Comment l’Espagne devient petit à petit un Enrique FC

Les méthodes et les choix de Luis Enrique font toujours parler d'eux depuis qu'il est à la tête de la sélection espagnole. (Photo by JAVIER SORIANO / AFP) (Photo by JAVIER SORIANO/AFP via Getty Images)
Steve Van Herpe
Steve Van Herpe Steve Van Herpe est rédacteur de Sport/Voetbalmagazine.

Le sélectionneur passé par le FC Barcelone et le Real Madrid au cours de sa carrière imprime de plus en plus sa griffe dans les méthodes de travail de la Roja. Il ne reste plus qu’à en attendre les résultats.

« Gavi, plus vers l’arrière. » Luis Enrique donne des instructions pendant l’entraînement de la Roja. Pour ce faire, il ne s’époumone pas depuis la ligne de touche. Non, il transmet calmement ses directives depuis une plateforme surélevée via un talkie-walkie. Le football du futur version Enrique puisque tous les joueurs portent un émetteur-récepteur dans le dos qui leur permet d’entendre clairement ce que leur demande leur sélectionneur.

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Peut-être que l’idée de Luis Enrique lui vient du cyclisme, un sport que l’entraîneur espagnol pratique assidument en dehors des terrains, tout comme la course à pied. Cela était évident dans la vidéo de présentation dans laquelle il a annoncé, avec l’assistant Aitor Unzué, la sélection des 25 noms qui composerait le noyau pour les deux rencontres de Ligue des Nations. La fédération espagnole de football a plaisanté en annonçant le clip sur les réseaux sociaux. Elle montrait Enrique et Unzué grimpant un col à vélo dans des tenues rouges (petite référence aussi bien au maillot de la sélection qu’à celui du vainqueur de la Vuelta sans doute) tout en énumérant les noms des convoqués qui apparaissaient inscrits sur le bitume comme lors des vraies courses cyclistes. Original.

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Un bloc soudé

« Notre objectif est de trouver des joueurs pour former le collectif le plus homogène. Dans de nombreux clubs, vous avez des joueurs qui sortent du lot. Dans ce contexte, un tel joueur est le numéro un et les autres jouent pour lui. Ce joueur ne défend pas mais marque des buts. Le contexte de l’équipe nationale est différent, complètement différent. Ici, nous ne nous concentrons pas sur un joueur en particulier, ici tout le monde joue pour tout le monde », détaille Luis Enrique pour expliquer ses principes et sa méthode de travail.

Le sélectionneur a une idée précise de la manière dont il veut voir son équipe jouer lors de la prochaine Coupe du monde au Qatar. L’Espagne devra être un bloc soudé et ce choix stratégique aboutit parfois à des choix surprenants. Chaque fois qu’Enrique annonce sa sélection, cela provoque des remous dans les médias espagnols, qui cherchent souvent des explications obscures pour expliquer pourquoi tel ou tel joueur n’a pas été repris dans le groupe. Il n’y a en fait qu’une seule explication : Luis Enrique n’inclut que ceux qu’il estime être capable de pouvoir intégrer sa vision de l’équipe.

Un exemple illustre ce propos. A désormais 33 ans, César Azpilicueta n’est plus un titulaire indiscutable à Chelsea, mais pour le sélectionneur national, il est « intouchable » depuis l’Euro 2021. Le joueur originaire de Navarre est un arrière droit fiable qui peut également dépanner en défense centrale et c’est un joueur expérimenté avec un gros palmarès qui tire les jeunes vers le haut. C’est pareil pour Jordi Alba, qui lui aussi a un âge christique. Alors qu’il est désormais plus souvent sur le banc depuis l’arrivée de Xavi au Barça, le latéral gauche reste l’une des certitudes dans l’équipe d’Enrique. Ce dernier estime qu’Alba, lorsqu’il est en très bonne forme, reste l’une des références mondiales à son poste. L’entraîneur a également une confiance aveugle en Ferran Torres et Pablo Sarabia, qui ne sont pourtant pas des titulaires réguliers dans leurs clubs respectifs, le FC Barcelone et le PSG.

Sergio Ramos, lui, a fait les frais de l’arrivée de Luis Enrique sur le banc de la Roja. Après avoir subi de nombreuses blessures la saison dernière, le défenseur central de 36 ans est désormais titulaire au PSG. Mais le sélectionneur continue de le snober après l’avoir déjà écarté une première fois de sa sélection finale pour l’Euro. « Je pense que les meilleurs joueurs à la place de Ramos sont ceux que j’ai appelés », justifie Luis Enrique. Point sur la ligne.

Même s’il n’est plus incontournable à Chelsea, César Azpilicueta reste une valeur sûre aux yeux de son sélectionneur Luis Enrique. La même remarque vaut pour Jordi Alba. (Photo by Harry Langer/DeFodi Images via Getty Images)

Ligue des Nations

Bien que son contrat avec la Fédération espagnole de football expire après la Coupe du monde au Qatar, Luis Enrique n’a jamais caché qu’il était très heureux dans son costume actuel. A son groupe, il tient à souligner sa volonté de se qualifier pour le Final Four de la Ligue des Nations. Ce dernier se tiendra en juin 2023, ce qui laisse supposer qu’Enrique devrait bientôt prolonger son mandat à la tête de la Roja.

Mais le sélectionneur espagnol a également d’autres options. Plusieurs clubs de Premier League le tiennent à l’oeil. Arsenal l’a déjà approché avec une proposition concrète mais s’est pris un refus en retour. Miguel Angel Gil Marín, directeur général de l’Atlético Madrid, est connu pour être un fan d’Enrique. Il a récemment déclaré à El País que le sélectionneur esagnol était son candidat numéro un lorsque les Colchoneros se cherchaient un nouvel entraîneur à l’été 2011. Luis Enrique avait donné sa parole à James Pallotta, le propriétaire américain de l’AS Roma, il a signé avec le club italien. Le reste appartient à l’histoire : en décembre 2011, l’Atlético engageait Diego Simeone et Enrique se faisait licencier quelques mois plus tard pendant que l’Argentin apportait de nombreux trophées aux Rojiblancos. Le contrat d’El Cholo court jusqu’en 2024, mais rien ne dit qu’il restera en poste jusqu’à cette date. Luis Enrique sera-t-il alors son successeur ?

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