Mi-homme mi-machine: même en Angleterre Erling Haaland semble inarrêtable

La défense de Manchester United n'avait pas su rester zen face à Erling Haaland lors du premier derby de la saison face à Manchester City . (Photo by Michael Regan/Getty Images)

Avec trois buts et deux passes décisives, Erling Haaland n’a pas fait dans la dentelle contre Manchester United lors de son premier derby. Ce dimanche après-midi, la manche retour est prévue du côté d’Old Trafford. Une fois de plus, tous les regards seront tournés vers le colosse norvégien qui ne s’arrête pas de marquer.

Par Süleyman Öztürk de Voetbal International

Il ressemble au dieu nordique du tonnerre, Thor. Il est grand, il est fort et il est rapide. Erling Haaland est effrayant pour celui qui doit se frotter à lui. Il possède une puissance phénoménale et semble inarrêtable une fois lancé. Sa férocité semble augmenter à chaque but. Un commentateur de la télévision allemande a un jour expliqué cette sensation lors d’un match de Pokal (la Coupe d’Allemagne) du Borussia Dortmund. « Brrrr », s’est-il contenté de marmonner juste après la montée au jeu de l’attaquant. Une énergie particulière se ressentait dans tout le stade à ce moment.

Ce mois-ci, cela fera trois ans que le phénomène scandinave a déposé sa carte de visite dans le monde du football de haut niveau. Pour sa joyeuse entrée en Bundesliga, contre Augsbourg, il marque immédiatement un triplé. Le Norvégien monte sur le pré alors que son nouveau club est mené 3-1. Trois minutes plus tard, il débloquait déjà son compteur. 23 minutes auront suffi pour son premier coup du chapeau en terre allemande. Dortmund l’a finalement emporté sur le score de 3-5. Six jours plus tard, il remettait le couvert contre Cologne en s’offrant un doublé, alors qu’il était encore sorti du banc en cours de rencontre. Un de ses coéquipiers a plaisanté après ce deuxième match en disant que ses performances s’étaient détériorées très rapidement.

Tout se résume au même constat. Quand Haaland traîne dans les parages, vous avez l’impression qu’une tempête tropicale se déchaîne à chaque fois. 59 minutes lui auront suffi pour mettre la Bundesliga à ses pieds. Deux remplacements spectaculaires qui lui vaudront directement le trophée de joueur du mois. Plus un tas de nouveaux surnoms et une pléthore de superlatifs.

Il y a trois ans, Haaland mettait la Bundesliga à ses pieds en 59 petites minutes. (Photo by TF-Images/Getty Images)

Il n’en a pas été autrement en juillet 2018, lorsqu’il a effectué ses débuts professionnels dans la compétition norvégienne, contre Brann Bergen. Avec quatre buts tombés de ses pieds dans les 21 premières minutes, tout le monde a compris que le Molde FK possédait dans ses rangs un phénomène qui avait hérité d’un don spécial. Il n’avait que 17 ans et il semblait évident qu’il n’allait pas s’éterniser dans son pays natal. « Ce match a été important pour ma carrière », a déclaré Haaland dans le magazine FourFourTwo. « J’avais connu une préparation difficile, j’étais malade depuis longtemps, mais je me souviens de ce match comme si c’était hier. Marquer quatre buts, c’est merveilleux. Ce jour-là, j’ai découvert comment marquer encore plus de buts ». Cette dernière remarque semble un euphémisme. Depuis le début de la saison 2019-20, il a marqué 183 buts en 188 matches, toutes compétitions confondues, en club et en sélection.

Depuis sa première rose plantée dans les parterres de la Ligue des champions sous les couleurs du Red Bull Salzbourg, des dizaines d’analystes ont tenté de le cataloguer. Il existe toutes sortes de types de joueurs à l’aune desquels les nouveaux talents peuvent être évalués. Dans le cas de Haaland, cette recherche s’est rapidement avérée vaine. Après tout, à quel ancien joueur ressemble-t-il vraiment ? Dans la plupart des comparaisons, il sera toujours soit trop rapide, soit trop fort, soit trop grand. Avec son dos légèrement courbé et ses bras qui se balancent quand il sprinte, il ressemble plus à l’avatar d’un jeu de football qui n’est pas tout à fait chanceux. D’ailleurs cette course si particulière a été reproduite à l’identique dans le jeu FIFA. Haaland est une sorte de super-héros anguleux avec des pouvoirs spéciaux. On comprend aussi que ce ne sont pas tous les humains qui peuvent les avoir.

