Abakar Sylla, la bonne raison de ne pas transférer après le départ de Stanley Nsoki

Abakar Sylla héros du FC Bruges contre le Bayer Leverkusen sera-t-il encore brillant ce soir en déplacement au FC Porto ? (Photo by Joris Verwijst/Orange Pictures/BSR Agency/Getty Images)

Lorsque le défenseur central gaucher français s’est engagé avec Hoffenheim pour 12 millions d’euros, le FC Bruges n’a pas cherché à lui trouver un remplaçant spécifique. Et pour cause, un petit jeune doté d’un plus grand potentiel était en train de s’imposer dans l’esprit de Carl Hoefkens. Retour sur l’éclosion du nouveau phénomène de la Venise du Nord.

Si Ansu Fati était devenu à 17 ans et 40 jours, le plus jeune joueur à marquer en Ligue des Champions, c’est cependant un joueur passé avec succès dans notre compétition à la fin des années 70 et au début des eighties, Wlodzimierz Lubanski, qui demeure le plus jeune buteur de l’histoire de la C1 (16 ans et 258 jours). Les deux hommes n’ont cependant pas réussi à marquer pour leur joyeuse entrée dans la plus convoitée des compétitions. L’Espagnol, comme le Polonais, avaient attendu leur troisième match pour faire trembler les filets.

Abakar Sylla était un peu plus vieux que les deux joueurs cités ci-dessus puisqu’il était âgé de 19 ans et 254 jours lorsqu’il a permis au FC Bruges de prendre le dessus sur le Bayer Leverkusen en Ligue des Champions. A titre de comparaison, le 6 décembre 2005, Gérard Houiller lançait un certain Karim Benzema dans le grand bain de la C1, à l’occasion d’un match de poule contre Rosenborg. L’actuel quatrième meilleur buteur de l’histoire de la compétition affichait 17 ans et 352 jours sur sa carte d’identité lorsqu’il marqua son premier goal le même soir.

La performance de La Benz est d’autant plus rare que d’autres grandes vedettes actuelles du football mondial, qui évoluent pourtant à des postes offensifs, ont dû attendre plusieurs rencontres de Champions League avant de débloquer leur compteur. Robert Lewandowski a ainsi secoué les filets adverses à sa troisième apparition, Kylian Mbappé n’a marqué que lors de son 4e duel, Lionel Messi a dû attendre 5 rencontres et enfin, l’une des stars incontestées de la compétition, le meilleur réalisateur de son histoire, Cristiano Ronaldo, a même dû attendre…14 match avant d’inscrire son nom sur le tableau marquoir. Des chiffres qui soulignent encore un peu plus les mérites d’Abakar Sylla, de surcroît un défenseur central. Pas vraiment la position la plus adaptée pour secouer les filets adverses.

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« J’ai d’abord pensé que le gardien de Leverkusen avait arrêté le ballon », avoue d’ailleurs Sylla en revenant sur ce but qui lui a permis de recevoir le titre d’homme du match et de figurer dans la première équipe-type de cette campagne 2022-23 de Ligue des Champions. « Je suis vraiment ému à ce sujet. C’est quelque chose dont je rêvais quand j’étais enfant. Nous avons joué un bon match en équipe aujourd’hui. C’est formidable de pouvoir marquer mon premier but pour ce club, ici, en Ligue des champions. Je suis aussi l’homme du match. Et cela pour mes débuts dans cette compétition. C’est vraiment incroyable. A moi de continuer à travailler, maintenant, pour devenir encore meilleur, et me rapprocher autant que possible de la perfection », a poursuivi l’Ivoirien, qui retrouvait notamment en face de lui un certain Odilon Kossounou, un autre défenseur ivoirien de grande taille qui avait enchanté le Club Brugeois à un très jeune âge.

