Yari Verschaeren, mais aussi un certain Albert Sambi Lokonga avec lequel il va à nouveau partager un vestiaire.

Le nom de Jakub Kiwior n’évoquait pas grand chose à beaucoup de monde en Belgique avant que nos Diables rouges n’affrontent la Nations League en juin dernier. En effet, à moins d’être un suiveur assidu des équipes d’âge d’Anderlecht, ce jeune Polonais était relativement inconnu du grand public. Cette semaine, il s’est pourtant offert un transfert à 25 millions du côté d’Arsenal, quelques heures après l’officialisation de la venue de notre compatriote Leandro Trossard. Titulaire incontestable au sein de l’axe central défensif polonais lors de la dernière Coupe du monde, il débarque de Spezia en Italie où il a connu une progression fulgurante ces derniers mois. Ce défenseur central gaucher est capable d’évoluer aussi comme latéral ou comme milieu défensif. Un homme qui devrait, sur le papier, être capable de se fondre facilement dans l’Arsenal très flexible de Mikel Arteta en offrant des solutions de rotations pour l’axe central composé habituellement par William Saliba et Gabriel Magalhães. Peut-être dépannera-t-il à gauche si d’aventure Olkesandr Zinchenko et Kieran Tierney devaient être absents. Il peut aussi offrir une alternative à Thomas Partey, l’habituel pare-choc des Gunners cette saison.

C’est la Belgique qui a sans doute, enfin, donné un petit coup de pouce à ce joueur de 22 ans pour lancer sa carrière internationale. La débâcle historique (6-1) subie par la Pologne contre les Diables rouges en Ligue des Nations, en juin dernier, a sans doute joué un rôle dans sa titularisation quelques jours plus tard contre les Pays-Bas. Jakub Kiwior avait pris, aux côtés de Jan Bednarek, la place de Glik, 34 ans, le monument Bialo-czerwoni qui compte 102 apparitions sous le maillot blanc aux lignes rouges. Depuis lors, le sélectionneur Czeslaw Michniewicz l’a à chaque fois titularisé et il a disputé les quatre rencontres de son pays (éliminé en 1/8e de finale par la France) lors du Mondial au Qatar. Pourtant notre pays n’a pas réussi à lancer la carrière professsionnelle de celui qui a vu le jour à Tychy le 15 février 2000.

Le « Roberto Carlos de Tychy »

C’est dans cette ville située dans la région administrative de Silésie et connue pour être un des lieux de production de la Fiat 500 qu’il a passé sa jeunesse. Cette localité est aussi réputée pour brasser une bière, la Tyskie.

Est-ce que ce lien avec un breuvage houblonné l’a naturellement poussé vers un club dont la famille de l’ancien président fut à l’origine de la brasserie Belle-Vue ? Toujours est-il qu’après avoir été formé au GKS Tysty, l’équipe de sa localité natale, Kiwior débarque en 2016 à Neeperde, pour la somme de 13000 euros. En Pologne, celui qu’on surnomme Kuba (le diminutif de Jakub), a découvert le football grâce à son père qui l’a emmené à une séance d’entraînement du club paroissial de Chrzciciel Tychy, alors qu’il n’avait que quatre ans. Krzysztof Berger, son premier entraîneur va l’emmener avec lui deux ans plus tard dans le club Grom, qu’il a fondé.

Kiwior a été placé dans un groupe avec des garçons âgés de trois ans de plus que lui. « Je l’ai aligné dans le couloir gauche où il était notre « petit robot ». Il avait une superbe frappe du pied gauche et il a marqué beaucoup de buts grâce à elle. Un vrai cadeau », se remémore Berger pour le média polonais Super Express.

Cette patte gauche redoutable va lui valoir un surnom : « Roberto Carlos » ! Kuba avait aussi le « caractère combattif » du latéral brésilien qui fit les beaux jours du Real Madrid. Krzysztof Berger explique aussi que le jeune homme était très sérieux et très ponctuel. « S’il avait ne serait-ce qu’une minute de retard à une séance d’entraînement, il ne voulait pas entrer sur le terrain. Il était têtu. Parfois, je regardais mon père lutter pour le persuader de participer à l’entraînement », se souvient un Berger, plutôt hilare au moment de raconter l’anecdote.