Son élévation est aussi impressionnante. Il a les capacités motrices de quelqu’un qui serait plus petit de dix ou vingt centimètres. En attendant, il doit trimballer son corps de colosse. Plus on le regarde et plus il marque de buts. Le puzzle à compléter pour définir son véritable profil devient encore plus compliquer à terminer. A qui ressemble-t-il de toute façon ? Nous devrions peut-être en conclure que nous sommes face à un joueur totalement nouveau. Il est sans doute le tout premier de son espèce, un attaquant qui n’a sans doute jamais existé auparavant. L’idée de dire qu’il a été fabriqué dans un laboratoire n’est peut-être pas si folle. Haaland est un étrange mélange de caractéristiques fortes qui, d’une manière ou d’une autre, s’assemblent à la perfection.

Ses six premiers mois en Angleterre n’ont qu’épaissir le mystère. Qui est-ce ? Qu’est-ce qu’il est ? Rétrospectivement, les points d’interrogation quant à son adaptation de l’autre côté de la Manche semblent ridicules aujourd’hui. Certans doutaient de sa faculté à s’intégrer dans le football chorégraphié de manière robotique par Pep Guardiola. En déchaînant un torrent de buts, le jeune homme a mis fin au débat. Après chaque objectif atteint, il attend avec impatience le suivant. Ainsi va la vie d’Haaland.

L’instinct du buteur a toujours coulé dans ses veines. Dans les équipes d’âge de Bryne FK, il marquait dans tous les angles et toutes les positions. Peu importe sa position sur le rectangle vert, il savait où il devrait se trouver pour faire trembler les filets. Comme s’il était en mesure de dessiner le schéma d’une attaque plus vite que quiconque.

Dan Burn, le défenseur de Newcastle, en est arrivé à la même conclusion après d’être frotté à lui en août dernier. Il avait remarqué un rythme de mouvement différent. « À plusieurs reprises, Kevin De Bruyne n’avait même pas encore reçu le ballon qu’il était déjà en train de courir », a analysé le latéral gauche après le match.

Un sens de l’anticipation hors du commun

Comme le stratège belge qui est désormais son coéquipier et voit souvent aussi tout avant tout le monde, Haaland anticipe aussi ce qui va arriver comme peu de joueurs en sont capables dans ce monde. Sa puissance et sa vitesse sont des outils fantastiques, mais son véritable secret réside dans quelque chose d’autre. Guardiola connaissait la force létale de l’arme qu’il aurait à sa disposition. Il avait vu suffisamment de buts et de matches de Dortmund pour se faire une bonne idée. Pourtant, il a admis en octobre dernier avoir quand même été surpris par son avant-centre norvégien. Il était bien meilleur et plus intelligent dans les petits espaces que ce que l’entraîneur espagnol soupçonnait. « Il marque souvent parce qu’il se déplace très bien sur le terrain. Il est très intuitif », affirmait le technicien catalan.

Don Pep a découvert que l’attaquant reste actif même en mode veille. « Si le jeu lui échappe et qu’on ne le voit pas pendant un certain temps, il peut soudainement devenir décisif. Juste comme ça sur un éclair. Je suis vraiment surpris par sa mentalité », détaillait le manager de City plus tôt dans la saison. « Nous connaissions ses qualités, mais nous ne savions pas comment il se comporterait dans des situations où il n’allait pas être impliqué pendant 20 minutes. Il n’est jamais en dehors d’un match, il est toujours concentré. C’est difficile de marquer un but quand on ne peut pas souvent toucher le ballon. Mais il garde cette conviction, cet engagement, même quand il ne semble pas très impliqué dans le jeu », racontait encore Guardiola au sujet de son prodige scandinave.