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C’est d’ailleurs avec son compatriote que Sylla échangera son maillot floqué du numéro 94 au terme de cette première joute en Ligue des Champions. « Où est ton maillot ? Celui de tes débuts en Ligue des Champions ! Pourquoi n’accroches-tu pas ça au mur à la maison. Tu es fou ? », fulminera d’ailleurs Noa Lang en voyant son jeune équipier revenir au vestiaire avec un maillot du Bayer.

Arrivé en 2019 d’Hammarby, en Suède, qui l’avait déniché à l’ASEC Abidjan, Kossounou était resté deux saisons en Belgique, où il avait disputé une cinquantaine de rencontres avant de mettre le cap sur le Bayer Leverkusen et de remplir le compte en banque brugeois de 23 millions d’euros sans compter les bonus.

Kossounou est certainement un exemple à suivre pour Sylla dont le profil rappelerait aussi Simon Deli, un autre compatriote passé par la Venise du Nord, alors qu’il était plus expérimenté. S’il avait d’abord séduit lors de son premier exercice en Blauw en Zwart, il était ensuite tombé en disgrâce. Mais ses qualités athlétiques dans les duels aériens, ses relances propres et cherchant à casser des lignes se retrouvent aussi chez Abakar Sylla. Seule la concentration lui a parfois joué de mauvais tours.

Déniché à la SOA dans son pays natal

La nouvelle pépite brugeoise présente un parcours bien différent puisqu’elle a été repérée à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire, lors de l’été 2021, par des scouts du Club Brugeois. C’est là qu’est basé le club militaire Société Omnisports de l’Armée (SOA). Celui-ci fut champion national en 2019. Les champions de Belgique déboursent 200.000 euros, un montant faible mais déjà conséquent pour un élément certes prometteur, mais qui évolue encore dans une compétition de moindre rang. Les décideurs brugeois sont cependant sûrs d’avoir mis la main sur un diamant brut et que cet investissement sera rapidement rentabilisé. Afin de l’intégrer au mieux au football européen, Sylla est envoyé dans l’équipe réserve des Brugeois, le Club NXT. Il y a apprendra notamment à devenir un vrai leader.

Il ne tarde pas à devenir une figure incontournable de l’équipe de Rik de Mil et cet été, il est intégré au noyau A de Carl Hoefkens où ne tarde pas à faire forte impression. Alors que Stanley Nsoki déçoit et se distingue négativement en se faisant renvoyer aux vestiaires contre le Beerschot, le central ivoirien enchaîne les bonnes prestations. Mais n’est-il pas encore trop tendre pour avoir directement des responsabilités ? On peut se le demander au moment où Nsoki quitte la Venise du Nord en échange d’un chèque de 12 millions d’euros pour filer à Hoffenheim.

Il révèle par erreur les nouveaux maillots brugeois sur ses réseaux sociaux

D’autant plus que, pendant ce temps, Abakar Sylla se fait connaître bien malgré lui sur les réseaux sociaux. Il y dévoile en avant-première les tous nouveaux maillots du FC Bruges cette saison. Une petite erreur de jeunesse qui lui sera cependant vite pardonnée, même si se pose la question de sa maturité dans un environnement qui se veut le plus professionnel possible.

« J’ai d’abord pensé que le gardien de Leverkusen avait arrêté le ballon », avoue Sylla en racontant son premier but en Ligue des Champions. (Photo by KURT DESPLENTER/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

Ses qualités sont cependant trop exceptionnelles que pour s’en passer. Et si c’est d’abord Owen Otasowie, un arrière et médian défensif américain transféré des Wolves pour 4 millions l’été dernier, qui remplace en premier le partant Nsoki, Abakar Sylla ne tarde pas à recevoir sa chance. Il monte au jeu à la place d’Otasowie à 20 minutes de la fin contre Zulte Waregem et ne quitte plus l’équipe par la suite. A l’exception du duel de ce week-end à Seraing, où il a été laissé au repos par Hoefkens en prévision de la rencontre contre le FC Porto.