Amené à Anderlecht par l’agent de Wasyl

Lors qu’il pose ses valises à Anderlecht en juillet 2016, les commentaires à l’égard du jeune défenseur sont d’ailleurs élogieux. Après les tests auxquels Kiwior a participé à Bruxelles quelques mois avant sa venue définitive, on écrit qu’il est encore meilleur que ce que l’on en disait. Dans un article de l’époque, l’on peut notamment lire que le Polonais « est considéré comme l’espoir de son pays car il possède toutes les qualités d’un défenseur moderne : l’agilité, la vitesse, la force (il mesure 186 cm à 16 ans), une bonne lecture de jeu et une très belle technique, avec notamment une belle frappe du pied gauche. »

Jakub Kiwior a même été capitaine de sa sélection dans les équipes d'âge.
Jakub Kiwior a même été capitaine de sa sélection dans les équipes d’âge.© iStock

C’est Michel Thiry qui est à l’origine de sa venue dans le club le plus titré du Royaume. L’homme connaît bien le marché polonais, puisqu’il gérait des intérêts d’un autre joueur ayant laissé un excellent souvenir au Parc Astrid : Marcin Wasilewski. L’homme aux longs cheveux blonds cachés sous un bandana a même été commentateur dans ce pays pour la chaîne SportKlub, qui appartient à Canal + Pologne. Pour Thiry, les qualités de Kiwior étaient évidentes, comme il l’expliquait à La Dernière Heure dernièrement :« Ses qualités, notamment sa force, sa taille, sa vitesse et son excellent pied gauche, étaient déjà présentes lorsqu’il est arrivé à Anderlecht »

« C’est une promesse qui n’a que seize ans, il est gaucher et il n’a pas le même style que Marcin. J’aime beaucoup son calme, son sang-froid et sa maturité »« , analysait l’agent belge au moment de présenter son poulain en 2016. Ce dernier évoquait pour sa part les raisons de son choix en faveur des Mauves : « Je suis très heureux de signer ici. Il y avait de l’intérêt de grands clubs polonais et du Borussia Dortmund. Anderlecht a été le premier à s’intéresser à moi puis à faire une offre. Je ne voulais pas aller ailleurs. »

« On ne peut que lui souhaiter d’avoir le même palmarès que Marcin dans sa carrière », rajoutait de son côté Michel Thiry. Si l’on ne peut pas encore dire quel sera le palmarès de Kiwior lorsqu’il rangera les crampons, il n’égalera en tout cas pas celui de Wasyl au Parc Astrid. Il n’a disputé aucune rencontre avec l’équipe première bruxelloise, comme d’autres joueurs étrangers arrivés très jeunes à Neerpede. Avant l’éclosion du Norvégien Kristian Arnstad lors des derniers Play-offs, il fallait remonter à Edo Kayembé pour trouver trace d’un bambin mauve perçant en équipe première avec une autre nationalité que la Belge.

René Weiler ne l’avait pas estimé prêt

Lors de la saison 2016-17, René Weiler l’avait invité à participer aux entraînements des A, mais le Suisse, qui ne l’estimait pas encore prêt pour ce niveau, le renverra ensuite avec les U21 où il restera jusqu’en 2019 (Hein Vanhaezebrouck ne lui a pas non plus donné sa chance), avant de partir librement. Anderlecht recevra cependant 10.000 euros de frais de formation pour un joueur dans lequel il ne croyait pas vraiment.

Difficile de dire pourquoi, Jakub Kiwior ne s’est pas totalement épanoui dans la capitale belge. Le garçon est pourtant resté sérieux pendant ces années. Il envisageait que son avenir ne puisse pas se dessiner dans le football professionnel. Il a donc continué de suivre des cours par correspondance avec une école de son pays pour décrocher son diplôme. A Bruxelles, Kiwior n’a pas toujours eu le temps d’étudier comme l’explique le média polonais Gol24. Il se levait à 6 h 30 pour suivre, à 8h20, les cours dans une école francophone, avec le néerlandais comme langue supplémentaire. Après cela, il rentrait à la maison pour se préparer en vue de la séance d’entraînement de 18 heures, qui durait généralement jusqu’à 22 heures. Les mercredis, les cours se terminaient à midi avant d’enchaîner avec deux séances d’entraînement.