Même s’il le connaissait très bien avant de le faire venir à City, Pep Guardiola a affirmé avoir encore été surpris par son nouveau protégé. (Photo by Joe Prior/Visionhaus via Getty Images)

Ses courses dans et autour des seize mètres peuvent être proposées comme matériel d’étude aux attaquants difficiles à marquer. Dortmund et Guardiola ont rapidement compris que sa taille détournait l’attention de ses réelles possibilités. Haaland est un garçon sérieux qui possède une grande capacité d’adaptation et une grande perspicacité. Il apprend rapidement de nouvelles choses, aime les défis et apprend en s’amusant. Au début de sa carrière, il a bénéficié des conseils d’un ancien grand attaquant de la sélection norvégienne, Ole Gunnar Solskjaer. L’ancien coach de Manchester United était en chargde Molde à cette époque et lui expliquait des choses simples qu’il devait ensuite tenter de mettre en pratique. Par exemple, il devait courir davantage sur l’avant des pieds et de faire un mouvement vers l’avant. Haaland a absorbé tous ces conseils comme une éponge.

Lors de ses six premiers mois en Premier League, il a emmagasiné à la vitesse de l’éclair toute une série de nouvelles informations. Lors d’une interview de fin d’année accordée à Viaplay, on a demandé à Erling Haaland ce qui l’avait le plus surpris à Manchester City. Il a expliqué qu’il ne se rendait pas compte de la qualité de certains joueurs jusqu’au moment où il a pu les voir à l’oeuvre au quotidien.

Haaland : « Vous voyez les détails, vous voyez les petites choses chez Ilkay Gündogan, par exemple, et à quel point il est brillant dans les choses simples. Il est peut-être le meilleur joueur de l’entraînement pour les choses simples. Une seule touche, deux touches, l’approche et les choix qu’il faits. C’est la qualité et le niveau de l’entraînement quotidien qui m’a le plus étonné à Manchester City. »

La puissance à l’état brut

Haaland impressionne surtout lorsqu’il traverse le terrain à grandes enjambées. La puissance et la vitesse qu’il dégage alors, combinées à son intelligence, font de lui une menace inarrêtable. Ces dernières années, plusieurs coéquipiers ont dû avouer qu’il était difficile de l’affronter à l’entraînement. « Vous devez vous préparer à la force brute qui se déchaîne dès qu’il bouge. L’accélération fulgurante avec laquelle il se catapulte ou sa formidable détente qui lui permet de dominer tout et tous. C’est un beau défi », confiait Nathan Aké, l’un de ses partenaires chez les Cityzens, en octobre. « C’est difficile de le couvrir. Il est toujours en bonne position. Il a tellement de qualités différentes. Parfois, un joueur est fort et pas si rapide, mais lui, il a tout. C’est difficile car il bouge très bien. Parfois il cherche le défenseur, parfois il revient sur le ballon. Il a différentes options et c’est ce qui le rend si dangereux », estime le défenseur néerlandais.

Haaland a les épaules, le cou et le haut du corps d’un basketteur vedette de la NBA. Du haut de son mètre 94 et de ses 95 kilos, il est entouré de joueurs plus petits que lui. Des footballeurs qui savent cependant comment nourrir la bête norvégienne. Des coéquipiers qui ont découvert dès les premiers duels qu’il y a des certitudes dans la vie.

L’une de ces certitudes est qu’Haaland se met en action dès qu’une opportunité se présente. La vitesse à laquelle il frappe reste étonnante. Le site officiel de la Bundesliga analyse parfois la vitesse de sprint de ses joueurs. Au cours des deux dernières saisons, seuls deux footballeurs ont réussi à atteindre une vitesse de pointe supérieure à celle du Norvégien. Jeremiah St. Juste et Sheraldo Becker ont dépassé les 36,3 km/h de Haaland. En soi, un tel chiffre ne dit pas grand-chose, mais tout compte fait, il est surtout extraordinaire qu’un gars toisant de près de deux mètres puisse aller à une telle vitesse. En Premier League, Marcus Rashford s’approche des normes de vitesse et de dynamisme du Scandinave, mais il mesure dix centimètres de moins.