Le point d’orgue sera donc ce match de Ligue des Champions contre le Bayer, où en plus de son but, il impressionne sur de nombreux autres aspects. Son calme, sa maturité et son jeu sans fioritures détonnent par rapport à la naïveté et l’excès d’enthousiasme dont pourrait faire preuve un jeune homme dont les yeux sont remplis d’étoiles vu la grandeur de la scène qui lui est offerte.

Une première européenne sans la naïveté de sa jeunesse

Ses relances sont de qualité et plutôt sereines et il faut y aller pour bousculer le mètre 88 du gaillard dans les duels. Sa plus grande qualité reste cependant sa lecture du jeu. Il anticipe les événements à la perfection et réalise de bons tacles, toujours dans un bon timing, tout comme il laisse traîner le pied au bon endroit pour intercepter une tentative de passe.

Contre les Allemands, il a ainsi dévié, contré et bloqué un nombre conséquent de ballons qui auraient pu mettre la défense locale à rude épreuve. La concentration est aussi un de ses grands atouts et c’est justement l’un des plus grands reproches qui était adressé à Nsoki: un joueur doué mais capable d’absences fatales pour son équipe.

Simon Mignolet prédit une belle carrière pour Abakar Sylla. (Photo by TOM GOYVAERTS/BELGA MAG/AFP via Getty Images)

La feuille de statistiques de Sylla renseigne d’ailleurs un pourcentage de 88,1% de passes réussies dont deux qui ont terminé leur course dans le dernier tiers du terrain. Il a en effet tenté de jouer long à neuf reprises, même si seulement trois ballons sont arrivés à destination. Il ose aussi dribbler et a réussi trois de ses tentatives contre l’équipe de Bundesliga. Il est aussi montré intraitable dans les airs avec 100% de duels gagnés et affiche un joli pourcentage dans les duels au sol avec 60% qui ont été remportés. Il a aussi dégagé quatre ballons chauds et en a récupéré 11 après interception. Des chiffres qui confirment, malgré le contexte d’une seconde période où les Brugeois ont été contraints de plier sous la pression d’un Bayer qui tentait de recoller au score, la grande gestion des événements d’Abakar Sylla.

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500e but du FC Bruges en Coupe d’Europe

Abakar est l’oeuvre de tout le club« , a affirmé Carl Hoefkens au coup de sifflet final de ce match de Ligue des Champions. « Il y a tout d’abord le scouting, car il faut le repérer et le faire venir en Belgique. Il s’est ensuite parfaitement intégré et on a travaillé avec lui jour après jour au Club NXT. Il a ensuite rejoint l’équipe première, d’abord en formation, puis à part entière dans le groupe. Et puis on remarque qu’il a des qualités incroyables. C’est un leader naturel, il tient ça de sa formation. Je suis également très satisfait de la manière dont les autres le coachent, car il a bien sûr encore des points à travailler« , concluait le T1 brugeois.

« Il n’est pas avec nous juste pour nous aider. C’est déjà un très bon joueur, à 19 ans. Il nous écoute, il apprend très vite et énormément. Il a les qualités pour faire une belle carrière », estimait d’ailleurs Simon Mignolet, un garçon qui a connu le très haut niveau à Liverpool.

Avec ce premier but pour le compte des champions de Belgique, Abakar Sylla a écrit l’histoire de sa formation puisqu’il s’agissait de sa 500e réalisation dans les compétitions européennes. La toute première était l’oeuvre de Raoul Lambert, le 21 septembre 1967 contre le Sporting Lisbonne. Si l’attaquant fait désormais partie de la légende du Jan Breydel stadion pour ses 270 buts inscrits sous le maillot bleu et noir, Abakar Sylla devrait sans aucun doute, s’il poursuit sur cette voie inscrire son nom en lettres d’or dans le grand livre des meilleurs joueurs brugeois de l’histoire. Sans doute plus parce que, comme un certain Jean-Pierre Papin, il signera d’autres exploits sous des tuniques plus prestigieuses.

Mais beaucoup n’hésiteront pas à rappeler à ce moment-là où tout a commencé.