Ce mardi, Jakub Kiwior pourrait de nouveau affronter Dries Mertens.
Ce mardi, Jakub Kiwior pourrait de nouveau affronter Dries Mertens.© iStock

La Slovaquie pour rebondir, l’Italie pour se révéler

Après son passage à Anderlecht, Kiwior va rebondir au sein du modeste FK Zeleziarne Podbrezova, club du championnat slovaque qui lutte pour éviter la rélégation. Après six mois, 16 rencontres et un but , le défenseur cental convainc le plus réputé MSK Zilina de dépenser 250.000 euros pour le faire venir. Un investissement qui va s’avérer judicieux puisqu’il sera revendu pour quasiment dix fois ce prix à Spezia, l’été dernier (2,2 millions d’euros).

Chez le septuple vainqueur du championnat slovaque, Kiwior devient indiscutable dans l’axe de la défense. Il ne remportera aucun trophée, malgré un titre de vice-champion et une finale de la Coupe nationale. Il disputera 61 matches en deux saisons pour le MSK, marquera 4 fois et donnera 5 passes décisives, grâce à ses qualités de relanceur. Ce sont ces dernières qui vont probablement convaincre Spezia de le transférer.

Le Polonais n’a pas éprouvé de difficultés à s’adapter à une compétition italienne bien plus exigeante que la Slovaque. Il est apparu à 22 reprises en Serie A et a disputé 61% du temps de jeu possible. Cependant, après une première dans la charnière centrale, contre l’Inter, où il se distingue négativement en provoquant un pénalty suite à une faute de main, il est replacé au milieu du terrain par Thiago Motta, son entraîneur. Ses qualités défensives couplées à la précision de son pied gauche vont apporter beaucoup et l’Aquilotti va sauver sa peau au sein de la plus haute division du football transalpin.

Prolongé jusqu’en 2025, Jakub Kiwior va retrouver sa place en défense centrale cette saison. Le directeur sportif Riccardo Pecini a renforcé l’entrejeu de l’équipe avec l’accord du nouvel entraîneur, Luca Gotti. Ce dernier a aligné le Polonais à 13 reprises à gauche de son trident défensif. Mais contre la Lazio, Kiwior avait dû dépanner dans un rôle de piston gauche, son entraîneur repensant sûrement au surnom de « Roberto Carlos de Tychy ». La Spezia était reparti de la Ville éternelle avec une lourde défaite 4-0 dans ses valises. Contre le Cremonese de Cyriel Dessers, Gotti avait aligné un quatre arrière avec Mattia Caldara et l’international gallois Ethan Ampadu en défense centrale. Le joueur polonais était monté d’un cran aux côtés de Mehdi Bourabia et Kevin Agudelo. Le résultat ne fut pas exceptionnel avec un partage 2-2. Lors des rencontres où Kiwior a évolué en défense, La Spezia n’a gardé ses filets inviolés que lors de la rencontre inaugurale. Que ce soit en défense centrale, en sentinelle voire sur le flanc gauche, la percée ratée d’Anderlecht est de toute façon loin un lointain souvenir pour Jakub Kiwior.

Il a cotôyé Sambi Lokonga, Doku et Verschaeren chez les jeunes à Anderlecht

Elle s’écrira désormais désormais du côté de Londres où il retrouvera un garçon qu’il a côtoyé dans la salle d’attente de la maison mauve dans la catégorie des U17, U19 et U21, Albert Sambi Lokonga. Ce dernier est d’ailleurs légèrement plus âgé que son nouveau coéquipier. Sur ses réseaux sociaux, Kiwior avait d’ailleurs partagé un cliché de ses années mauves (un match de Youth League contre l’Admira Wacker qui s’était terminé sur un 0-0) où l’on retrouve certains visages connus du côté de Saint-Guidon. On retrouve en effet Jéremy Doku, au centre en bas, et Yari Verschaeren, tout à droite en bas. Si tous ces joueurs ont reçu leur chance au sein de l’équipe première bruxelloise, aucun n’a pour l’instant connu le vécu international de leur ancien compère polonais.

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