Mère Nature a doté Haaland d’un physique hors du commun qui lui confère un énorme avantage sur les autres. Tout comme Usain Bolt a pu devenir le coureur de 100 mètres le plus rapide de tous les temps grâce à ses longues jambes qui lui ont permis d’atteindre la même cadence que ses concurrents aux foulées plus courtes.

Il n’est donc pas étonnant d’apprendre que Haaland excelle aussi dans d’autres sports. Son père, Alf-Inge, a été surpris lorsqu’un journaliste lui a expliqué, il y a quatre ans, que son fils détenait un record du monde. Lors des Championnats du monde d’athlétisme en 2019, une liste de records en tout genre a fait surface. Sur celle-ci, l’on pouvait lire qu’en 2006 Haaland avait atteint 1 mètre 63 au saut en longueur. Il n’avait alors que cinq ans. Cette distance n’a plus jamais été dépassée par aucun autre enfant de cinq ans depuis lors. Le handball est un sport pratiqué avec ferveur en Norvège et dans lequel le jeune Haaland est assez bon.

Erling Haaland tente de stopper un Jeremiah St. Juste qui est l’un des deux seuls joueurs en Bundesliga à avoir couru plus rapidement que lui . (Photo by Sascha Steinbach – Pool/Getty Images)

Un disque dur énorme

Les parents d’Haaland regardaient toujours avec un léger étonnement l’énorme soif d’apprendre de leur fils, même quand il était très jeune. Cela ne lui posait pas problème de rester seul et de travailler sa technique de tir ou ses dribbles. Selon son père, à 12 ans, Erling était déjà beaucoup plus professionnel que lui quand il était footballeur professionnel et défendait les couleurs de Leeds United et Manchester City. Cette envie de s’améliorer est ancrée en lui. Lors de ses premiers mois à Molde, ses capacités n’ont pas impressionné tout le monde. Mais cela a changé lorsqu’il est devenu évident qu’il apprenait très vite et qu’il était très motivé pour atteindre le meilleur niveau dans tous les domaines. A Salzbourg et à Dortmund, cela s’est passé exactement de la même manière. Il est venu, il a vu et il a marqué des buts.

Un aspect n’a pas encore été mentionné: sa capacité à s’illustrer les jours importants. Pendant la Coupe du monde, il a trouvé difficile de regarder les matches car il ne pouvait pas y participer. À Manchester City, ils ont diffusé une vidéo montrant Haaland en train de couper l’herbe et de se promener dans le stade comme une mascotte. Le message derrière tout cela, plutôt amusant, est qu’il s’ennuyait à mourir et qu’il avait hâte que la saison de club reprenne.

Quatre jours après la finale de la Coupe du monde, il n’a attendu que 18 secondes pour se retrouver en face en face avec le gardien de Liverpool, lors d’un match de League Cup, et à la 10e minute, il marquait en coupant la trajectoire d’un centre de De Bruyne, plus rapidement que son adversaire direct Joe Gomez. Les rencontres suivantes ont montré exactement le même schéma. Dès qu’un espace s’ouvre ou qu’un adversaire commet une erreur, il en profite. Haaland est impitoyable et son sang est glacial à la finition.

Sa régularité n’est pas étrangère au fait qu’on le surnomme machine. Au Borussia Dortmund, l’entraîneur Edin Terzic a déclaré un jour que les gens ne devaient pas oublier qu’Haaland n’était qu’un être humain en chair et en os. Il existait quelques inquiétudes à l’époque car le Norvégien n’avait pas marqué pendant cinq rencontres de championnat consécutives.

En Angleterre, il n’a pas encore connu de disette aussi grande. À deux reprises, il n’a pas réussi à marquer pendant deux matchs d’affilée. Mais c’est à peu près tout. La semaine dernière, un journaliste a demandé au Norvégien s’il avait en tête un objectif de nombre de buts à atteindre. Il a avoué en avoir un, sans dire exactement lequel.

Il y a fort à parier qu’au cours des semaines et des mois à venir, de nombreux records risquent d’être battus par le colosse qui a vu le jour à Leeds. Tout comme il a sauté dans un bac de sable à l’âge de cinq ans sans vraiment se rendre compte qu’il était phénoménal d’aller aussi loin. En Premier League, Erling Braut Haaland explore aussi des frontières inconnues.